PREMIÈRE PARTIE
que par la répétition des mêmes actes. Ce n’est pas parce qu’il a appris à distinguer les teintes les plus fugaces, que le peintre a la vue courte; il en est qui l’ont extrêmement longue; et l’habitude de regarder de près y fait beaucoup moins que l’organisation première du globe de l’œil. D’ailleurs, on peut avoir la vue courte , et être cependant très-sensible à la lumière. Pour que la preuve fut sans réplique, il faudrait que l’artiste fût en même temps peu impressionné par les rayons lumineux; ce qui est tout-à-fait faux; et pour peu qu’on exagérât la proposition, on pourrait aller jusqu’à dire, que moins on y voit, mieux on juge des couleurs, ce qui tombe dans l’absurde.
Si l’on surexcite les organes par des agens trop violens , alors on émousse la sensibilité. Les sons trop forts rendent sourd à la longue ; la lumière trop vive empêche d'être sensible à une lumière plus faible , et peut produire la cécité. Le goût se blase par l’usage d’alimens trop épices ; l'odorat par des odeurs flagrantes; et le toucher, parle contact de corps rudes, ou d’une température trop élevée. Si ces impressions sont modérées, ces sens acquerront une grande perfection.
Les habitudes sont ordinairement périodiques; on conçoit que des impressions, qui, dans le principe, coûtent à soutenir , que des actes, qui ne peuvent être produits qu’au détriment d’autres actes, ne peuvent se reproduire qu’après un intervalle de repos; sans quoi la sensibilité s’épuiserait bientôt, et la vie pourrait être compromise.
I~0 cours d’hygiène.
L’habitude exerce son influence sur toutes les fonctions ; l’appétit revient à des heures régulières ; on mange plus ou moins, selon l’habitude qu’on en a contractée ; certains alimens , certaines boissons deviennent d’une nécessité indispensable. Beaucoup de personnes ne peuvent se passer de café , de liqueurs alcoholiques , etc. L’estomac s’accoutume aux substances les plus délétères, et tout le monde connaît l’histoire de Milhridate.
On s’habitue à respirer un air impur, au point qu’un air plus salubre devient insupportable. Un prisonnier a passé trente ans dans un cachot infect; il n’y mangeait que du pain , n’y buvait que de l’eau ; on le tire de ce cloaque; il ne peut soutenir ni la clarté des cieux , ni l’impression d’une athmosphère pure , ni des alimens plus substantiels; il tombe malade, et ne recouvre la santé que dans son cachot. Les naturels des climats insalubres sont à l’abri des maladies qui enlèvent les étrangers.
La peau s’habitue à être exposée ou soustraite au contact de l’air. Un Européen demande à un Indien comment il fait pour aller tout nu. — C’est que je suis tout visage , répond celui-ci. Couvrez-vous outre mesure, vous ne pourrez ôter quelqu’un de vos vêtemens sans tomber malade. Les productions de la peau, insensibles en apparence, sont susceptibles de divers phénomènes produits par l’habitude. Un moine jette le froc, laisse croître ses cheveux, il devient fou; il recouvre la raison lorsqu’on lui rase la tête.
Certaines excrétions ne prennent pas moins d’em-