‹ Cours elementaire d'hygieneChapitre 26 sur 96 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

viscères, et surtout vers l'encéphale, lorsqu'il se trouve excité par quelque cause, ce qui arrive presque toujours dans ces circonstances. La culture immodérée des beaux-arts, l'abus des plaisirs des sens et de l'intelligence agissent sans intermédiaire sur le cerveau, et doivent nécessairement surexciter ce viscère. La constitution dont nous parlons consiste donc dans une diminution d’action et de développement de tous les systèmes de l'économie animale, avec accroissement de l'énergie cérébrale. Ce tempérament étant plus souvent acquis que congéniai, quelques personnes pourraient le considérer plutôt comme une maladie que comme un état physiologique : cependant , comme cet état habituel peut exister à un certain degré sans développer des accidens assez considérables pour troubler le cours naturel des fonctions, et que par cette raison il ne peut trouver sa place dans un cadre nosographique, ce serait une véritable lacune que de n’en pas tracer ici le tableau. Les individus de cette constitution présentent un corps grêle, élancé, une peau sèche, pâle, décolorée, un regard timide, des yeux bleus, des cheveux blonds, des chairs molles; une respiration variant avec les qualités de l’atmosphère ; un pouls faible , concentré, filiforme , prenant de l'accélération par la plus légère impression extérieure; une digestion lente, pénible, une inappétence habituelle; des selles dures et rares, où les matières alimentaires conservent quelquefois encore leurs qualités premières; des urines pâles, ténues et fréquentes; un sommeil tourmente par des chimères qui ne sont que la continuation de l etat de

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veille ; une fatigue excessive au moindre exercice ; une inquiétude continuelle, causée par cette exaltation de sensibilité qui fait que ces individus sont fortement émus de ce qui effleure à peine les autres hommes, et poussent des plaintes continuelles sur leur sort; une mobilité excessive, autre conséquence du même principe, qui les force sans cesse à changer de position pour en trouver une où ils pensent être bien : aveuglement bien singulier qui les empêche de voir que le principe de leurs peines est dans eux, et non dans les objets qui les entourent! Enfin, tristesse, morosité bien pardonnables, puisque sur cette terre, la somme des maux dépassant de beaucoup celle des biens, ils sont en proie à des tourmens sans cesse renaissans. Ils éprouvent des désirs violens qu’ils ne peuvent satisfaire, et des impressions douloureuses qu’ils ne peuvent éviter. Cet état venant à persister, une sombre mélancolie se manifeste, des fantômes poursuivent leur imagination égarée; ils prennent en haine tous les hommes, et même leurs parens et leurs amis. Ces individus sont doués de beaucoup d’intelligence et de pénétration; ils sont satyriques, réussissent dans la littérature, dans les arts et même dans les sciences. Ils aiment tendrement, et leur amour est pour eux une affaire importante; jaloux à l’excès, sans doute par la conscience de leur faiblesse, les apparences les plus légères les tourmentent, et les forcent à devenir quelquefois les tyrans des personnes qu’ils chérissent; soupçonneux, rusés, défians, ils se font peu de scrupules de manquer à leurs promesses; la trahison est

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