PREMIÈRE PARTIE
ses actes à l’infini , et de recevoir les impressions les plus diverses. Il vit sous le pôle, et sous les régions tropicales. Néanmoins , les sexes, les âges , les constitutions ne sont pas tous également susceptibles de contracter des habitudes , et ne peuvent pas s’en défaire aussi facilement, lorsqu’une fois ils les ont prises. On a remarqué avec raison qu’on s’habituait d’autant plus facilement, qu’on avait moins contracté d’habitudes; qu’ainsi l’enfance était, de toutes les époques de la vie, la plus apte à prendre des habitudes. La vive sensibilité dont cet âge est doué , et que nous avons reconnu être la source de son inconstance , la flexibilité de son organisation , le rendent très-propre à recevoir de nouvelles impressions. La femme, dont la constitution offre avec l’enfant beaucoup d’analogie, sera très- susceptible de changemens; aussi passe-t-elle avec la plus grande facilité d’une impression à une autre , et est-ce sur elle que la mode exerce son empire delà manière laplus despotique. Les jeunes gens et les hommes chez qui domine l’appareil de l’innervation ou l’appareil circulatoire partagent cette aptitude avec les femmes et les enfans. Les autres constitutions se plient plus difficilement aux habitudes; mais la vieillesse est certainement la condition qui leur est le moins favorable. L’organisme qui a acquis de la dureté , de la résistance , s’est plié dans diverses directions , qui ne peuvent plus être changées, sans un grand concours d’efforts , et même sans danger. C’est pourquoi le vieillard considère tout changement comme un supplice , et toute innovation comme funeste. Un climat
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constant imprime aussi des habitudes tenaces, qu'on ne retrouve pas chez les habitans des climats tempérés , où les vicissitudes athmosphériques se succèdent d'un moment à l'autre avec la plus grande rapidité.
Bien que quelques végétaux paraissent susceptibles de contracter des habitudes, il est sûr cependant que cette susceptibilité réside dans l'appareil de la sensibilité. On a dit, d’une manière trop générale, ce nous semble, que l'habitude émoussait le sentiment, et perfectionnait le jugement. Il est vrai que des sensations réitérées émoussent la sensibilité , lorsqu’elles sont fortes ; mais lorsqu’elles ne surexcitent point nos organes, elles développent au contraire la faculté de sentir.D’ailleurs qu’est-ce que le jugement? N’est-ce pas le sentiment des rapports et des différences ? Comment ce sentiment serait-il perfectionné, si les impressions sont diminuées? On dit que le sauvage entend ses ennemis à une très-grande distance, tandis que le musicien, qui apprécie des fractions de notes dans un orchestre nombreux, n'entend pas une personne qui parle à dix pas de lui ; que le peintre qui reconnaît les nuances les plus fugitives des couleurs, ne distingue les objets qu’à une très-faible distance : ces faits sont spécieux. Mais remarquons que ce ne sont ici que des modifications de la manière de sentir. Le sauvage, qui s’est exercé toute sa vie à entendre de fort loin, n’a acquis cette aptitude que par l’habitude , de même que le musicien n’a acquis la faculté d’apprecier les nuances les plus légères de ton,