DEUXIÈME PARTIE. l/jS
corps. On a pensé qu’elle favorisait la digestion, niais si l’on remarque qu’on s’éveille ordinairement avec la bouche pâteuse, lorsqu’on s’est ainsi laissé prendre au sommeil après le repas, on conviendra qu’il est plus avantageux de s’en abstenir. Le sommeil du jour empêche d’ailleurs celui de la nuit, et cette raison seule devrait le faire éviter.
Nous avons dit, en parlant des habitations particulières, qu’il fallait se livrer au sommeil dans un étage élevé, que l’appartement devait être vaste et bien aéré. Que penser après cela de l'habitude où l’on est de prendre le repos dans une alcôve étroite où l’air ne peut circuler? dans un lit entouré de rideaux qui le ferment hermétiquement? Ne dirait-on pas qu’on se propose pour but de respirer cent fois la même baleine? Ce serait cependant une imprudence que de donner accès, durant la nuit, à l’air extérieur dans la chambre où l’on couche; on doit se borner à ouvrir les portes de communication avec les pièces voisines, et à tenir pendant toute la journée les fenêtres ouvertes.
Beaucoup de peuples couchent sur le sol ou suide la paille. J’ai vu des malheureux coucher suide la cendre. Les montagnards d’Ecosse couchaient sur les rochers; un de leurs chefs, obligé dans une expédition d’hiver de bivouaquer avec sa troupe sur une colline, et s’étant levé au milieu de la nuit pour voir si tout était dans l'ordre, aperçut son fils dormant sur un monceau de neige dont il s’était fait un oreiller. Il réveilla le jeune homme, et, lui II. io
l/j6 couns d’hygiène.
reprochant sa mollesse, il renversa le monceau d’un coup de pied. Turenne dormant, dans une nuit d’hiver, sur l’affût d’un canon, rend bien vraisemblable un pareil trait d’histoire. Dans l’état actuel de notre civilisation, nous sommes loin d’une telle simplicité , et certainement il y aurait bien du danger à chercher à y revenir. Mais est-il donc nécessaire, pour goûter les douceurs du sommeil, de mettre à contribution les xleux inondes? Ces lits d’acajou chargés de dorures, ces matelas de plumes et ces couvertures d’édredon, sont -ils bien nécessaires à notre santé, à notre bonheur? Une couche trop molle et trop chaude n’a -t- elle pas l’inconvénient d’accélérer la circulation , de déterminer une sueur abondante, d’occasioner ainsi des pertes qui vous plongent dans la débilité? Ne vous rendelle pas susceptible des moindres impressions du froid, du moindre contact des corps durs, et vous laisse-t-elle libre de goûter ailleurs le sommeil, si des circonstances de fortune vous forcent de vous déplacer? Il n’est que trop vrai que celte funeste habitude est une cause puissante des maladies nerveuses dont la plupart des femmes et beaucoup d’hommes sont affectés. Un lit médiocrement dur et médiocrement chaud sera donc ce qu’il faudrapréférer. Des matelas et des oreillers de crin sont peut être ce qu'il y a de plus avantageux. Ils occasionnent peu de sueur et ne la retiennent point.
Les draps de lit sont une invention fort heureuse; on peut les renouveler fréquemment , et ils per-