DEUXIÈME PARTIE. 1 8 I
une jeunesse éternelle, et la génération est la cause de cette merveille.
L’amour est la plus douce et la plus fougueuse des passions; il est la source des jouissances les plus vives et des maux les plus cuisans; c’est assez dire qu’il détermine dans notre économie les modifications les plus profondes.
Partage heureux de la jeunesse, l’amour naît et se développe avec les organes génitaux. Lorsque ceux-ci sécrètent un nouveau fluide dans l’homme , et sont devenus le siège de l’évacuation mensuelle chez la femme, l’amour les saisit, les embrase. Un penchant invincible attire les deux sexes l’un vers l’autre; des désirs d’abord vagues, indéterminés, une douce langueur, s’emparent de leurs sens; et bientôt, par l’effet du hasard , par celui d’un instinct particulier, ou d’une éducation précoce, les deux amans ont soulevé le voile de la nature et se sont enivrés à la coupe de la volupté.
Telle serait au moins la marche la plus naturelle de cette passion, si les convenances sociales ne venaient fréquemment l’entraver. Mais par le fait il est rare que l’amour ait une issue aussi favorable : cette jeune personne, victime d’une obéissance passive, est obligée de s’unira un être qu’elle abhorre, et de renoncer au doux objet de son amour. Cette autre adore sans espoir un amant qui la liait, ou la voit avec indifférence. Ah! que les lois de l’hymen voient rarement s’unir deux cœurs qui brident l’un pour l’autre. De là naissent deux différences importantes dans
îS a cours d’hygiène.
l'amour, relativement aux effets qu’il produit, l’amour
heureux et l’amour malheureux.
L’amour heureux ou seulement qui espère de l’être, répand dans toute l’économie une chaleur bienfaisante. L’incarnat du bonheur éclate sur le visage. Les traits sont animés, la bouche riante. Les yeux sont humides et brillans, le regard doux, vif ou langoureux; le timbre de la voix est suave et touchant; le cœur palpite à la vue ou à la seule pensée de l’objet aimé; le pouls est fréquent, élevé; la respiration développée, interrompue par des soupirs; les autres fonctions organiques redoublent d’énergie; il semble que la nature qui va procéder à la création d’un nouvel être, ait intérêt à développer tous les attibuts de la santé. Les facultés mentales participent à l’activité générale; tout amant a de l’esprit; les pensées sont riches, variées, le langage est éloquent et persuasif. Cependant si l’amour est violent, quoique heureux et partagé, le trouble et le désordre s’emparent de tous les organes; la circulation est inégale; la respiration anxieuse; la digestion suspendue; l’action des sens intervertie; une pensée unique occupe l’âme, rien ne peut distraire l’amant qui garde un silence profond. Interdit, immobile, il n’est occupé que de sentir. L’amant heureux oublie l’univers, peu soigneux de sa fortune et de sa gloire , il n’est sensible qu’au bonheur d’être aimé. Il est pourtant capable des actions les plus généreuses. L’amour ne donne pas seulement de l’intelligence, il peut inspirer l’amour de la gloire et de la patrie; il peut développer