PREMIÈRE PARTIE. l6l
confiées les fonctions de la vie individuelle, ou dans * ceux qui président à la vie de relation. On a peutêtre confondu mal à propos le mode particulier dont s’exécute chaque fonction chez les divers individus, ce qui caractérise proprement l’idiosyncrasie , avec les sympathies et les antipathies que présentent quelques personnes pour certains objets. Les idiosyncrasies sont des anomalies des fonctions organiques, tandis que les goûts ou les répugnances paraissent plutôt des aberrations des sens. Quoi qu’il en soit, il est des individus dont la digestion est prompte et rapide au delà de l’ordinaire ; certaines substances, indigestes pour la généralité des hommes, sontdigérées par quelques-uns avecla plus grande facilité, tandis que d’autres, d’une digestion ordinairement facile, sont réfractaires aux forces digestives; la quantité d’alimens,de boisson, qui suffit à l’un, serait trop exiguë pour un autre, et donnerait une indigestion à un troisième. La circulation est chez quelques hommes d’une vitesse extrême; il est des individus qui offrent plus de cent pulsations par minutes; il en est d’autres qui en offrent à peine vingt-cinq. C’est surtout chez les vieillards que j’ai rencontré cette disposition. J’ai observé un grand nombre de sujets qui dans l’état de santé avaient le pouls dur et fort; d’autres, irrégulier, inégal , intermittent. On sent combien il est important de connaître ces idiosyncrasies. La respiration présente la plupart de ces anomalies ; il est des personnes qui ont plus de vingt mouvemens d’inspiration et d’expiration par minutes , il en est d’autres qui en ont à peine T. II
16a cours d’hygiène.
quatorze; chez les uns la poitrine se dilate , se soulève ; chez les autres le diaphragme s’abaisse et refoule les viscères abdominaux ; quelques individus engloutissent une grande quantité d’air , tandis que d’autres n’en introduisent que fort peu dans leurs poumons. Les sécrétions ne sont pas sujettes à de moindres variétés , tant pour la rapidité que pour la quantité des matières sécrétées. L’exhalation cutanée pénible pour quelques hommes est très-facile et très-abondantechez d’autres, tantôt sur toutes les parties à la fois, tantôt sur quelques-unes seulement. C’est ainsi que la sueur peut être très-abondante aux aisselles, aux pieds, etc., qu’elle y peut même présenter une âcreté, une odeur remarquables. Les excrétions alvines offrent les mêmes différences; il est des gens qui ne vont à la garde-robe que tous les trois jours, et d’autres qui s’y rendent plusieurs fois dans la journée. La manière de remplir ces fonctions varie donc chez la plupart des individus, et constitue des idiosyncrasies.
Pour le cerveau , on sait que l’intelligence varie du plus au moins, qu’elle diffère selon les objets; que l’un a plus de sagacité et de moyens pour la poésie, la peinture, la musique; l’autre pour les mathématiques; un troisième pour les sciences naturelles; un quatrième pour l’art militaire; etc.
Un sommeil prolongé est nécessaire à celui-ci , quelques instans suffisent à celui-là. Pour la vue, on a observé dep personnes qui ne pouvaient supporter diverses couleurs. Un jeune homme tombe épileptique en voyant du rouge; celui-ci prend une couleur