‹ Cours elementaire d'hygiene (volume 2)Chapitre 96 sur 207 · DEUXIÈME PARTIE. IQ · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. IQ

précipitée; l’homme qui a peur cherche à retenir son haleine dans la crainte de se trahir; la digestion est suspendue; les sphincters venant à se relâcher, il survient des évacuations involontaires d’urine et de matières fécales; ces matières sont mal élaborées. La face rougit ou pâlit , un frisson général circule de la tête aux pieds, les bulbes des poils se hérissent, les cheveux se dressent sur la tête , les yeux sont fortement ouverts et hagards, les sourcils dirigés en haut, la peau du front ridée et couverte d’une sueur froide; les traits de la face sont tirés et décomposés. L’homme fait effort pour fuir le danger qui le menace; la force musculaire l’abandonne. Un degré de plus produit la frayeur caractérisée par un développement extraordinaire de force et d’énergie. Dans cet état, l’homme pousse des cris perçans , s’agite, déchire, renverse tout ce qu’il rencontre; il ne voit, il n’entend plus rien; il se jette au travers du danger qu’il ne reconnaît plus, sa raison est totalement égarée.

Lorsque la terreur s’empare d’un individu, il semble que la foudre l’ait frappé ; il tombe insensible sans parole, sans pouls, sans haleine; ou bien il reste immobile et glacé , les yeux fixes et égarés. Ces divers degrés sont produits par la différente intensité des causes déterminantes et par la susceptibilité plus ou moins grande des individus.

Une foule de maladies et la mort même peuvent être le résultat de ces affections. Les syncopes , les palpitations, les anévrysmes, les convulsions , la pa

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ralysie, l'épilepsie, la manie, la mélancolie, l’hydrophobie, l’apoplexie, la catalepsie, les spasmes de toute espèce; les phlegmasies, les hémorragies ont été produites par elles. Marcellus Donalus rapporte ( de Medicince historid, page 118) qu’un enfant tomba mort au milieu d’un champ, pour avoir vu de grand matin , pendant que les ténèbres n’étaient pas entièrement dissi pées, deux personnes vêtues de noir à côté de lui.

Vanderwiel nous a transmis l’observation peu croyable d’un écartement des pariétaux occasioné par la peur. Zacutus Luzitanus assure qu’un enfant qui se baignait dans la mer fut tellement effrayé d’un coup de canon qu’on tira sur un vaisseau, qu’il mourut en un quart d’heure d’une attaque d’apoplexie. Tissot rapporte qu’un paysan , ayant rêvé qu’un serpent s’était entortillé autour de son bras, resta depuis sujet à un mouvement convulsif de ce membre; mais le rêve n’était-il pas ici le résultat du changement organique qui s’opérait dans le cerveau? Van-Swiéteu cite un exemple analogue. Un homme, éveillé par un coup de tonnerre, s’imagina que sa maison était en feu; il eut depuis cette époque un tremblement de tout le corps. L’épilepsie est peut-être la maladie la plus fréquemment produite par la peur; en interrogeant les épileptiques de la Salpêtrière, nous nous sommes assurés qu’un grand nombre reconnaissait cette cause. Une jeune dame qui avait la voix très-belle la perdit tout à coup pour avoir vu une araignée sur ses vêtemens. Skenckius, cité par di-

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vers auteurs , dit que le sang sortit par toutes les ouvertures du corps à une religieuse effrayée de se voir entourée de soldats ennemis qui avaient l’épée nue , et qu’elle en mourut la même nuit. Le même auteur rapporte que les cheveux blanchirent entièrement , dans une nuit, à un jeune homme qui venait d’être condamné à mort. J’ai vu deux femmes dont la peau était subitement devenue noire , la première après avoir été condamnée à être pendue, la seconde en voyant se précipiter par la fenêtre sa fille et ses deux petits enfans. L’on ne finirait pas si l’on voulait transcrire tous les exemples des funestes effets de ces passions. Mais ces effets ne sont pas toujours fâcheux; ils ont été quelquefois avantageux dans le traitement des maladies. Je ne citerai pas le trait fameux de Boerhaave qui guérit, au moyen de la peur, une épilepsie imitative qui régnait dans l’hôpital de Harlem. On raconte qu’au tremblement de terre de Lisbonne des paralytiques recouvrèrent le mouvement. Salmuth dit qu’un goutteux fut tellement effrayé de voir un cochon entrer dans sa chambre, et manger un cataplasme qu’il avait encore sur le pied , qu’il fut guéri radicalement. Les auteurs citent plusieurs faits semblables; on ne doit y ajouter qu’une foi médiocre. Mais ces faits pourraient engager à se servir de ce moyen dans le traitement de quelques maladies nerveuses désespérées.

Nous avons vu que la manière de vivre rendait les hommes plus ou moins susceptibles de peur. On conçoit dès lors qu’en modifiant ce régime d’une certaine

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manière on puisse détruire totalement cette disposition. L’exercice, les travaux pénibles, l’habitude de braver la douleur, l’intempérie des saisons, les dangers de toute espèce, et surtout l’éducation bien dirigée rendent insensible à la peur. C’est principalement dans la première enfance qu’il importe de ne pas faire naître cette disposition. Rien n’est plus capable de la développer que les contes effrayans dont on berce leur esprit encore débile. Ces contes de voleurs et de revenans laissent dans l’esprit une empreinte ineffaçable. A peine est-il nécessaire de leur signaler le danger, l’instinct de la conservation saura bien le leur faire découvrir. Lorsque l’enfant aura quelque crainte chimérique, il faudra s’efforcer de la surmonter; mais ce ne sera pas par des exhortations ou des réprimandes; il faudra affecter devant lui de s’exposer à ce prétendu danger, sans avoir l’air de vouloir lui faire une leçon; bientôt il s’habituera lui-même à l’idée de ce danger, et surmontera sa répugnance pour ainsi dire sans efforts.

Nous pourrions ajouter ici la description des effets produits par d’autres passions; mais, comme elles offrent toutes avec celles que nous avons décrites des points nombreux de ressemblance, nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire d’en tracer le tableau.

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