‹ Cours elementaire d'hygiene (volume 2)Chapitre 46 sur 207 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

leurs meubles, leurs vêtemens, exhalaient mille odeurs délicieuses. Les législateurs furent souvent obligés de mettre un frein à ce luxe.

L’espèce de ravissement que font éprouver les odeurs suaves porte sur l’entendement une influence profonde. Lorsque les premiers rayons du soleil levant dissipent la rosée en vapeur légère, l’air, chargé des émanations des fleurs , fait éprouver les plus douces sensations. Au sein de cette atmosphère embaumée , les idées sont plus riantes , elles brillent de plus d’éclat , et quelquefois une douce mélancolie s’empare de notre âme, nous tombons dans une contemplation ravissante. C’est là le bonheur, si le bonheur est sur la terre !

C’est cet effet qui a fait croire à Rousseau que l’odorat était le sens de l’imagination.

L’odorat, avons-nous dit, a des connexions intimes avec le sens du goût ; il en a aussi avec tous les autres , et il exerce son influence sur toutes les fonctions ; mais celle de toutes avec laquelle il est en rapport plus immédiat, c’est la génération. L’odeur des fleurs réveille les désirs amoureux, et l’on a remarqué, peutêtre avec raison , que la saison où elles éclosent était aussi celle des amours. Dans le temps où la nature sollicite les animaux à l’acte de la copulation , ils exhalent une odeur particulière qui attire l’un vers l’autre les individus des différens sexes. Il est peu de personnes qui n’aient éprouvé une sorte d’enivrement plein de charmes par l’odeur dont sont pénétrés les vêtemens d’une personne aimée.

cours d'hygiène.

La médecine s’est emparée des effets des odeurs sur l’économie animale, pour les faire servir au traitement des maladies; ceci est du ressort de la thérapeutique. Nous devons cependant dire ici qu’on a conseillé des fumigations aromatiques dans une foule de circonstances ; que dans les syncopes, les asphyxies, les attaques d’hystérie et d'épilepsie, des odeurs fortes et pénétrantes ont quelquefois rappelé la vie prête à s’échapper , etc.

Ce qu’il est indispensable de ne pas ignorer , ce sont les différences sans nombre qu’offrent les individus dans la manière dont ils sont affectés par les odeurs.

Les uns sont entièrement privés de l’odorat, les autres l’ont tellement exquis, qu’ils perçoivent des odeurs auxquelles sont tout-à-fait insensibles les personnes qui les entourent. Mais il faut avouer que l'ainour du merveilleux a singulièrement exagéré ces phénomènes. Ici, c’est use femme qui annonce les orages à une odeur de souffre qu’elle reconnaît dans l’air; là, c’est un sauvage qui suit l’ennemi à la piste, et qui reconnaît s’il est blanc ou noir; ailleurs c est un religieux qui discerne à l’odeur une fille et une femme chaste de celles qui ne le sont pas. Mais il est vrai que quelques odeurs font sur certains individus une impression spéciale , et que d’autres assez vives ne sont nullement perçues; qu’il existe sous ce rapport des sympathies et des antipathies bien réelles et très-multipliées ; nous en avons cité quelques-unes dans le premier volume de cet ouvrage.

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