DEUXIÈME PARTIE
est le mouvement de lame le plus véhément, le plus impétueux. Sous le rapport de la morale publique, c’est la passion la plus funeste qui puisse dominer l’homme. La vengeance, le meurtre, le poison, l’incendie, les guerres, le carnage marchent à sa suite : l’injure, l’outrage, la calomnie l’accompagnent. Certes, s’il est une passion que l’on doive chercher à dompter, c’est la colère; elle est aussi funeste à celui qu’elle maîtrise, qu’à ceux contre lesquels elle est dirigée. Elle donne naissance à toutes les maladies; et produit souvent la mort.
La colère est presque toujours le résultat d’une blessure de l’amour-propre, d’un obstacle opposé à nos désirs. Elle a pour but de nuire à qui nous offense ou nous contrarie. Le sentiment de la justice , de l’équité, nous enflamme quelquefois de courroux, lorsque nous les voyons outragées par des méchans. L’indignation s’empare de nous lorsque nous voyons accabler le faible par le puissant, et plus d’une fois la pitié a fait naître la colère dans un être faible et sensible.
Cette passion paraît donc être une passion secondaire, et dépendre des autres passions non satisfaites.
La colère a des degrés; elle varie selon l’intensité de la cause qui la produit. Elle est loin d’être la même dans tous les âges, dans tous les sexes, dans toutes les constitutions, dans tous les climats, dans tous les pays, etc. On doit cependant avouer, relativement à ces observations générales, qu’il n’est rien de bien
t 88 çolrs d’hygiène.
constant . Quoique les jeunes gens soient en général faciles à irriter, il en est beaucoup de très-calmes. L^i même reflexion s’applique aux sexes; et si les habitans du Midi sont plus irascibles que ceux du Nord, il ne faut pas oublier que Pierre le Grand fut emporté, et Titus pacifique. La colère se manifeste par des signes différens: chez l’un, le visage se gonfle et rougit, l’œil s’enflamme, étincelle, semble sortir de l’orbite; les veines du col se gonflent, le cœur bat avec violence, la respiration est accélérée, la voix rauque, forte, entrecoupée; la parole difficile ou exubérante; l’écume sort de la bouche, avec les cris, les menaces, les blasphèmes et les imprécations; la force musculaire est centuplée. L’objet seul de la colère occupe; toutes les autres fonctions sont suspendues. Chez l’autre, un frisson général parcourt les membres; la pâleur s’empare de la face, les yeux sont fixes, immobiles ; les mâchoires serrées; l’individu ainsi dominé garde un silence terrible; il tremble, et quelquefois s’évanouit; son pouls est petit, serré, fréquent, sa respiration difficile et suffocante;il semble méditer la ruine de celui qui l’outrage.
Dans ce bouleversement de toute l’économie , tous les viscères peuvent être altérés et troublés dans leurs fonctions. L’on a vu les artères et le cœur devenir anévrysmatiques, et se rompre; la respiration est quelquefois convulsive; la salive est sécrétée en abondance, et parfois, dit-on, viciée dans sa composition; on prétend qu’elle a pu communiquer la rage. L’influence de la colère sur le foie est telle que beau-