DEUXIÈME PARTIE» Ç
l’odorat et le goût nous en font connaître d’une nature différente qui nous révèlent leur composition intime. La saveur paraît en effet tenir à la constitution particulière de certaines substances. On avait pensé que la sapidité était due à la solubilité plus ou moins grande des corps, mais il en est de trèssolubles qui n’ont pas de saveur, et il en existe de totalement insolubles qui sont d’une sapidité trèsprononcée. L’élément sapide des corps ne paraît être cependant qu’une modification de leurs molécules intégrantes. Quelques auteurs ont pensé que la forme de la molécule était la cause de la saveur, mais il est inutile de réfuter sérieusement une semblable hypothèse. Trop de corps, dont les molécules sont évidemment différentes, affectent la même saveur; un trop grand nombre d’autres, dont les molécules sont les mêmes, sont pourvues d’une saveur différente, pour que cette proposition puisse être soutenue.
Tantôt un sel , un esprit , un acide , par leurs combinaisons variées donnaient lieu aux saveurs , tantôt c’était le feu. Macquer définissait la sapidité , la tendance qu’a un corps sapide de se combiner avec l’organe du goût. Ici, comme dans les autres phénomènes de la nature, nous devons nous borner à étudier les faits , sans chercher à pénétrer leur essence qu’elle nous a dérobée sans doute pour toujours ; c’est perdre son temps en recherches vaines et puériles que de tenter à lui dérober de pareils secrets.
Les corps sont sapides et insipides ; on a aussi admis des corps savoureux, c’est-à-dire très-sapides : mais
l)8 cours d'hygiène.
nous ne croyons pas qu'un degré de plus de saveur
doive faire admettre cette troisième division.
Chaque corps sapide est doué d’une saveur particulière, ce qui les rend infiniment nombreuses et variées. Bien plus, elles varient pour chaque individu, pour chaque âge, etc., et vraisemblablement pour tous les animaux. On conçoit dès lors combien les classifications qu’on s’est efforcé d’en donner doivent être imparfaites : cependant leur impression, moins fugitive que celle des odeurs, permet à l’esprit de mieux saisir leurs différences; et l’on s’entend généralement assez bien lorsqu’on dit qu’une substance est amère, âcre, acide, sucrée, etc. La difficulté qu’on ne peut vaincre est celle de les réunir toutes. Il sera toujours impossible de classer les nuances qui résultent de la combinaison des divers corps sapides. Galien comptait huit saveurs principales : X austère , X acerbe, X amer,
1 esalé, Xâcre , X acide, le doux , le gras; Haller douze : le Jade, le doux, Xamer, X acide, X acerbe, l 'acre, le salé, Xurineux, le spiritueux, X aromatique, le nauseux, le putride; Linnæus dix : le doux, Xâcre, le gras , le styptique, Xamer, X acide, le muqueux , lesalé , X aqueux, le sec. Selon Boerhaave elles étaient primitives ou simples et composées , il a admis de plus que les autres la saveur vineuse, spiritueuse, alcaline.
On a voulu simplifier la classification des saveurs en les di visant seulement en agréables et désagréables . D'après l’impression qu’elles faisaient sur l’organe du goût.