DEUXIÈME PARTIE. IÇ
de la patrie; c’est l’amour, c’est l’amitié qui le développent; le premier est davantage sous l’influence des viscères de la vie individuelle. Les grandes passions, l’éducation développent l’un, la nature a plus fait pour l’autre.
De quelque disposition que dépende le courage, il est presque toujours le signe d’une heureuse organisation, soit qu’on le regarde comme effet, soit qu’on le considère comme cause. — Il ne faut cependant pas confondre avec le courage l’espèce d’insensibilité, d’impassibilité inhérente à certaine constitution telle que celle qu’on désigne sous le nom de lymphatique.
Le courage donne la faculté de résister aux causes de destruction , même à celles qui agissent insensiblement, telles que les maladies contagieuses. On a dit avec raison qu’il était un sûr préservatif de ces affections. Et lorsqu’elles sont développées, il est encore la condition la plus heureuse pour leur guérison. Il est rare qu’un individu courageux en soit frappé, et plus rare encore qu’il en périsse. L’homme qui craint la mort, au contraire, succombe presque toujours. Pendant la retraite de Moscow, j'ai vu un Romain, élève en médecine, contracter le typhus; dès le premier jour, cet Italien pusillanime, s’écria d’une voix sépulcrale : « Signore , son' perduto....son' perduto....Y.n effet il mourut sous peu de jours, malgré tous les secours de l’art. Il n’est pas inutile de dire que sur quarante individus que nous eûmes à soigner de cette maladie, trois seulement succombèrent. Cette crainte de la mort était-elle le résultat de
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la conscience de sa faiblesse, et cette faiblesse, la eause de l’issue fatale de la maladie; ou bien cette crainte a-t-elle modifié l’organisme d’une manière tellement fâcheuse qu’elle a empêché la résolution de la maladie; c’est ce qu’il est difficile d’établir d’une manière incontestable.
L’homme courageux a ordinairement le pouls fort, développé, il respire librement; la digestion et l’absorption interstitielle, la nutrition, les sécrétions s’exécutent avec énergie et régularité; la chaleur est vive, le teint animé, la démarche et le regard assurés; l’espérance est dans son cœur, aucune inquiétude ne le trouble; le sommeil vient régulièrement reposer ses sens; on conçoit que cette disposition doit empêcher de contracter la plupart des maladies, et favoriser singulièrement leur résolution lorsqu’elles existent : cette activité des fonctions donne plus d’empire à nos ressources thérapeutiques; elle est elle-même un excellent remède préservatif et curatif.
Beaucoup de causes développent ou diminuent le courage. Je suppose un moment que l’organisation première soit la même dans les individus. Si l’un est soumis à un régime tonique et réparateur ; s’il se nourrit de viandes succulentes, s’il fait usage d’un vin généreux , d’épices , d’assaisonnemens , cet individu sera plus courageux que celui qui ne se nourrira que de laitage et de végétaux herbacés. Les climats et les saisons n'auront pas une influence moindre sur le développement de cette disposition : un Européen a toujours eu plus de courage qu’un Asiatique. L’abon-
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dance pius ou moins grande des évacuations doit être mise en ligne de compte. Mais l’éducation est on ne peut plus puissante pour former le courage. Nous savons comment les Lacédémoniens et les premiers Perses devenaient des héros; et n’avons-nous pas vu de nos jours, des conscrits craintifs et timides, tremblans au premier feu, s’aguerrir au point, non-seulement de braver la mort, mais de ne plus recevoir la moindre émotion de l’appareil de guerre le plus terrible, le plus formidable? Les religions, les gouvernemens sont plus ou moins propres à atteindre ce but.
H. Peur , frayeur, effroi , horreur , terreur, etc. Le désir de la conservation est tellement empreint dans l’àme , que dès que l’on a la conscience que quelque danger menace , on éprouve un sentiment particulier qu’on nomme peur. Ce sentiment a différens degrés; il varie depuis le simple mouvement de surprise, de timidité, jusqu’à la terreur, et dans ces divers degrés il détermine dans l’organisme des effets différens. L’homme est plus ou moins susceptible des impressions de la peur, suivant qu’il se trouve dans différentes circonstances. Ces circonstances sont précisément opposées à celles qui développent le courage. C’est pour cette raison que M. Gall fait consister la peur dans le peu d’activité du sens du courage. Mais M. Spurzheim en fait une affection particulière du sens de la circonspection. — Je suis loin d’être convaincu que la peur soit due à un organe particulier qui ait son siège dans le cerveau, qu’il soit négatif ou positif; mais à sup-
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poser que cet organe existât, on ne pourrait se dissimuler qu’il ne fût totalement sous la dépendance de l’organisation entière. Sur l’enfant , sur la femme , sur les êtres frêles et délicats, la peur exerce un empire puissant. Tous les individus affaiblis sont sujets à cette affection; les exceptions sont fort rares. De la vient que l’état de maladie, un régime débilitant, une saison, un climat mous et relâchans; l’usage des bains tièdes , des évacuations sanguines et autres ; le sommeil prolongé, le luxe, la mollesse, les plaisirs de tout genre , et surtout les plaisirs de 1 amour, l'inaction , l’ignorance , la superstition sont des sources de faiblesse et de lâcheté. Les peuples qui sont soumis à ces causes ont toujours été vaincus par ceux que dirigeaient des: mœurs opposées.
C’est par les sens que la peur se communique; c’est donc sur l’encepliale que son action se fait sentii d’abord. Chez l’homme qui a peur, la sensibilité est constamment augmentée, les sensations sont plus vives; la vue et l’ouïe fixés sur tous les objets d’alentour semblent y chercher quelque nouveau sujet d’alarmes ; les yeux sont fascinés au point de se laisser tromper par les apparences les plus frivoles, et l’oreille est frappée du bruit le plus léger; l’esprit grossit les objets, et leur prête les formes les plus extraordinaires; le jugement totalement égaré ne les apprécie plus à leur juste valeur; la voix est altérée, la parole embarrassée, quelquefois impossible. Le cœur bat avec force , le pouls est fréquent , et souvent irrégulier, la respiration est couitc et