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exercice immodéré de la mémoire pourrait nuire au développement des autres modes de rintelligence. Sans doute il faut des faits pour établir des raisonnemens ; mais prenons garde de ne faire que des perroquets en gorgeant le cerveau d’une multitude indigeste de connaissances.
Le non-exercice de la mémoire aurait des inconvéniens plus graves encore, car, sans mémoire, il ne peut y avoir aucune connaissance; l’individu resterait dans un véritable idiotisme.
Quant à l'influence de cet exercice sur le reste de l’économie animale, nul doute que, porté à l’excès, la santé n’en fût profondément altérée ; la digestion , et par suite l’alimentation , si nécessaire au premier âge de la vie, seraient interrompues; la pâleur générale, l'émaciation, le défaut de croissance, en seraient le résultat inévitable. Les actes de la vie organique redoubleraient au contraire d’énergie, si on laissait le cerveau dans l’inaction. J.-J. Rousseau avait entrevu cette vérité , lorsqu’il conseillait de ne donner à son élève aucune connaissance avant sa douzième année.
§ III. Du, jugement.
L’acte le plus précieux du cerveau, c’est celui par lequel il juge. En vain aurions-nous des sensations , de la mémoire, notre vie serait une série continuelle d’actes végétatifs; nous n’aurions aucune connaissance de l’existence des êtres ni de nous-mêmes, car cette connaissance est un résultat de l’action de juger.
i3a cours d'utgikhe.
La justesse plus ou moins grande du jugement, ■e’est-à-dire la justesse plus ou moins grande des rap* ports qu’on découvre dans les objets, établit pour ainsi dire à elle seule la différence qui existe entre les hommes. La justesse ou la fausseté du jugement est la source de tout bien et de tout mal. En effet, si l’on juge qu’une chose nuisible est bonne, on tombe dans une erreur qui peut devenir funeste ; mal physique, mal moral, dépendent également de jugemens faux.
On sent dès lors combien il est important de développer le jugement. On y parvient au moyen d’expériences répétées; de là vient qu’en général le jugement se fortifie avec l’âge , bien que souvent il le devance.
L’action de juger est pénible et fatigante, et cet exercice du cerveau, lorsqu'il est porté trop loin, entraîne, les accidens que nous venons de signaler; il les produit même plutôt que la mémoire.
Lorsque le jugement s’exerce continuellement sur le même sujet, ses effets funestes sont plus prompts et plus intenses que lorsque les sujets d’observation sont variés.
§ IV. De l'imagination.
Mais de tous les exercices qui produisent les résultats les plus fâcheux, c’est sans contredit celui de l'imagination. On conçoit en effet que lorsqu’il faut produire, le cerveau est bien plus actif que
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lorsqu’il doit simplement recevoir des connaissances. Aussi cette espèce d’érection cét’ébrale (qu’on me passe ce terme) dans laquelle les peintres, les poètes, les musiciens -compositeurs sont presque constamment, les rend-elle sujets à l’hypocondrie, à la manie, à la mélancolie, à l’hystérie, aux spasmes, aux convulsions , etc. , enfin à toutes les affections cérébrales, aiguës ou chroniques. La plupart des artistes sont dans un état habituel d’exaltation qui leur donne une physionomie plus ou moins singulière. Indépendamment des affections que nous venons d’énumérer, qui ont directement leur siège dans l’organe agissant, il en est une foule d’autres qui attaquent les autres viscères ; étouffemens , toux , palpitations, cardialgies, digestions pénibles, nausées, éructations, etc. Tels sont les phénomènes qui attestent le trouble de tous les organes de l’économie.
L’imagination , cette faculté brillante , qui nous rappelle avec les plus vives couleurs les objets qui ont frappé nos sens, qui souvent en crée de nouveaux, qui voit l’avenir comine elle se retrace le passé, qui découvre dans les objets de la nature des rapports encore inaperçus, exerce donc sur le cerveau et les autres viscères un pouvoir immense; mais est-ce bien à l'imagination qu’il faut attribuer, comme le fait le vulgaire, et comme le font la plupart des médecins, les effets de certains médicamens, la séparation d’un objet chéri, l’éloignement de la patrie, l’influence des voyages, des distractions, etc.? Par le mot d’imagination n’entendons -nous pas simplement ici l’action
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du moral, du cerveau, sur les autres organes, et ne convient- il pas de rapporter chacun des effets attribués à l’imagination d’une manière collective, à chaque penchant en particulier; la nostalgie à l’amour de la patrie, les tourmens de l’absence à l’amour, etc.? C’est ce que nous ferons.
L’imagination, proprement dite, est de deux sortes: l’une, sage, raisonnable, est celle que nous venons de définir; l’autre est une espèce d’enchanteresse qui ne se repaît que de chimères, et, sortant toujours des bornes de la nature, n’enfante que des monstres. La première est nécessaire même à celui qui s’occupe de sciences ; certes ils ne sont pas dépourvus d’imagination, ces tableaux de maladies tracés par les grands maîtres ; certes ce n’était pas un homme dépourvu d’imagination que celui qui, sous le nom d’Arétée, nous a laissé cette image, encore si vraie de nos jours, et si pathétique de l’épilepsie. Mais le mot d’imagination présente plus souvent «à l’esprit le dernier sens que nous lui avons donné ; nul doute alors que cette faculté ne soit la mortelle ennemie de l’observation, la seule base sur laquelle doivent reposer les sciences. Mais, qu’il nous soit permis de le dire, on se trompe si l’on considère l’imagination sous ce rapport; il ne faut, pour prouver cette assertion, que consulter les ouvrages de ceux à qui l’antiquité et les siècles modernes ont accordé le plus d’imagination , le titre de grands hommes, de grands génies : je ne vois parmi eux que des peintres fidèles de la nature ,et le degré d’estime qu’on leur accorde semble être mesure sur
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la précision, la justesse, avec lesquelles ils ont rendu les scènes qu’elle présente. Consultez le père de la poésie , avec quelle frappante vérité il trace les effets des passions! Après lui je citerai Virgile , le Tasse, Milton; et si Stace, Lucain, Camoëns ne marchent pas leurs égaux, c’est qu’ils se sont éloignés de cette route sûre pour se livrer aux écarts de ce que nous appellerons la seconde espèce d’imagination. Parmi les modernes , et dans l’art dramatique, Corneille n’est beau que lorsqu’il ne sort pas des bornes de la vérité , et si Racine est toujours parfait, c’est qu’il n’en est jamais sorti. Si de la poésie , qui est l’art d’imagination par excellence , nous passons à la peinture, à la sculpture, nous trouvons encore une foule de preuves en faveur de notre opinion. Raphaël, le Dominiquin, le Guide, les Carraclies , le Poussin, pourquoi sont -ils supérieurs aux de Troie, aux Bouclier, aux Jouvenet, si ce n’est parce qu’ils ont rendu plus fidèlement la nature? Il est vrai que Quintilien reprochait au statuaire Démétrius de s’attacher plus à la ressemblance qu’à la beauté : Demetrius tanquam nimius in ed reprehenditur ; et fuit similitudinis quam pulchritudinis amantior (lib. I. cap. io). Mais ceci prouve seulement que cette imagination doit avoir des bornes, et que le génie consiste à les atteindre sans rester en de-çà, ni les dépasser.
D’après ces considérations, on peut voir jusqu’à quel point il est convenable de cultiver cette dispo-
COURS d’hygikke.
sition intellectuelle. La lecture, l’étude des grands poètes , le spectacle imposant des merveilles de la nature, la vue des chefs-d’œuvre des arts, les spectacles pompeux, la développeront chez les jeunes gens. Les études spéculatives , la morale , les mathématiques , les sciences exactes et naturelles la réprimeront. C’est aux parens, c’est aux maîtres auxquels les enfans seront confiés, qu'il faut laisser le soin de prononcer.
§ V. Du sommeil et des rêves.
L’inaction est nécessaire à la nature. Nous avons vu que dans nos climats tempérés l’hiver était le repos de tous les êtres animés; nous avons vu que la nuit était aussi une occasion , une cause de repos pour les êtres qui sentent et qui respirent ; que sans le repos des organes; la vie les abandonnerait bien promptement, ou pour mieux dire, qu’ils se désorganiseraient bientôt. Les organes respiratoires qui paraissent agir incessamment ont cependant des mornens d’intermittence dont la durée totale dans les vingt-quatre heures , égale au moins celle du repos des autres organes; et ce qui est plus surprenant encore, c’est que le cœur, dont l’action paraît être non-interrompue , jouit cependant d’un repos égal si l’on calcule les temps qui séparent la systole et la diastole des ventricules et des oreillettes.
Le sommeil est le repos du cerveau. On objectera