DEUXIÈME PARTIE. »o
geüx à la guerre, mais ils déploient en général, dans leurs entreprises, un caractère plus audacieux et plus obstiné. »
Les alimens d’une digestion difficile, qui occupent long-temps l’estomac , nourrissent beaucoup sans stimuler, une nourriture lourde et grossière -, telle que la prennent habituellement certains peuples, en déterminant sur le ventricule et sur les organes de la nutrition une action pour ainsi dire permanente, ne permettent pas aux organes des sens et de l’intelligence de se développer beaucoup. Cette nourriture grossière diminue donc l’action du cerveau, c’est-à-dire la sensibilité; elle enlève à la mémoire son assurance, à l’imagination sa fraîcheur, au jugement son exactitude, à l’intelligence , en un mot, la liberté de ses opérations. L’apathie, l’insensibilité, sont la conséquence de cette alimentation long-temps soutenue. Les orages des passions, leurs peines et leurs plaisirs sont également ignorés de ces peuples indolens et paresseux.
Si de ces considérations nous passons à l’examen des modifications que les boissons peuvent faire subir à l’encéphale , nous sommes frappés des effets qu’elles produisent sur ce viscère. Ces effets, plus prompts et plus rapides sont plus facilement appréciés.
L’eau et les boissons aqueuses ne déterminent sur la membrane muqueuse de l’estomac aucune irritation qui puisse se propager vers le cerveau; seulement , lorsque la soif se fait sentir , elles apaisent
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cette sensation pénible et procurent un bien-être inexprimable. Absorbées, elles étendent, délayent le sang dans toute la force du terme, et diminuent son action excitante générale; de manière que ce stimulus de tous nos viscères les arrose sans les exciter. Le cerveau qui le reçoit languit alors dans l’inaction. La sensibilité est faible, les sens engourdis, l’intelligence obtuse, les passions peu énergiques ; l’homme abstême sent peu, désire peu, agit peu; mais ces effets sont d’autant plus sensibles , que l’on passe de l’usage des boissons fermentées à l’usage exclusif de l’eau ; car si l’habitude de cette dernière boisson est contractée de longue main, son influence est, pour ainsi dire, inappréciable.
Les boissons stimulantes, surtout celles dont l’alcohol fait la base, produisent des effets tellement sensibles qu’il suffit de les énoncer. Nous avons déjà tracé les effets de l’ivresse, et personne n’osera, je pense, révoquer en doute l’influence directe des alcoholiques sur l’encéphale. Pris modérément, le vin active la circulation, stimule le cerveau , donne aux sens une vivacité remarquable, éclaircit les idées, enfante d’heureuses saillies, inspire des conceptions riantes. Bacchus pourrait disputer à Apollon le sceptre des beaux-arts; plus d’un peintre, plus d’un poète lui doivent leurs chefs-d’œuvre. Il donne la conscience d’une force supérieure, accroît l’énergie musculaire, double, triple enfin le sentiment de i’existence. Aussi les peuples qui habitent les pays vignobles, accoutumés à ces douces impressions, sont-