DEUXIÈME PARTIE. gq
Mais il me semble que cette classification est encore plus défectueuse que les précédentes : car on est d’accord sur le goût amer ou sucré d’un corps ; mais l’amer ou le sucré sont agréables pour les uns et désagréables , pour les autres. Telle saveur est agréable à l’enfance et désagréable à la vieillesse; tel animal recherche une saveur, tel autre la fuit ; dans l’état de santé vous repoussiez une saveur que vous désirez malade ; l’habitude vous rend délicieux un mets, une boisson que d’abord vous jugiez détestables, etc.
Il est impossible de définir la saveur en général et les saveurs en particulier; c’est bien vainement qu’on tenterait de faire connaître la saveur d’un corps à quelqu’un qui ne l’aurait jamais éprouvée; tout aussi vainement que si l’on cherchait à faire connaître le son à un sourd de naissance ou les couleurs à un aveugle. Les sensations simples ne peuvent être définies, il faut les avoir perçues pour les connaître.
La nature a créé pour la sensation des saveurs un appareil particulier, comme elle en a disposé pour recevoir la lumière, le son et les odeurs; mais cet appareil est beaucoup moins compliqué que les précédens. La langue paraît être le principal organe du goût, quoique les lèvres, la face interne des joues , le palais, les dents, le septum slaphylin, le pharynx, l’œsophage, l’estomac lui -même ne paraissent pas totalement dépourvus de la faculté de recevoir les impressions des corps sapides. Tous les nerfs qui se rendent à la langue paraissent destinés à recevoir
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l’impression des saveurs. Plusieurs ont pensé cependant que le lingual était plus particulièrement destiné à cet usage; Galien, Columbus, Yésale, Willis, Haller, Meckel, etc., sont de ce nombre. Boerhaave pense au contraire que le grand hypoglosse est le seul nerf du goût. Nous devons nous abstenir d’entrer dans ces discussions.
Comme pour les autres sensations, il faut pour que le goût puisse s’exercer, l’intégrité parfaite des diverses parties qui constituent ce sens. Il faut surtout que la langue soit convenablement humectée par les sucs propres que sa membrane supérieure sécrète, et par la salive; que par sa mobilité elle puisse envelopper et presser le corps sapide, que les nerfs, les papilles, soient convenablement développés, et que l’épiglossis n’ait ni trop ni trop peud’épaisseur.
Les saveurs ont peu de relations avec les organes de l’intelligence ; elles donnent peu d’idées. Et L’homme qui ne saurait pas sensible à leur impression, pourrait n’en être pas moins un homme de génie. Le sens du goût a bien plus de ressort avec les viscères gastriques; c’est le sens de la vie organique, comme nous l’avons dit en parlant de l’odorat.
Les données que ce sens nous fournit, intéressent hautement notre conservation. Les saveurs étant en général relatives au mode d’action, que les corps peuvent exercer sur l’appareil digestif ou sur l’organisme, elles deviennent un indice précieux de leurs qualités nutritives, médicamenteuses, ou vénéneuses. On a observé avec raison que presque toujours une