‹ Cours elementaire d'hygiene (volume 2)Chapitre 90 sur 207 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

tous les talenset toutes les vertus. De quels efforts, de quels sacrifices n’est pas capable un cœur violemment épris? L’amour est un délire qui donne la force, le courage, le génie et la vertu à l’être faible, timide, stupide et vicieux , si celle qui le fait naître l’exige. L’ainour heureux entretient dans nos organes la plus parfaite harmonie.

Une cause aussi puissante a rappelé du monument bien des infortunés prêts à y descendre.

Tel n’est pas l’amour malheureux.

Une tristesse habituelle se peint sur le visage, le teint se décolore; les yeux ternes et languissans sont souvent humectés de larmes; une pensée exclusive domine l’esprit, et ravit à l’intelligence la faculté de s’exercer; les sens deviennent inutiles. Tout nuit, tout importune. Les membres brisés ne peuvent soutenir la moindre fatigue ; l’inaction et la solitude ont seules quelques charmes; le sommeil a fui pour jamais, ou s’il vient un instant fermer les paupières, il est accompagné du cortège des songes pénibles. La voix est plaintive et attendrissante. Les alimens n’ont plus de saveur, la digestion est suspendue. La circulation inégale, petite, irrégulière; la respiration suspirieuse; une douleur habituelle opprime la région précordiale. Une maigreur générale s’empare du malheureux dont l’existence peu à peu consumée, se termine enfin avec sa douleur. Si nous voulions évoquer les victimes de l’amour, elles se présenteraient en foule. Pindare, qui le chanta si bien, périt sous ses coups. La Vénus de Sienne mourut subitement de

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douleur au départ du comte Curiale, son amant. J. J. Rousseau raconte qu’une jeune personne douée d’une imagination et d’une sensibilité très - vives , ayant lu Télémaque, s’enflamma pour un être idéal dont ce roman lui avait présenté l’image, et finit par tomber dans un chagrin mortel qui la conduisit au tombeau. La même cause peut produire la mélancolie, l’hypocondrie, l'hystérie, l’épilepsie, la manie une foule d’autres affections. L’exemple du Tasse est connu de tout le monde ; et notre hospice contient une multitude d’aliénés et d’épileptiques dont les maladies ne connaissent pas d’autre cause.

L’amour n’offre pas le même caractère ni le même degré de violence chez tous les individus, et dans toutes les circonstances.

Doux, tendre et heureux, il est le présent le plus précieux que le Ciel ait fait aux hommes; il entretient la santé, il embellit l’existence. Violent, il peut causer subitement la mort. Un soldat amoureux d’une fille, lui avait donné un rendez-vous la nuit: comme elle tardait à venir, il se lève à la hâte pour aller -à sa rencontre. Du moment qu’il l’aperçoit; il se précipite vers elle, et, l’embrassant avec transport, il jette un cri de douleur et expire. Un jeune homme épris d’une violente passion pour mademoiselle Gaussin, vint un jour se jeter à ses pieds, et y expira d’amour et de plaisir. L’amour violent, sans causer la mort, a produit souvent des accidens graves. On raconte qu’un jeune homme qui était assis à table à côté d’une jeune veuve aimable, en reçut une si vive iinpres-

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