PREMIÈRE PARTIE. l
pour une autre; celui-là voit tous les objets incolores; la vue d’un troisième se trouble en fixant une étoffe rayée. — L’oreille perçoit des sons inégaux; un musicien entend d’un côté d’une octave plus bas que de l’autre; un second entend un octave plus haut; celui-ci n’entend que lorsqu’on parle bas, celui-là que lorsqu’on bat la caisse; la cornemuse, selon Rousseau , produit une incontinence d’urine chez un garçon; la vielle produit le même effet; le bruit de l’eau sortant d’une pipe occasionne des convulsions à Bayle; la musique cause l’épilepsie ou un rire convulsif; le son d’une cloche produit l’évanouissement; etc. — Le velours, le duvet de la pèche, font éprouver des frissons ou des nausées. — Le goût est exposé aux plus nombreuses et aux plus singulières irrégularités; on a vu des hommes manger du cuir, du fil , de la poix, de la chaux, de la terre, des cendres , du charbon, du sel, du vinaigre, des excrémens , et, ce qui est plus horrible, de la chair humaine. L’état de grossesse occasionne fréquemment des perversions semblables, et les traits en abondent chez les auteurs. D’un autre côté , les mets les plus savoureux deviennent l’objet d’une profonde aversion. — Ainsique les autres sens, l’odorat est sujet à des bizarreries extraordinaires; on a vu des nausées, des vomissemens, des syncopes et la mort être le résultat de l’impression de certaines odeurs. L’odeur des viandes est en horreur aux Indous ; le bouillon d’écrevisse fait trouver mal un homme robuste , les émanations des chats , des souris, des rats, provoquent les mêmes accidens;
lG4 cours d’hygiène.
Haller s’aperçoit à peine de l’odeur des cadavres en putréfaction, et ne peut supporter celle des vieillards; ce grand homme sent les pommes qui sont chez son voisin , et éprouve une invincible aversion pour le fromage; celui-ci est obligé de sortir d’un appartement où des femmes sont assemblées, une atmosphère de cerises est insupportable à celui-là; la rose donne des convulsions à un cardinal; l’ail , le tabac, l’assafœtida, la corne brûlée, font les délices d’une petite maîtresse; le musc occasionne une aphonie, le citron de l’agitation et des nausées, l’ambre des convulsions. On ne finirait pas si l’on voulait citer tous les exemples de sympathies et d’antipathies qu’ont observés les auteurs, et qu’on peut voir chaque jour. Nous devons ajouter que certaines perceptions sont nulles, quoique le sens à qui elles sont confiées soit parfaitement sain. ,
Les organes des mouvemens ne sont pas exempts de ces sortes d’irrégularités, les uns avec des muscles forts en apparence peuvent à peine se mouvoir, et les autres avec des muscles grêles sont infatigables. Enfin les organes de la génération sont, peut-être plus encore que tous les autres exposés à ces espèces de caprices.