‹ Cours elementaire d'hygieneChapitre 77 sur 96 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

CINQUIÈME DIVISION

Des changemens que l’habitude apporte dans l’or -

ganisme.

L’un des plus puissans modificateurs de l’organisme , c’est l’habitude. Elle exerce une telle influence sur l’économie animale, qu’on la considère vulgairement comme une seconde nature , et que des philosophes ont été jusqu’à penser que ce pouvait bien n’être que la nature elle-même. Il est cependant aisé de prouver que nos fonctions sont le résultat de l’organisation, et non de l’habitude : qu’on respire, qu’on digère, qu’on dort, parce que telle est la nécessité attachée à notre existence; mais que/si l’on parvient à respirer un air d’une certaine nature; que si l’on digère des aliment doués de certaines qualités, si l’on dort plus ou moins, ou à des heures réglées ; ces modifications peuvent dépendre de l’habitude. Il est donc facile de distinguer ce qui est intimement lié à notre organisation primitive , et indépendant de la volonté , de ce qui tient à la réitération des mêmes actes, pour lesquels la volonté a été nécessaire. Mais l’habitude née de la volonté et du choix de l’homme, prend chez lui un tel empire, qu’elle finit par maîtriser son choix et sa volonté. Elle se met souvent à la place de la nature; elle devient une puissance et une loi organique à laquelle la nature même se soumet. C’est par son influence toute-puissante qu’on peut

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espérer de changer l’organisation première en faveur

de quelques individus.

La répétition, d’abord volontaire , des mêmes actes ou des mêmes impressions, déterminant une manière d’être particulière, qui se concilie avec la santé, constitue donc l’habitude. L’habitude, une fois contractée, est tellement impérieuse, qu’on ne peut s’y soustraire sans s’exposer aux dangers les plus imminens. Un besoin irrésistible, une inquiétude inexprimable, nous entraînent malgré nous vers nos impressions ou nos actes habituels. Si l’on s’obstine à vaincre, sans précautions, ces penchans tyranniques, on est souvent frappé de maladies graves et même de la mort. Aussi le meilleur conseil que l’on puisse donner, est de n’en contracter aucune; car, qui peut être assuré de pouvoir toujours les satisfaire ? Mais nous verrons que ce conseil n’est pas aussi facile à suivre qu’on pourrait le croire ; qu’une multitude de circonstances sociales font prendre une foule d’habitudes plus ou moins pernicieuses par elles-mêmes, puisqu’elles peuvent déterminer des changemens organiques fâcheux; ou bien indifférentes, mais que l’on ne saurait abandonner sans danger. Nous verrons aussi que l’art lui-même soumet les individus à diverses habitudes, qui peuvent leur devenir salutaires, parles modifications organiques qu’elles produisent.

Les êtres organisés sont seuls susceptibles de prendre des habitudes, et l’homme est, de tous les animaux , celui qui se laisse le plus facilement façonner par l’habitude. Cette flexibilité lui permet de varier

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