DEUXIÈME PARTIE
dire, en dépendre. Quoi, me dira-t-on, la douce reconnaissance, la tendre amitié, l’amour plus tendre encore, l'amour platonique surtout, si pur de tout intérêt physique, n’ont pour but ou pour cause que la conservation de l’individu et celle de l’espèce? Quel blasphème! C’est cependant ce qu’on ne peut contester.
Éprouver des besoins est dans l’essence de l’organisation. Dès le moment où l’on a des organes on sent le besoin de les exercer ; cet exercice entraîne des pertes , ces pertes font naître le besoin de les réparer; ces besoins produisent le désir, le désir la volonté, la volonté la passion. Une chose nous paraît utile , agréable , indispensable à notre satisfaction , à notre bonheur, nous la désirons, nous la voulons, nous nous passionnons pour elle. Une autre nous paraît désagréable, nuisible, nous la craignons, nous la fuyons, nous avons pour elle de l’aversion, de la haine. Ainsi il est exact de dire qu’éprouver du plaisir ou de la douleur, désirer, craindre, vouloir, constituent nos passions et nos affections; que le désir, la crainte, la volonté ayant leur siège dans le cerveau , les passions et les affections ne sont que des actes de cet organe, et peut-être (je veux bien aller jusque-là) que le développement de certaines parties coïncide avec l’énergie de ces facultés. Mais on a trop perdu de vue l’influence immense des autres viscères sur l’encéphale; et si d’un côté l’école de Cabanis a trop accordé à l’ensemble de l’organisme, celle de Gall a trop négligé cette étude,
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pour ne s’occuper que du cerveau. Vous auriez beau avoir un cervelet énorme ( j’admets un moment qu’il est le siège de l’amour), si dès l’enfance vous avez été privé de vos parties génitales, je doute que vous soyez jamais fort amoureux. Cela ne prouve pas que l’amour soit dans ces parties, mais cela prouve au moins qu’il ne se développe pas sans elles, qu’elles en sont la cause première et indispensable.
Les passions ne sont donc que des désirs, des besoins violemment sentis ; elles ont leur siège dans le cerveau , mais leur cause est dans l’organisation entière. Les passions ne sont en général qu’un sentiment instinctif porté à l'excès, et X instinct est aussi le résultat de l’organisation.
Le besoin d’exercer les facultés de l’intelligence n’enfante pas de passions ; elle ne donne naissance qu’à des goûts très-vifs, tels que celui de la poésie, de la peinture, de la musique; mais ces goûts ne vont pas jusqu’à la passion.
Le désir a été donné à l’homme pour l’engager à vivre; il est la première cause de l’existence. Il n’est pas douteux que sans désir il cesserait d'exister; car que serait la vie sans le désir? Nous venons de voir qu’il était le résultat nécessaire de l’organisation. 11 n’est pas particulier à l’homme, quoique l'homme désire plus que les autres animaux, car ces êtres, comme lui, finiraient bientôt s’ils ne désiraient rien.
Les désirs sont donc nécessaires; les passions, qui ne sont que des désirs violens, sont nécessaires-