DEUXIÈME PARTIE
dont il aurait bientôt épuisé toutes les jouissances. La vie, pour être supportable, doit donc être une suite de désirs qu’on ne doit pouvoir satisfaire qu’avec effort; c’est là le seul bonheur auquel nous puissions prétendre; c’est le bonheur que procure cette précieuse médiocrité chantée par les poètes, louée par les philosophes; bonheur également inconnu et des gens opulens, condamnés à satisfaire sur-le-champ leurs moindres désirs, et-des misérables condamnés à ne les satisfaire jamais.
Oserai-je dire que les douleurs et les peines sont nécessaires à notre bonheur, qu’elles en doublent la vivacité. Le triste hiver fait trouver le printemps plus aimable; la nuit obscure rend plus chère la clarté du jour; le froid rend agréable l’impression d’une chaleur vivifiante; la faim donne aux alimens une saveur exquise; la fatigue fait goûter le repos; l’insomnie rend le sommeil plus doux; l’esclavage fait adorer la liberté. Nos besoins portés à un certain degré sont des maux qui nous procurent des jouissances les plus vives; les peines enfin font trouver le plaisir plus délicieux.
Le plaisir ne peut donc être continu; mais il est plus ou moins répété , il balance la peine avec plus ou moins d’avantages; il est aussi plus ou moins vif.
Le plaisir modéré est le bien-être du cerveau. Quelle que soit la cause qui le fait naître, il consiste dans un état doux, agréable, d’aise, de contentement, de satisfaction qui fait sentir et chérir l’existence. Une sensation pleine de charme se répand comme une
J 64 cours d’hygiène.
vapeur légère du centre épigastrique à tout l’organisme. Le cœur bat avec force, la circulation est rapide; les joues se colorent, les traits s’épanouissent, les yeux brillent d’un vif éclat, le sourire siège sur les lèvres; la respiration s’accélère; la digestion, l'absorption s’activent ; .la nutrition assimile une grande quantité de matériaux alibiles ; la conception, i'intelligence redoublent d’énergie, les travaux de l’esprit sont faciles; les idées sont nombreuses, riantes, variées; l’homme est porté à la douceur, à la bienveillance, à la pitié, aux affections généreuses, à la gaîté; la voix a de la force, les organes des inouvemens de l’activité, et ceux de la génération de la disposition au rapprochement des sexes, à moins cependant que ce rapprochement ne soit lui-même la cause du plaisir qu’on éprouve. Tels sont les effets immédiats du plaisir modéré. S’il est extrême, il produit sur le cerveau une impression profonde, et sur l'épigastre un resserrement presque douloureux ; le cœur palpite, la respiration est entrecoupée par des soupirs, toutes les fonctions paraissent anéanties, des pleurs involontaires coulent des yeux; le cerveau oppressé n’est plus susceptible d’aucune impression extérieure; la conception est nulle, toutes les affections sont suspendues. La voix expire sur les lèvres, les membres tremblent et refusent leur appui. Quelquefois une syncope complète suspend l’action du cerveau, et ne permet plus qu’un exercice pénible et lent de la circulation et de la respiration. On a vu un plaisir trop vif occasionner la