DEUXIÈME PARTIE
aussi; elles sont le plus puissant mobile de toutes nos actions, la source de tous les talens, de toutes les vertus; si elles engendrent tous les vices et tous les crimes , ce n’est que par des aberrations exceptionnelles.
La morale consiste à connaître la nature , le nombre, les degrés , les combinaisons des affections de l’âme , à réprimer les passions. Ce serait un malheur réel pour la société si la morale parvenait à ce but. La morale ne doit pas détruire les passions; elle doit les diriger vers le bien, c’est-à-dire, vers l’utilité générale et particulière. Sans passions, tout état de société s’écroule.
Le bonheur particulier consiste dans la satisfaction des désirs : il est donc deux moyens d’être heureux ; le premier consiste à n’éprouver que des désirs qu’on puisse satisfaire ; le second à ne former que des désirs dont la satisfaction ne nous soit pas nuisible.
Le bonheur public est assuré lorsque les individus n’éprouvent que des désirs, ou des passions qui soient utiles à la majorité des citoyens. Le meilleur gouvernement est celui où l’intérêt particulier se trouve tellement lié à l’intérêt général, que chaque individu trouve son bonheur dans le bonheur public.
Le comble de la vertu est l’abnégation de soi. Je ne sais si elle existe entière. Y aurait-il quelqu’un d’assez généreux pour sacrifier sa vie au bien public , avec la certitude que ce sacrifice demeurât inconnu ? Mais il est une foule de passions vertueuses,
I 56 cours d’hygiène.
c’est-à-dire qui concourent au bonheur public. La morale doit les faire naître, les développer; telles sont l’amour sacré de la gloire et de la patrie , l’amour de la liberté. Ces passions ne sont le partage que des grandes âmes ; nous ne pouvons penser à elles sans les voir pour ainsi dire personnifiées dans les hommes de génie et les héros de tous les âges. Interrogez les mânes des grands guerriers, des poètes, des peintres, des sa vans illustres, de tous les grands hommes sans exception , tous ont brûlé pour la gloire ou la patrie.
Ainsi donc l’existence , le bonheur public et particulier, trouvent leur source dans le désir et les passions. Mais désirer des choses utiles ou agréables ne suffit pas; il faut que l’homme fuie ce qui lui est nuisible ; Or pour atteindre ce but la nature lui a donné aussi les moyens d’être affecté par les choses nuisibles , de là une autre série de sentimens , de passions , d 'affections.
§ II. Division des passions.
Les affections sont tellement multipliées, leurs variétés, leurs nuances sont tellement nombreuses, leur nature tellement peu positive, que jusqu’ici l’on a tenté vainement de les classer avec exactitude; ce problème est encore à résoudre , et l’on doit convenir qu’il est vraiment l’un des plus difficiles de la philosophie.
D’abord doit- on établir une différence entre le