‹ Cours elementaire d'hygiene (volume 2)Chapitre 70 sur 207 · DEUXIÈME PARTIE. j/jf · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. j/jf

les perceptions sont lentes et difficiles , la mémoire se perd, l’imagination s’éteint, la sensibilité générale s’emousse, les passions se calment, la contractilité musculaire s affaiblit, les mouvemens deviennent difficiles. Les grands dormeurs ne peuvent se livrer au moindre exercice sans éprouver la lassitude la plus profonde. Les autres organes restant dans une activité moindre, perdent aussi la faculté d’agir ; et comme 1 individu fait peu de pertes, il acquiert ordinairement un embonpoint considérable. Il faut ajouter cependant que ces individus prolongent assez loin leur carrière , qui n’est guère à la vérité qu’une honteuse 'végétation.

Lorsque le sommeil est trop court au contraire, le cerveau fatigué par l’exercice de la veille n’a pu réparer ses perles ; alors cette lassitude l’empêche de pouvoir se livrer avec fruit au travail; les idées sont confuses et embarrassées; les sensations sont pénibles; les mouvemens difficiles et fatigans; une sorte de mécontentement, résultat de l’irritation prolongée de ce viscère, rend le caractère acariâtre, hargneux. Si cet état d’insomnie se prolonge, des affections célebiales sont imminentes : l’hypocondrie, l’hystérie,

1 épilepsie, la mélancolie, et les inflammations du cerveau ou de ses annexes, peuvent frapper les personnes qui prolongent trop les veilles. Ces personnes faisant beaucoup de pertes et réparant fort peu, tombent dans un état de maigreur déplorable ; enfin toutes les fonctions prolongeant leur exercice, il s ensuit que ces individus usent promptement

\ [\1 cours d’iiygiène.

leur existence. Alfred le Grand partageait son temps en trois parties égales. Il consacrait huit heures par jour aux affaires de son royaume, huit à l’étude et à la dé votion, et huit seulement au sommeil, àses récréations et à ses repas; aussi est-il mort à l’âge de cinquante et un ans. Taylor et Baxter, tous deux théologiens, induits sans doute en erreur par quelques exemples extraordinaires, ont avancé que trois à quatre heures de sommeil par jour devait suffire à tout le monde ; mais un autre ecclésiastique plus judicieux, qui a vécu jusqu’à quatre-vingt-huit ans, et qui s’est beaucoupoccupé de cette question, déclare qu’il n’a jamais connu personne qui jouit d’une bonne santé pendant un an de suite, en dormant moins de six heures par jour. D’ailleurs tous les organes sont exposés à être frappés de maladies par les veilles opiniâtres. 11 n’est pas une affection, en effet, dans le cadre nosologique, qui ne puisse reconnaître pour cause les veilles prolongées; mais les maladies qu'elles occasionnent plus fréquemment sont sans contredit celles du cerveau, puisque dans ce cas la cause est directe.

Lorsque le cerveau a beaucoup agi, soit par le moral, soit par l’intelligence, soit par les mouvemens, le repos est plus nécessaire; mais alors pour l'ordinaire, l’excitation se prolongeant dans le sommeil, celui-ci est léger, troublé par des rêves, et partant peu réparateur. Quelquefois même il est tout -à-fait impossible après une excessive tension d’esprit, pendant l’agitation des passions ou après un exercice violent.

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