DEUXIÈME PARTIE. j„
tourmens de la servitude ? L’amour de la société a-t-il une autre cause que les jouissances qu’elle nous procure . La tendre amitié elle-même n’est-elle pas encore un retour sur soi-même? N’est-ce pas soi qu on aime dans son ami? ne jouit-on pas de sa gloire et de ses succès? ne sem^le-t-il pas dans cet épanche ment mutuel d’affection que les peines soient partagées, que les plaisirs soient doublés? La pitié, la justice, la reconnaissance, n’avouent pas une autre origme.
Ces mouvemens délicieux de l’âme doivent être cultivés avec soin; ils sont le charme, l’ornement 1 honneur et le soutien de la société.
Ces passions ne sont pas moins utiles à celui qu’elles animent; elles contribuent puissamment à l’entretien de la santé. L’homme qu’elles émeuvent se sent agréablement agité. Il éprouve un bien-être inappréciable; un sentiment de force et de puissance; ses i joues sont légèrement colorées; son œil brille d’un vif éclat, sa tête est haute, son regard assuré sans insolence; ses pensées sont vives et rapides; ses mouvemens prompts et agiles; l’appétit est bon, la digestion aisee, l’hématose non moins facile; un sang vermeil et réparateur enfle les artères, et circule avec rapidité; la nutrition est active, et les attributs d’une santé parfaite ne tardent pas à distinguer celui qui sait éprouver de si nobles sentimens. Étonnante prévoyance de la nature, d’avoir attaché la satisfaction )a santé et le bonheur à la pratique des vertus utiles !
D. Faim, soif, besoins animaux. L’exercice de
17$ couns d’hygiène.
nos organes, avons-nous dit, entraîne des pertes; ces pertes entraînent le besoin de les réparer, ces besoins plus ou moins impérieux , inspirent des désirs plus ou moins vifs, des déterminations plus ou moins irrésistibles de la part de la volonté. Ces besoins se font principalement sentir sur différens points du canal alimentaire. La soif a son siège au pharynx, et la faim dans l’estomac. La perception de ces besoins a lieu par le cerveau, comme toutes les autres sensations qui arrivent à la conscience , qui sont perçues. Ces besoins satisfaits ou non satisfaits ont une telle influence sur l’encéphale (sur le moral), qu’ils font naître la crainte, la terreur, la colère, le désespoir, la rage, c’est-à-dire qu'ils changent totalement le caractère. D’un être doux et pacifique , ils peuvent faire un monstre cruel et sanguinaire. Preuve bien irrécu sable, sans doute, de l’influence immense que les vis cères exercent les uns sur les autres ; preuve irrécu sable de l’erreur où sont tombés ceux qui, comptant pour rien l’empire des viscères de la vie organique sur le cerveau, ont mis exclusivement dans l’organisation de celui-ci la cause du caractère.
La sensation de la faim, disons-nous, a son siège dans l’estomac ; un malaise de plus en plus intense s’y fait ressentir, et finit par devenir une douleur intolérable. Soit par l’effet de cette sensation pénible, soit par l’effet du défaut d’alimentation, le cerveau devient incapable d’attention et de travail; les contractions musculaires sent lentes, difficiles; une faiblesse, une lassitude générales, s’emparent de l'indi-