‹ Cours elementaire d'hygiene (volume 2)Chapitre 86 sur 207 · DEUXIÈME PARTIE. in · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. in

à l’ambition. Cette passion produit des phlegmasies aiguës ou chroniques des viscères digestifs; elle engendre la mélancolie, la monomanie et la plupart des affections cérébrales. Rien n’est plus commun dans les maisons d’aliénés que les individus dont une ambition démesurée a tourné la tête ; ces malheureux se croient princes , empereurs, rois, et rien ne peut les distraire de leur erreur.

Le désir insatiable des richesses enfante l’avarice et l’amour du jeu , passions plus détestables et plus viles encore que l’ambition. Si le cœur d’un ambitieux est inaccessible aux passions généreuses, celui d’un avare ou d’iin joueur n’est capable que de bassesse et de turpitude. Ces passions honteuses exercent sur la santé des effets aussi funestes que l’ambition.

Pourquoi faut-il que nous soyions obligés de mettre à la suite de ces passions déshonorantes la plus belle, la plus généreuse dont le cœur humain puisse être enflammé? l’amour de la gloire, pour qui palpitèrent les grands hommes de tous les siècles , de toutes les nations, la gloire dont les Français naissent adorateurs ?

Les effets de l’amour de la gloire sur les viscères de la vie organique sont les mêmes que ceux de l’amour du pouvoir et des honneurs, c’est-à-dire que ces viscères languissent dans l’inaction. L’amant passionné de la gloire peut-il ne pas oublier tous les autres besoins? mais combien lame de celui-ci ne diffère-t-elle pas de celle de l’ambitieux ! Ouvert à tous les mouvemens généreux, il est prêt à sacrifier tout à cette

l'jÇ) COURS D HYGIÈNE.

divinité ; admirateur enthousiaste de tout ce qui est beau et bon , des larmes de bonheur baignent ses yeux à la vue, au récit d’une action sublime; une pensée noble l’enlève; un chef-d’œuvre le ravit. Léonidas mourant auxThermopyles le transporte; David peignant Léonidas partage cette extase. Comme les désirs précédons, celui de la gloire est insatiable; mais occasionnnant plus fréquemment de douces émotions, il exerce sur l'économie animale un pouvoir bien moins funeste. On ne saurait employer trop de moyens pour développer cette passion, mobile- des plus grandes actions, source des plus beaux ouvrages ; la santé même dut-elle en souffrir.

C. Amour de V ordre, de V égalité, de la liberté, de la patrie , de la société; amitié , philanthropie, bonté , bienveillance , pitié, théosophie, justice, reconnaissance , etc. Si l’état social porte des fruits amers, semblable à la culture, il en développe, il en fait naître de bien doux. S’il produit l’orgueil, la vanité, l’ambition, l’avarice, il produit aussi la plupart des passions vertueuses dont nousparlons.il pourra paraître étrange que nous fassions dériver ces passions naturelles de l’amour de soi; mais si nous désirons l’égalité pour tous, n’est-ce pas parce qu’une supériorité mal acquise nous paraît odieuse? Si nous voulons que tout le monde soit libre, n’est-ce pas dans l'espoir bien légitime de jouir de cette liberté? L’amour de la patrie n’est-il pas le désir de jouir des avantages que nous promettent l’indépendance, la supériorité, la gloire de notre pays, et la haine de la honte et des

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