DEUXIÈME PARTIE. I
coup d’auteurs ont pensé qu’elle y avait son origine. La bile est sécrétée abondamment, et rien n’est plus fréquent que les vomissemens bilieux, et les déjections de même nature pendant les accès de colère. Un maître d’école allait à la selle toutes les fois que ses écoliers le contrariaient. L’ictère survient fréquemment à la suite de cette cause. L’hépatite n’est guère plus rare. La folie, l’épilepsie, les convulsions, l'apoplexie, la céphalite, le mutisme, toutes les maladies nerveuses peuvent être le résultat de la colère. La femme de Nàusimène, athénien, devint muette pour toujours à la suite d’un emportement. Cette passion produit aussi des hémorrhagies par le nez , par les yeux et par les oreilles, par les mamelles, par la peau; la pleurésie, la péripneumonie, la phthisie, ont été la suite d’un emportement. M. Tartra cite l’exemple d’un homme dont un œil devint cataracté après un mouvement de fureur.
Yenceslas, Sylla, Valentinien, Nerva moururent de colère. Albinus rapporte qu’un enfant à la mamelle mourut pour avoir tété sa mère peu de temps après qu’elle s’était mise en colère. Il lui survint des hémorrhagies par les yeux, les oreilles, le nez, la bouche, l’anus, peu de temps avant la mort. L’altération du lait ne peut être ici révoquée en doute. Cet exemple n’est pas unique.
La colère a quelquefois fait disparaître certaines affections : la paralysie a disparu dans un accès de fureur; un muet, disent les actes de Copenhague, recouvra la parole. Cette passion a été regardée
igo cours d’hygiène.
comme un moyen excitant et recommandé comme tel parHippocrate et Bacon , dans les maladies chroniques et atoniques. Quelque irrévérence qu’il puisse y avoir, nous croyons ce moyen trop dangereux pour partager l’opinion de ces grands hommes. L’œdème, l’hydropisie, l’atrophie, les scrofules, la goutte, le rhumatisme, l’aménorrhée ont disparu , dit-on, après des accès de colère. Les mouvemens qu’elle excite sont trop impétueux, trop puissans pour que ces exemples ne soient pas vraisemblables; mais il y aurait plus que de la témérité à tenter un pareil remède.
Une foule de circonstances peuvent empêcher un individu de devenir irascible; et l’éducation est toute puissante pour cela. L’homme qui réfléchit sur luimême, dans le calme et dans la retraite, finit par modérer et même dompter entièrement les mouvemens impétueux de colère. Socrate, Zénon, Caton, César lui-même et Auguste, gens qu’on n’accusera pas d’impassibilité, étaient parvenus à vaincre leur penchant à la colère , et ce ne fut pas une cause légère de la supériorité qu’ils acquirent sur leurs contemporains. Une bonne direction, imprimée par un instituteur ou par des parens habiles, à l’irritabilité d’un enfant, peut le soustraire aux funestes effets de la colère. Si elle dépend, comme on ne saurait en douter, de l'organisation, il est certain que ce penchant peut être développé ou détruit par une éducation convenable. Les divers moyens de l’hygiène ne doivent pas être négligés, nous en parlerons incessamment.