PREMIÈRE PARTIE. I
ses sensations fines et sûres; son attention plus soutenue, son jugement plus sain. Il fait entrevoir dès lors ce qu’il doit être un jour. Dans les arts libéraux surtout, dès son quatrième lustre, il peut avoir enfanté des chefs-d’œuvre. La Jérusalem, OEdipe ont été produits avant cet âge. Dansl’âge suivant , le moral et l’intelligence prennent de la solidité sans rien perdre de leur éclat. Les sens, qui sont parvenus à leur perfection, et qui sont dans toute la plénitude de leur force, peuvent soutenir un exercice prolongé ;le cerveau, qui a acquis toute la consistance qu’il doit avoir, est aussi susceptible d’un travail plus soutenu; l’attention, la méditation, les conceptions profondes, les inventions sublimes dans les sciences, la persévérance dans les travaux comme dans les affections distinguent l’âge viril. C’est l’âge du génie, de la philosophie, de l’éloquence, des grandes et vastes conceptions dans tous les genres. C’est aussi l’âge des passions; mais ce n’est plus l’amour qui occupe tous les instans. L’ambition , l’amour de la gloire , des honneurs, de la fortune, ont banni de son cœur cette séduisante passion. La maturité du jugement, la fermeté de la yolonté, la constance dans les affections, sont les attributs de 1 âge adulte. Ces qualités bien dirigées font naître les plus beaux talens, les plus éminentes vertus; mal dirigées, elles enfantent les vices les plus dégoûtans, les crimes les plus affreux.
Mais bientôt la vieillesse vient glacer l’homme moral et intellectuel. Les sensations s’affaiblissent , et finissent par s’abolir complètement. La vue s’obscurcit :
io8 cours d'hygiène.
l’ouie devient dure; le tact s'émousse; le goût et l’odorat s’anéantisssent aussi, mais plus tard; la sensibilité générale est presque nulle; des nerfs desséchés ne conduisent plus au cerveau que des impressions imparfaites , et celui-ci ne peut envoyer aux extrémités sentantes qu’un agent nerveux épuisé. Les perceptions sont lentes, difficiles, obscures; la mémoire est infidèle , et ne retrace que les impressions et les pré jugés de la première éducation; l’attention n’est plus sollicitée par les objets environnans ; le vieillard languit dans une somnolence prolongée. Son jugement toutefois se conserve encore, et, perfectionné par l’expérience, il devient précieux pour les conseils. La douce illusion dujeuneâge l’a depuis long-temps abandonné. La méchanceté des hommes, les pièges où il est tombé, ses espérances souvent déçues, l’ont totalement désenchanté; aussi est-il hargneux , chagrin; il médit du temps présent, et vante le temps passé; ne comptant sur personne, il est défiant et avare; il craint toujours de manquer du nécessaire; les infirmités auxquelles il est en butte augmentent encore sa tristesse. Enfin la sensibilité s’oblitère presqu’entièrement , les facultés intellectuelles s’éteignent graduellement, l’idiotisme sénile survient, et le vieillard caduc ne tarde pas à s’endormir de l’éternel sommeil.