‹ Cours elementaire d'hygiene (volume 2)Chapitre 97 sur 207 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

§ IV. De la manière de diriger , d'exciter ou de diminuer les passions , ou moyens de V Hygiene qui agissent sur les passions et V intelligence.

Toutes les sciences ayant pour but le bonheur de l’homme sont sœurs; elles se tiennent par des liens indissolubles; mais ces liens sont encore plus étroits entre la médecine et la philosophie. Pour peu qu’on ait prêté d’attention à ce qui a précédé, on aura dû voir que la connaissance des phénomènes intellectuels dépendait de la connaissance de l’organisation, dont l’étude est la pierre fondamentale de la médecine; on aura dû voir que les penchans, les passions et les affections, étant dus à l’organisation, leur connaissance dépendait aussi de cette étude. On aura dû voir que ces phénomènes exerçaient sur le système entier de l’économie animale un pouvoir immense, au point d’en altérer et même d’en briser les ressorts. Nous avons même fait entrevoir par quels moyens on pouvait développer, réprimer ou détruire les affections morales : or, tous ces objets sont du domaine de la morale et de la philosophie, et sont inséparables de la médecine. Si les facultés mentales et affectives dépendent de l’organisation, comme il est impossible d’en douter, nous avons en nos mains mille moyens de les modifier à notre gré. Les agens de l’hygiène sont si puissans sur l’organisme, qu’ils peuvent le changer totalement. Le cerveau étant soumis à cette puissance, comme tous les autres viscères

couks d’hygiène.

de l'économie, verra son action augmentée, diminuée, abolie même par ces agens, dont le médecin est maître de disposer.

L’action seule des alimens est tellement puissante, qu’elle va jusqu’à changer la texture originelle des organes, lorsqu’elle est dirigée convenablement. La faculté d’opérer des mutations aussi profondes, a fait naître le juste espoir de modifier le moral de l’homme aussi facilement que le physique. Galien avait déjà avancé dans ses écrits qu’il rendrait, par le seul choix des alimens, un homme sage, prudent, habile, courageux, chaste, ou lui imprimerait les vices opposés; et Cabanis a mis ces vérités hors de toute contestation, dans son beau Mémoire de V Influence du régime sur les dispositions et les habitudes morales. Par le mot de régime , l’auteur de l’ouvrage Des rapports du physique et du moral de V homme n’entend pas seulement l’emploi systématique ou fortuit des alimens et des boissons, il entend par ce mot l’ensemble des habitudes physiques; mais c’est avec sa profondeur ordinaire qu’il expose la manière d’agir des substances qui servent à notre réparation.

Sans entrer ici dans des détails qui nous entraîneraient dans de fastidieuses répétitions, ne savons-nous pas qu’une abstinence complète et long-temps prolongée conduit au délire? ne savons-nous pas que l'usage exclusif de certaines matières nutritives imprime à l’organisme des altérations profondes auxquelles l’encéphale ne saurait se soustraire? N’avonsnous pas vu que la diète végétale et lactée , que les

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