‹ Cours elementaire d'hygiene (volume 2)Chapitre 83 sur 207 · DEUXIÈME PARTIE. l · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. l

mort. L’histoire nous apprend que Sophocle mourut de plaisir en recevant le prix de' la tragédie. Que Denys le Tyran éprouva la même mort dont assurément il n’était pas digne; que Diagoras expira de plaisir en embrassant ses trois fils vainqueurs aux jeux olympiques; que Polycrate, Chilon le Lacédémonien, Philipide moururent de joie, et que Léon X eut le même sort en apprenant une nouvelle fatale à la France. Tous ces individus étaient avancés en âge, la suspension de l’action du cœur et du cerveau est alors bien plus funeste.

Si le plaisir modéré est souvent répété, il imprimera à l’organisme d’heureuses modifications : les fonctions assimilatrices s’opérant avec énergie, un embonpoint plus ou moins marqué ne tardera pas à arrondir les formes; les traits épanouis exprimeront le bonheur; la couleur vermeille exprimera le bon état de la santé, d’où résultera cette expression de la physionomie désignée vulgairement, et non sans exactitude, sous le nom de face cle prospérité. Toutes les passions satisfaites produisent les effets que nous venons de décrire. Le contentement, la gaîté, la joie, le ravissement, l’extase, ne sont que des nuances du plaisir, effet immédiat de la satisfaction de nos passions : je ne pense pas qu’on doive en faire des affections particulières.

La peine, la douleur, le chagrin, l’affliction, la tristesse, l’abattement , le découragement produisent des changemens d’un autre genre lorsque leur mesure excède nos forces. Ils résultent de la non satisfac-

l66 COURS «'hygiène.

tion de nos désirs. Comme le plaisir, la peine produit des effets immédiats et des effets consécutifs; comme lui, elle est vive ou légère.

La peine fait éprouver une douleur de tête remarquable et un sentiment d’anxiété bien différent de celui qu'occasionne le plaisir à la région précordiale; la circulation et la respiration se ralentissent : un sentiment de suffocation oppresse le malheureux, qui exhale à chaque instant des soupirs et des sanglots; l’appétit cesse de se faire sentir, ainsi que tous les autres besoins; la nutrition est suspendue, la chaleur animale diminuée; lafi gure se décolore, les traitsse concentrent; le cerveau exclusivement occupé de l’objet de sa peine, ne peut en être distrait; les objets extérieurs sont comme s’ils n’existaient pas; aucun travail, aucune distraction ne sont possibles; le sommeil fuit les paupières de l’infortuné; s’il dort, il rêve à son chagrin; s’il parle, c’est de sa douleur, le seul soulagement qu’il puisse ressentir; une faiblesse extrême s’empare de ses membres, tout exercice devient impossible.

Si le chagrin persiste, une pâleur mortelle couvre le visage; les yeux deviennent caves, ternes, le regard est oblique et douloureux; les joues sont creusées, les pommettes saillantes; l’appétit est nul, la digestion languissante; l’acte de la réparation imparfait; une maigreur générale s’empare de tout le corps; le pouls est petit, serré, inégal, quelquefois fréquent, d’autres fois rare ; la respiration suspi rieuse et pénible, une douleur sous-sternale se manifeste, et souvent une toux sèche vient se joindre à ce triste

Page 1