‹ Cours elementaire d'hygiene (volume 2)Chapitre 94 sur 207 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

La haine est, pour ainsi dire, une colère chronique. Elle ne produit pas des résultats aussi promptement funestes que la colère ; mais celui qui l’éprouve ressent tous les effets immédiats et consécutifs de la douleur morale.

Quoique la haine et la colère soient des passions funestes; il est cependant des cas où elles sont nécessaires. Malheur à celui qui ne ressentirait pas vivement un outrage! malheur surtout à celui que l’injustice, la cruauté, l’esclavage, le vice et le crime n’enflammeraient pas de fureur! Toute la philosophie consiste donc à imprimer aux passions une direction convenable.

G. Courage. Le courage nous a été donné pour repousser les agens destructeurs qui nous assiègent, pour nous soustraire avec avantage «à leurs attaques, ou pour vaincre des obstacles qui s’opposent à l’accomplissement de nos désirs.

Le courage est-il dû à un organe particulier ? Le courage est-il le résultat de l’organisation générale? S’il est dû à un organe particulier, qu’on place dans le cerveau , il faut avouer qu’aucune partie de l’encéphale n’est plus susceptible que celle-là d’être impressionnée par l’état des autres viscères de l’économie animale. Un individu a-t-il fait un bon repas, bu abondammentd’un vin généreux? il est audacieux , entreprenant, il ne connaît aucun danger, aucun obstacle; le même individu a-t-il resté long-temps sans manger a-t-il éprouvé des évacuations abondantes? Il est craintif, pusillanime. Il faut avouer

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que c’est un organe singulier que celui qui change ainsi du blanc au noir, selon l’état des autres viscères. L’individu est-il bien portant, un sang riche, et réparateur, excitant, circule-t-il dans ses veines, y est-il continuellement entretenu par une alimentation généreuse? il est ferme, inébranlable, courageux. Est-il malade, pauvre, mal nourri? sa fermeté, son courage l’abandonnent. L’organe du courage s’en va ou revient suivant ces circonstances !

Certainement un sang réparateur , excitant, fortement projeté par un cœur vigoureux, des fonctions organiques actives, sont la meilleure disposition au courage : cependant il est des objections trèsfortes à opposer à cette assertion. Un homme grêle et faible de corps est quelquefois très-courageux; nous avons vu des Français très-débiles, être des héros. Nous voyons souvent des hommes d’une stature colossale et athlétique être de lâches Thersites. Mais je pense que ce ne sont là que des cas rares et exceptionnels, et qu’il est vrai de dire qu’en général le courage est le sentiment de ses forces. Après cela , ce sentiment est dans le cerveau comme tous les autres sentimens possibles ; mais on voit de quoi il dépend , à quoi il est subordonné.

On a distingué plusieurs espèces de courages, l’un impétueux, irréfléchi, qui méconnaît le danger; l’autre plus calme, le reconnaît et le méprise. Le premier est le courage du soldat, l’autre est celui du héros. Ce dernier dépend plus du cerveau que le premier; c’est l’amour de l’honneur, de la gloire,

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