‹ Cours elementaire d'hygieneChapitre 92 sur 96 · DE LA CLIMATOLOGIE · texte numérisé non relu

DE LA CLIMATOLOGIE

OU DES MOYENS DE L’HYGIÈNE QUI EXERCENT LEUR PREMIÈRE ET PRINCIPALE INFLUENCE SUR LA RESPIRATION ET LA CIR¬ CULATION.

Nous comprenons dans ce chapitre tous les agens de la nature qui se trouvent répandus dans l’air, et quelques phénomènes qui tiennent à la qualité du sol et à sa latitude. La première, la plus puissante et la mieux connue des influences diverses que ces agens exercent sur l’économie animale, étant celle qu’ils produisent sur la respiration et la circulation, leur place naturelle est sans contredit après les agens qui portent leur action sur l’appareil de la digestion. L’air tient le premier rang parmi les agens dont nous allons parler, et certes les plus grands résultats qu’il produit ont lieu par la voie de la respiration et de la circulation. Il produit aussi des effets remarquables sur la peau et les autres organes, mais ces effets sont secondaires. En parlant de l’air, il était difficile de passer sous silence la lumière, le calorique, l’électricité, et autres fluides incoercibles, qui modifient sa puissance à un si haut degré. Il était aussi fort difficile de se taire sur les localités, qui impriment une

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si grande diversité sur sa manière d'agir. Cet enchaînement naturel et inévitable nous conduit donc à parler ici: i° de l’air et de ses différentes propriétés, 20 de la lumière; 3° de l’électricité; 4° des saisons; 5° des climats; 6° des localités.

PREMIÈRE DIVISION

De l’air, considéré dans ses qualités physiques et chimiques.

PREMIÈRE SECTION

De l’air , considéré physiquement.

L’air est un fluide pesant, parfaitement élastique, invisible lorsqu’il est en petites masses, insipide et inodore. U constitue l’atmosphère , dont la hauteur est d’environ quinze à seize lieues, et qui contient outre les élémens de l’air, de l’eau en vapeur, du calorique, du fluide électrique, et une foule de matières qui se volatilisent incessamment. Destiné à entretenir la vie, en fournissant à la respiration les principes nécessaires, et en exerçant sur l’économie animale différentes influences, l'air est doué de différentes propriétés, qui deviennent la source d’une foule de phénomènes. Pour bien apprécier ces phénomènes , il est donc indispensable d’étudier les diverses propriétés de l’air qui les produit.

§ I. — Pesanteur de l'air.

Aristote avait déjà cherché à prouver la pesanteur de l’air, cependant cette qualité lui était généralement refusée, lorsque Galilée entreprit de la démontrer d’une manière incontestable. Il injecta de l’air dans un vaisseau de verre, de manière à ce qu’il y restât comprimé; il vit que ce vase était alors plus pesant que lorsqu’il ne contenait que de l’air ordinaire. Il voulut même connaître la pesanteur spécifique de ce fluide, comparée à celle de l’eau; mais ses expériences insuffisantes n’aboutirent pour lors qu’à un résultat erroné. C’était beaucoup cependant d’avoir éveillé l’attention; les premières découvertes du génie sont souvent imparfaites. L’invention de la machine pneumatique devait porter sur ce point, comme sur beaucoup d’autres , un faisceau de lumière. Otto de Guéricke, bourguemestre de Magdebourg, en fut l’inventeur. A l’aide de cette précieuse machine, on enleva l’air renfermé dans un ballon de verre , qu’on avait pesé préalablement ; on reconnut qu’il était sensiblement plus léger qu’avant l’opération. Il résulte d’expériences précises que les rapports entre les poids de l’air et de l’eau distillée à o° (R), pression de 28?, est comme 1 à 176 ; lorsqu’on prend la température à io° + o, la proportion est de 1 à 81 1 : que le pouce cube d’air pèse environ un demi-grain , et le pied cube une once trois gros trois grains , ou que om,i pèse 1 gr., 2s5.

La pesanteur de l’air une fois constatée, il scm-

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blait naturel d’en déduire les effets de Ja pression sur les corps de la nature, et particulièrement l’ascension de l’eau dans les pompes. Cependant jusqu’en i643 on pensait généralement que ce phénomène n’avait lieu qu’en vertu de l’horreur que la nature avait du vide. Tout le monde connaît l’histoire de ces fontainiers italiens qui, ayant construit des pompes aspirantes qui avaient plus de trente deux pieds de hauteur, étayant vu avec étonnement que l’eau ne pouvait dépasser cette limite, en demandèrent la cause à Galilée, qui, dit-on, se contenta de répondre que la nature n’avait horreur du vide que jusqu’à trente deux pieds. Réponse peu digne de ce grand homme, si toutefois elle est vraie. Il était réservé à Toricelli, digne élève d’un tel maître, de trouver la véritable explication de ce phénomène. Il pensa donc que la pression de l’air extérieur était cause de l’ascension de l’eau, et que cette pression égalait celle de trente-deux pieds d’eau; il vit en outre que dans un tube fermé à l'une de ses extrémités, le mercure ne s'élevait qu’à vingthuit pouces, et que cette hauteur était à celle de l’eau en raison inverse des densités; et sa conjecture fut ainsi changée en certitude. D’après les données précédentes , la pression de l’atmosphère sur une surface connue étant égale à celle que trente-deux pieds d’eau ou vingt-huit pouces de mercure exerceraient sur cette même surface, il résulte que la pression de l’atmosphère sur un homme de moyenne stature égale 16,000 kilo., 33, 600 liv.

On a inventé un instrument très - ingénieux pour

mesurer la pesanteur de l’air. C’est à Toricelli qu’on en doit la découverte, qui, quatre ans après fut confirmée par l’expérience que Périer fit sur le Puy-de- Dôme, sur l’invitation de Pascal. On a appliqué cet instrumenta mesurer les diverses hauteurs, par rapport au niveau de la mer; mais ces observations sont très-délicates, et entraînent de grandes difficultés. Deluc, La Place, Ramond, Saussure, Pictect, Schuchburg, etc. , ne sont arrivés qu’à des approximations.

La pesanteur de l’air diminue graduellement à mesure qu’on s’élève au-dessus du niveau de la mer; elle augmente quand on descend au-dessous, ce qui est dû à la force qui le comprime. Mais la pesanteur de l’air ne varie pas seulement par rapport aux diverses hauteurs, elle varie encore par plusieurs circonstances; les vapeurs qu’il contient souvent diminuent beaucoup sa pression ; le calorique , bien qu’il ne diminue pas son poids absolu, diminue sa pesanteur spécifique et sa densité. Il faut tenir compte aussi du mouvement qui agite ce fluide.

§ II. — Ressort de V air.

L’air n’est pas seulement pesant, il est aussi élastique et compressible à un point extrême ; ce que l’on prouve par une foule d’expériences fort curieuses. La fontaine de compression est la plus ordinaire. On prend pour cela un vase de métal , de forme arrondie, dont le sommet est percé d’une ouverture, au moyen de laquelle on le remplit d’eau jusqu’à moitié ou plus. Cela fait, on visse à cette ouverture un

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tube dont l’extrémité inférieure descend à peu de distance du fond du vase. La partie supérieure de ce tube, hors du vase, est garnie d’un robinet; on y adapte une pompe foulante, au moyen de laquelle on injecte dans l’intérieur une grande quantité d’air. On ferme alors le robinet, on dévisse la pompe, et on lui substitue un cône creux , percé à son sommet. Alors on ouvre le robinet; l’air, condensé par la pression, et par cela même, d’un ressort beaucoup plus fort que dans l’état naturel , presse sur la surface de l’eau , fait remonter ce liquide avec violence par le tube , et la fait jaillir jusqu’à une hauteur de plus de trente pieds. — Le même effet aurait lieu , si , sans comprimer l’air intérieur, on se bornait à diminuer l’air extérieur, au moyen de la machine pneumatique. Dans ce dernier cas, la pression intérieure n’est plus balancée par la pression extérieure, et le même effet est produit. — Nous ne décrirons pas ici le mécanisme du fusil à vent. On sait qu’une pompe foulante accumule dans une crosse de métal une grande quantité d’air. On dévisse la pompe; on lui substitue un tube, auquel est adaptée une batterie destinée à refouler un bouchon élastique, qui sert à maintenir l’air comprimé. Ce bouchon, étant refoulé par le choc de la batterie, permet à une portion d’air contenu dans la crosse de s’échapper par le tube , et de chasser ainsi les corps qu’on y a introduits.

Mais l’expérience suivante de Boyle et de Mariotte, prouve en même temps , que l’air se resserre en raison des poids dont il est chargé. On prend un tube.

de verre recourbé, dont la branche la plus courte est de 12 pouces de hauteur, et scellée hermétiquement à son extrémité; l’autre branche, ouverte a environ 8 pieds de hauteur. On y verse un peu de mercure, qui occupe la courbure , et sert de niveau et de point de départ. Il y a alors équilibre ; la pression égale alors 28 pouces de mercure, ou la pression atmosphérique. Mais si l’on ajoute du mercure , en excès, par exemple 28 pouces , par la longue extrémité, on trouve que la colonne d’air comprimée dans le petit tube est réduite à la moitié] de la hauteur qu’elle avait auparavant. Or , cette colonne est chargée d’un poids double du premier; donc l’espace occupé par l’air comprimé est en raison inverse des pressions. L’air reprend ensuite son état primitif dans la même proportion , à mesure qu’on diminue les pressions; ce qui démontre sa parfaite élasticité. Pour que ces expériences soient exactes , il faut que l’air soit sec et d’une température donnée. Le ressort de l’air est donc susceptible de varier par plusieurs causes. Il augmente par la pression , d’où vient qu’il est plus fort au niveau de la mer que sur les hautes montagnes; il augmente par la force expansive du calorique, lorsqu’il est coercé, de même que par le mélange des fluides élastiques, ainsi que l’ont démontré Dalton et Gay-Lussac.

La pression et le ressort de l’air donnent lieu à une foule de phénomènes que nous ne pouvons décrire ici, mais qui sont du plus-haut intérêt. C’est à cette pression qu’est dû l’état d’aggrégation de presque

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tous les corps de la nature. Sans elle , les fluides deviendraient des gaz élastiques, etc. Si Ton fait le vide sous un vase renversé, on aura d’autant plus de peine à le déranger que le vide sera plus parfait. S’il était complet, il faudrait, pour déranger ce vase , une force égale à celle qui serait nécessaire pour mouvoir une colonne- de 3a pieds d’eau qui pèserait sur tous les points du vase : d’où l’on doit conclure que , dans l’état ordinaire , l’air contenu sous le vase égale par sa pression l’air extérieur. La fontaine intermittente la théorie des pompes , découlent des tais de la pesanteur et de l’élasticité de l’air. Celle du syphon appartient aux mêmes tais, etc.

§ III. — De la température de l'air .

Du Calorique.

On a donné le nom de calorique à la cause inconnue de la chaleur. Nous disons cause inconnue, car on est tain de s’accorder sur sa nature. Des physiciens pensent que c’est un corps impondérable, extrêmement subtil, qui pénètre tous les corps de la nature. D’autres croient que ce n’est qu’une manière d’être particulière des corps. Deluc pense que le calorique est formé de lumière et d’une base particulière. Scheèle et Bergman le regardent comme composé de phlogistique et d’oxygène. L’opinion la plus généralement admise aujourd’hui, est que le calorique est un Jluide dont les caractères principaux sont : i° de se mouvoir sous la forme de rayon, lorsqu’il est libre; 2° de dilater

les corps, et même quelquefois de les décomposer en les pénétrant; 3° d’agir en sens inverse de l’attraction; 4° de produire la chaleur par sa présence, et par sa soustraction d’occasioner le froid et des phénomènes inverses aux précédens. On a distingué plusieurs états dans le calorique. Le calorique libre ou rayonnant, le calorique combiné, le calorique latent, le calorique interposé, le calorique spécifique. Nous allons jeter un coup-d’œil rapide sur ces différens objets.

On démontre que le calorique se meut sous la forme de rayons, par l’expérience des miroirs concaves. Les deux réflecteurs, placés à six pieds de distance l’un de l’autre , formeront une espèce d’élipse. Si à l’un des foyers de ces miroirs l’on place des charbons ardens et à l’autre foyer un morceau d’amadou, quoique celui-ci soit à quatre pieds environ du charbon incandescent, il s’allumera presque aussitôt; ce qu’on ne peut expliquer qu’en admettant que les rayons de calorique, partis du foyer du premier miroir, sont reçus par ce premier miroir, renvoyés parallèlement vers le deuxième miroir, et par celui-ci réfléchis sur le deuxième foyer. Il est impossible que la chaleur ait été transmise de proche en proche, car on la sent à peine à six pouces du premier foyer où l’on a placé le feu.

Le calorique rayonnant est réfléchi par les corps blancs et polis, et ne les pénètre pas, ou les pénètre difficilement; si les surfaces sont ternes, noires et raboteuses, il est absorbé, il échauffe les corps ; il Ira-

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verse l’air avec rapidité presque sans l’échauffer; les courans d’air ne gênent point sa marche; le calorique rayonnant est susceptible d’être réfracté d’après les expériences de Herschell.

Le calorique dilate les corps. Si l’on prend un morceau de métal qui entre juste dans un anneau, lorsqu’il se trouve froid, il ne pourra plus y être introduit si on l’a fait rougir; donc il a été dilaté lorsque le calorique la pénétré. Il réduit les liquides en gaz, ce qu’il est facile de démontrer. Le thermomètre est basé sur la faculté que possède le calorique de dilater les corps. Si l’on chauffe avec précaution une vessie qui contient de l’air, celui-ci se dilate , la vessie gonfle et peut finir par crever. Cette dilatation des corps diffère pour les solides, les liquides et les gaz.

L’attraction étant une force qui tend à rapprocher les corps, le calorique, tendant à les dilater, agit donc en sens inverse. C’est du rapport qui existe entre ces deux agens que dépendent les états de solide , liquide , gazeux.

Le calorique produit la chaleur , celle-ci est donc l’effet et le premier la cause. La température est le degré appréciable de chaleur.

La soustraction du calorique produit les effets inverses que quelques physiciens ont attribués à un corps qu’ils ont nommé frigorique, mais qu’il est inutile d’admettre pour se rendre compte des phénomènes.

Des corps de diverse nature ne s’échauffant pas avec la même promptitude, on dit alors qu’ils sont plus ou moins conducteurs du calorique. Ils s’échauf-

fent d’autant plus vite qu’ils sont meilleurs conducteurs, qu’ils ont moins de capacité pour le calorique, et vice versâ. Les corps solides sont meilleurs conducteurs que les fluides, et ceux-ci meilleurs que les gaz.

Deux corps d’un poids égal et de nature différente ont besoin, pour s’élever à la même température, d’une somme différente de calorique. On appelle calorique spécifique cette quantité de calorique nécessaire pour que ces corps passent d’un degré à un autre , et capacité des corps pour le calorique , la faculté qu’ils ont d'absorber une plus ou moins grande quantité de calorique pour s’élever à la même température.

L’expérience prouve que deux corps inégalement échauffés, mis en contact ou placés à une certaine distance , ne tardent pas à acquérir la même température : on dit alors qu’ils sont en équilibre relativement à la quantité de calorique qu’ils contiennent.

On donne le nom de calorique combiné à celui qui ne peut être séparé des corps sans changer leur manière d’être qui constitue leur état.

On dit que le calorique est latent lorsqu’il est employé à faire passer un corps de l’état solide à l’état fluide, ou de celui-ci à l’état gazeux. Le calorique étant alors complètement employé à cette transmutation n’élève nullement la température. La calorique interposé est celui qui est retenu dans les mollécules des corps avec lesquels il ne se combine nullement; il fait équilibre à la température extérieure et est sensible au thermomètre.

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Ces notions préliminaires sont indispensables pour se rendre compte des effets du calorique sur l’air.

Le calorique dilate l’air, il augmente son ressort. Lorsque le colorique pénètre l’air le volume de celui-ci augmente, il s’étend, il se déplace; s’il est renfermé dans un certain espace, il fait alors contre les parois de cet espace d’autant plus d’efforts pour s’échapper qu’il est plus pénétré de calorique. Amontons ayant cherché à mesurer l’augmentation d’élasticité que l’air éprouvait entre certaines limites de chaleur, a trouvé que, depuis la température modérée qui règne pendant le printemps ou l’automne, jusqu’au degré de l’eau bouillante , le ressort de l’air, tendu d’abord par la pression moyenne de l’atmosphère, augmente d’environ un tiers. D’après les expériences de Mariotte et d’Amontons , l’augmentation d’élasticité suit le rapport des condensations , c’est-à-dire qu’elle est proportionnelle aux forces comprimantes. (Haüy, page 245). MM. Gay-Lussac en France, et Dalton en Angleterre, ont singulièrement perfectionné ce point de physique par des expériences et des calculs du plus haut intérêt; ces expériences ne se bornent pas à déterminer le degré de dilatabilité et d’élasticité de l’air par le calorique, mais encore celui des autres fluides élastiques.

La chaleur, dont la] principale cause est le soleil , est, comme personne ne l’ignore, différente dans les divers climats ; mais ce qu’on ne sait pas aussi communément, c’est que la différence des plus fortes chaleurs entre les climats les plus septentrionaux et

les régions équatoriales, n’est que de très-peu de degrés.

Les pays les plus froids qu’on ait parcourus sont le voisinage de la baie d’Hudson , le Groenland , le Spitzberg, qui s’étend depuis le soixante-dix-huitième degré de latitude nord jusqu’au quatre-vingtième. Cependant un phénomène singulier dans des pays voisins , en Laponie et en Suède , c’est qu’on y éprouve des chaleurs aussi fortes qu’entre les tropiques. On y a vu , ce qui est peu croyable , le soleil embraser les mousses. Les académiciens qui furent y faire leurs observations rapportent que, le 19 août 1736, les chaleurs furent si violentes, que le feu prit dans les forets d’Horilakéro, et y causa un terrible incendie; mais ce fait est peu croyable, et si l’embrasement eut lieu, on doit lui chercher une autre cause. L’Asie et l’Afrique doivent être considérés comme les pays les plus chauds. M. le professeur Desfontaines nous a dit, et son rapport est conforme avec celui des autres voyageurs , que les plus fortes chaleurs des côtes d’Afrique ne dépassaient cependant pas le 3o° ou le 3^° R. Dans le temps où il se trouvait dans ces régions , le thermomètre ne marquait que ^4°; il est vrai que c’était pendant l’hiver. La différence de l’été à l’hiver n’est donc que de io° environ ; et c’est à cette continuité qu’est due la violence de la chaleur, plutôt qu’à son intensité réelle.

On a cherché à se rendre raison des diverses variations de la température, et on a cru les trouver dans les suivantes: comme nous venons de le dire,

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la présence plus ou moins longue du soleil sur V horizon , telle est la raison pour laquelle les hivers des climats situés près le cercle polaire antarctique sont bien plus rigoureux que les nôtres; le soleil reste huit jours de moins dans le tropique du Capricorne. L’action plus ou moins perpendiculaire du soleil ; durant l’été cet astre reste plus long-temps sur l’horizon, et y darde ses rayons plus perpendiculairement que dans les autres saisons; en hiver il est plus près de la terre, mais ses rayons sont obliques, et sa présence moins prolongée. La nature du sol; les terrains mauvais conducteurs du calorique , et ceux qui réfléchissent fortement la lumière sont aussi les plus chauds. Les pays sabloneux , les pays calcaires , qui réunis-' sent ces deux qualités sont ceux qui offrent le plus de chaleur; l’Egypte, l’Arabie, et surtout le Sénégal , doivent en grande partie à cette cause la chaleur dont ils sont brûlés. Les pays au contraire couverts de terre végétale, et surtout d’eau, de rivières, de lacs, etc. , ne présentent jamais une température aussi élevée. C’est peut-être moins parce que l’eau ne se pénètre jamais d’une aussi grande quantité de calorique que la terre , comme on la cru , que’parce que se rédusiant en vapeur, comme nous le verrons plus bas, elle absorbe une partie du calorique ambiant. La position des lieux ; cette cause influe singulièrement sur la température; il y a une différence considérable entre un lieu qui incline vers l’équateur et un autre qui incline vers le pôle; mais cette cause rentre dans l’action que nous avons attribuée à la direction plus

ou moins perpendiculaire des rayons du soleil. Lélè- ' valion des lieux est encore une cause de différence dans les températures. C’est une observation invariable , qu a deux mille toises au-dessus du niveau de la mer on trouve constamment des neiges et des glaces. La température décroît donc à mesure qu’on s’élève; l’on a même cherché à déterminer les proportions de ce décroissement. M. de Humbolt a établi un tableau comparatif des hauteurs et des températures , qu’on pourra consulter avec avantage. Il faut donc conclure que les pays de plaines sont plus chauds que les pays de montagnes, que les pays plats sont plus chauds dans l’intérieur des continens que sur le bord des mers, où l’action de la vapeur et des vents se fait sentir. Que les pays élevés et montagneux sont d’autant plus froids qu’ils sont plus élevés au-dessus du niveau des mers. Cette règle est d’une application générale. La figure des montagnes , plus ou moins propre à recevoir et à réfléchir le soleil, celle des nuages, contribuent beaucoup à faire varier la température. Les mouvemens dont l’air est agité exercent sur lui une grande influence. Dans nos climats, ceux du sud sont chauds et ceux d’est sont frais; ils échauffent ou refroidissent l’atmosphère, selon les pays qu’ils traversent , selon qu’ils se chargent de calorique ou qu’ils en cèdent en passant sur les neiges, les glaces , etc. L’air ne prend pas ordinairement la température de la surface de la terre; celle-ci conserve sa chaleur durant la nuit, tandis qu’à une petite hauteur au-dessus de cette surface la chaleur di-

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minue beaucoup plus. On a cru trouver encore dans la présence des volcans une cause d’élévation dans la température ; mais en examinant avec attention , on voit qu’aux mêmes degrés de latitude des pays volcaniques sont très-froids, tandis que d’autres qui ne le sont pas sont d’une température plus élevée. La véritable cause de ces phénomènes nous échappe. La sérénité du ciel ., les vapeurs suspendues dans l’air , l’heure de la journée , la nuit, impriment aussi des différences à la température.

Les plus grandes chaleurs , ainsi que les froids les plus vifs ne se manifestent pas aux solstices, mais environ vingt-sept jours après. D’après les expériences de Deluc, la plus grande chaleur a lieu à peu près aux trois quarts de la journée, et le plus grand froid se fait sentir vers le lever du soleil. D’après le même physicien , la température moyenne a lieu aux deux cinquièmes de la journée.

Il ne faut pas croire que les contrées situées sous l’équateur soient les plus chaudes du globe; on éprouve à quelque distance de la zone torride de plus fortes chaleurs que sous la ligne , ce qui est dû à la grande quantité de vapeurs que l’air contient.

Au-dessous du niveau de la mer, à une profondeur de cent pieds et plus bas, le thermomètre marque io° o. L’eau est en été et sous les tropiques plus chaude à la surface que vers le fond ; dans l’hiver, et vers les pôles, c’est le contraire.

Le degré de froid le plus grand qu’on ait observé sur le globe est le 70e de l’échelle de Réaumur. On voit

que, sous ce rapport, la différence entre les climats est bien plus considérable que sous celui de l’élévation la plus grande de température. Le mercure se congèle, les animaux s’engourdissent et meurent, comme nous aurons occasion de le dire; à cette température, l’air est le plus dense et le plus pesant qu’il puisse être.

On a cru remarquer que le globe allait en se refroidissant. Toaldo, Le Gentil et Rozier ont pensé que la température baissait d’année en année; mais si l’on remarque d’abord que leurs expériences ne sont fondées que sur une série de cinquante années, on sera porté à leur accorder peu de confiance. En second lieu, si l’on pense à ce que dit César, par exemple , du climat des Gaules, dont le froid excessif, de son temps, ne permettait pas d’y cultiver plusieurs végétaux qui y sont aujourd’hui naturalisés, on devra conclure que, bien loin de se refroidir, notre atmosphère s’échauffe réellement, au moins dans certains points ; ce qui est dû au défrichement des terres, au dessèchement des marais, à la destruction des forêts, aux habitations, etc. C’est aussi à ces causes qu’on doit attribuer l’augmentation de chaleur qui se fait sentir dans l’Amérique septentrionale, depuis sa civilisation. D’ailleurs , comme l’a fort bien prouvé M, de Laplace , si le globe se refroidissait , il se contracterait, il serait plus petit; sa révolution sur son axe serait plus prompte, les jours seraient plus courts : or, d’après les calculs les plus exacts, lesjours, depuis quelques milliers d’années, ne peuvent être raccourcis que d’une fraction infiniment petite.

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L’air sec n’est pas bon conducteur du calorique , il n’enlève aux corps sur lesquels il s’applique le calorique qu'ils contiennent , ou ne leur transmet le sien, selon qu’il est plus ou moins chaud que ces corps , que par la grande faculté qu’il a de se mouvoir, et d’appliquer successivement ses molécules sur ces différens corps. Lorsqu’il est dans un état d’immobilité, il transmet très-difficilement le calorique. Les expériences de M. de Rumfort prouvent ce fait d’une manière incontestable. Lorsque l’air contient de l’eau en vapeur , il devient très-bon conducteur du calorique; dans cet état, bien que sa température réelle ne soit pas très-basse, on éprouve ordinairement une sensation de froid , que n’imprime pas un air d’une température inférieure, lorsqu'il est sec.

§ IV. — Humidité de l'air.

Nous voici parvenus à l’une des propriétés de l’air dont on s’est le plus tard rendu compte, la faculté qu’il a de dissoudre l’eau. Dans tous les climats, à toutes les températures, mais avec une activité différente, en raison de la chaleur, les eaux diminuent insensiblement de volume. Ce phénomène , qu’on nomme évaporation , entretient l’humidité de l’air. On a long-temps cherché la cause de l’évaporation , mais on n’était encore arrivé qu’à des hypothèses. On supposait que le feu , en divisant les molécules d’eau, les rendait d’une pesanteur spécifique plus légère que l’air, etc. Mussclienbroek, Bouillet et Barberet, vers le milieu du siècle dernier, pensèrent

que l'air avoit la faculté de dissoudre l’eau, comme celle-ci dissout les sels; ce n’était là cependant qu’un nouveau moyen d’explication; Le Roy appuya et développa cette proposition par des expériences si nombreuses et si bien faites, qu’il en a été regardé comme le véritable auteur. Elles sont consignées dans un mémoire sur l’élévation et la suspension de l’eau dans l’air, et sur la rosée, publié vers le même temps. Néanmoins on peut se dispenser d’admettre cette faculté chimique de l’air , que peu de physiciens adoptent encore. Tous les phénomènes de l’évaporation s’expliquent très-bien par la force expansive du calorique. L’évaporation est toujours relative au degré de température. Cependant la vapeur est plus ou moins sensible à l’hygromètre; et c’est son influence sur les corps hygrométriques qui caractérise l’humidité de l’air.

L’évaporation est plus facile lorsque l’air est en mouvement. Le Roy avait reconnu que la direction et la force du vent faisait varier très-sensiblement le degré de saturation ,' qu’il était plus bas par le vent du nord que par celui du nord-ouest, et que, dans tous les cas, la force du vent contribuait encore à l’abaisser. L’air dissout une quantité d’eau d’autant plus grande qu’il est en contact avec des surfaces plus étendues de ce fluide.

La chaleuraugmente la faculté dissolvante de l’air, c’est-à-dire la faculté de contenir de l’eau à l’état de vapeur. D’après ces principes , il est facile de se rendre compte d’une foule de phénomènes journaliers. On

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verra pourquoi l’eau, dissoute par l’atmosphère, par un temps très -chaud, se précipite la nuit en rosée lorsque le degré de température n’est plus en rapport avec celui de saturation; pourquoi l’eau suspendue en vapeur se condense et retombe en pluie, en grêle, en neigf , etc.

L’eau réduite à l’état de fluide élastique augmente l’élasticité de l’air, au point qu’il faut une plus grande pression pour le contenir dans le même espace. Nous avons déjà cité les travaux de MM. Gay-Lussac et Dalton; on pourra les consulter pour savoir dans quelle proportion les fluides élastiques augmentent l’élasticité de l’air. L’eau en vapeur augmente le volume de l’air, d’après les calculs de Saussure, de -5^-; et, comme la vapeur est moins dense que l’air de 10 à 14, le volume augmente dans un rapport plus grand que la masse : donc la pesanteur spécifique de l’air diminue en raison de la quantité d’eau qui le tient en dissolution.

La glace est susceptible d’évaporation, et fournit ainsi à l’air une certaine quantité d’humidité. On a cherché à déterminer, par un instrument particulier cette qualité de l’air atmosphérique.

Lorsque le temps est chaud, l’air dissolvant une grande quantité d’eau, peut être cependant sec à l’hygromètre, serein, et peser sur le baromètre. Il peut devenir humide à l’hygromètre, léger au baromètre, sans cesser d’être serein, si la température diminue graduellement. Il perd souvent sa transparence en se chargeant d’une plus grande quantité de

vapeurs visibles à l’œil, sans que le baromètre baisse davantage, et que l’hygromètre marque un degré de plus d’humidité, ce qui est dû à la saturation complète que l’air a atteint. L’air froid et humide contient moins d’eau que l’air chaud et humide, qui est de tous celui qui en contient le plus, et même que l’air chaud et sec à l’hygromètre; elle est seulement plus sensible. L’air froid et sec est celui de tous qui contient le moins d’humidité; il est le plus pesant et le plus dense, le froid ne permettant pas à l’eau de rester en vapeur.

Ces divers états de l’air peuvent se rencontrer en même temps à différentes hauteurs, ce qui rend raison d’une foule de phénomènes mflÉtéréologiques. Ce serait sans doute ici le lieu d’examiner les divers météores aqueux et les causes qui leur donnent lieu; mais ces connaissances doivent se déduire de ce que nous avons dit. La pluie, la grêle, la neige trouvent leur explication dans l’évaporation et la condensation plus ou moins forte, plus ou moins rapide de’ la vapeur.

§ Y. — Des vents , des courans d'air , et des vents

coulis.

La théorie des divers mouvemens dont l’air est agité est loin d’être satisfaisante. Si, par une cause quelconque, la densité d’une des couches d’air dont on suppose l’atmosphère composée, vient à s’écarter de la progression géométrique décroissante néces-

36o cours d'hygiène.

saire à l’équilibre, cet équilibre se rompt, et ne peut se rétablir qu’après plusieurs mouvemens. Parmi les causes qui peuvent faire varier la densité des couches d’air, la plus importante, et la seule qui puisse produire de grands effets, est le changement de température. L’augmentation de la chaleur augmente, ainsi que nous l’avons vu , l’élasticité des fluides aériformes , de sorte que si une portion quelconque de la masse du fluide est plus échauffée que les autres, elle se dilate , devient plus légère , et se porte dans les régions plus élevées ; elle est alors remplacée par les parties les plus froides, qui affluent de toutes parts. Si l’action de la chaleur est continue au même point, il s’établit un courant continu effluant au-dessus de la partie échauffée et affluant au-dessous. Si la chaleur diminue, la portion d’air sur laquelle l’effet a lieu se contracte , devient plus pesante, et se porte dans les parties inférieures; alors les parties environnantes se précipitent dans le vide qu’elle laisse. Telle est la théorie des mouvemens de l'air; mais nous devons avouer qu’elle est loin de rendre compte d’une foule de vents et d’ouragans qui agitent l’air dans toutes les directions , sans qu’il soit possible d’accuser de grands changemens de température , tandis que de grandes variations dans la chaleur ont ordinairement lieu sans mouvement de l’air. Mais cette théorie explique fort bien comment un foyer de cheminée renouvelle l’air d’un appartement ; comment la couche supérieure de la pièce est échauffée par l’air chaud qui s’élève du foyer, tandis que l’air plus dense

arrive à la cheminée par les parties les plus basses, ce qui rend parfaitement raison du froid qu’on sent au dos et aux gras de jambes quand on brûle par-devant. Elle explique encore très-bien comment l’air froid extérieur , ou celui d’une pièce voisine , se précipite en sifflant, à travers les ouvertures étroites, dans un appartement échauffé, et forme une colonne glaciale d’autant plus active et plus rapide que le passage est plus étroit, effet qui n’est pas ignoré des gens du monde. Elle explique encore très-bien les courans d’air qui s’établissent lorsque deux issues opposées sont ouvertes. La différence de densité de l'air rend très-bien compte des mouvemens de circulation qui se produisent alors. L’air froid et dense tend toujours à remplacer l’air chaud et dilaté qui s’élève et s’échappe.

La direction des vents est la principale circonstance qui intéresse le médecin. Les anciens en faisaient une étude très-sérieuse , et Hippocrate la recommande d’une manière particulière. Il veut qu’en entrant dans un pays le médecin connaisse et sa position, et ses eaux, et les vents qui y régnent; ceux qui sont habituels, ceux qui reviennent à des époques fixes, ceux enfin qui sont incertains et accidentels; il veut qu’on sache quelle région ils traversent, d’où ils viennent, quelles sont leurs principales qualités. Il tire de ces connaissances les plus brillantes inductions , et l’on sait quelle belle application Empédocle fit de ces principes en faveur des Agrigentins. Il est indispensable de connaître ces circonstances, pour

36* cocus d’hygiène.

tracer une bonne topographie et une bonne constitution médicales.

§ VI. — De la lumière.

La lumière qui émane du soleil et des étoiles fixes, et qui se trouve mêlée à l'atmosphère, se meut en ligne droite sous forme de rayons , avec une étonnante rapidité. D’après Newton, un corps lumineux est un centre d’où partent une infinité de rayons divergens, qui se portent de tous côtés dans l’espace. La branche de la physique qui traite de la lumière directe porte le nom d 'optique. Les rayons lumineux traversent certains corps , qui , pour cette raison , sont appelés transparens, et ce passage leur fait subir des changemens dont l’étude porte le nom de dioplrique. Les rayons qui tombent obliquement d’un milieu rare dans un milieu dense , se réfractent , en se rapprochant de la perpendiculaire élevée au point d’immersion. Ces phénomènes , connus sous le nom de réfraction, varient selon que la surface sur laquelle tombe le rayon est plane, concave ou convexe; la confection des instrumens d’optique est basée sur leur connaissance. En traversant les corps , la lumière se décompose , de manière que si l’on place une surface plane, blanche, opaque, derrière un prisme que l’on présente à la lumière solaire, celle-ci se décompose en sept rayons, le rouge , V orangé , le jaune , le vert , le bleu , V indigo , le violet. Il est des corps qui font éprouver à la lumière une double réfraction. La lumière qui arrive sur la surface polie d’un corps opaque,

ne traverse point le corps, elle n’est point absorbée par lui; elle est réfléchie, renvoyée. Cette réflexion se fait par une loi fixe. Le rayon lumineux est toujours réfléchi dans un angle égal à celui d’incidence. Si un rayon de lumière tombe sur une surface planre dans un angle de 45°, elle est renvoyée par cette surface dans un angle de 45°. C’est sous le nom de cciloptrique que la physique traite de cette propriété de la lumière. Outre cela, un grand nombre de phénomènes, dans lesquels les molécules semblent admettre des arrangemens et des mouvemens particuliers, qui ne rentrent nullement dans ceux que nous venons d’énumérer , constituent une quatrième partie qui a reçu le nom de polarisation de la lumière. Malheureusement la théorie de ces faits est encore fort incertaine et fort peu avancée.

Ainsi que le calorique, la lumière solaire produit la dilatation et réchauffement des corps, ce qui a conduit les physiciens à la considérer comme renfermant du calorique. En effet on s’accorde assez généralement aujourd’hui à regarder la lumière comme composée de rayons lumineux, de rayons calorifiques obscurs, susceptibles d’échauffer et de dilater les corps , et de quelques rayons susceptibles de produire des effets chimiques particuliers. Les rayons calorifiques obscurs ne jouissent cependant pas exactement des mêmes propriétés que ceux qui émanent des corps terrestres incandescans ; 31s peuvent traverser une lame de verre sans se combiner avec elle , sans l’échauffer sensiblement; tandis que le contraire a

364 cours d’hygiène.

lieu pour le calorique émané des corps terrestres. L’exposition des propriétés de la lumière est une des plus belles parties de la physique; la nature de cet ouvrage ne nous permet pas d’entrer dam des détails à ce sujet.

La révolution diurne de la terre sur son axe expose successivementaux rayons du soleil toutes les parties de sa surface. Lorsque certainspoints sont éclairés par cet astre, le jour règne sur ces points; la nuit survient, lorsque par la succession de la rotation, d’autres points opposés se trouvent exposés à sa lumière. Cette alternative du jour et de la nuit mérite de fixer l’attention du médecin par les phénomènes qu’elle produit. La longueur des jours, c’est-à-dire du temps que le soleil reste sur l’horizon, varie selon les régions de la terre, et selon les saisons, ce qui provient de la forme de notre planète, et‘de la position de sa surface par rapport au soleil. Les jours et les nuits ont, pour ainsi dire , une durée de près de six mois vers les pôles; durant l’été-, il n’y a presque pas de nuit, et pendant l’hiver, pas de jour. Ils sont moins longs dans les climats tempérés , et son t presque constammen t égaux aux nuits sous les tropiques. Durant l’été, dans nos contrées, le soleil reste sur l’horizon environ les deux tiers de la journée.

§ VII. — De V Électricité atmosphérique.

Tous les corps contiennent, à des degrés variables selon leur nature , un fluide qu’on nomme fluide électrique, dont le globe terrestre offre une source

inépuisable, ce qui lui a fait donner le nom de réservoir commun toutes les fois qu’on le fait intervenir 'dans les phénomènes électriques. Les physiciens, pour expliquer avec plus de facilité les effets de l’électricité , distinguent deux espèces de fluides qu’ils désignent par les noms de fluides vitré et de fluide résineux , parce que le frottement développe le premier dans des substances vitreuses , tandis qu’il ne développe le dernier que sur des résines. Ces deux fluides se neutralisent réciproquement , de manière qu’ils restent enchaînés dans les corps qu’ils pénètrent, sans manifester leur présence. Un corps n’est électrisé qu’autant que son électricité naturelle est décomposée et qu’il a reçu une augmentation de fluide soit vitré soit résineux. Les molécules de chacun de ces fluides se repoussent entre elles et attirent au contraire celle de l’autre fluide , c’est-àdire que le fluide vitré repousse le fluide vitré et attire le fluide résineux, et vice versa. Si l’on met en contact deux corps pénétré chacun d’une même quantité de fluide différent, l’équilibre se rétablit. Le frottement, la chaleur, le contact favorisent le développement du fluide électrique. Un corps électrisé mis en rapport avec un autre corps dans son état naturel leur communique une partie de son électricité, mais dans un temps plus ou moins long suivant la nature de ce corps. Il existe des corps tels que les métaux, beaucoup de substances animales, les liquides (excepté l'huile), qui transmettent facilement l’électricité; ils ont été appelés bons conducteurs. Il en est d’autre, tels

3Ô6 cours d'hygiène.

que le verre, la résine, la soie, qu’on a nommé mauvais conducteurs , parce qu’ils présentent une propriété contraire. Ces corps non-conducteurs sont électrisables par frottement, et à cause de cette propriété opt reçu le nom d’idio-électriques, c’est-à-dire électriques par eux-mêmes. Les conducteurs n’étant susceptibles de s'électriser que par communication ont reçu le nom d 'anèlec triques.

On dit qu’un corps électrisé est isolé lorsqu’il n’-a aucune communication avec un corps conducteur. Les fluides électriques élèvent assez la température de certains corps pour les fondre et les enflammer.

L’air est un corps non-conducteur; la terre et les objets qui y sont attachés sont bons conducteurs; l’eau est aussi un bon conducteur. L’air est d’autant plus électrique qu’il est plus sec ; c’est pourquoi il l'est plus par un temps très-froid que par un temps très-chaud, puisqu’il contient moins d’humidité. L’humidité, la vapeur étant un bon conducteur, on conçoit que l’air humide, brumeux ne doit pas être électrique. Les phénomènes de la foudre et des éclairs ne sont autre chose, d'après les expériences de Franklin, que des phénomènes de l’électricité. Les deux électricités se rencontrent dans l’atmosphère; l’air est électrisé d’une manière, et les nuages le sont d’une autre; il est bien rare qu’il y ait équilibre parfait; l'approche des nuées diminue l’état électrique de l’atmosphère parce que leur électricité est en général opposée. Les vents paraissent faire varier l'électricité atmosphérique, mais il va, dit-on, peu de différence

de la nuit au jour sous ce rapport. L’électricité tend toujours à se mettre en équilibre , et de cette tendance résultent une foule de météores dont les plus remarquables sont les |$lairs et le tonnerre.

DEUXIÈME SECTION

De l'air considéré chimiquement.

L’air est composé de 79 parties de gaz azote et de 1 1 de gaz oxygène , d’un atome d’acide carbonique, et d’une quantité variable de vapeurs d’eau. Nous avons vu qu’il contenait aussi du calorique, de la lumière et du fluide électrique. On s’assure de la quantité de vapeur qu’il contient par le moyen du chlorure du calcium qui s’en empare. On reconnaît la présence de l’acide carbonique par l’eau de baryte, qui forme avec lui un sous-carbonate de baryte. On découvre la portion d’oxygène à l’aide de divers moyens d’eudiométrie. L’hydrogène , le bore , le soufre, l’oxygène, l’iode, le chlore et l’azote sont les seuls corps simples non métalliques qui n’agissent point sur l’air à la température ordinaire. Les trois premiers le décomposent à chaud, s’emparent de son oxygène, et forment de l’eau, de l’acide borique et du gaz acide sulfureux. Le charbon et le phosphore se combinent avec l’oxygène de l’air à toutes les températures , mais surtout à chaud. Parmi les métaux il en est qui n’agissent point sur l’air; tels que l’or, le platine; d’autres , tels que le potassium, le calcium lui enlèvent son oxygène. Il en est qui sont sans ac-

3G8 cours d’hygiène.

tion sur lui à la température ordinaire, mais qui le décomposent à chaud , tel que le mercure. Enfin il en est qui lui enlèvent son oxygène à une température élevée, et n’agissent, s’il est froid 1^*.' autant qu’il est humide; tels sont l’arsenic, l’étain, le fer, etc.

Cinq parties d’air peuvent être dissoutes par cent parties d’eau; cet air est formé de3 1 parties d’oxygène et de G8 parties d’azote, ce qui tient à ce que ce dernier principe est moins soluble dans l’eau. Les oxydes saturés d’oxygène n’agissent point sur l’air, les autres enlèvent à l’air son oxygène, quelques-uns s’emparent de l’eau et de l’acide carbonique, et passent à l’état de carbonate. Parmi les acides minéraux les uns sont sans effets sur l’air, les autres absorbent de l'oxygène; quelques-uns attirent l’humidité, dégagent des vapeurs ou s’effleurissent. Les sels se comportent avec l’air de la même manière.

Les végétaux absorbent pendant la nuit une certaine quantité de gaz oxygène qu’ils convertissent en acide carbonique. Dans le jour, le gaz oxygène se dégage ën grande partie; l’acide carbonique de l’atmosphère est décomposé, l’oxygène est mis à nu, et le carbone absorbé par les végétaux est une cause d’accroissement pour ces derniers.

Parmi les principes immédiats des végétaux il en est sur qui l’air agit peu ou point. Il cède au contraire son oxygène à plusieurs autres, forme de l’acide carbonique, et bâte leur décomposition.

L’air est décomposé par sa respiration; il paraît que l’azote n’est point absorbé; l’oxygène est réduit

à o, 1 8 ou o, 1 9 ; mais l’air contient 3 ou 4 centièmes de gaz acide carbonique, c’est-à-dire un peu plus que de gaz oxygène absorbé; il renferme en outre une assez grande quantité de vapeur, dans laquelle on trouve une matière animale putrescible.

L’air sec arrête la putréfaction, qu’il hâte lorsqu’il est humide.

TROISIÈME SECTION

Des saisons.

Les médecins et les physiciens, c'est-à-dire ceux qui , dédaignant les vaines jouissances des illusions , consacrent leur existence à la recherche de la vérité, dont la découverte les dédommage si généreusement de leurs efforts, les médecins et les physiciens ne doivent pas considérer les phases de la terre comme Thomson ou Saint-Lambert. Ce n’est pas que pour se délasser de leurs utiles travaux ils ne consentent quelquefois à se dérider par les images riantes de la poésie, et ne daignent s’égarer avec les favoris des muses. Loin de nous une sévérité ridicule! Sourions aux amours des fleurs, à celles des habitans des airs, à celles de Timarette ; suivons le colibri volant de fleurs en fleurs a la suite d’un printemps perpétuel ; jouissons des trésors de Cérès, affligeons-nous du deuil de la nature : elle oublia de donner un cœur à celui qui n’est pas touché par les grâces et l’harmonie. Mais gardons-nous de porter, dans les études sérieuses dont l'homme est l’objet, l’esprit de la poésie. Permettonsnous tout au plus d’en emprunter quelquefois le lan-

370 cours d’hygiène.

gage, pour en parer la vérité, qui n’en a que trop

souvent besoin pour se faire entendre des hommes.

La révolution que notre globe éprouve dans une année est marquée par des variations atmosphériques remarquables , auxquelles on a donné le nom de Saisons. Il paraît que le soleil, dont nous nous rapprochons et dont nous nous éloignons tour à tour, est la cause des saisons. Il paraît que la chaleur et la lumière, dont il est la source inépuisable, sont les principales puissances qui déterminent sur notre terre ces profondes mutations. Je dis il paraît , car il est vraisemblable que la succession des temps y entre pour beaucoup. Le printemps et l’automne se ressemblent en effet parleur température et par la vivacité de leur lumière; et cependant qui ne sent l’énorme différence qui les sépare? Mais l’une est une saison d’espérance , elle succède au triste et froid hiver ; l’autre est une saison de regrets, elle succède au chaud et brillant été, elle est la messagère de cet hiver que que nous redoutons.

Le printemps comprend l’espace de temps que nous mettons à parcourir la distance de l’équateur au cancer , c’est-à-dire environ depuis le vingt et un mars jusqu’au vingt et un juin ; l’été celui que nous mettons à regagner l'équateur; l’automne celui que nous employons à atteindre le capricorne; enfin l’hiver les trois mois qu’il nous faut pour revenir à l’équateur, dont nous nous étions supposés partis. Cette division, fort naturelle pour la région tempérée que nous habitons, n’est pas admissible pour les habitans des au-

très zones. Près du cercle polaire, il n’y a véritablement que deux saisons, dont l’une dure huit à neuf mois, c’est l’hiver; et l’autre environ trois mois, c’est l’été. Les deux saisons les plus aimables de l’année sont inconnues aux peuples de ces régions disgraciées. Il en est de même vers les zones équatoriales : on n’y connaît que la saison des pluies et celle de la sécheresse. Enfin dans les autres hémisphères, à des latitudes analogues aux nôtres, l’ordre des saisons est interverti.

Les anciens ne distinguaient pas les saisons de la même manière que nous. Ce n’était pas les équinoxes et les solstices qui leur servaient de termes , mais bien le lever et le coucher de certaines constellations. L’hiver commençait au coucher des Pléiades , et finissait à l’équinoxe du printemps, ce qui comprenait un espace de cent trente-cinq jours, écoulés du onze novembre au vingt-six mars. Le printemps commençait à l’équinoxe, et finissait au lever des Pléiades, c’est-à-dire qu’il s’étendait du vingt-six mars au treize mai, et n’avait par conséquent que quarante-huit jours. Le commencement de l’été était fixé au lever des Pléiades, et cette saison durait jusqu’à celui d ' Arcturus, ou plutôt depuis le treize mai jusqu’au treize septembre ; mais Hippocrate prolonge quelquefois cette saison jusqu’au vingt-quatre septembre; de sorte que l’été était à peu près aussi long que l’hiver. L’automne commençait à l’équinoxe, et s’achevait au coucher des Pléiades; et était ainsi égal au printemps.

Dans nos climats le printemps signale le réveil de

37 2 cours d'hygiène.

la nature : la lumière du soleil est plus vive, elle se repose doucement sur tous les objets; cet astre, qui s’approche de jour en jour davantage, a dissipé les brouillards et les autans. L’atmosphère pénétrée de chaleur et de lumière vivifie tous les êtres. Ces deux fluides sont les principales sources de la vie. Les végétaux se parent de fleurs et de verdure, et enrichissent l’air de l’oxygène qu’ils exhalent. Le fluide électrique , que l’humidité avait fait rentrer dans le réservoir commun , retourne de nouveau dans l’atmosphère, qui exerce dès lors sur les organes de la sensibilité la plus étrange influence. La chaleur est tempérée par le soufle léger des vents, et bien que le soleil soit très-voisin de nous, le calorique qu’absorbent la terre refroidie par l’hiver, et les êtres qui se développent, se fait encore faiblement sentir. Mais bientôt cet astre a touché le tropique du cancer, et revient sur lui-même; alors la terre est échauffée, et les êtres vivans se sont développés, l’atmosphère est embrasée par des faisceaux de lumière et de chaleur; l’air brûlant tient en dissolution une énorme quantité de vapeurs, il est saturé de fluide électrique; les nuages s’accumulent, se rapprochent de terre , ils ne peuvent être soutenus dans les régions supérieures; l’horizon se rembrunit; l’éclair sillonne la nue; le tonnerre gronde; la pluie tombe; l’équilibre électrique se rétablit entre la terre et les nuages, et la nature altérée a repris une nouvelle fraîcheur. Ainsi que dans la vie humaine, le printemps et l'été sont les saisons des orages.

L’automne surprend la terre encore chargée de chaleur; aussi, quoique le soleil atteigne bientôt le tropique du capricorne, une température douce règne encore. Mais cette cause de chaleur n’étant plus entretenue, elle ne tarde pas à s’épuiser, et le soleil, n’envoyant plus sur la terre que des rayons obliques, rares, divergens, cède son empire aux frimats, qui viennent régner dans nos contrées, avec leur triste cortège. Les êtres animés, privés de leur parure et de leurs mouvemens , semblent frappés de mort; mais ce n’est là que le sommeil, que le repos de la nature.

Les saisons n’ont pas toujours cette marche régulière. Le printemps n’est pas toujours serein, doux , tempéré; il est quelquefois pluvieux et froid. L’été peut être aussi fort humide, surtout dans ce pays. L’automne peut être froide et sèche, quoiqu’elle soit plus fréquemment humide et tempérée. Enfin, l’hiver, la moins constante des saisons , est tantôt sec et très-froid, tantôt humide et froid, enfin humide et tempéré. Il peut tomber beaucoup de neige, ou des vents continuels peuvent agiter l’atmosphère. Ces constitutions des saisons avaient attiré l’attention du père de la médecine , qui en recommandait l’observation aux médecins. Hippocrate mettait un soin extrême à distinguer les saisons régulières des saisons irrégulières. 11 pensait qu’elles étaient régulières, lorsque Je printemps était chaud et tempéré par des pluies douces , l’été chaud et sec, l’automne froide et sèche, et l'hiver froid et humide. Dans nos pays, ce ne serait pas

374 cours d’hygiène.

là leur inarche la plus régulière. L’effet des saisons sur le corps humain est bien différent selon ces diverses circonstances, comme nous aurons occasion de le dire incessamment.

Le changement des saisons a lieu parce que l’axe du globe est incliné sur le plan de l’écliptique. Cette inclinaison de 23 degrés, 27 minutes, 5o secondes, est cause que la terre présente au soleil tantôt son pôle austral, tantôt son pôle boréal.

La révolution diurne varie selon les saisons, ainsi que nous l’avons dit. Nous avons aussi noté la différence de température. On pense bien que nous ne devons parler ici que des saisons de notre zone tempérée.

QUATRIÈME SECTION

Des climats.

L’étude des climats est une de celles qui offre le plus d’attraits au philosophe. Observer les effets simultanés de la lumière, de la chaleur, de l’électricité, des vents , et autres météores, sur les productions organiques des diverses zones de la terre, explorer la nature de celte terre, déduire de ces connaissances l’influence qu’elles exercent sur l’homme physique et moral, telle est la vaste matière que les climats présentent à notre investigation. Toutefois, résistant au charme d’un sujet aussi intéressant, contentons-nous d’exposer les idées sommaires qui sont de notre ressort, et laissons aux sciences physiques et naturelles des détails qui ne sauraient nous appartenir.

Les premiers observateurs, frappés de la diversité des températures, et des productions des différentes régions de la terre, imaginèrent de les diviser en plusieurs zones ou bandes, et c’est cette division qu’indique le mot climat, de région, et de

division. Le degré de chaleur a été la première et la principale base de leur division , ce qui ne peut dispenser d’examiner aussi les autres objets dont les différences font varier les climats à un si haut degré.

On a distingué les climats en chauds et froids , ou bien en chauds , froids et tempères. Cette dernière division est sans doute préférable. Il serait possible d’y ajouter plusieurs subdivisions ; car la nature ne passe pas par un saut brusque d’une température à l’autre, et les nuances intermédiaires qu’elle dispense avec tant de tnénagemens dans toutes les productions qui sortent de ses mains, se retrouvent ici avec le? mêmes précautions. C’est bien rarement qu’elle transgresse ses lois immuables , et nous devons être bien réservés dans nos accusations. Quoi qu’il en soit, nous nous bornerons à ces trois divisions.

La zone comprise entre les deux tropiques est connue sous le nom de zone torride; elle s’étend en de-çà et au delà de l’équateur de 3o degrés; elle comprend une grande partie de l’Afrique , de l’Asie , de l’Amérique, de la nouvelle Hollande, la nouvelle Guinée, une foule d’îles et d’Archipels. Depuis ce degré jusqu’au 55e, on a placé la zone tempérée des deux hémisphères , austral et boréal. Celui-ci comprend presque toute l’Europe , la haute Asie, la grande

376 cours d’hygiène.

Tartarie, le Thibet, une partie de la Chine, le Japon, l'Amérique septentrionale ; et celui-là le cap de Bonne- Espérance, la terre deDiémen, la nouvelle Zélande, le Chili, etc.; enfin les climats froids sont situés depuis le 55° jusqu’au pôle : ils comprennent le nord de la Suède, la nouvelle Zemhle, le Spitzberg, la Sibérie, le Kamtschatka, l’Islande, le Groenland, la baie d’Hudson et une foule de terres encore inconnues.

La température de ces diverses régions est pour celles des tropiques de 24 à 35° R. Ce que quelques auteurs ont dit de la chaleur du Sénégal et du centre brûlant de l’Afrique est entièrement faux. Les voyageurs les plus véridiques ne font pas élever la température au delà du 34e degré; elle descend quelquefois à l’équateur au dessous du 20e. Nous avons vu que vers le pôle le froid avait été évalué à 720 — o, et que la chaleur montait quelquefois aussi haut que sous les tropiques. Dans notre zone moyenne il est rare que la chaleur s’élève au dessous du 3oe degré + 0 R. et descende au dessous du i5e — o R. Les saisons apportent dans la température des différences d’autant plus grandes, qu’on descend davantage vers les pôles: cette différence est presque nulle vers l’équateur.

La lumière à laquelle tous les êtres organisés doivent la vie, n’est pas égale dans ces différentes régions. Elle est répandue avec profusion dans les régions équatoriales, où elle semble lutter avec la chaleur pour donner aux êtres animés un développement, une expansion inconnus dans nos contrées tem-

pérées ; les jours sont presque constamment égaux aux nuits. Plus on s’avance vers les pôles et plus les jours sont inégaux , ainsi que nous l’avons déjà dit ; mais les jours ne sont pas seulement plus ou moins longs, la lumière arrive en divergeant, elle y est plus rare et plus faible. Durant l’hiver elle est presque nulle au cercle polaire.

L’élect7Ïcité est d’autant plus abondante dans l’air que celui-ci est plus sec; mais la chaleur paraît concourir à son développement. Ainsi les climats rigoureux, dont l’air est entièrement privé d’humidité, seront parfaitement électriques, et c’est vraisemblablement à cette disposition que l’on doit rapporter les phénomènes des aurores boréales que l’on observe si fréquemment vers les pôles. D’un autre côté, lorsque l’air est très-chaud , et que la vapeur est tellement divisée par la chaleur qu’elle devient inappréciable, l'électricité se trouve très-abondamment dans l’atmosphère, d’où il suit que sous les tropiques l’air est souvent saturé dé ce fluide, ce qui occasionne ces épouvantables ouragans qui bouleversent ces contrées. Dans nos pays tempérés, durant le plus grand froid de l’hiver, on observe quelquefois des phénomènes électriques; mais ils sont bien plus fréquens et bien plus forts, lorsque, durant l’été, notre atmosphère s’échauffe au point de ressembler à celle des régions équatoriales.

L '‘humidité est loin d'être la même dans ces différentes zones, et, chose singulière, on a remarqué qu’il tombait d’autant plus de pluie que l’on s’appro-

3 y 8 cours d’hygiène.

chait davantage des pays méridionaux; de sorte que l’humidité paraît être en raison directe de la température. Ainsi l’on peut dire d’une manière absolue que l’air des pôles est plus sec que celui des tropiques; et cela par les raisons que nous avons exposées précédemment. Il tombe annuellement environ soixante-dix pouces d’eau sous les tropiques; il n’en tombe que dixhuit à vingt pouces en Europe , et beaucoup moins vers les pôles.

Les mouvemens dont l’air est agité varient beaucoup, selon les régions. Le vent d’est règne constamment entre les tropiques. L’explication qu’on a donnée de ces vents alisés est peu satisfaisante. On a prétendu que l’air, dilaté par les rayons du soleil, s’élevait, et était remplacé par l’air froid qui arrivait des pôles ; que cet air arrivait directement du nord et du midi vers l’équateur, et que de là il se dirigeait vers l’orient, où la dilatation était le plus sensible; mais, comme le vent d’est marche d’orient en occident, on a supposé que le mouvement de la terre qui a lieu dans un sens inverse, et qui est plus rapide que celui de l’air, était cause de cette espèce d’illusion. Il est possible que les choses se passent ainsi ; mais j'avouerai que j’éprouve quelque répugnance à ajouter foi à cette explication physique. Il existe dans la mer des Indes des vents connus des nautonniers sous le nom de moussons ; ces vents impétueux soufflent dans toutes les directions , et leur cause est totalement inconnue.

Entre les tropiques l’air se refroidit durant la nuit,

et, plus dense que celui des mers, tend à remplacer celui-ci, et souffle en brise de terre. L’inverse a lieu durant le jour : l’air des terres, plus rare que celui des mers, à cause de la chaleur solaire, appelle ce dernier sur le continent, ce qui donne lieu à la brise de mer.

Les variations de chaleur qui se manifestent dans nos climats tempérés paraissent être la cause des directions infinies des vents, qui rafraîchissent ou échauffent notre atmosphère, qui la dessèchent ou l’humectent.

Les climats produisent des végétaux et des animaux qui leur sont particuliers, et c’est autant par ces productions destinées à servir de nourriture à l’homme que par l’action des puissances que nous venons d’examiner, qu’ils modifient l’économie animale.

Les climats glacés du nord n’enfantent que des êtres rabougris et misérables, incapables de suffire à notre alimentation. Quelques arbres toujours verts, des lichens, des plantes agames , quelques monocotylédones ont peine à couvrir la triste nudité de ces pays hyperboréens. La chaleur et la lumière fécondantes des régions équatoriales développent des végétaux gigantesques, dont les fruits, les feuilles, les écorces, servent d’alimens, d’habits et de retraite aux habitans de ces zones brûlantes. Les climats tempérés, plus heureux, ont reçu de la nature de riches graminées, et une multitude de plantes oléracées; ces plantes couvrent d’immenses et de fertiles gué-

38o COURS D ilïGlÈNE.

rets, et croissent presque sans culture. Les épices, les aromates, les fruits aqueux, les poisons actifs, naissent dans les pays chauds. La stérilité est le triste partage des régions glaciales; la richesse, l’ahondance de verdure, de fruits' et de fleurs, sont l’apanage de nos belles contrées , qui semblent plus spécialement destinées à être habitées par des hommes.

Le règne animal ne varie pas moins dans les différentes zones. La plupart des ruminans, des oiseaux gallinacés et des passereaux, que nous avons vus si propres à notre alimentation, préfèrent les régions tempérées, où ils trouvent dans les graminées une nourriture abondante. Le pôle sera pauvre en animaux de cette espèce , et le renne sera presque la seule richesse du Lapon. Le froid glacial ne permettra pas aux insectes et aux animaux à sang froid de vivre sous le pôle. Les cieux hrûlans des tropiques verront naître les animaux venimeux les plus redoutables, les quadrupèdes les plus féroces. La plupart seront couverts d'un manteau diapré des plus vives couleurs.

CINQUIÈME SECTION

Des localités.

Mais une multitude de circonstances particulières viennent modifier les influences des saisons et des climats. La nature du sol, la position des lieux , la culture des terres, annulant les influences générales dont nous venons de parler , imposent des saisons et des climats particuliers à chaque pays.

§ I. — Nature du sol.

La nature du sol conduit à la connaissance des végétaux qu’il produit, des animaux qui y vivent, des eaux qui l'arrosent , et elle fait connaître par-là quels cliangemens doit éprouver l’homme sous ces im fluences. Il est plus que vraisemblable qu’on sera toujours réduit à former des conjectures sur la nature du noyau de la terre. On a supposé qu’il devait être fort dense, et quelques savans ont dit qu’il devait être très-raréfié. Les géologues distinguent trois couches de terrains. Les primitifs présentent des blocs confusément entassés, de granits, de porphyre, de marbres primitifs, qui s’élèvent en pyramides énormes, et forment à la surface de la terre des chaînes de mon ■ tagnes : telles sont les Cordillères, les Andes en Amérique, le Caucase, l’Altaï, l’Oural, l’Immaüs, le Thibet , l’Atlas, les Alpes, les Pyrénées, etc. On ne trouve aucun débris de corps organisés dans ces terrains primitifs, qui pénètrent à une profondeur en« core inconnue, et qui constituent l’ossature du globe , ce qui a fait penser qu’ils étaient antérieurs à tout être vivant. Les terrains secondaires s’adossent en couches, plus ou moins obliques, sur ces premiers, et semblent être dus aux sédimens des eaux; ils sont composés d’ardoises, de schistes, de marbres veinés et colorés, de sulfates et de carbonates de chaux, etc.; ils recèlent souvent des débris d’animaux et de végétaux devenus fossiles, et tellement conservés, qu’on en reconnaît l’ernpreinte; des filons métalliques les

38i cours d’hygiène.

sillonnent dans différens sens. Us sont excavés par des grottes où se passent divers phénomènes chimiques, des dégagemens de gaz méphitiques, des détonnations, des éruptions volcaniques, etc. Enfin sur ceux-ci, et tout-à-fait à l’extérieur, gissent les terrains de troisième formation. La craie, le sablon, la marne, et le détritus des matières végétales et animales, les composent. Us paraissent avoir été bouleversés par les orages; ils se sont amoncelés en collines et creusés en ravins; leurs couches, irrégulièrement, inégalement superposées, attestent l’irrégularité et le trouble qui ont présidé à leur production. Elles renferment une foule de débris d’animaux marins. On a encore donné le nom de terrains volcaniques à ceux qui paraissent avoir été vomis sur la surface du globe par de vastes embrasemens souterrains. C.’est dans leur voisinage qu’on trouve en général des eaux minérales et thermales dont les anciens faisaient tant de cas, et que la médecine moderne sait mettre en usage d’une manière si avantageuse.

La dernière couche de la terre est, comme on voit, de diverses qualités; aussi les productions qui y naissent sont-elles bien différentes. Ici une terre forte, noire, riche en matières végétales décomposées, produit de gras pâturages, qui à leur tour alimentent de magnifiques troupeaux, dont les dépouilles, le laitage et les chairs, protègent contre les vicissitudes de l’air et nourrissent avec profusion le riche habitant de ces contrées. Là un terrain plus sec donne naissance à d’abondantes moissons; plus loin, ce coteau, en ap-

parence aride, voit croître la vigne et l’olivier; sur ce terrain sabloneux roulent des eaux claires et limpides. Chaque sol jouit d’une valeur particulière, que l’homme industrieux sait faire servir à son usage, et qui , par ses productions ou par les travaux qu’exige sa culture, imprime à sa constitution un caractère différent.

§ II. — Position des lieux.

La surface de la terre est arrosée par une immense quantité d’eau. Une multitude innombrable de rivières et de fleuves circulent de tous cotés dans les plaines et les vallons, et portent en tous lieux l’abondance et la vie. Des mers incommensurables, tant par leur étendue que par leur profondeur, des lacs immenses entretiennent, parleur continuelle évaporation, une douce température, soit en modérant l’impression d’une chaleur ardente, soit en tempérant celle d’un froid trop rigoureux, ce qui fait que les bords des mers ou des fleuves sont plus frais en été et plus chauds en hiver que l’intérieur des continens. Les habitans des côtes sont en général pêcheurs, ichthyophages, navigateurs et commerçans , ce qui leur donne une constitution qui leur est propre. Les habitans des bords des rivières et des lacs partagent ces dispositions organiques. Mais la terre est quelquefois souillée par d’infects marécages et par des marais pestilentiels. Ici tout est danger pour les malheureux condamnés à languir sur ces bords empoisonnés. Des miasmes délétères, résultats des matières organiques en dé-

384 cours d’hygiène.

composition, s’élèvent incessamment de ces marais empestés, et portent avec eux une multitude de maladies que nous citerons; leur nombre est tel, quelles ont donné lieu à de volumineuses monographies, îlamel pense que la seule humidité de l’air est la cause de l’action des marais sur l’homme. Nous partageons l’avis de la plupart des observateurs qui l’attribuent aux effluves marécageux composés de gaz auxquels donne lieu la décomposition des substances organiques.

Autant le voisinage de ces lieux est meurtrier, autant est salutaire celui des forêts. Elles enrichissent l’air d’une prodigieuse quantité d’oxygène lorsqu’elles sont frappées par les rayons du soleil; elles entretiennent une habituelle fraîcheur dans l’atmosphère pendant l’été, et durant l’hiver elles diminuent la violence du froid, soit en développant une certaine quantité de calorique, soit en brisant le cours impétueux des vents.

Les vastes plaines continentales sont exposées à toutes les vicissitudes atmosphériques, à tous les vents; elles sont plus chaudes en été et plus froides en hiver que les autres localités.

Il n’en est pas de même des montagnes et des vallons. La direction des premières, relativement au soleil ou leur exposition, et les diverses hauteurs influent prodigieusement sur la température. Si une montagne est exposée au sud, qu’elle reçoive toute la journée l’action des rayons solaires, la température sera plus chaude que ne le comportera la lati-

tude où se trouve située cette montagne. L’inverse aura lieu sur son revers. Le coté de l’est sera plus frais dans nos contrées que le côté de l’ouest. Mais l’élévation du terrain est une grande cause de froid. Sous l’équateur, les Andes du Pérou sont couvertes de neiges éternelles , à deux milles quatre cents toises. La hauteur où les neiges commencent varie selon les latitudes : elle est beaucoup moindre vers les pôles. Paris et Vienne sont sur la même latitudé, mais le premier est situé à trente-sept toises au-dessus du niveau de la mer, et le second à quatre-vingt, aussi celui-ci est-il beaucoup plus froid.

La lumière et la chaleur sont ramassées et réfléchies par les parois des gorges et des vallons; l’air y est intercepté, aussi la température y est-elle beaucoup plus douce que partout ailleurs. La circonstance funeste de la stagnation de l’air est loin d’être détruite par l’abondance des rayons de lumière et de calorique, et les habitans de ces lieux sont en butte à une foule de maladies.

Les diverses localités que nous venons de passer en revue font, comme la nature du sol, varier les productions de la terre; et, par suite, la constitution de l'homme , qui est soumis à leur influence.

S III- — De la culture des terres.

On a remarqué que la culture des terres rendait les pays beaucoup plus chauds qu’ils n’étaient avant d’être cultivés ; ce fait assez extraordinaire échappe à une explication satisfaisante. On conçoit bien que

38G cours d’hygiène.

le dessèchement d’un marais puisse assainir une contrée; mais comment le labourage détermine-t-il une plus grande production de chaleur? C’est ce que l’on ignore; ce fait est cependant incontestable. L’ancienne Gaule et la Germanie étaiént réellement plus froides qu’elles ne sont aujourd’hui. Ce qui le prouve d’une matière incontestable, c’est qu’une foule de végétaux qui ne pouvaient pas y être naturalisés du temps de César et de Tacite, sont aujourd’hui fort communs dans ces empires. A quoi attribuer cette différence, si ce n’est au défrichement des terres, ainsi qu’au dessèchement des marais , à la construction des villes, etc. Les végétaux qu’on multiplie développeraient-ils seuls cette chaleur?

DEUXIÈME DIVISION

Effets de l’air sur l’économie animale.

PREMIÈRE SECTION

Maintenant quelles sont les influences que ces diverses propriétés de l’air exercent sur les organes de l’économie animale? Pour rendre un compte fidèle des modifications qu’elles impriment , il est de la plus haute importance de connaître quelle est l’action de l’air , lorsqu’il se trouve dans un terme moyen de pesanteur, de température et d’humidité ; ce qui constitue l’état tempéré de l’atmosphère, celui du printemps et d’une partie de l’automne, dans nos climats. Or, c’est à \[f du thermomètre deRéaumur, sous une pression de 28 pouces, et environ vers le 3oe ou L j oe degré de l'hygromètre de Saussure, que nous

plaçons cette température moyenne: ces limites ne sont cependant pas tellement rigoureuses, qu’on ne puisse supposer quelque degré au-dessus et au-dessous, sans un grand inconvénient. Cette précaution d’examiner d’abord l’état moyen de l’air, nous paraît d’autant plus nécessaire qu’elle a été négligée par les divers auteurs qui ont écrit sur ce sujet, au moins ne s’en sont-ils occupés que d’une manière secondaire. Ces considérations terminées , il sera bien plus facile de saisir les effets que produisentsur nous lesautresétatsde l’atmosphère.

Nous devons avant tout prévenir le lecteur (pour lui éviter de chercher péniblement l’ordre que nous nous sommes imposé) que nous nous proposons d’examiner, d’une manière isolée autant que possible, l’influence sur l’économie animale de l’état de l’atmosphère donné; i° par le baromètre; 20 par le thermomètre ; 3° par l’hygromètre. Ainsi nous examinerons successivement les effets produits par la pesanteur, la pression de l’air, sa densité, sa rareté, etc.; par la chaleur, par le froid; par la sécheresse, par l’humidité, selon que l’une ou l’autre sera chaude ou froide. Nous examinerons, autant que cela sera nécessaire, l’influence de chacune de ces températures persistantes ou passagères , sur les fonctions ; leurs effets selon l’âge, les habitudes, les tempéramens, les sexes, etc., seront examinés ailleurs. Nous les regarderons comme causes de maladies, et nous chercherons les moyens de les modifier; enfin, nous lès considérerons comme agens de guérison , et nous chercherons les moyens de les produire.

388 cours d’htgiène.

I. — Effets de la température moyenne de V atmosphère sur V économie animale.

Les limites que nous avons assignées à cet état moyen de l’air ne doivent s’entendre que pour les habitans des régions tempérées, en particulier pour ceux de la France. L’habitant du Sénégal la trouverait un hiver fort rigoureux , et le Lapon ou le Samoïède y mourrait de chaleur, ce que les faits ont souvent prouvé. Le Français même trouverait cette température fort chaude, s’il y remontait subitement du 8° ou ioe ° au-dessous de zéro; il pourrait la trouver froide s’il y descendait du 2 5e degré au-dessus du même terme. Il faut donc supposer ce qui a lieu ordinairement, c’est-à-dire qu’il y est arrivé d’une manière insensible, encore l’effet ne sera-t-il pas tout-à-fait le même, s’il y passe d’une température inférieure ou d’une température plus élevée. Quoi qu’il en soit dans cette température douce, objet de tous nos désirs, rêve continuel des poètes de tous les âges, la digestion est facile et régulière, elle fournit à tout le système les élémens convenables pour une nutrition très-active. Les contractions du cœur sont vives et fréquentes; l’impulsion artérielle est forte, le cours du sang rapide; les capillaires sont doués d’énergie, leur tonicité, leur contractilité sont prononcées. La respiration participe à cette activité, ses mouvemens s’exécutent avec aisance; une quantité considérable d’oxygène se trouve absorbée; le sang se dépouille d’une grande proportion de carbone. L’ab-

sorption s’exerce avec plus de régularité. Les exhalations sont abondantes sans l’être trop ; les sécrétions fécondes en résultats ; aussi cette température est-elle très-propice à l’amour; c’est sous son empire que presque tous les êtres de la nature cherchent à se reproduire. La nutrition, dont il faut bien se garder de juger l’activité d’après l’embonpoint des individus, la nutrition est alors très-développée ; la force assimilatrice est active, le sang est riche en matériaux nutritifs; il est épais, vermeil, écumeux, concrescible; les sensations sont vives, les impressions profondes et pourtant variées; les idées de plaisirs et de gaieté dominent l’homme; il vit alors d’espérance et d’amour. Venus eo tempore lutissima est , a dit Celse. La contractilité musculaire est énergique; on se sent agile et fort. Sous le règne de cette température délicieuse la vie semble doubler d’activité; toutes les fonctions s’exécutent avec une grande vigueur. Elle nous paraît favoriser le tempérament sanguin, et prédisposer par conséquent aux maladies qui lui sont propres, telles que les phlegmasies, les hémorrhagies actives, les congestions sanguines, etc.; du moins tel sera son effet si elle persiste pendant un certain temps, et surtout si elle succède à une température plus basse. Qu’arriverait-il si cette température était continuelle? Qu’on nous permette un instant la supposition d’un printemps perpétuel. La nature a besoin de repos ; l’hiver est le repos de la nature, il est donc nécessaire. Si la température modérée durait toujours, les êtres vivans s’épuiseraient

coi:rs D’HYGifcwE.

promptement et cesseraient d’exister. Cela est évident pour les végétaux; ds ne peuvent être éternellement en fleurs. Les chaleurs de l’été ne viendraient plus mûrir les fruits et les graines, et l’on verrait bientôt la terre dépouillée de sa plus belle parure. Ce n’est pas seulemexit à voir disparaître cet ornement que nous serions exposés, mais nous serions bientôt nousmêmes condamnés à périr. Les animaux se nourrissent de végétaux ou d’autres animaux qui en font leur seule nourriture. Les végétaux détruits, que deviendraient les animaux? Indépendamment de ces effets, une température uniforme abrégerait les jours en usant promptement la vie. Les alternatives sont nécessaires, et si l’homme se plaît dans les changemens, c’est que les changemens lui sont indispensables. L’ennui, la mélancolie s’emparerait de lui, et une foule d’autres affections imprévues viendraient l’assaillir. Le désir d’un printemps éternel est donc non-seulement une chimère, mais encore une absurdité.

Cette condition de l’air, telle que nous la voyons souvent, sera favorable aux enfans et aux vieillards, aux femmes et en général aux personnes faibles et douées d’un tempérament lymphatique. Les individus affectés de maladies chroniques, de scrofules, de rachitisme, de scorbut, etc., en recevront une salutaire influence. Cette heureuse température, la plus désirable de toutes, est aussi la plus saine, la moins nuisible. Dans aucune, circonstance il ne faut chercher à la modifier, et c’est à la produire qu’il faut diriger tous ses efforts. L’art a dans son pouvoir divers moyens

pour y parvenir. Les anciens, qui employaient, dans le traitement des maladies, beaucoup moins de me dicamens que les modernes, avaient porté sur les puissances hygiéniques l’attention la plus soutenue. Leur imagination féconde leur avait fait découvrir une foule de moyens ingénieux de tempérer les rigueurs des saisons. Une confiance trop aveugle dans nos moyens thérapeutiques nous a fait abandonner ces véritables richesses de l’art, aussi efficaces et bien moins meurtrières que les nôtres. Nous exposerons ces divers moyens lorsqu’il s’agira de modifier les températures extrêmes.

§ II. — Effets de la pesanteur, de la densité et de la rareté de l’air sur l’économie animale.

Les effets qui résultent de l’augmentation de densité de l’air sont encore peu connus, et sont jusqu’ici mal appréciés. On conçoit cependant que si la pesanteur de l’air faisait remonter le baromètre à une trèsgrande hauteur, effet qui ne pourrait être produit que dans des lieux situés à une très-grande profondeur au-dessous du niveau de la mer, et qu’occasionnent très-rarement les vicissitudes naturelles de l’atmosphère, la respiration serait plus lente pour deux raisons; d’abord sous un moindre volume on inspirerait une plus grande quantité de ce fluide, et partant une plus grande proportion d’oxygène ; en second lieu , l’augmentation de la pression atmosphérique rendrait vraisemblablement les inouvemens inspiratoires plus lents. Au reste , quand on réfléchit que

cours d'hygiène.

nous sommes habituellement pressés par un poids de 33,6oo livres, on conçoit facilement qu’on puisse soutenir une assez grande augmentation de poids, sans en être modifié. Tout porte à croire que la pesanteur de l’atmosphère augmentée n’entraîne avec elle aucun danger, et qu’elle doit même être favorable. On objectera peut-être que dans la profondeur des mines les ouvriers , au lieu d’éprouver l’effet dont nous parlons , paraissent au contraire en être affectés d’une manière fâcheuse; mais qu’on se donne la peine de réfléchir que dans ce cas l’action favorable de la pression est plus que compensée par les exhalaisons minérales qui régnent dans ces antres profonds, par les travaux pénibles, par l’immobilité de l’air, etc., et l’on trouvera des raisons plus que suffisantes pour expliquer pourquoi les misérables qui s’ensevebssent vivans dans ces abîmes traînent une vie languissante r et succombent prématurément.

Par quel moyen supportons-nous le poids énorme de 33,6oo livres ? Comment se fait-il que nous ne soyons pas écrasés par cette force incroyable? Voici l’explication qu’en donnent les physiciens ; nous empruntons celle du savant M. Biot.

« On trouvera peut-être , dit-il , ce résultat bien incroyable, et l’on pensera qu’une pression si considérable devrait gêner beaucoup, ou même empêcher tout-à-fait nos mouvemens. Voici un autre exemple bien plus fort : il y a dans la mer des poissons qui vivent à une très-grande profondeur, à 3, 000 pieds audessous de la surface de l’eau. Ces poissons se trou-

vent donc chargés du poids d’une colonne d’eau de deux ou trois mille pieds, c’est-à-dire soixante-dixhuit fois plus lourde que le poids de l’atmosphère; ils y vivent et s’y meuvent avec la plus grande agilité; cela est bien plus extraordinaire que de nous voir supporter la pression de l’air. Mais tout le merveilleux disparaît , si l’on fait attention que les poissons dont nous venons de parler sont intérieurement remplis et pénétrés de liquides, qui résistent à la pression de l’eau extérieure, en vertu de leur impénétrabilité ; de sorte que les membranes de l’animal n’en sont pas plus altérées que n’en serait la pellicule la plus mince que l’on descendrait à une pareille profondeur. Quant à la facilité des mouvemens, elle tient à ce que le corps du poisson est également pressé par dessus et par dessous, à droite et à gauche, en sorte que la pression se contrebalance d’elle-même, et ainsi il lui est aussi aisé de se déplacer que s’il nageait à la surface de l’eau même. Semblablement pour nous, l’intérieur de notre corps et nos os sont remplis ou de liquides incompressibles , capables de supporter toutes les pressions, ou d’air aussi élastique que Pair du dehors, et qui contrebalance son poids; voilà pourquoi nous n’en sommes pas incommodés. » Cette explication est aussi celle de MM. Hallé et Haüy. Des autorités si respectables suffisent pour en établir la valeur.

L’effet de la diminution de densité de l’air ou de sa rareté est plus connu, et plus facile à apprécier. Si r on place un animal vivant dans le vide, l’air in-

3q4 COURS B il VGrilNE.'

térieur, n’ayant plus rien qui lui résiste, se dilate, l’animal se gonfle et périt. Cela arrive , dit encore M. Biot, à un grand nombre de poissons, quand on les retire du fond des abîmes des mers, ou même seulement d’une profondeur de vingt à trente mètres. La plupart d’entre* eux ont dans l’intérieur de leur corps une vessie remplie d’une espèce de gaz. Tant que ces animaux restent à la profondeur où ils vivent d’ordinaire, l’air contenu dans cette vessie a le degré de compression et d’élasticité nécessaires pour supporter le poids de l’eau qui pèse sur eux. ; mais si tout à coup on les tire hors de l’eau , il arrive que cette vessie se gonfle, se crève, et l’air qu’elle contenait, occupant un volume quatre-vingts ou cent fois plus considérable, remplit leur corps , renverse au dehors leur estomac, le force à sortir par la bouche, et ils périssent; alors leur corps flotte sur la surface de l’eau.

C’est la pression de l’air qui retient les fluides dans les vaisseauxdes animaux, et les empêche de s’échapper. Lorsque cette pression est considérablement diminuée, ainsi qu’il arrive sur les hautes montagnes. On éprouve des hémorrhagies, surtout par les organes de la respiration. Néanmoins l’homme peut vivre dans un air très-rare. Celui-ci est encore propre à la végétation, à une hauteur de seize cents toises, et la vie se soutient à une plus grande élévation. Cuençâ et Quito, qui sont à 1,600 toises, sont habités et fertiles; cependant les arbres sont moins grands sur les hautes montagnes , et il^ n’en croît point à 2,000

toises, seulement on y voit un gazon fort clair, grand comme les mousses; à 2,3oo toises-, il n’existe plus aucune trace de végétation. Càssini a prétendu qu’aucun animal ne pouvait vivre au delà de 2,446 toises. L’atmosphère y est une fois plus rare qu’au n'veau de la mer; or, à cette dilatation, tout animal succombe sous la machine pneumatique; cependant les Espagnols sont montés au Pérou jusqu’au sommet d'une montagne élevée de 2,g35 toises. Des observateurs ont vécu long-temps sur la crête du Pichincha, qui a 2,471 toises et demie au-dessus du niveau de la mer, et ces observateurs voyaient souvent voler des vautours à 200 toises au-dessus d’mx. Il faut remarquer que les effets sur lesquels Cassini a calculé, étaient produits subitement; il n’en est pas ainsi, comme l’observe fort bien M. le professeur Hallé , lorsque cette rareté de l’air arrive graduellement. En général, quand on s’élève à une grande hauteur, on éprouve un malaise général : la respiration devient pressée et haletante , la circulation s’accélère. M. Gay- Lussac éprouva ces effets dans une ascenssion aérostatique, à la hauteur de 3, 600 toises. On conçoit aisément qu’on ne pourrait long-temps vivre dans un milieu si insolite. Il est inutile d’expliquer pourquoi la respiration est plus accélérée; on sent assez que l’air nécessaire à l’entretien de là vie étant extrêmement rare, il faut multiplier les actes respiratoires pour obtenir les mêmes résultats; il est encore plus inutile d’ajouter que, l’air devenant plus rare, l’animal pourrait périr par asphyxie. Dans un air très-raréfic,

3ç)6 cours d’hygiène

doivent se manifester les inflammations thoracliiques, la phthisie, les anévrysmes du cœur, de fréquentes hémorrhagies; c’est en effet ce qu’on observe. Un’ air un peu dense, c’est-à-dire, dont la pression élève le mercure au-dessus de 28 pouces, est donc le plus favorable à l’entretien de la vie. — L’art ne possède malheureusement aucun moyen de produire cette pression dans l’atmosphère. Si le médecin la trouvait indiquée, il se bornerait à changer le malade de lieu, à le faire habiter un pays où cette pression fût habituelle. S’il s’agissait d’obtenir un air rare, indication qui doit être peu fréquente, il pourrait conseiller une habitation dans un lieu élevé ; il pourrait même, à l’aide du calorique et de la vapeur, malgré la tendance de l’air pour l’équilibre, diminuer la pression de l’air renfermée dans un appartement; c’est ce qu’on peut obtenir dans l’hiver, à l’aide de grands feux, et en faissant vaporiser une certaine quantité d’eau.

§ III. — Effets de V air chaud sur V économie animale .

Ce n’est point une action purement physique que le calorique exerce sur nos organes; car s’il en était ainsi, il s’ensuivrait que, d’après sa tendance à l’équilibre, la chaleur du corps humain , évaluée à 3a0 + oR., abandonnerait le corps toutes les fois que l’air se trouverait au-dessous de ce degré, et que nous devrions en conséquence éprouver la sensation du froid ; il s’ensuivrait encore que le degré où le froid cesserait de se faire sentir sur nous serait le 32e; et cependant il s’cn faut que les choses se passent ainsi. On

sait en effet que l’air fait sur nos organes l’impression d’un corps chaud dès qu’il atteint le 20° + o , et que la plus grande chaleur du globe n’excède pas le 3ae ou le 34e degré. Il faut donc admettre une force qui lutte sans cesse contre ces lois physiques; et cette force c’est la vie , c’est-à-dire l’organisme dans un état particulier.

L’air est donc réputé chaud lorsqu’il parvient au 20e degré et au delà. Ce n’est point par sa combinaison avec nos parties constituantes qu’il agit alors, mais bien par l’impression qu’il détermine sur nous. Cette impression est un véritable stimulus , qui modifie l’organisme par les mouvemens qu’elle établit, les changemens qu’elle sollicite et qu’elle amène. Lorsque l’air est chaud , il peut être en même temps humide à l’hygromètre. Nous parlerons de cet état de l’atmosphère : mais il tient en général beaucoup d’eau en dissolution, et s’approche cependant de zéro de l’hygromètre ; c’est la chaleur dans un état intermédiaire , dont il est ici question. C’est surtout en passant en revue l’état de nos fonctions , que nous pouvons apprécier avec justesse toute l’influence des températures. Ür l’effet de la chaleur est incontestablement l’expansion des fluides, et le relâchement, la dilatation , des solides. La perspiration cutanée est tellement abondante que le plus léger mouvement provoque une sueur générale; une faiblesse extrême ; la tendance au repos , la paresse , en sont les résultats immédiats. La respiration est plus fréquente que dans les autres températures. L’air étant plus dilaté contient,

3q8 cours d’hyciène.

relativement à son volume, moins d’oxygène, les actes respiratoires doivent donc se succéder plus fréquemment, ainsi que dans l’air raréfié. La perspiration pulmonaire doit aussi être plus abondante. MM. Allen et Pépys prétendent qu’il y a une absorption plus considérable d’oxygène, et une exhalation plus grande de carbone. La digestion est lente et pénible, la soif est vive, et cela se conçoit aisément; les absorbans intestinaux paraissent doués de la plus grande énergie, ils ne semblent occupés qu’à réparer les pertes occasionées par l’exhalation cutanée ; le ventre est resserré, alvus densa, cutis ram ; les urines sont peu abondantes et fortement colorées, sans doute à cause de l’absorption des parties les plus ténues. Cette activité des absorbans intestinaux doit-elle rendre raison de la fréquence des maladies gastriques que l’on, observe sous la température dont nous parlons ? La circulation est plus active, plus fréquente, mais les pulsations des artères offrent de la mollesse ; le sang est écumeux, vermeil, le tissu capillaire est épanoui. Cependant la nutrition ne paraît pas alors jouir d'une grande énergie; les sensations sont faibles , les hommes lâches et paresseux, les idées peu lumineuses, les conceptions lentes ; une espèce de congestion cérébrale, jointe à l’état habituel de lassitude , sollicite au repos ; le sommeil est le seul désir des habitans des pays chauds; aussi sont-ils en généi’al lâches, faibles, paresseux, ignorans et cruels, et conséquemment tyrans ou esclaves. C’est en effet le sort des Turcs, des Asiatiques et des Africains.

D’après ce que nous venons de dire , il est facile de conclure que cette constitution de l’atmosphère prédispose aux congestions cérébrales, aux inflammations de l’encéphale et de ses dépendances , aux maladies aiguës du canal intestinal, enfin aux éruptions . cutanées. Le cerveau , la peau, et le canal digestif, . sont en effet des centres de fluxion sous une atmosphère chaude, et doivent être par cette raison exposés à de nombreuses maladies , ce qui est démontré par l’expérience. Cette température est extrêmement favorable aux contagions , en facilitant l'expansion de leurs principes; aux épidémies, car si elle est longtemps continuée l’air ne manque pa,s de se vicier par une foule d’exbalaisons , de miasmes, produits par la décomposition des matières organiques, qu’accélère cette température. Nous ne dirons pas, avec des auteurs du plus grand mérite, que c’est à cette propriété de l’air que les maladies doivent le prétendu caractère de putridité qu’elles présentent; mais nous ne pouvons disconvenir que les affections ne révêtent dans ces circonstances une apparence particulière.

Cette température sera avantageuse aux scrofuleux, aux rachitiques, aux scorbutiques, auxrhumatisans; elle nuira essentiellement aux bilieux et aux mélancoliques, aux maniaques, aux habitans des climats froids, etc. On peut développer cette disposition atmosphérique dans des appartemens clos , par la combustion; mais il n’est pas aussi aisé de la tempérer lorsqu’elle existe naturellement. Les anciens faisaient porter les malades dans un lieu obscur, sou-

4oo cours d’hygiène.

terrain et frais, dont ils arrosaient le sol avec de l’eau froide , et qu’ils tapissaient avec des branches d’arbres fréquemment trempées dans le même liquide ; . c’est encore ce qu’on pratique en partie dans nos climats méridionaux.

Nous donnerons d’autres détails sur les effets du calorique sur l’économie animale, en parlant des bains et des étuves.

§ IV. Effets du froid sur V économie animale.

Lorsque la température est à 5° + o , on commence à éprouver une sensation de froid, surtout lorsqu’on y arrive d’une température plus élevée. Dans nos climats, le thermomètre marque ordinairement de 6 à 8 degrés dans les plus grands froids. On l’a vu descendre jusqu’à 1 1 , et même 1 5 degrés. L’effet du froid est loin d’être le même , lorsqu’il est modéré ou lorsqu’il est excessif. Dans le premier cas, il peut être encore mêlé d’une certaine quantité de vapeurs, ce qui modifie beaucoup son action. Dans le deuxième, il est entièrement dépouillé d’humidité; la vapeur se condense; il ne lui est plus permis de rester suspendue dans l’atmosphère. Lorsque le froid est modéré , et dans un état plus voisin de la sécheresse que de l’humidité, il resserre les solides, et empêche l’évaporation des liquides. Il modère, et même suspend la perspiration cutanée. Le réseau capillaire se laisse moins facilement traverser par le sang qui s’accumule dans les viscères intérieurs , et surtout dans les poumons , de tous les organes le plus perméable à ce

fluide. Aussi les phlegmasies thoraciques et les dyspnées sont-elles très-fréquentes sous cette condition de l’atmosphère. On conçoit facilement que les difficultés de respirer seront d’autant plus grandes que les individus auront plus d’obstacles à la circulation générale; ainsi chez les vieillards, où se rencontrent ordinairement des ossifications dans les trajets des vaisseaux, ce phénomène s’observe-t-il très-fréquemment. Aussi quand le thermomètre descend au-dessous de zéro, et que la température persiste à ce degré pendant quelques jours, presque tous les vieillards éprouvent-ils des accès cVasthme. 11 faut que la température persiste quelques jours, parce que la réaction peut durer quelque temps , la circulation extérieure continuer ; mais au bout de trois ou quatre jours, il n’en est plus ainsi, et les vieillards , surtout ceux qui sont mal couverts et mal chauffés, étouffent presque tous. Bientôt ils sont frappés d’inflammations thoraciques. Le froid n’agit pas seulement à l’extérieur, mais il irrite encore le tissu pulmonaire, et par sa qualité froide , et par la plus grande quantité d’oxygène qu’il contient sous le même volume. Les personnes les mieux organisées , les mieux portantes , éprouvent un goût de sang à la bouche, et une titillation douloureuse dans la poitrine, lorsqu’elles ont marché quelque temps par un air froid. Ces causes sont suffisantes pour expliquer alors la fréquence des maladies dont nous parlons. Le froid, qui a d’abord resserré la peau, excite, chez les sujets forts, bien nourris et bien vêtus, une réaction salutaire; cette

4oa cours d'hygiène.

constriction cesse; une chaleur agréable se manifeste par l’exercice ou par un effort spontané de la nature, et son action fortifiante se fait alors sentir. La diges- tion est plus énergique , l’appetit est vif, la soif peu prononcée. On mange plus, on digère mieux. Les évacuations al vines sont plus compactes et moins abondantes. Hcc quotidiance conslitutiones alvos siccanl ; aphorisme qui semble en contradiction avec cet autre : Cutis clensa , aluns rara. Hippocrate explique ce surcroît d’activité intestinale par l’accumulation de la chaleur vers le centre.

Quand l'air est froid , les contractions du cœur sont énergiques , le pouls est dur, mais il est peu fréquent. L’absorption intérieure doit être aussi très -énergique dans cette constitution de l’atmosphère, à en juger du moins par la promptitude des digestions et la sécheresse des matières alvines. Les urines sont cependant abondantes, sans doute dans un rapport inverse à la perspiration cutanée.

La nutrition, dont on doit apprécier l’activité par l’énergie des divers mouvemens organiques , est alors dans un état de forces digne de remarque. La vigueur du corps que l’on sent, et qui est durable, ne peut provenir que de la réparation prompte et facile que fournit la nuti’ition. L’hématose s’exécute d’une manière très-active. Le sang est riche en principes réparateurs. Quoique les sensations paraissent légèrement obtuses dans cette température; cependant les passions sont fortement prononcées, la réflexion plus profonde, l’attention plus soutenue, c’est la sai-

son de l’étude ; on est aussi généralement plus gai et plus dispos. Le ton des muscles augmente, la contractilité se prononce davantage. On sent le besoin de se mouvoir. Un accroissement manifeste dans la vigueur générale est donc l’effet de cette température, la pléthore et toutes les maladies qu’elle occasionne en seront le résultat; les phlegmasies des viscères, les hémorrhagies actives, etc.

L’air médiocrement froid sera très-convenable aux personnes faibles dont la fibre est molle, la peau blafarde, aux scrofuleux, et en général à ceux dont les fonctions sont frappées d’atonie et de langueur.il nuira au contraire dans les maladies que nous avons signalées comme produites par lui; aux convalescens, aux enfans trop jeunes , aux vieillards, aux personnes dont la faiblesse extrême ou le dénûment les prive des moyens de réaction , aux habitans des climats chauds , etc. On corrigera efficacement cette disposition de l’atmosphère par la combustion; et on pourra y suppléer, dans quelques cas, par les bains froids, les lotions, les aspersions froides , l’application de la glace , etc. ( Voyez Giannini , de la Nature des fièvres. )

Lorsque l’air est excessivement froid, son effet est loin d’être le même. Il cesse*alors d’avoir une vertu fortifiante; il peut causer la mort des parties et même la mort générale. Il paraît que l’action affaiblissante de l’air froid dépend en grande partie de ce que, lorsque le frisson saisit le corps, et que la réaction ne peut s’opérer, l’absorption de l’oxygène est extrême-

cm hs o'htgiène.

ment faible, et la déperdition de carbone infiniment moindre que dans l'air modérément froid ; c’est ce que les expériences d’Àllen et Pépys démontrent ir- récusablement. Les oiseaux tombent engourdis par le froid, et une foule d’animaux, ainsi que l'homme, succombent à la suite d’un sommeil perfide. Le froid excessif empêche le développement des individus qui sont soumis à son action constante.

§ V — Effets de la sécheresse sur l économie animale.

L’air sec agit sur nous diversement, selon qu’il est chaud ou froid, ou même d'une température moyenne. L’air sec à l’hygromètre est généralement pesant au baromètre. L’air sec et chaud contient cependant une grande quantité d’eau, mais dans un tel état, qu’elle n’est plus sensible, surtout pour le premier de ces instrumens. L’air sec tend à épouiller les surfaces vivantes de leur humidité. Il cause une sorte d’astriction, de resserrement à la peau, détermine une espèce d’irritation, d’abord locale , et qui se propage ensuite à tout le système. Ce resserrement est très-prononcé lorsque l’air est en même temps sec et froid ; mais lorsqu’il est chaud , cet effet est balancé par la propriété expansive du calorique , qui , comme nous l’avons vu, appelle les fluides vers la périphérie du corps; aussi l’air sec et chaud est-il infiniment moins tonique que l’air sec et froid. Sous son influence, la digestion est facile, mais non pas active; elle finit même par languir, si cet état continue. L’action du

cœur et des artères augmente, au moins pour la vitesse, le sang pénètre facilement les capillaires; la respiration s’exerce librement, l’oxygénation du sang est active, et le dégagement de carbone considérable. On a cru constater que l’absorption cutanée était beaucoup plus active sous cette condition de l’atmosphère que dans toute autre; mais cette faculté de la peau étant au moins douteuse, il faut nous en rapporter à des expériences ultérieures. Ce qu’il y a de certain , c’est que la transpiration est alors très- abondante; l’absorption intérieure est du moins extrêmement puissante; le passage rapide des boissons dans la circulation, et surtout l’amaigrissement général, ne semblent-ils pas le démontrer? L’hématose et la nutrition ne paraissent pas alors dans un haut degré d’énergie. Est-ce, comme le pense M. Barbier, la rapidité de la circulation qui gêne alors l’assimilation des principes alibiles? Quoi qu’il en soit, le sang est rouge, vermeil, mais peu abondant, peu compacte; et si nous en jugeons par ses effets , la nutrition , qui d’ailleurs dépend immédiatement des qualités de ce fluide, est peu développée. Quant aux facultés de l’intelligence, elles peuvent être assez vives lorsque l’air est sec et chaud; mais il ne faut pas que cette constitution continue , car on ne tarderait pas à observer les phénomènes que nous avons signalés pour appartenir à l’air chaud. Les maladies auxquelles prédispose l’air chaud et sec, celles qu’il peut contribuer à guérir; les circonstances où il peut être nuisible, et celles où il peut être avantageux; le moyen de le produire

cours d’hygiène.

ou de le corriger, sont à peu près les mêmes que celles que nous avons exposées au § III. Nous n’y reviendrons pas.

Pour ce qui est de l’air sec et froid, Ce que nous avons dit, § IV, lui est entièrement applicable.

§ YI. Effets de Vhumiditè sur l'économie animale.

L’air humide, c’est-à-dire celui qui approche le plus du centième degré de l’hygromètre, ou de l’état de saturation, exerce sur les divers appareils organiques une influence considérable. Cette influence est loin d’être la même si la température est chaude, ou bien si elle est froide. N’oublions pas que l’air chaud, chargé d’humidité, a perdu de sa pesanteur, et que les effets qu’il exerce sur nous dépendent de l’action combinée du calorique, de la vapeur et de la rareté de l’air. De toutes les qualités de l’atmosphère, la plus débilitante, la plus relâchante, est celle dont nous parlons. Les organes, dépourvus d’énergie, exécutent avec peine, avec lenteur, les fonctions qui leur sont confiées. Tous les tissus sont frappés d’une mollesse remarquable; leur action doit être languissante. La surface du corps est. dans un état de gonflement dû à la force expansive du calorique, et à l’action de la vapeur. Une sueur abondante, résultat de cette double cause, inonde la surface du corps. La matière de la transpiration paraît d’autant plus copieuse, que l’air, saturé d’humidité, se charge difficilement du produit de l’exhalation cutanée, qui se condense en gouttelettes sur les diverses régions

du corps. Cette évacuation ajoute singulièrement à la faiblesse générale. L’action du système gastrique partage l’atonie universelle. L’élaboration des matières alimentaires qui y sont introduites est lente et imparfaite; l’appétit est faible, la soif presque nulle, non à cause de l’activité de l’absorption cutanée, comme on l’a pensé , mais à cause de l’absorption pulmonaire. Les matières alvines sont plus abondantes et plus humides , ce qui n’avait pas échappé au génie observateur d’Hippocrate, et ce qui semble indiquer aussi que l’absorption intestinale est peu prononcée. La circulation est loin de rester étrangère à cet état de langueur; la faiblesse du pouls décèle l’atonie du principal organe de la circulation. La respiration est lente et pénible ; une moindre quantité d’oxygène se trouve absorbée ; le sang n’est donc pas vivifié par ce principe; il doit être peu réparateur, peu stimulant; aussi la nutrition est - elle réellement moins active , bien que le volume du corps paraisse augmenté. Cette espèce de gonflement est pour ainsi dire mécanique; il est le résulat inévitable de la force expansive delà chaleur et de l’humidité , jointes peutêtre à une pression atmosphérique moindre. Quoi qu’il en soit , cette constitution est favorable à l’accumulation de la graisse dans le réseau qui lui sert de réservoir général. Mais nous avons déjà pressenti que ce phénomène était plus souvent dû à un relâchement des solides, à un défaut d’énergie dans tout l’organisme, qu’à l’activité de la nutrition; et cette vérité trouve ici sa confirmation. La faiblesse des

4o8 cours d'iiygiènf.

mouvemcns, le sentiment d’une débilité profonde, viennent à l’appui de cette assertion. On a pensé que l’absorption cutanée était plus active alors, et que le corps augmentait de poids lorsqu’il séjournait dans une atmosphère humide. Fontana dit qu’il pesait quelques onces de plus après s’être promené quelque temps dans une atmosphère humide; et Keil cite l’exemple d’un jeune homme qui, après avoir dormi une nuit dans une atmosphère semblable, pesait quatorze onces de plus que la veille. Ces faits ne prouvent pas que les absorbans cutanés soient devenus plus actifs, et qu’ils aient puisé dans l’air cet accroissement de poids; ils ne prouveraient même pas l'existence de ces vaisseaux , puisque cette augmentation de poids trouve son explication dans l’absorption pulmonaire. Les fonctions de l’encéphale sont comme engourdies; cet organe n’est plus sollicité par l’abord d’un sang vivifiant; les impressions sont obtuses, la sensibilité générale affaiblie. C’est principalement sur le système musculaire que cette action débilitante se fait sentir; la contractilité est presque anéantie; les mouvemens sont lents et pénibles, une prompte fatigue les suit. C’est sans doute à cause de cette faiblesse générale que l’air paraît lourd dans ces circonstances, quoiqu’il soit réellement plus léger que dans les autres constitutions. Si cet état de l’atmosphère persiste pendant un certain temps, les individus prennent les attributs du tempérament appelé lymphatique : les cliairs sont molles et comme boursoufflées; la peau est décolorée; une débilité générale s’empare d’eux. La vé-

gétation est très-active; mais les êtres organisés privés de la vie, se décomposent, se putréfient avec la plus grande rapidité. Cette disposition de l’air, bien plus encore que la chaleur, favorise les contagions et les épidémies. Elle imprime aux maladies régnantes un caractère particulier. Les plilegmasies des membranes muqueuses , celles du canal digestif surtout , sont alors très-fréquentes. Les fièvres intermittentes simples ou pernicieuses semblent affectionner cette température, et toutes les maladies sont sujettes à présenter des symptômes nerveux et cérébraux. La vapeur ne paraît pas agir seule dans ces circonstances : les miasmes de toute espèce, dont elle favorise la transmission, paraissent en être la principale cause. Le scorbut se développe aussi sous cet état de l’air ; et les hydropisies, plus communes parle temps humide et froid, se montrent aussi assez fréquemment pendant le temps humide et chaud. Cette disposition de l’air sera nuisible aux enfans , aux femmes , aux personnes atoniques, scrofuleuses, rachitiques; enfin, à toutes celles dont les chairs so»t flasques, la peau décolorée, les fonctions languissantes. Elle pourra être avantageuse au contraire à celles dont la fibre est sèche et dure , dont la peau est brune , la sensibilité exaltée; à celles dont' les organes respiratoires sont dans un état habituel d’irritation. Elle pourra être avantageuse dans la plupart des maladies caractérisées par une sur-excitation , dans toutes les phlegmasies aiguës des voies aériennes, le coryza, l’angine, le catarrhe; la pleurésie, la pneumonie, les autres

4lO COURS DHYGIÈXE.

phlegmasies aiguës pourront aussi être avantageusement modifiées par elle. L’art peut facilement procurer dans ces circonstances l’espèce de température dont il est ici question. Il suffit pour cela de faire vaporiser dans la chambre du malade une grande quantité d'eau, de la convertir en une espèce d’étuve. On peut aussi se contenter de diriger, sur l'organe affecté, de l'eau à l'état de vapeur. S'il s’agissait du traitement d’une maladie chronique , il faudrait conseiller au malade l'habitation d’un lieu où régneraient habituelle-

ment ces qualités de l'air. Il n’est pas aussi facile de corriger l'humidité chaude que de la produire. On le pourrait à l'aide du feu; mais on augmenterait singulièrement la chaleur , ce qui serait un autre inconvénient. Quant aux substances qui absorbent l’humidité de l’air, je doute qu’on pût les employer pour de grandes opérations comme celles dont il s'agit ici. Si donc on était consulté par des individus auxquels l'air dont nous parlons fût nuisible, on n’aurait rien de mieux à faire que de leur conseiller une habitation plus sèche et plus élevé*

L'action de l'humidité froide diffère, avons-nous dit, de celle de l’humidité chaude; en effet, bien que l’influence de celle-ci soit essentiellement délétère, l'influence de celle-là est plus pernicieuse encore. L'une est utile dans quelques cas, l'autre est constamment nuisible. Elle trouble l'organisme, dérange l'harmonie des fonctions et conséquemment altère la santé. L’impression de froid que l'air dont nous parlons exerce sur la peau est plus vive que

4ll

celle d'un froid sec au même degré, parce que l’eau lui communique sa faculté conductrice du calorique, et qu’il semble dans ce cas s'appliquer plus exactement sur la surface du corps. Cependant on serait dans l’erreur si l’on pensait que cette impression du froid produisît un effet tonique sur nous; cet effet est annulé par l'action relâchante de la vapeur. Aucune température ne s’oppose davantage à la transpiration cutanée que l’humidité froide. La perspiration est alors presque nulle. Le tissu capillaire est dans un état de resserrement remarquable, produit par l’impression offensante du froid humide. Une plus grande quantité de fluide est refoulée de la périphérie vers le centre. On a prétendu que l'absorption cutanée conservait son activité au milieu de l'air froid et humide; telle est l'opinion de MM. Hallé et Barbier, mais ce que nous avons déjà dit , dans plusieurs circonstances , nous dispense d’entrer à cet égard dans de plus grands développemens. Pendant la durée de cette constitution de l’air, les digestions languissent, l’appétit diminue, les viscères abdominaux remplissent mal leurs fonctions; les selles sont abondantes, les urines sont rendues en quantité considérable. La circulation est troublée; le cœur doit pousser dans l'aorte et dans l'artère pulmonaire une plus forte colonne de sang dont la masse est augmentée par celui des vaisseaux capillaires de la circonférence ; mais la contractilité de ce viscère est elle-même diminuée; d'une autre part, un sang peu oxvgéné revient du poumon et

4 ta cours d'iitgièîîe.

stimule peu le principal organe de circulation ; ses contractions sont donc faibles et ne peuvent vaincre les obstacles qui lui sont opposés. Le sang doit alors stagner dans les viscères intérieurs et surtout dans le poumon; de là la fréquence des actes respiratoires, déjà nécessités par le peu d’oxygène que contient l’air humide et froid. Les conséquences d’une pareille disposition sont faciles à tirer. La circulation languit, le pouls est faible, quelquefois irrégulier. Lesphlegmasies des membranes muqueuses, surtout celles du poumon, les accès d 'asthme doivent en être le résultat, et d’autant plus que les organes de là circulation seront eux-mêmes altérés, ce qui arrive ordinairement chez les vieillards ainsi que nous l’avons déjà dit. Le poids du corps augmente pendant l’humiclité froide, et bien que la sanguification se fasse d’une manière imparfaite , cependant l’embonpoint augmente, sans doute à raison du peu de pertes que nous subissons alors. Cet état de l’air favorise d’une manière remarquable le développement de la constitution atonique. D'après le rapport de Barthélemy, qui s’appuie de l’autorité des historiens grecs, les Béotiens, qui vivaient dans un air épais, crasso in aere nati , étaient gras, lourds, et d'une intelligence peu développée; ce qu’on observe encore chez quelques peuples modernes soumis aux mêmes influences. Aussi dans cette atmosphère les sensations sont peu vives, les passions faibles; les habitans sont peu propres aux grandes entreprises, et moins encore aux travaux de l’esprit. S'ils peuvent réussir quelquefois dans ceux qui n’exi-

'gent que de la patience, ils sont incapables de ceux où l’imagination est nécessaire. La contractilité des muscles est affaiblie, mais .moins que sous un air humide et chaud. Cette disposition de l’atmosphère est surtout nuisible aux individus auxquels l’humidité chaude ne convient pas; elle prédispose aux fièvres intermittentes, aux affections vermineuses, aux in-

• flammations des membranes muqueuses, aux rhumatismes, au scorbut, aux engorgemens des glandes lymphatiques, aux hydropisies, etc., elle est favorable aux épidémies et aux contagions. Elle ne peut devenir utile dans aucune circonstance; c’est donc à l’éviter qu’il faut mettre toute son attention. On y parvient aisément au moyen d’une combustion active, qui a l’avantage d’élever la température, et de donner à l’air une force dissolvante plus énergique. Des vêtemens chauds, des alimens sains, nourrissans, et même légèrement excitans, un vin généreux et sucré , un punch léger, ou quelques faibles doses de liqueurs alcoholiques, peuvent combattre a vecbeaucoup d’avantage les effets pernicieux de l’air froid et humide, en favorisant une heureuse réaction.

Indépendamment des qualités de l’air que nous venons d’examiner, ce fluide exeçce encore sur l’économie animale une influence marquée par divers agens dont il est le véhicule. C’est ainsi que le fluide électrique , qu’il contient à divers états, imprime à notre organisme des modifications importantes. Celles que nous devons à la lumière ne sont pas moins dignes d’attention; mais ce serait un double emploi que d’en

parler ici, et ces sujets seront plus convenablement placés aux articles électricité et lumière. Ce n’est pas tout encore , une foule de substances de diverses natures se mêlent incessamment à l’air, s’y dissolvent, l’altèrent , et agissent sur nous d’une manière puissante. La respiration des animaux vicie l’air, autant en lui enlevant l'oxygène qu’en lui restituant de l'acide carbonique et une portion de vapeurs animales, ce qui justifie en portion cette expression éloquente de Rousseau : ce l'haleine de l’homme est mortelle pour « l'homme, au physique comme au moral. » La combustion semble produire des effets analogues. La végétation modifie encore l’air atmosphérique. Les fermentations de toute espèce, la décomposition des matières animales et végétales, les miasmes qui se dégagent des marais, chargent l'air de matières étrangères plus ou moins dangereuses; les arômes des végétaux, les émanations animales; l’odeur de la terre humectée agissent à leur manière.

Cependant l’action de l’air ne se fait point également sentir sur tous les individus. Ceux qui sont fortement constitués bravent impunément les différentes intempéries des saisons , sans en être affectés. Peu importe aux gens ainsi favorisés de la nature que l’air soit chaud ou froid, humide ou sec, lourd ou léger; ils réagissent également contre toutes les qualités de l’air. Si la constitution donne la faculté de résister à l’action destructive des diverses températures, l’habitude de vivre dans ces températures produit aussi le même résultat. Ne voyons-nous pas les

-habitans des pays les plus insalubres jouir d’une santé brillante, au milieu de leur atmosphère impure, tandis que le voyageur vient y chercher une mort presque assurée ? Les naturels de certains pays sont à l’abri des contagions ou des épidémies qui dévorent les étrangers; et, sans chercher des exemples si extrêmes, ne voyons-nous pas les habitans des campagnes, lorsqu’ils viennent chercher leur séjour dans nos grandes villes , payer ce qu’on appelle leur tribut ap changement d’air. Les constitutions faibles sont soumises d’une manière plus rigoureuse aux diverses impressions atmosphériques ; les femmes délicates , les enfans , et les vieillards , y seront bien plus sensibles. L’état de santé de l’individu influera aussi sur le genre d’impression de l’air; s’il est frappé d’une maladie aigiïe ou d’une maladie chronique, s'il est convalescent, cette impression sera certes bien différente. Enfin elle sera loin d’être la même, si l’air présente pendant long-temps la même propriété, ou s’il ne la conserve que peu de temps; si cette qualité de l’air est survenue tout à coup , ou si elle a été graduelle. Lorsque l’air est long-temps le même, il produit alors une constitution organique particulière, il modifie tout l’individu * il fait naître ce qu’on nomme des prédispositions ; il peut donc dans ce cas être considéré comme cause prédisposante. Si le changement d’air s’est fait d’une manière graduelle, et qu’il soit de peu de durée, son effet sur l’organisme est alors presque nul, et même il est plus avantageux que nuisible. L’inconstance de l’air, dont on se plaint

4*6 cours d'hygjknk.

si amèrement et si injustement, est sans contredit une chose utile, et même nécessaire; on ne pourrait vivre sous une même température; indépendamment de ce qu’elle nous priverait infailliblement des moyens de vivre, nul doute qu’elle ne développât chez nous une constitution exagérée, source de maladies mortelles. Aussi voyons-nous que dans les pays où la température est la plus constante , cependant le changement de saisons s’y fait encore sentir; il y a même des variations quotidiennes , ne fut-ce que celle de la nuit au jour. Lorsque les changemens d’air ne sont pas trop brusques, ils sont donc nécessaires, même lorsque le changement est en apparence désavantageux, comme le passage du chaud au froid, du sec à l’humide. Dans ce dernier cas, par exemple, on peut considérer l’humidité , qui va imprimer une langueur générale à toutes les fonctions, comme une cause de repos pour les organes, et par conséquent comme une cause éloignée d’une nouvelle énergie ; mais, nous le répétons, il ne faut pas que la même constitution règne trop long-temps, fut-ce même la plus favorable. Si le changement s’opère d’une manière brusque, alors l’air occasionne des maladies nombreuses , selon l’espèce de changement qu’il éprouve ; il devient alors cause occasionnelle.

Le passage subit du chaud au froid peut faire naître la plupart des maladies. Nous avons vu que l’impression de l’air froid irritait la peau , y déterminait un sentiment de douleur, et un resserrement particulier. Ces effets sont d’autant plus marqués que le

changement est plus prompt ; alors le sang contenu dans les capillaires extérieurs est refoulé vers le centre, la transpiration cutanée n’a plus lieu; il faut que les membranes muqùeuses suppléent à cette fonction, mais celles-ci, surprises par l’abord inattendu de ces nouveaux fluides , fatiguées par l’excès du travail auquel elles sont soumises s’irritent et s’enflamment. Ce que je dis des membranes muqueuses doit s’entendre aussi des membranes séreuses, et même des organes parenchymateux; d’où vous conclurez que l’abord des fluides vers le centre détermine des congestions, et même des inflammations. On a dit: ubi stimulus ibifluxus ; on aurait pu dire à tout aussi juste titre : ubifluxus ibi stimulus; car si la fluxion dure un certain temps , elle détermine une véritable phlogose. C’est ce que l’on voit souvent dans les affections organiques du cœur; elles commencent par déterminer une congestion de sang purement mécanique , dans les membranes muqueuses gastro-intestinales; bientôt cependant ces membranes rougissent davantage, elles se boursouflent, et finissent par suppurer. Le même effet est produit par la concentration de tous les fluides, déterminée par l’impression subite du froid. Les effets sont seulement plus prompts. C’est au sortir des spectacles, des bals , etc. , que nos dames contractent des pleurésies, des catarrhes, des péripneumonies, des gastro-entérites, etc., etc.

C’est ainsi que je conçois l’action du froid; je ne ne pense pas qu’il agisse en propageant l’irritation spasmodique des fibres organiques de l’extérieur à r, 2 7

4 I 8 cours d’iiygiène.

l’intérieur, ni en répercutant l’humeur de la transpiration, qui irrite les organes par une âcreté particulière. J’ignore même s’il est démontré que la coënne inflammatoire se forme dans ces circonstances, et moins encore que l’absorption cutanée soit augmentée alors.

Nous ne parlerons pas des effets du passage du froid au chaud , par rapport aux individus gelés ; nous dirons seulement que si la température s’élève tout à coup d’un grand nombre de degrés, la circulation étant augmentée d’énergie , il peut survenir des hémorrhagies, des apoplexies, et des inflammations, surtout celle de la peau.

Le changement d’un air sec à un air humide est différent si Miumidité est chaude ou si elle est froide. Ce changement produit surtout des effets profonds lorsque l’humidité est en même temps froide. On est certain alors de voir se produire toutes les inflammations , mais surtout celles des membranes muqueuses, celles des muscles et des articulations. Lorsque le temps humide passe au sec, il n’en peut résulter aucune espèce de désavantage.

DEUXIEME SECTION

Effets des mouvemens de l'air sur l'économie animale.

On a dit avec raison que les vents étaient les vagues de l’air; c’est en effet le moyen dont la nature se sert pour disperser les vapeurs et les miasmes qui

s’élèvent continuellement de la surface de la terre et de l’eau. Par l’immuable loi de la mort, les êtres organisés restituent à la terre et à l’air, les élémens qu’ils en ont reçus durant leur existence; ils sont destinés à devenir à leur tour de nouvelles sources de fécondité et de vie, pour les êtres nouveaux qui leur succèdent; ainsi rien n’est perdu dans la nature. Mais les débris de ces corps, au lieu de remplir cette destination, deviendraient au contraire une source empoisonnée de mille maux destructeurs, si la nature n’avait pris les plus grandes précautions pour neutraliser ces effets funestes. Les miasmes qui s’exhalent des corps organiques en décomposition porteraient la mort dans le sein des autres êtres vivans, s’ils étaient accumulés dans le même lieu. Un air immobile favoriserait cette accumulation, et la terre ne tarderait pas à être dépeuplée. Remarquons ici combien il était nécessaire que les vents régnassent dans les pays où l’évaporation et la décomposition des corps sont rapides , et combien il est avantageux que l’air des tropiques soit agité par des vents réglés et constans. A mesure que la température devient plus froide, les vents sont moins fréquens et moins forts. Ainsi le premier effet des mouvemens de l’air, c’est d’entretenir l’éternelle pureté de ce fluide; d’où l’on peut conclure que les pays les plus exposés à ces mouvemens sont aussi les plus salubres; ceux des plaines et des hautes montagnes sont en effet heureusement placées pour cela , mais d’autres causes balancent celle-ci.

Pour apprécier l’influence des vents sur l’économie

/|-J© cours d’hygiène.

animale, il est indispensable de connaître leur direction, les lieux sur lesquels ils passent et par conséquent leurs qualités. Les vents peuvent venir de toutes les directions, on en a noté trente deux, ce qui forme la rose des vents. Quoi qu’il en soit le vent peut être froid et sec, froid et humide; il peut être chaud et sec, et chaud et humide; il peut apporter avec lui divers principes plus ou moins funestes. Celui qui traverse des pays marécageux apporte souvent avec lui le germe d’épidémies meurtrières. Une maladie de ce genre ravageait Agrigente, tous les ans à la même époque; Empédocles s’aperçut que dans le même temps des vents, qui traversaient des marais infects, arrivaient dans la ville par une vallée étroite; il fit combler le vallon et délivra sa patrie. Magnifique et admirable résultat de l'observation! Lorsque les vents traversent les terres, ils sont en général secs, froids ou chauds, selon qu’ils viennent du nord ou du midi. Dans nos régions, les vents de l’est sont secs, parce qu’ils traversent une grande étendue de terre, ceux d’ouest sont humides parce qu'ils ont parcouru le vaste Océan avant d’arriver jusqu’à nous; aussi sontils les messagers ordinaires des pluies. Les vents humides sont en général plus chauds que les vents secs. Le vent de nord-est est sec et froid, le vent de nord-ouest est froid et humide, mais d’une température moins basse. Dans les zones brûlantes, l’humidité tempère l’ardeur de l’atmosphère, En Afrique les vents orientaux qui ont traversé les vastes mers de l’Inde, et qui sont chargés de vapeurs, modèrent

la chaleur excessive de ces climats. Mais lorsqu'ils ont parcouru les déserts enflammés de la Nubie, de la Nigritie et du Sahara, ils arrivent étouffans, et chargés d’une poussière sablonneuse et brûlante. Tels sont aussi le samiel des Arabes, le khamsin des Egyptiens , le sirocco des Italiens, le harmattan des cotes de Barbarie , le solano des Espagnols , et une foule d’autres. Lorsque ces vents se font sentir, les corps sont desséchés comme par le feu, les planchers des maisons se disjoignent, lçs ponts et les parois des mavires se séparent, et ne se rapprochent que lorsque le vent cesse. Les hommes et les animaux sont obligés de rester renfermés, sans quoi ils succomberaient, à moins qu'ils ne prissent la précaution de s’enduire de corps gras. Le khamsin , ou vent des cinquante jours, parce qu’il souffle pendant les cinquante jours qui entourent l’équinoxe , a été aussi nommé vent chaud du désert; il ressemble, dit Volney, à celui qui sort d’un four au moment où on en retire le pain. S’il vient à durer plus de trois jours, les habitans périssent suffoqués.

Pour éviter de tomber dans de fastidieuses répétitions, nous dirons que l’effet des vents sur l’économie tient à leur qualité ou chaude ou froide, ou sèche ou humide, et ressemble à celle de l’air qui jouit de ces qualités. Mais ils exercent une pression mécanique sur la surface du corps , qui est d'autant plus grande qu’ils sont plus violens, et qui augmente singulièrement l’action de l’atmosphère, qui se trouve incessamment renouvelée autour du corps. Une ma-

rosité sombre, un accablement extrême de corps et d’esprit s’empare de l’homme exposé à certains vents. Ces effets dépendent en général de la chaleur et de l’humidité, qui, rendant l’air plus léger, diminuent la pression , et le corps semble devenir d’autant plus lourd; ils proviennent aussi de ce que l’humidité étant bonne conductrice de l’électricité , elle en dépouille l’atmosphère .

L’alacrité, l’agilité, le bien-être physique et moral , résultent de l’impression des vents d’est; mais ils déterminent fréquemment aussi des maladies inflammatoires. L’angine est bien souvent le résultat de l’équitation à contre- vent. Au reste l’effet de ces vents varie beaucoup, selon les dispositions physiques dans lesquelles l’individu se trouve.

Le passage subit d’un vent à un autre doué de qualités inverses peut être suivi de quelques dangers pour les personnes débiles : ces dangers ont été signalés en parlant des variations atmosphériques.

Lorsqu’il règne des courans d’air dans un appartement, on doit craindre de s’y exposer lorsqu’on est en sueur. Ces vents coulis arrêtent le travail de la nature, par l’impression de froid qu’ils produisent; impression bien plutôt due à la promptitude avec laquelle ils font évaporer la sueur, qu a leur température réelle. Il peut résulter de leur impression des inflammations des divers viscères, surtout de la membrane muqueuse des voies aériennes et du parenchyme pulmonaire , et plus encore des rhumatismes musculaires des articulations.

TROISIÈME SECTION

Effets de la lumière sur T économie animale.

La lumière est un des principaux éléinens de l’organisation. Celle-ci n’existe que dans les lieux où elle pénètre , et l’on peut suivre le décroissement de l’organisation , son affaiblissement progressif par la diminution de la lumière. Non-seulement elle verse la vie , mais elle pare les corps qu’elle en a doués des plus riches couleurs; on les voit se décolorer et périr dans les lieux dépourvus de ce principe fécondant. Cet effet est surtout remarquable sur les végétaux; ils sont revêtus des couleurs les plus intenses lorsqu’ils sont exposés à l’insolation; ils s’étiolent lorsqu’on les prive de la lumière. C’est parce moyen qu’on en décolore et qu’on en attendrit un grand nombre pour notre usage. Alors ils perdent non-seulement leur couleur, mais encore leur saveur. En effet, ils abandonnent leur amertume, leur arôme et leur résistance; propriétés qui les rendaient impropres à notre alimentation. C’est à la lumière, autant qu’à la chaleur, que les plantes doivent leurs parfums et leurs saveurs. Les plantes qu’on fait croître dans des serres, en élevant beaucoup la température, n’ont jamais l’arôme ni la saveur de celles qui croissent à l’air libre, ce qu’on doit attribuer à ce qu’elles sont privées du bienfait de la lumière.

Ce fluide n’exerce pas une influence moindre sur les animaux. Les animaux du nord sont pâles et bla-

4*4 cours d'hygiène.

farcis, décolorés, bruns, fauves ou blancs; ceux des pays où la lumière abonde, sont éclatans de pourpre, d’or et d’azur. Tels sont les beaux papillons et la plupart des oiseaux des régions tropicales. Cette influence n’est pas moins sensible sur l’homme ; il pâlit et s’étiole, se décolore comme les végétaux, lorsqu’il est privé des rayons du jour. Dans les rues basses, étroites, où l’air circule à peine, où la lumière ne pénètre jamais, les habitans ont une figure sépulcrale, et tous leurs organes languissent clans l’atonie. L’homme vitil au contraire dans un air pénétré des rayons vivifians du soleil, il se colore, il devient fort, agile, dispos; ses fonctions s’exécutent avec énergie; d’où l’on peut conclure que la lumière agit comme un excL tant, et convient merveilleusement aux individus dont la constitution est caractérisée par la faiblesse des divers appareils, aux femmes molles et délicates, aux enfans débiles. Elle pourra nuire aux personnes douées des qualités contraires. C’est à la lumière , bien plus qu’à. la chaleur, ou même uniquement, que les habitans des diverses contrées du globe doivent les nuances qui les distinguent. Nous aurons occasion de voir que Voltaire, méconnaissant le pouvoir des climats, admettait des races d’hommes doués de caractères originels indépendans de leur influence. Il est cependant hors de doute, ainsi que nous le verrons à l’article climats , qu’ils peuvent avec le temps métamorphoser entièrement la constitution. C’est donc à la force de la lumière que la couleur plus ou moins intense du corps muqueux est due. Les peuples du nord

sont blancs; ceux des pays tempérés sont plus bruns et mélangés; ceux qui s’approchent du midi sont basanés; ceux des tropiques sont cuivreux, mulâtres ou noirs, suivant que l’influence de la lumière est plus ou moins modifiée par d’autres causes locales. On peut dire qu’en général l’espèce humaine noircit au feu du soleil, et blanchit à la lumière douteuse des pôles. Il nous serait facile d’étayer ces propositions par des exemples.

C’est avec raison , selon nous , que l’on a attribué à l’absence de la lumière les paroxysmes qui arrivent ordinairement dans les maladies au moment où le soleil abandonne l’horizon ; nous verrons plus bas que, d’après notre opinion, l’électricité doit jouer un grand rôle dans ces phénomènes singuliers. Je suis porté à croire aussi que l’air qui reçoit l’influence de la lumière est bien plus propre à la respiration que celui qui en est privé, bien qu’elle ne pénètre pas avec lui dans la cavité pulmonaire ; et je me fonde sur ce que , dans lesmaladies thoraciques, et surtout dans celles des organes de la circulation, qui donnent lieu à des dyspnées périodiques, la difficulté de respirer est bien plus grande le soir, dans la nuit, et surtout le matin, lorsqu’il y a plus long-temps que l’obscurité règne sur l’horizon , et dans l’hiver , que dans les circonstances opposées. Danslaplupartdescas, cen’est que dans ces momens que la suffocation survient, et les exceptions sont bien rares, où les'malades n’étouffent que le jour, ou durant l’été. En général la dyspnée se dissipe à mesure que la lumière se répand avec plus d’abondance.

Mais est-ce à l’absence de la lumière qu’on doit attribuer les effets surprenans que les éclipses produisent sur les animaux ? Comment expliquer ce sentiment de terreur instinctif qui plonge les êtres qui respirent dans l’abattement le plus profond. Les animaux de nos basses-cours fuyent avec précipitation , et cherchent à se cacher. Les personnes délicates , chez lesquelles domine l’appareil de l’innervation , éprouvent des défaillances, des syncopes, des convulsions. Les exemples de ce genre sont très-nombreux dans les auteurs. Le plus remarquable est celui de Bacon de Vérulam , qui tombait en défaillance lorsqu’il y avait une éclipse de lune, lors même qu’il ne l’avait pas prévue. Cette espèce de bouleversement des lois de la nature cesse au retour de la lumière.

C’est à l’obscurité et au silence que ramène la nuit, que nous devons le repos de nos organes, et le sommeil bienfaisant et réparateur.

QUATRIÈME SECTION

Effets de V électricité sur l’économie animale.

Lors des premières expériences de l’électricité et du galvanisme sur les animaux privés de la vie, les effets miraculeux qu’on produisit durent faire concevoir les plus brillantes espérances; on dut penser que l’homme, nouveau Proinéthée, pourrait rallumer à son gré le flambeau de la vie. Ce dut être un spectacle bien surprenant pour cet élève en médecine qui le premier fit mouvoir des muscles inanimés!

Mettez en rapport les deux extrémités d’une pille de Volta par deux conducteurs métalliques, d’une part avec un nerf qui se distribue à un muscle, d’une autre part avec ce muscle, tout à coup celui-ci se contracte, se meut, s’agite. On est parvenu, par des tentatives de ce genre à faire faire d’épouvantables grimaces à des hommes récemment pendus; on a pu produire des contractions du diaphragme et des muscles intercostaux, et faire ainsi respirer ces cadavres. L’air s’introduisait dans leurs poumons avec un bruit effrayant. Mais les grandes espérances que ces résultats ont pu faire naître se sont bientôt évanouies; triste destinée de l’homme, d’être obligé de passer tout à coup des plus brillantes illusions de l’espoir naissant aux plus affligeantes réalités de l’espoir déçu !

Des expériences sans nombre que l’on a tentées sur les animaux et sur l'homme, il est impossible de ne pas conclure que le fluide électrique exerce une immense influence sur le système nerveux. Il faut qu’il y ait une analogie bien grande entre l’électricité et l’agent inconnu de l’innervation. Le peu de faits que nous venons de citer le démontrent suffisamment; et si cette influence électrique existe encore après la mort, quel effet ne doit-elle pas produire pendant la vie? Mais la nature de cet effet est encore à peu près ignorée , et nous sommes loin de pouvoir nous en servir à notre gré. Cependant la médecine s’est emparée de ce moyen , et l’on a prétendu en avoir obtenu des résultats satisfaisans dans la paralysie. Aujourd’hui

4afl cours d'hygiène»

que nous sommes plus éclairés sur les maladies du cerveau, et que nous savons que la paralysie est constamment le résultat d'une altération de l’encéphale , comme nous l’avons démontré dans notre écrit sur le ramollissement de ce viscère, nous savons à quoi nous en tenir sur ces espèces de guérisons , et^ur beaucoup d’autres produites par des moyens analogues. Si la nature a quelquefois permis au membre de reprendre ses mouvemens, nous savons que c’est en opérant la résolution d’une affection locale, l’absorption d’un épanchement , etc.; et que les moyens employés pour favoriser ces résultats sont plus propres à les entraver. Aussi ne reste-t-il que quelques empiriques opiniâtres qui s’obstinent à faire usage de ces moyens , à peu près sans discernement. L’espoir de ranimer des morts dut aussi entrer d’autant plus facilement dans le cœur des médecins , que , ne prenant pas l’organisation pour base de leurs travaux, ils ignoraient que la mort n’était que le résultat de la désorganisation , et qu’il était impossible de réorganiser un cadavre; ils pensaient, ce que bien des personnes croient encore, que Ton peut mourir sans altérations matérielles, par simple anéantissement des propriétés vitales ; et dès lors ils purent croire qu’il était possible de les rappeler à la vie par ce nouvel agent. Quel égarement que de vouloir lutter contre les lois irrévocables des destinées !

Mais, s’il est permis de se livrer à quelques conjectures, ne peut-on pas penser qu’une foule de phénomènes organiques dont on ignore la cause , sont dus à la puissance de cet agent si universellement répandu

dans la nature. D'où vieqt cet abattement profond dans lequel paraissent plongés tous les êtres qui respirent , au moment d’un orage ? Les personnes surtout chez lesquelles domine l’appareil de l’innervation ne sont-elles pas alors en proie aux plus singulières angoisses? A quoi tiennent ces accidens, si ce n’est à l’électricité, qui tend à se mettre en équilibre avec le réservoir commun? Je ne suis pas éloigné de penser que plusieurs phénomènes périodiques des maladies, tels que les paroxysmes du soir et de la nuit dans les affections aiguës et dans quelques lésions chroniques, tiennent à l’état diversement électrique de l’atmosphère, tout aussi bien qu’à l’absence de la lumière. Ces deux causes, et peut-être d’autres qui nous échappent , me paraissent concourir à la production de ces phénomènes. Pendant que le soleil est sur l’horizon, l’air est plus électrique; mais lorsqu’il l’abandonne , la vapeur se condense , et tombe en rosée ; au moyen de cette humidité , l’équilibre électrique se rétablit entre l’atmosphère et le globe, soit rapidement, en donnant lieu à des éclairs, ainsi que cela a lieu dans l’été, soit lentement, et d’unemanière insensible, comme cela arrive dans les autres saisons. Ce nouvel état de l’atmosphère n’est-il pas propre à produire de nouveaux phénomènes. Je n’ignore pas qu’on m’objectera, i° que, dans le jour, l’atmosphère est souvent dans un état semblable, sans que les paroxysmes surviennent; 2° qu’ils arrivent à des heures différentes pour les différens individus; mais ce ne sont là que des exceptions qui ne sauraient détruire

43o cours d’hygiène.

la règle; car il n'en reste pas moins certain que, dans la très-grande majorité des cas, cette diversité d’état électrique arrive ordinairement le soir, et que c’est aussi vers ce moment que se manifestent les paroxysmes. D’ailleurs nous n’avançons cette opinion que comme une simple présomption.

Un des effets les plus extraordinaires et des plus déplorables de l’électricité, ce sont ces commotions violentes produites par la foudre. Grâces soient rendues au génie de l’immortel Franklin, qui est parvenu à soustraire l’humanité à ce terrible fléau!

Après avoir observé que les endroits élevés en pointe étaient ordinairement frappés par les décharges électriques qu’elles avaient la faculté d’attirer, ce grand homme rechercha quelles étaient les conditions les plus favorables à cet effet. Il ne tarda pas à s’apercevoir que les métaux , et surtout les métaux non oxidés, jouissaient de cette vertu à un très-haut degré. Dès lors il imagina de placer sur les lieux élevés , sur les édifices publics qu’il voulait préserver des accidens formidables de la foudre, des pointes de fer assez élevées pour attirer à elles le fluide électrique, puis adaptant une chaîne conductrice de l’électricité à cette tige, il faisait descendre le conducteur jusqu’à une certaine profondeur dans la terre, où le fluide allait se rendre dans le réservoir commun.

CINQUIÈME SECTION

Effets des saisons sur l'économie animale.

Rien n’a plus exercé l’esprit d'observation des médecins de l’antiquité, et la plume de leurs prolixes et fastidieux commentateurs , que l’influence des saisons sur l’économie animale. On doit placer au premier rang , sous le double rapport et du génie et de l’ancienneté, le père de la médecine. Hippocrate revient continuellement sur ce genre d’observations; et une grande partie de ses ouvrages, et principalement de ses aphorismes, est consacrée à tracer les effets des saisons sur le corps humain. Il s’y montre surtout habile observateur des maladies qui affectent l'homme dans les diverses saisons de l’année , dans les diverses constitutions de l’air.

L’homme, ainsi que les autres animaux, est loin d’être le même dans les différentes saisons de l’année. Au printemps, où une température douce et modérée succède à une température froide et rigoureuse, une force générale d’expansion se manifeste , et l’homme éprouve à un haut degré les effets que nous avons décrits en parlant de l’air tempéré, et sur lesquels nous ne reviendrons pas. Ces effets sont rendus plus manifestes encore par l’abondance de chaleur et de lumière qui inonde l’atmosphère dans cette époque brillante de l’année. Nous avons dit que dans nos climats les maladies inflammatoires , les congestions, l’état pléthorique général ou local, étaient le par-

43 cours d’hygiène.

tage de cette température; mais le scorbut règne souvent au printemps; ce n’est pas que cette saison le favorise, comme on pourrait le croire. Le scorbut , qui est une atteinte profonde portée sur les fluides et les solides de l’économie animale, ne peut être le résultat d’une cause instantanée, telle que le renouvellement d’une saison; mais l’hiver froid et humide a agi profondément sur des individus incapables de réagir, et c’est au printemps que les symptômes de la maladie se manifestent. Le printemps est très-favorable à la résolution des maladies, bien que plusieurs auteurs aient écrit que c’était la saison de l’année la plus meurtrière.

Nous avons exposé suffisamment, à l’article air chaud , les effets de l’été sur l’homme; on pourra appliquer à l’automne et à l’hiver ce que nous avons dit de l’air humide et chaud , humide et froid, et de l’air froid. Pour que ces données soient complètes, on devra y ajouter les effets que nous avons attribués à l’électricité et à la lumière. On ne devra pus oublier non plus que l’influence des saisons varie nonseulement par la qualité de l’air, la quantité de lumière, de chaleur, et d’électricité, mais encore par le spectacle que la nature nous présente à chacune de ces époques, et par le genre de productions qu’elle nous offre, et aussi par la saison à laquelle la saison nouvelle succède. D’après ce que nous avons exposé, chacun peut aisément remplir ce cadre par la pensée.

Hippocrate a remarqué que lorsque le cours des

saisons était régulier il y avait peu de maladies, mais qu’elles étaient au contraire très-multipliées lorsque la constitution de l’atmosphère était irrégulière. Les maladies d’une saison étant guéries par la saison contraire , elles peuvent devenir réciproquement des moyens thérapeutiques pour les maladies qu’elles engendrent; mais comme il n’est pas au pouvoir de l’homme de les faire naître, nous sommes bornés à en attendre les effets , sans pouvoir les provoquer.

SIXIÈME SECTION

Effets des climats sur l'économie anunale.

L’action des climats sur l’homme est très -complexe. Comme celle des saisons, elle est due à plusieurs causes; elle est le résidtat de l’influence du calorique, de la lumière, de l’électricité, des diverses qualités de l’air, du sol, de la nature des eaux, des productions qui lui sont propres, et peut-être d’autres agens dont nous ignorons l’existence. Le climat exerce en général son pouvoir sur une masse considérable d’individus, et, sous ce rapport, son histoire appartient plus particulièrement à l’hygiène publique ; mais comme il imprime à l’organisme des hommes isolés des modifications profondes, comme il en change complètement la nature, son étude, au moins partielle, rentre dans notre domaine.

L’homme, par son organisation, paraît destiné à vivre sous toutes les latitudes. Il a plus que tous les autres animaux la faculté de se plier à toutes les in-

434 cours d'hygiène.

fluences atmosphériques; il est essentiellement cosmopolite. Cette faculté est surtout le partage des habitans des régions tempérées. En effet, nous avons vu que les vicissitudes de l’air étaient très-fréquentes dans ces contrées, ce qui habitue les indigènes à supporter ces variations sans danger; en outre la différence des saisons y est très-marquée, le froid y est rigoureux, la chaleur intense ; d’ailleurs la température ne s’éloigne pas sensiblement de l’un ou de l’autre extrême , et l’on conçoit que ces diverses causes réunies rendent l’homme de ces contrées très-propre à vivre sous d’autres climats. Il n’en est pas ainsi des habitans du nord et du midi, qui ne peuvent être transportés impunément dans des climats opposés à ceux qui les ont vus naître. Mais quoique l’homme soit cosmopolite, si l’on réfléchit que les climats tempérés, où les variations de l’air sont fréquentes, sont les plus avantageux à la santé ( car, ainsi que nous l’avons fait voir, une température constante occasionne une foule de maladies); si l'on examine d’ailleurs la générosité avec laquelle la nature a doté les pays tempérés de matières alimentaires ( en effet les riches graminées croissent abondamment dans ces régions peuplées de troupeaux, de gallinacés, de gibiers de mille espèces), il est difficile de ne pas convenir que ces pays sont l’habitation la plus convenable et la plus naturelle à l'homme.

Néanmoins tous les hommes ne peuvent pas vivre dans ces régions fortunées. Les uns sont appelés à traîner leur misérable existence dans les antres des

pôles , de s’enfoncer vivans dans les entrailles de la terre, pour éviter les impressions mortelles d’un froid glacial; les autres, destinés à un supplice peut-être plus cruel encore, sont condamnés à respirer un air embrasé, qui les dévore sans qu’il leur soit possible de s’y soustraire. Les premiers, vivant de mousse, de lichen , de sommités de pin, du lait du renne, ou de sa chair, sont arrêtés dans leur développement et par la pénurie de leur régime alimentaire , et par la rigueur du froid. Indigens de lumière et de chaleur, dont les habitans des tropiques surabondent , ils gémissent d’un mal dont l’excès opposé fait le supplice de ces derniers. Les seconds , errans au milieu d’une nature gigantesque, accablés du poids énorme d’une chaleur de plomb qui anéantit toutes leurs facultés , sont incapables, à cause de leur affaiblissement physique, de jouir des richesses dont ils sont entourés.

Les climats font varier la forme et la couleur des hommes. Ceux qui sont grouppés autour du pôle sont petits, ont la tête grosse, la figure plate, les yeux écartés, le nez écrasé, les jambes torses, les genoux en dehors, les pieds en dedans, le teint grisâtre. Tels sont les Samoïèdes, les Esquimaux, les Lapons, les Groënlandais , les habitans de l'Islande, de la baie d’Hudson, les Tartares, etc. Ces peuples se ressemblent aussi sous le rapport du moral. Sous les zones tempérées les hommes sont plus grands, plus beaux, mieux faits et plus forts. Ils sont blancs ou bruns, de diverses nuances. La teinte olivâtre, rougeâtre, cuivre, ou noire de la peau tient à l’intensité de la lumière;

436 cours d’hygiène.

or nous savons que c’est vers les tropiques où elle est plus intense. Mais son effet peut-être modifié et par la position des lieux, et par le voisinage des eaux, et par celui des forêts, etc. La chaleur agit peu pour colorer la peau ; jamais en effet la chaleur artificielle ne produit les mêmes résultats que la chaleur unie à la lumière solaire. Ce n’est pas dans l’hygiène individuelle qu’on peut faire mention des mœurs, du caractère, des gouvememens des divers habitans du globe. Mais l’influence des climats sur l’économie est telle qu’il était impossible de ne pas l’indiquer d’une manière générale. Il est important aussi pour le médecin de savoir que les différences qui caractérisent les diverses races d’hommes sont le résultat du climat, et non celui d’une constitution originelle. Voltaire pensait le contraire; mais des preuves trop multipliées nous empêchent d’ajouter foi à l’assertion de ce grand homme. Les Juifs, originaires de l’Asie, où ils sont bruns, sont très-blancs en Pologne; ils brunissent à mesure qu’on les observe dans des régions plus méridionales. Ils sont, en Afrique, aussi noirs que les indigènes, et l’on sait que cette nation ne mêle pas son sang à celui des autres peuples. Ainsi au bout d’un temps plus ou moins long , les climats changent entièrement l’organisation. Ce que nous avons dit de l’air, de ses diverses qualités et de ses influences doit trouver ici sa place. Nous ferons observer qu’ainsi que les saisons, les climats ont leurs maladies particulières; que celles qui naissent dans un lieu disparaissent dans un autre; qu’ainsi le climat

peut devenir souvent un moyen thérapeutique entre les mains du médecin ; mais ce n’est guère que dans les maladies de long cours que l’on peut mettre à profit cette influence.

En passant légèrement sur les changemens que les climats produisent par la suite des générations dans le corps humain, nous ne devons pas négliger de parler de l’influence immédiate qu’ils exercent sur les voyageurs qui se transportent d’un pays dans un autre, et viennent y passer un temps plus ou moins long. Nous avons dit que l’homme le plus propre à ces sortes de migrations, c’était l’habitant des climats tempérés; mais quelle que soit la flexibilité de l’organisation, les modifications qui s’opèrent alors se font rarement sans que la santé de l’individu n’en souffre. Les dangers que l’on court sont d’autant plus grands que les climats où l’on arrive sont plus différéns de ceux où l’on a pris naissance. On a remarqué cependant qu’à différences égales , l’habitant du midi s’habituait plus facilement dans le nord, que l’habitant du nord ne s’habituait dans le midi. Mais cette opinion ne doit s’entendre que pour les climats extrêmes et pour la jeunesse; car on sait que pour les habitansdes pays médiocrement froids, comme l’Angleterre, ils gagnent, lorsqu’ils sont vieux, à élire leur domicile dans des pays plus chauds. Ce n’est que lentement et avec le temps que l’acclimatement s’effectue. D’abord tout diffère entre l’étranger et le naturel du pays; la physionomie, la couleur, le caractère. Peu à peu l’étranger se modifie de manière à prendre

438 cours d'iiygiène.

la physionomie, la couleur et le caractère du régnicole. Si l’étranger est vif et gai, qu’il arrive dans un pays dont l’habitant est triste et sombre, il le devient sans s’en apercevoir; si les naturels sont pâles, il perd bientôt ses couleurs , et ces signes sont pour les indigènes les indices irrécusables de l’acclimatement du nouveau venu. Il s’opère dans les fluides de l’individu et surtout dans le sang, par l’alimentation et par la respiration de l’air, des changemens profonds qui se manifestent par les apparences dont nous venons de parler. Lorsque ces apparences sont à peu près celles des naturels du pays, ce qui n’arrive qu’au bout de plusieurs années, alors l’individu est acclimaté. Il jouit de tous les avantages des indigènes; mais il en a aussi les inconvéniens. Ainsi s’il perd l’aptitude à contracter la fièvre jaune, il devient sujet à d’autres maladies qui sévissent sur les régnicoles. Lorsque la personne ainsi acclimatée revient dans sa patrie , elle éprouve des modifications analogues, mais inverses aux premières. Ces changemens se font rarement d’une manière insensible, ils produisent presque toujours de violentes secousses, des maladies graves fréquemment suivies de la mort. Lesjeunes gens s’acclimatent plus facilement que les vieillards.

SEPTIÈME SECTION

Effets des localités sur V économie animale.

L’empire des localités est indépendant de celui des saisons et des climats qu’elles modifient , ou même

DEUXIÈME PA11TIE. 43q

qu’elles détruisent complètement. Cela est tellement yrai , que la seule élévation du sol suffit , par exemple, pour détruire l’influence du climat des régions équinoxiales. Les habitans de Quito, qui sont sous la ligne , ressemblent entièrement à ceux des pays tempérés. Les principales différences des localités , naissent , ainsi que nous l’avons vu, de l’élévation du sol, de sa direction, de sa position, de sa nature, de ses productions, de ses eaux, etc.

Sur les hautes montagnes , l’air est sec , froid , léger et pur , agité par des vents continuels ; l’eau est vive et limpide; les productions de la terre sont assez maigres, et exigent beaucoup de culture. L’habitant de ces lieux est vif, agile, fort, dispos, tempérant, spirituel, sensible, indépendant, indompté; il est doué de la constitution organique que nous avons décrite en parlant de l’air sec et froid. Il est disposé aux mêmes maladies; mais il jouit en général d’une santé brillante. Il est heureux et content au sein d’une apparente stérilité.

Tel n’est pas l’habitant des lieux bas et humides, au milieu de la végétation la plus féconde. Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit des effets de l’humidité de l’air; nous y renvoyons le lecteur. Ces considérations sont entièrement applicables dans cette circonstance.

Si le sol , quoique bas , est exposé aux vents , ne forme point une gorge resserrée entre des montagnes; s’il est d’ailleurs fertile, arrosé par quelque rivière, entouré d’un air tempéré; ce pays partagera

44o COURS d’hygiène.

la plupart des avantages des lieux élevés, et n’aura aucun des inconvéniens des sols bas et humides. Telle est la France presque tout entière.

Si le sol est incliné du côté du nord, il aura tous les inconvéniens qui appartiennent à la privation de chaleur et de lumière. Il jouira au contraire des influences bienfaisantes de ces deux principes de la vie, s’il incline vers le sud.

Si les eaux qui arrosent un pays sont séléniteuses, elles contribueront avec les autres causes locales, telles que l’air stagnant des vallées, à produire le goitre, le crétinisme, les scrofules, etc.

Les habitans des bords de la mer et des rivières seront remarquables par leur esprit industrieux et commerçant. Leur situation les rendra ichthiophages, et leur communiquera les qualités qui dépendent de ce genre d'alimentation.

Mais les bords perfides des eaux stagnantes produisent des effets meurtriers sur les malheureux condamnés à y souffrir l’existence. Ramel, qui avait observé les influences des marais dans les contrées palustres de l’Afrique, dit, dans son mémoire couronné par l’académie de médecine de Paris , que les maladies endémiqnes, dans ces contrées funestes, sont : les fièvres intermittentes, les fièvres putrides et malignes, le cholera-morbus, le scorbut, les flueurs blanches, la chlorose, l’ictère, les diverses affections cutanées, les rhumatismes et les hydropisies , et la plupart des affections organiques des viscères. Il attribue tous ces accidens à l’humidité, et M. Beau-

nies, qui a traité le même sujet, les fait dépendre des miasmes marécageux.

TROISIÈME DIVISION

Moyens cV éviter ou, de corriger les diverses qualités

de l'air.

Le plus puissant moyen de se soustraire aux influences de l’air, c’est de s’accoutumer dès l’enfance à les braver. Rien n’est plus déplorable et moins digne d’un homme, que d’avoir continuellement à s’occuper de sa santé. Voilà pourquoi les philosophes austères , tels que Caton et Rousseau se sont élevés contre les médecins avec tant de chaleur. Suivant eux, les conseils de la médecine sont très-timides, et ces précautions continuelles que dicte l’art de guérir ne sont propres qu’à amollir les courages , à détériorer l’espèce humaine. Il faut avouer que ces reproches ne manquent pas de fondement ; mais ces grands hommes auraient dû penser que les conseils de notre art ne s’adressent qu’à ceux qui succomberaient sans ces précautions, et que, loin de les exiger des gens bien portans , il prescrit au contraire les exercices , les travaux de tous les genres , la continence , la tempérance, et la pratique de toutes les vertus utiles à la république.

Que celui donc qui sera dans un état de santé satisfaisant, même sans être robuste, ne craigne pas de s’exposer à toutes les températures. Que le froid, le chaud , le sec ou l’humide, ne l’arrêtent pas dans ses

cours d’hygiène.

excursions; il n’a rien à redouter de leur influence, pourvu toutefois qu’il ne commette pas d’erreurs graves de conduite. Les conseils que nous donnons ne concernent que les gens débiles. Ceux-ci feront bien de se garantir du froid excessif par des vêtemens chauds, par la chaleur artificielle du feu, par des alimens substantiels , et de bon vin. Ils se mettront à l’abri d’une chaleur excessive par les moyens qu’employaient les anciens, et que nous avons fait connaître. Ils dissiperont l’humidité de l’air par le moyen du feu, et échapperont à sa sécheresse par l’évaporation de l’eau, etc.

PREMIÈRE SECTION

Moyens de corriger une masse d’air non circonscrite.

Il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, d’agir sur une masse considérable d’àir. Cependant si un pays est froid et humide , s’il est avoisiné de bois et de marais, on parviendra à corriger ces défauts, en portant la coignée dans la forêt, et en donnant aux eaux un écoulement facile. On parviendra au même but, en défrichant les terres incultes. Si des vents impétueux ou malfaisans soufflent par quelque gorge étroite, on pourra se délivrer de ce fléau, en comblant le vallon. M. Chaptal, dans un mémoire savant et lumineux sur les causes de l’insalubrité des contrées de Languedoc, avoisinées de marais et d’étangs, donne les préceptes les plus sages, pour se préserver de leur influence délétère. Lancisi , Banau , Ramel ,

et beaucoup d’autres, se sont occupés de cette matière avec des succès différens. Encaisser les rivières dans les lieux où elles débordent, dessécher les marais par des saignées, des ruisseaux, des puits, etc. , sont des moyens dont les avantages sont généralement reconnus. Revêtir d’argile le bord des étangs, les sabler, etc. , pourrait aussi diminuer leur insalubrité , en les empêchant de s’étendre ; fermer les fenêtres du côté des étangs, est encore un moyen secondaire qui n’est pas sans utilité. Des plantations d’arbres pourront encore être , dans ce cas , suivies de quelques résultats heureux.

DEUXIÈME SECTION

Moyens de corriger une masse d’air circonscrite.

Il est bien plus facile à l’homme d’éviter les effets d’une petite quantité d’air que de modifier l’atmosphère libre. Le renouvellement de l’air est le moyen le plus efficace pour obtenir ce résultat. Il existe pour cela une foule de moyens très-faciles à mettre en usage. Dans les salles de spectacles , dans les hôpitaux, et généralement dans tous les lieux où se trouvent réunies un grand nombre de personnes, on pratique des conduits, en forme de cône dont la large ouverture est en dehors, qui font communiquer l’air extérieur avec l’air de la salle ; celui-ci, raréfié par la chaleur et par la consommation d’oxygène qu’exige la respiration de tous les spectateurs, et la combustion d’une multitude de flambeaux, est incessamment

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remplacé par l’air plus dense du dehors. Dans les maisons particulières, il est plus simple d’ouvrir de temps à autres les portes et les fenêtres. Ces moyens sont bien préférables à toutes les fumigations que l’on fait dans l’intention de purifier l’air des appartenions , avec des substances aromatiques de toute espèce. Ces fumigations ont l’inconvénient de charger l’air de vapeurs qui ne font que masquer ses propriétés délétères, sans les détruire, et engagent par leur odeur agréable à faire de grandes inspirations, et à introduire par conséquent une plus grande quantité d’air vicié dans la poitrine; souvent elles sont irritantes, elles excitent la toux; et d’autres fois leur odeur aromatique occasionne des spasmes, des convulsions, et autres accidens nerveux, chez les personnes où dominent les organes de( l’innervation. L’appareil de Guyton-Morveau pour purifier l’air et détruire les miasmes n’a pas les mêmes inconvéniens ; il a le grand avantage de neutraliser les émanations animales et les autres gaz ; mais le chlore qu’il dégage irrite singulièrement les voies aériennes, et peut déterminer des inflammations thoraciques, ainsi que nous en avons été témoins lorsque le typhus régnait dans notre hospice parmi les militaires que le sort des combats y avait amenés. Ce procédé consiste à mêler dans un flacon de l’oxide de manganèse, de l’hydrochlorate de soude , une certaine quantité d’eau et d’acide sulfurique. On tient le flacon plus ou moins ouvert, au moyen d’une vis de bois, à laquelle est adapté un couvercle de verre, poli à l’émeri, destiné

à fermer son ouverture. On le ferme complètement lorsqu’on ne veut pas s’en- servir , et on l’ouvre plus ou moins, selon la quantité de chlore que l’on veut dégager Voyez dans l’ouvrage de Guyton-Morveau les quantités du mélange , en proportion avec le volume d’air qu’on a à désinfecter.

L’administration des feux , soit au moyen des poêles, soit au moyen des cheminées, a fixé l’attention des physiciens. Le problème qu’on se propose c’est de produire les plus grands effets possibles, avec le moins de moyens possibles ; ou autrement, de dégager le plus de calorique que l’on peut avec le moins de combustibles qu’on peut. Empêcher la fumée est encore un point fort important. Les poêles ont l’avantage de fumer peu, de donner beaucoup de chaleur; ils la conservent d’autant mieux qu’ils sont plus mauvais conducteurs du calorique; ils la communiquent et la perdent avec d’autant plus de facilité qu’ils sont meilleurs conducteurs. Les poêles de briques jouissent de la première propriété, ceux de métal de la seconde On dirige quelquefois autour des appartemens, dans l’épaisseur des murailles, sous les parquets, une multitude de tuyaux de chaleur, qui s’ouvrent sur divers points des appartemens, qu’ils échauffent d’une manière uniforme. Ce procédé a l’inconvénient de dessécher l’air et de servir peu à son renouvellement; pour ce dernier effet le feu des cheminées est plus convenable, mais il établit des courans d’air trop forts, et n’élève pas la température d’une manière égale; il exige une grande quantité de com-

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bustibles. La forme et la matière des cheminées les rend plus ou moins avantageuses ; celles à la Désarnod ont l’avantage d’échauffer l’air du dehors, et de le verser dans l’appartement par des tuyaux de chaleur. Les cheminées semi - éliptiques à la Rumford renvoyent une grande quantité de calorique , surtout si les parois en sont blanches et resplendissantes.

TROISIÈME SECTION

Construction des habitations particulières.

S’il était toujours permis de se choisir une demeure, et de la construire d’après les lois conservatrices de l’hygiène , voici à peu près quelles seraient les conditions les plus favorables : il faudrait la choisir dans un climat tempéré , sous le beau ciel de la France méridionale ou de l’Italie, sur le penchant d’un coteau regardant le soleil levant et inclinant légèrement vers le midi; auprès d’un ruisseau d’eau pure descendant en bouillonnant delà cime de la montagne, et s’enrichissant dans sa chute de l’air atmosphérique et de l’arôme des fleurs qui le bordent. C’est là qu’à l’abri des vents insalubres de l’ouest et du nord, mais recevant en plein l’haleine salutaire des vents de l'est et du sud-est, ainsi que les premiers rayons du soleil levant, loin de toute influence marécageuse, il faudrait élever son habitation. Celle-ci, précédée d’une vaste cour où l’air pourrait circuler librement aurait sa façade tournée vers le sud-est. Le rez-de-chaussée , élevé de plusieurs marches au-des-

sus du sol, serait construit sur un double plancher, entre lequel il faudrait laisser traverser l’air. Des voûtes, destinées à servir de caves ou de cuisines, régneraient au-dessous. Ce rez-de-chaussée, rendu salubre par ces précautions, serait destiné à être occupé durant le jour; mais la nuit on devrait se livrer au repos dans les appartemens des étages supérieurs, où l’humidité qui s’élève du sol ou qui y tombe est beaucoup moins sensible. Ces appartemens devraient être plutôt vastes que resserrés, rien n’étant plus avantageux que de respirer librement dansune grande masse d’air; de larges fenêtres devraient permettre l’entrée de la lumière et de la chaleur, tandis que le corridor devrait régner du côté du nord-ouest, de manière à former un rempart contre l’air qui viendrait de ce côté. Les murs devraient être en pierres, et fort épais, surtout sur le derrière de la maison, où les fenêtres devraient être plus étroites. L’architecture, qui s’embellit de ce qui est utile, devrait se plier à cette nécessité. Il faudrait se garder de peupler d’arbres le voisinage de la maison , sous prétexte qu’ils payent à l’air un riche tribut d’oxygène : d’abord parce qu’ils exhalent pendant la nuit du gaz acide carbonique en second lieu parce qu’ils entretiennent une humidité dangereuse ; mais , d’un autre côté , comme le voisinage des bois est fort salutaire, il ne faut pas s’en priver entièrement : ainsi on séparera la maison du bois, par une vaste pelouse de gazon, qui permettra à l’air de se renouveler en liberté. Le bois sera placé au delà , et entretiendra dans l’atmosphère

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tles torrens d’air vital , source inépuisable de santé pour l’habitant fortuné de ces lieux. La propreté, la simplicité, l’élégance, la grâce et la vertu devront embellir cette demeure , d’où seront proscrits à jamais le luxe , la recherche , les ornemens superflus, les vices, les ennuyeux, les parasites et les flatteurs.

Mais comme il s’en faut qu’il soit toujours possible de se procurer une telle habitation, il faudra s’efforcer de réunir dans celle que l’on choisira le plus grand nombre des avantages que nous venons de signaler.

Dans tous les cas il convient de ne pas habiter une maison récemment construite , ou nouvellement décorée.

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