‹ Cours elementaire d'hygiene (volume 2)Chapitre 98 sur 207 · DEUXIÈME PARTIE. To · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. To

substances acidulés et les substances grasses, diminuaient l’activité de la plupart des viscères de la vie organique, et par suite celle du cerveau; que chez les personnes soumises à l’alimentation rafraîchissante ou relâchante, la sensibilité générale était diminuée, les impressions extérieures moins vives, que ce régime réprimait les passions, rendait le caractère doux; mais que l’intelligence perdait de son activité; que les individus qui vivaient sous son empire étaient peu capables des inspirations du génie , qu’ils étaient en général lourds et paresseux, mous et sans vigueur. Ne savons-nous pas que les chefs de sectes et de religion ont mis à profit ces observations pour se rendre maîtres plus absolus des malheureux courbés sous leur joug, en comprimant l’essor de la pensée, l’activité des désirs , l’énergie de la volonté.

L’histoire de quelques ordres religieux ne permet pas de douter que l’intention de leurs fondateurs ne fut d’affaiblir leurs sujets en leur interdisant l’usage de la chair. Quelques-uns plus rigoureux avaient défendu le poisson. Bien plus, ils sont allés jusqu'à prescrire des saignées habituelles pour atteindre plus sûrement leur but; saignées qu’ils répétaient plus ou moins, selon l’exigence des cas; ce qu’ils appelaient amoindrir le moine, minuere monachum. Cette pratique barbare était nécessaire pour apaiser les révoltes et les séditions, toujours près d’éclater dans les cloîtres. L’habitude de la contemplation, la vie oisive de ces malheureux esclaves, les regrets du passé, le désespoir de l’avenir, faisaient fermenter leur tête,

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exaltaient leurs passions; et les personnes familières avec l’intérieur de ces tombeaux des vivans , n’ignorent pas que les inimitiés, les haines particulières y étaient continuellement en présence , et que les supérieurs étaient souvent menacés du poison ou du fer. Dom Masson , dans les Annales des Chartreux , rapporte que Guignes, qui gouverna l’ordre depuis 1109 jusqu’à 1 136, faisait saigner ses moines cinq fois par an , minuimur in anno quinquies, sans quoi ces infortunés devenaient la proie de fureurs et de délires , sources des scandales les plus dégoûtans.

Tous les mouvemens organiques sont accélérés par une alimentation tonique et réparatrice , et le système nerveux profondément impressionné par l’habitude de ce régime , redouble d’énergie et d’efforts. L’homme qui se nourrit ainsi est doué d’une intelligence rapide , d’une imagination vive et brillante ; enclin à l’amour , il est en même temps plus susceptible d’ambition, d’audace, de colère, et de courage. Les organes moteurs participent à cette énergie, il est agile et vigoureux. « Il y a certainement, dit Cabanis, une grande différence entre les hommes qui mangent de la chair et ceux qui n’en mangent pas. Les premiers sont incomparablement plus actifs et plus forts. Toutes choses égales d’ailleurs, les peuples carnivores, ont dans tous les temps été supérieurs aux peuples frugivores , dans les arts qui demandent beaucoup d’énergie et beaucoup d’impulsion. Non-seulement ils sont plus coura-

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