PREMIÈRE PARTIE. 5g
père; elle ne consiste pas seulement dans le passage du sang à travers le poumon , mais bien dans la conversion du sang veineux en sang artériel. D’après cette définition adoptée par Cabanis , admise aussi par M. Magendie, il est de toute évidence que l’une des deux fonctions ne saurait exister sans l’autre. Si, par une construction organique primitive congéniale ou par l’influence de l’habitude et du régime, ces deux appareils présentent un développement remarquable, il en naîtra un mode particulier d’organisme. L’individu qui en sera doué aura pour attributs physiques une poitrine large, développée, médiocrement chargée d’embonpoint, et renfermant de vastes poumons. Les mouvemens de la respiration seront grands et faciles; un cœur volumineux imprimera au sang une marche rapide; le pouls sera développé, vif et régulier, la taille sera avantageuse, les formes offriront la plus belle régularité, les contours seront arrondis , la physionomie animée, le teint vermeil; les cheveux blonds ou châtains, la peau blanche et douce au toucher, parsemée de veines bleuâtres, légèremeut saillantes. La faim et la soif seront médiocres; la chaleur animale, qui paraît dépendre en grande partie de l’activité de la respiration et de la circulation , sera grande ; par une conséquence bien naturelle les sécrétions seront abondantes; car, si la circulation est rapide, il passera dans un temps donné une plus grande quantité de sang dans les organes glanduleux, et leurs sécrétions en seront nécessairement augmentées, si, comme il paraît indubitable, le sang est le véhicule des maté-
riaux des sécrétions. C’est par la même raison que la peau sera chaude et halitueuse, les membranes lubréfiées.
Chez l’homme ainsi constitué l’encéphale et ses dépendances présentent ordinairement un développement, une activité remarquables; les extrémités sentantes s’épanouissant dans un réseau celluleux, légèrement imbibé de sucs, reçoivent des impressions rapides, faciles et vives et partant variées et fugitives. La contractilité, qui dépend du meme système, sera douée de la même aisance, d’où résulteront la promptitude et la grâce des mouvemens, exécutés d’ailleurs par des muscles bien développés formés de fibres souples et agiles. De cet état général d’énergie de toutes les fonctions, naîtra un sentiment délicieux de bien être; la bonté, la bienveillance, la douceur, la gaieté distingueront l’homme de cette complexioo. Sa mémoire sera heureuse, son imagination vive et brillante; mais l’esprit manquera de force et de profondeur. La conception étant facile, il sera peu capable de méditations profondes; jamais il n’acquerra d’érudition. C’est l’esprit des beaux-arts. Emporté dans les plaisirs, la table, les femmes, le luxe, la chasse feront ses délices. Il n’éprouvera jamais que des goûts ardens mais fugitifs. L’inconstance, la légèreté, l’étourderie seront son partage. Le chagrin qu’il ressentira vivement ne laissera sur son âme mobile que des traces peu durables. Il sera bercé durant son sommeil par des rêves enchanteurs. En somme ces individus sont les pl us heureux et les plus aimables des hommes.
PREMIÈRE PA.RTIE. Gl
Leurs maladies se ressentiront de leur constitution organique, elles seront violentes et rapides dans leur marche, et souvent terminées par une heureuse résolution. C’est surtout chez eux qu’il ne faut qu’aider les efforts salutaires de la nature. Ces maladies éminemment aiguës sont ordinairement des inflammations ou des hémorrhagies; ils n’éprouvent de maladies chroniques, que hypertrophies du cœur. Cette constitution ne se conserve pas dans toute sa pureté en avançant en âge. La main du temps qui s’appesantit sur nos têtes ne tarde pas à troubler une si parfaite harmonie : quelques êtres privilégiés continuent de jouir de cette organisation sans mélange, jusqu’à un âge assez avancé; mais elle n’est en général que l’apanage heureux de la jeunesse.
Les effets dont nous venons de tracer le tableau, ne sont pas seulement produits par la prédominance des organes de la circulation et de la respiration. Les fluides jouent un rôle trop important dans notre économie pour que nous ne devions pas tenir compte de leur influence. Le sang doit donc être abondant , rouge, écumeux , vermeil, concrescible, riche en matériaux réparateurs pour que les phénomènes que nous venons dedécrire aient heu. Vainement serait-on doué d’énorines poumons et d’un cœur volumineux, si ces organes n’agissent que sur un fluide ténu , séreux et décoloré. La scène change complètement. Il faut donc qu’un régime alimentaire nourrissant, que l’usage d’un vin généreux, d’un air pur, d’un exercice modéré, que des excrétions peu abondantes entre-
62 cours d’hygièive.
tiennent dans nos vaisseaux, un sang doué de qualités convenables. L’influence de ce fluide est telle que lui seul peut imprimer à la constitution le caractère que nous venons de lui attribuer, et que lui seul aussi peut la changer au point qu’elle présentera un caractère opposé. INous verrons plus tard quelles ressources la nature a mises en nos mains pour produire ces importantes modifications.
DEUXIÈME SECTION
Des constitutions dues a la prédominance des appareils qui exécutent les Jonctions animales
§ I. — De la constitution où domine V encéphale et ses dépendances.
Les organes de l’innervation président à des phénomènes essentiellement différens, au point de faire croire que diverses parties de l’encéphale ou de ses dépendances sont chacunes affectées à divers ordres de phénomènes. Sans admettre les propositions encore en litige du docteur Gall, sur la pluralité des organes, il est impossible, ce nous semble, de ne pas reconnaître que la portion du centre nerveux qui est destinée à produire le mouvement n’est pas la même que celle qui préside au sentiment et aux fonctions de l’intelligence. On voit tous les jours des apoplectiques chez lesquels un membre est entièrement privé de mouvement, et qui conservent toute leur intelligence; il en est quelques-uns dont l’intelligence est altérée, et non les mouvemens; enfin un grand