DEUXIÈME PARTIE. IOI
saveur agréable, accompagnait les substances propres à réparer nos pertes, que des saveurs désagréables étaient inhérentes aux substances qui peuvent nous nuire, et que les alimens, dont la saveur était la plus prononcée, étaient aussi ceux qui se digéraient avec le plus de facilité. 11 faut se garder de croire que cette loi soit sans exception; beaucoup de substances douées d’une saveur attrayante ne sont que des poisons funestes; mais ces exceptions ne sauraient détruire la règle.
L’impression que les corps sapides produisent sur l’organe du goût, attire notre attention sur ce corps, et nous fait ainsi reconnaître d’avance les qualités bonnes ou mauvaises de ces substances. Aussitôt après cette sensation, les glandes salivaires, les cryptes muqueux se trouvent excités sympatiquement, l’action de l’estomac et de tout l’appareil digestif est éveillée, et ces organes se trouvent convenablement disposés à opérer la digestion des substances ingérées ou à les rejeter , selon qu'elles sont convenables ou nuisibles, selon que cette sensation aura été agréable ou repoussante. D’où l’on peut conclure qu’une saveur agréable est déjà une condition heureuse pour la digestion des alimens. Des saveurs lortes, comme l’on sait, ont en général la propriété d’activer la digestion; elles excitent momentanément les organes de l’innervation, ceux de la circulation; enfin le système entier de l’économie animale.
Quelques cireonstanc*es influent sur la perception
cours d’hygiène.
des saveurs. L’état solide, liquide ou gazeux des corps fait varier leur impression, les premiers doivent être dissous pour que leur gustation s’opère; ils doivent séjourner un certain temps sur la membrane nerveuse de la langue, temps plus ou moins long suivant leur nature. Il faut que leur température ne soit ni trop haute ni trop basse : ce n’est qu’après qu’elles se sont élevées à la chaleur de la bouche, que les substances à l’état de glace sont susceptibles d’être goûtées; celles qui sont voisines de l’ébullition brûlent la langue, épaississent son épiderme , déterminent un sentiment de cuisson, qui détruit la faculté de percevoir les saveurs.
L’impression d’une saveur trop forte rend inapte à l’impression d’une saveur plus faible; on peut faire usage de cette observation pour rendre les malades insensibles au goût désagréable de certains médicamens qu’ils sont obligés de prendre. L’abus des alimens de haut goût, finit par blaser la faculté d’apprécier les saveurs.
Les effets des saveurs sont tellement modifiés par l’habitude, qu’elle finit à la longue par les rendre tout-à-fait nuis. Les mets les plus délicats et les plus savoureux, et les substances animales en décomposition devienent presque totalement insipides par un usage long-temps continué. Quelquefois l’habitude rend délicieux des alimens, qui d’abord paraissaient insupportables, et fait trouver de la saveur à des corps insipides en apparence.
L’organe du goût est susceptible d’éducation comme