DES MOYENS QUI AGISSENT SUR LES EXHALATIONS
PREMIÈRE SECTION
Des moyens qui agissent sur les exhalations et les sécrétions folliculaires cutanées.
§ Ier. De la propreté en général. !
L’entretien de la santé est si étroitement lié à la propreté , qu’on ne saurait y porter trop d’attention. Elle doit s’étendre à tous les objets destinés à remplir nos besoins; sur nos alimens, nos boissons, les meubles de nos appartemens; mais ce sont principalement nos habits, notre linge, nos lits, nos draps qui touchent de plus près la surface de notre corps qu’il faut entretenir dans la plus grande propreté ; ces objets qui absorbent la matière de notre transpiration et qui sont appliqués immédiatement sur la peau, peuvent déterminer des éruptions de toute espèce s’ils ne sont pas propres. D’ailleurs la sueur
45o cours d’hygiène.
n’étant pas convenablement absorbée s’accumule avec la poussière, sur la peau, en bouche les pores, et empêche les fonctions de cet organe important. Les moyens les plus usités et les plus efficaces d’entretenir la propreté et de favoriser les fonctions de la peau , sont les lotions, les ablutions, les bains, les étuves, etc,
§ II. Des lotions , des ablutions , etc.
Entretenir la propreté, et par conséquent favoriser les fonctions de la peau, donner du ressort, du ton aux chairs, tels sont les avantages considérables qu’on retire des lotions et des ablutions fréquentes. On sent de quelle utilité un climat brûlant peut rendre les ablutions. La chaleur entretient une transpiration abondante et continuelle; elle épuise l’individu , et dispose à toutes les affections cutanées, par l’activité qu’elle excite à la peau. Les ablutions modèrent la transpiration, et combattent avantageusement les effets d'une chaleur dévorante. L’islamisme, le judaïsme avant lui, et toutes les religions orientales et méridionales en ont fait un devoir impérieux. On ne saurait trop admirer le génie de ces premiers législateurs, en considérant avec quelle sollicitude ils avaient réduit en devoirs rigoureux les pratiques qui pouvaient être avantageuses aux peuples qu’ils gouvernaient.
L’effet des lotions n’est pas le même dans toutes les circonstances. Elles sont plus ou moins toniques, plus ou moins relâchantes, selon que le liquide dont on se sert est froid , tiède ou chaud ; selon qu’il con-
t i ent des substances aromatiques ; qu’il est pur , ou mêlé à quelque mucilage , etc. ; selon que ce liquide lui-même est de l’alcohol , du vin , de l’eau , de l’huile , etc. C’est généralement avec de l’eau froide, surtout en été, que se font les lotions journalières. Les ablutions des anciens se pratiquaient avec de l’eau dans laquelle on avait mis une certaine quantité de sel.
Les parties qui doivent, pour la santé, être soumises à des lotions plus fréquentes, sont celles qui sont le plus exposées aux agens extérieurs, tels que la figure et les mains. Ces parties , qui reçoivent la poussière, la pluie, la fumée, etc., se salissent avec la plus grande facilité, et c’est un besoin de les laver fréquemment. Les parties où se fait une transpiration abondante , plus ou moins odorante , celles qui sont pourvues de glandes sébacées , les organes génitaux, les pieds, les aisselles, etc., doivent aussi être soumis à de fréquentes lotions , autant pour les débarrasser des matières qui s’y accumulent, que pour faciliter leurs fonctions , et diminuer l’intensité de leur odeur. Les personnes chez qui celte odeur est pénétrante sont surtout forcées de répéter fréquemment les lotions.
§ III. Des bains.
On entend par bain l’immersion du corps ou d’une partie du corps dans l’eau liquide ou en vapeur, pendant un temps plus ou moins long. En thérapeutique on a donné à ce mot d’autres acceptions. L’adage si vulgaire, que rien n’est absolu dans la nature,
45a cours d’hygiène.
trouve dans le sujet que nous allons traiter la plus juste application. Il est, en effet impossible de tracer les effets du bain sur l’économie animale , si l’on ne tient compte de la température de l’eau , de sa mobilité ou de son immobilité, de sa densité, de son insipidité ou de son état salin. Ses effets , selon l’âge de la personne qui prend le bain, son sexe, sa constitution , ses habitudes , sa profession , son idiosyncrasie , son goût ou sa répugnance seront examinés plus tard. D’après notre plan, nous allons parler du bain d’une manière générale.
Pour apprécier avec une rigoureuse précision l’effet de la température de l’eau sur le corps humain, il faudrait étudier les changemens immédiats, locaux et généraux , les changemens organiques consécutifs que produisent les bains, degrés par degrés, depuis la température de glace fondante , jusqu’au degré de chaleur que peut soutenir le corps humain. Après avoir noté exactement l’âge , le sexe , la constitution du sujet de l’expérience, il faudrait tenir compte de son poids avant et après le bain. Il faudrait connaître le poids des urines, des matières alvines, celui des matières expectorées et mouchées , celui des alimens et des boissons. Il faudrait, avec une montre à secondes , mesurer exactement le nombre des pulsations du cœur , et celui des mouvemens respiratoires , etc. On aurait ainsi des données rigoureuses sur chaque espèce de bains ; encore faudrait-il les répéter sur un grand nombre d’individus , pour pouvoir en tirer des conclusions positives. Dans un ouvrage tel que celui-ci,
nous ne pouvons qu’indiquer des résultats généraux. Divers observateurs se sont soumis , ou ont soumis d’autres personnes à cette espèce de recherches , et nous ferons usage des résultats qu’ils ont obtenus; mais ces recherches n’ont pas été faites avec assez de rigueur, de précision et de persévérance; elles n’ont pas été faites degrés par degrés , mais bien à des intervalles assez longs. Pour ne pas multiplier les divisions à l’infini , nous diviserons les bains en bains très- froids, de o° à io° H- o, R.; en bains froids, de io° à i5° + o; en bains frais, de i5° à 20°;en bains tempérés, de 20° à a5°; en bains chauds, de 25°à3o°; enfin en bains très-chauds, c’est-à-dire au-dessus de 3o° + o, environ jusqu’à 35 ou 36°, dernier degré où les observateurs se soient arrêtés.
Nous n’ignorons pas que l’on peut objecter qu’une telle division est arbitraire ; qu’il y a plus de différence entre le premier degré et le dixième, qu’entre celui-ci et le onzième; mais , indépendamment qu’il ne faut jamais prendre les extrêmes dans ces sortes de divisions , on remarquera que nous avons eu soin d’ajouter les épithètes de très froid, très-chaud, etc., car, comme c’est surtout cette impression qui fait différer les effets du bain, c’est elle principalement qui doit founir la base des divisions : nous avons seulement voulu dire que c’était ordinairement entre tel et tel degré que se faisait sentir telle ou telle impression de froid , de chaud , etc.
454 COURS d’hygiène.
Article IC1 . — Réglés générales relatives a l'usage des
bains.
Il est quelques règles générales que l’on doit observer dans l’usage des bains , et dont nous devons parler en ce moment. Il est utile de faire un léger exercice avant le bain froid ; mais il ne faut pas que cet exercice soit porté jusqu’à la sueur. Il est important de se mouiller la tête, afin d’empêcher les congestions vers le cerveau, congestions qui arrivent alors très-fréquemment. La durée du bain froid doit être déterminée par l’effet qu’on en obtient, c’est à l’apparition du deuxième frisson que l’on conseille de se retirer de l’eau. Il faut s’essuyer promptement au sortir du bain froid, et prendre ensuite un léger exercice. Il est très-important de ne pas entrer dans l’eau, lors du travail de la digestion; on en a vu des résultats fâcheux. Pour les bains tièdes , ces mêmes précautions sont avantageuses , mais ne sont pas également indispensables. Il ne faut pas oublier de se mettre à l’abri du froid après le bain tiède et le bain chaud. Des aspersions froides sur la tête, seront fort utiles dans le bain très-chaud. Les effets que les diverses espèces de bains déterminent sur l’économie animale , feront connaître d’une manière plus particulière au médecin judicieux les précautions qu’il est nécessaire de prendre dans leur usage.
Art. II. — Effets du bain d'eau au-dessous de io° R., ou bain très -froid, sur V économie animale.
Devant examiner plus tard les effets du bain relativement aux âges, aux constitutions, etc. , il est bon de prévenir que les effets dont nous allons parler sont censés produits sur un individu adulte, d’une bonne constitution, exempt de prédispositions morbides, et du sexe mâle.'
Pour obtenir des résultats aussi justes que possible, je me suis plongé moi -même dans l’eau à diverses températures. Au commencement du mois de mars, par un temps serein , frais et piquant , le thermomètre étant descendu à o durant la nuit, après avoir fait une course à pied, qui avait procuré le sentiment d’une douce chaleur, mais qui n’avait pas provoqué la sueur, je me suis baigné dans la Seine, dont l’eau était environ à 5°+o. Aussitôt après mon entrée dans l’eau , je fus saisi d’un froid très-vif, marqué par une horripilation générale , d’un tremblement de la mâchoire inférieure, d’une douleur de tête assez forte, et d’un engourdissement dans tous les membres. J’exécutai des mouvemens qui, au lieu d’être suivis de l’augmentation de la chaleur, semblaient au contraire favoriser sa déperdition, en renouvelant l’eau ambiante ; cette eau était néanmoins déjà renouvelée par son cours ordinaire ( circonstance qui doit fixer l’attention des médecins dans f usage du bain froid); mais ce renouvellement se faisait sans doute d’une manière moins rapide, moins prompte; quoi qu’il en soit
456 cours d’hygiène.
je ressentais moins de froid en restant immobile qu’en nageant. Au bout de quelques minutes j 'éprouvai une douleur de tête plus forte; une épigastralgie assez violente, des douleurs vives et des contractures dans tous les muscles et dans toutes les articulations , des crampes se déclarèrent, et je devins bientôt tellement roide, engourdi et endolori, qu’il me fut impossible de rester plus de cinq à six minutes dans l’eau. Au sortir du bain , l’horripilation n’avait pas cessé , la périphérie du corps paraissait diminuée d’étendue; les membres étaient sensiblement plus minces ; la peau était couverte de plaques violettes, comme celles qu’on remarque chez les anévrysmatiques, signe non équivoque de la gêne de la circulation extérieure; les yeux étaient caves, le nez effilé, les lèvres violettes, le visage pâle et jaunâtre, les oreilles et le lobe du nez livides, la mâchoire inférieure tremblante; le cœur battait avec assez de force; le pouls était petit, concentré et fréquent; la respiration était accélérée et gênée ; un sentiment de déchirement , et une oppression pénible se faisaient sentir sous le sternum ; la bouche était amère et pâteuse , l'épigastre toujours douloureux, l’appétit nul, la soif peu prononcée, les urines pâles et abondantes. La tête continua à être embarrassée, les mouvemens étaient difficiles ; je me trouvai fort heureux lorsque je fus essuyé et vêtu. Néanmoins plusieurs des phénomènes décrits persistèrent une partie de la journée; la pesanteur de tête, l’inappétence et l’engourdissement des membres se prolongèrent assez tard; enfin une réac-
tion puissante s’établit; et dans la nuit une chaleur âcre et piquante , et une agitation vive et qui me forçait de changer souvent de place , se manifestèrent et empêchèrent le sommeil.
Il est facile de se rendre raison des phénomènes que nous venons de noter. Le froid, principal agent dans cette circonstance, resserre les tissus; la circonférence du corps , pressée d’ailleurs par un liquide plus dense que l’air et par le mouvement du fluide, diminue d’étendue par cette triple cause. Dès lors les humeurs qui pénètrent naturellement les tissus extérieurs sont obligés de refluer de la périphérie vers le centre; le sang se porte sur les organes intérieurs, et par son accumulation produit la gêne des fonctions et les douleurs. C’est ainsi que la céphalalgie, l’épigastralgie, les nausées et les vomissemens que certaines personnes éprouvent, la douleur sous-sternale, s’expliquent. Le cœur, pour vaincre la résistance que lui oppose le resserrement des tissus, redouble d’efforts; mais les vaisseaux des membres contractés n’admettent qu’une petite quantité de sang, il faut donc nécessairement que les veines intérieures s’engorgent de plus en plus; et nul doute que la prolongation de cet état ne donnât lieu à quelque congestion funeste, à quelque apoplexie mortelle. La respiration devient par cette congestion difficile et gênée; la perspiration cutanée étant suspendue, l’urine devient abondante, les exhalations pulmonaire et abdominale augmentent pour la remplacer. Le tissu musculaire fortement resserré , et pour ainsi dire stupéfié , n’est plus
458 • cours d'hygiène.
susceptible d'un jeu facile et l’apide; il est dans une contraction permanente, et le relâchement, sinéces^ saire à son action, devient impossible. Le cerveau, douloureusement affecté , n’a plus le pouvoir de commander des mouveinens réguliers , et les crampes s’emparent des membres, surtout des membres inférieurs. Les testicules sont appliqués contre le pubis par la contraction de leurs enveloppes; les organes de la génération, retirés sur eux-mêmes, sont toutà-fait inactifs. Tels sont les effets immédiats du bain très-froid. Nous ne connaissons pas quels seraient les effets dp son usage long-temps continué. Si l’on s’en rapporte aux auteurs qui ont écrit sur l’usage des bains des Finlandais et des Russes , nous apprenons que la peau se durcit, se gerce, devient coriace et farineuse , et que les autres tissus paraissent contracter aussi une dureté prématurée. Mais il faut remarquer que les peuples que nous venons de citer ne se plongent dans l’eau très-froide et dans la neige, qu’en sortant d’une température extrêmement élevée. Le bain très-froid ne saurait être conseillé que dans des cas fort rares, comme moyens hygiéniques, et ces cas ne peuvent être prévus. Il est vraisemblable que par l’habitude il perdrait une partie des effets que nous lui avons attribués; qu’il pourrait devenir trèstonique ; qu’il pourrait par conséquent être convenable chez les sujets peu irritables , à fibre lâche et molle , et dont la constitution est caractérisée par l'inertie de toutes les fonctions. En thérapeutique on en a préconisé l’emploi dans une foule de circonstances,
et on en a fait un abus condamnable, ainsi que nous le verrons. Pour obtenir des effets toniques, il est bien plus prudent d’employer le bain à la température suivante.
Art. III. — Effets du bain d'eau de io a i5°-f-o R. ou
bain froid.
Le bain de io à 1 5° est encore un bain froid , du moins dans nos climats tempérés. Il produit des phénomènes analogues à ceux que nous venons de signaler, mais cependant moins intenses. Un frisson remarquable se fait sentir au moment où l’on se plonge dans l’eau à ce degré de température; mais soit qu’on s’habitue à cette température, soit que la réaction s’établisse au bout d’un certain temps , l’état de ma- • laise occasioné par le refoulement des fluides de la périphérie du corps vers le centre, est remplacé par un bien-être sensible. Les mouvemens auxquels on se livre dans ce bain ne sont plus suivis d’un refroidissement pénible comme dans le cas précédent. Cependant la peau est froide et pâle, le visage jaunâtre et livide; la tête, l’épigastre et le thorax semblent comprimés. Les mouvemens sont plus libres, les muscles moins engourdis, les crampes moins fréquentes et surtout moins opiniâtres. Il y a bien évidemment congestion vers les viscères intérieurs, mais cette congestion n’a rien de douloureux, sans doute parce qu’elle est moins brusque, moins rapide, moins forte et moins soutenue. La perspiration cutanée est suspendue, par conséquent il se fait peu de pertes par
46o cours d’hyciùne.
la surface de la peau; l’urine est abondante, pâle et ténue. La circulation est augmentée de fréquence, et desbattemens de cœur assez forts se font sentir; mais il faut remarquer à ce propos, que l’augmentation des pulsations du cœur est bien plutôt due aux mouvemens que l’on exécute dans l’eau, qu’à l’impression du froid; car, d’après les auteurs que nous avons sous les yeux, l’effet du bain froid est de ralentir la circulation, et par suite la respiration. Après être sorti du bain, on se sent frais, agile et dispos, on est souvent altéré, et l’on ne tarde pas à éprouver un appétit fort vif. Au bout de quelques heures, et surtout pendant la nuit qui suit le bain froid, on éprouve les signes d’une vive excitation; la peau est chaude, le sommeil est agité, et les organes génitaux sont dans une érection permanente. Le bain froid fortifie la constitution en redoublant l’énergie des organes, en consolidant les tissus, en empêchant les pertes occasionées par la transpiration , en augmentant l’activité du système digestif, et par conséquent en facilitant les moyens de réparation.
Art. IV. — Effets du bain de 1 5 à 20°-f-o R., ou bain frais.
Ce bain est ordinairement celui auquel se livrent les jeunes gens , durant la belle saison. C’est dans l’eau à cette température qu’ils prennent l’exercice si salutaire de la natation, et l’on doit convenir que le bien qu’ils en retirent est dû, autant pour le moins, aux mouvemens, aux efforts que nécessitent les divers modes de natation qu’à l’impression de l’eau, à
sa pression, à sa densité. Cependant en faisant abstraction des effets de la nage, dont nous parlerons à l'article Gymnastique , nous devons dire que le contact de leau à cette température détermine encore une légère horripilation, surtout lorsqu’on n’y est point habtué, et qu’on entre dans l’eau graduellement; car lorsqu’on s’y jette, on éprouve une impression subte de froid, mais qui disparaît très-promptemenr. L’ «halation ne s’exerce pas ou s’exerce fort peu dais cette sorte de bain, d’où il résulte peu de pertes de ce côté. Cette fonction est en partie remplacée par le urines, comme dans les cas précédens. L’appétit et peu prononcé tant qu’on séjourne dans l’eau ; si lm n’exécute aucun mouvement, la circulation se nlentit, la respiration devient plus rare, la colori- Ication diminue, ce qui n’a pas lieu si l’on prend de lexercice. Enfin ce bain produit encore un effet onique assez sensible. On se sent plus fort, plus lispos. La contractilité musculaire s’accroît, l’appétit st plus vif, la digestion plus facile. Ce bain était art en usage dans l’antiquité. Les Spartiates se baillaient dans l’Eurotas, et les Romains traversaient >, Tibre à la nage. On connaît la réponse d’un Laedémonien à un roi de Syracuse qui trouvait la saice noire peu appétissante : « Il y manque, dit-il, un asaisonnement. — Lequel? — L’appétit que donnent l’eercice et les bains dans l’Eurotas. » Horace conseile de traverser trois fois le Tibre à la nage et de vier trois flacons de Massique. Rien à notre avis n’ct plus salutaire que l’habitude de ce bain : il for-
tifie les constitutions faibles, délicates et molles, détruit une foule de prédispositions, et peut même guérir certaines affections chroniques.
Art. V. — Effets du bain d'eau de 20 a 25° -|~o‘R., ou bain tempéré.
L’effet du bain tempéré est peu marqué, et par conséquent très-difficile à caractériser. Nous pensons qu’il se borne à l’action de l’eau sur la peau , acton totalement indépendante de celle du chaud ou lu froid. Le bain tempéré est en effet celui où l’on néprouve ni le sentiment de la chaleur, ni celui <u froid. C’est en général bien plutôt par l’effet que e bain détermine sur l’économie animale, que par a température absolue, qu’il faut juger de son degn de chaleur , et de son influence sur nous. Le hait qui ne fait éprouver ni la sensation du froid , ni cell du chaud, n’est ni tonique ni débilitant; mais il agi encore de la manière la plus avantageuse, en nettoyan la surface du corps ; il enlève les concrétions que 1; poussière et la sueur accumulent sur la peau. Cett poussière accumulée de la sorte bouche les extréini tés des vaisseaux exhalans , et gêne leurs fonctions elle détermine une irritation qui se manifeste par in prurit désagréable , et peut donner lieu à une foi/e d’éruptions plus ou moins fâcheuses, selon les dispositions individuelles. Les dartres, les prurigo, >es boutons de tous les genres en sont souvent les réultats. Il est même possible que, l’exhalation se faisnt mal, il s’opère des révulsions funestes vers les îs-
cères intérieurs. La propreté que produit ce bain favorise donc l’importante fonction de la peau , et occasionne ainsi un sentiment délicieux de bien-être. L’eau assouplit la peau et les autres tissus ; elle rend les mouvemens faciles. Ce bain est essentiellement hygiénique; il convient aux personnes tellement constituées , qu’elles n’aient besoin, ni d’être fortifiées, ni d’être affaiblies , caractères irrécusables d’une santé parfaite. La propreté est une des plus indispensables conditions pour l’entretien de cet état. Sans propreté, les maladies de tout genre assiègent l’espèce humaine. On ne saurait trop louer les premiers législateurs, d’avoir exigé l’usage des bains de leurs sectateurs ainsi que celui des ablutions; et l’on ne saurait trop les recommander comme un des principaux moyens d’entretenir cette véritable vertu domestique. Le bain tempéré repose les membres fatigués , il produit un sentiment de fraîcheur, sans affaiblir; il convient après les exercices violens de corps et d’esprit; il modère la circulation; tempère l’ardeur des sens et l’activité du cerveau ; il est fort utile aux individus irritables. Il rend la surface du corps très-susceptible des impressions de l’air; il est donc important de prendre, au sortir de ce bain , des précautions contre l’intempérie de l’atmosphère.
Art. YI. — Effets du bain d'eau de z5 h 3o° -f- o, /?., ou bain chaud .
Le bain de 25 à 3o° peut être considéré comme un bain chaud. Cependant les auteurs anglais, et Wil-
464 cours d’hygiène.
lich en particulier, ne considèrent comme bain chaud que celui qui s’élève au-dessus de la température du sang. J’aimerais autant dire que l’air n’est chaud qu’à 3a°, et encore on n’ignore pas que le calorique, dans l’air, ne produit qu’à des degrés bien plus élevés les mêmes effets que lorsqu’il pénètre l’eau; ce que nous aurons occasion de dire en traitant des bains de vapeurs. Partant de ce principe, ils ont été conduits à regarder comme tonique le bain tiède , ce qui nous paraît un paradoxe, si nous réfléchissons à ce que nous avons éprouvé nous-même. C’est tout au plus si l’on pourrait accorder cette propriété à un léger degré au bain précédent. Celui-ci augmente la transpiration, en déterminant vers la peau une légère irritation, et cette augmentation d’exhalation est une des principales causes de la faiblesse qui suit ce bain. Au reste , à la température de 27 , 28 et 290 + o R, on voit le pouls s’élever de quelques pulsations, ou descendre au-dessous de son type habituel, selon les dispositions de l’individu. Il n’y a rien de général à cet égard dans les observateurs, et tel degré qui cause une chaleur incommode chez l’un , produit chez l’autre un sentiment de froid. Cependant , le pouls s’élève à 29 degrés de plusieurs pulsations , la respiration s’accélère, la perspiration augmente, une sueur légère couvre le front , les tempes , le pourtour des yeux et des lèvres, l’extérieur du corps prend de l’extension; la tête s’appesantit; l’individu sentie besoin de sommeil. Le sang se portant avec plus de rapidité vers tous les organes, les glandes en reçoi-
vent une plus grande quantité , et sécrètent plus de fluide; les parties génitales se gonflent, et l’on éprouve une tendance singulière au rapprochement des sexes. Ce bain est essentiellement affaiblissant et relâchant ; je ne balance pas à le considérer comme un des meilleurs et des plus puissans anti-phlogistiques que nous possédions. Je pense qu’il pourrait être employé bien, plus fréquemment qu’on n’a coutume de le faire, et l’ayant employé dans plusieurs phlegmasies, avec les précautions qu’il exige, j’ai toujours eu lieu de m’en louer.
Art. VII. — Effet* du bain d'eau au-dessus de 3o°
+ o R. , ou bain tres-chaud.
Ce n’est guère dans un but purement hygiénique que l’on emploie le bain à cette température, c’est plutôt dans quelque intention thérapeutique, et surtout pour le traitement des phlegmasies cutanées chroniques, et des rhumatismes. Cependant s’il arrive à un individu bien portant de se plonger dans une eau élevée à cette température , voici ce qu’il y éprouve. Les données suivantes sont conformes au résultat des expériences que Poitevin, Marcart, Parr, Marteau, et autres, ont faites sur eux-mêmes, et sur des individus dont ils ont noté avec assez de soin les dispositions physiques. J’ai pris plusieurs bains à cette haute température; en entrant dans l’eau j’ai ressenti, chose remarquable, un frisson, une horripilation semblable à celle qui se manifeste au moment de ^immersion dans l’eau froide. Cette horripilation ï. 3o
466 cours d’hygiène.
ayant bientôt cessé , une chaleur vive et générale a paru , le pouls s’est élevé , et en même temps qu’il devenait plus fort il devenait beaucoup plus fréquent.
A 37° -+- o, il s’élève à 117 pulsations, après une demi-heure; la respiration était accélérée et gênée; la bouche pâteuse, la soif ardente; le visage était rouge, vermeil, gonflé; les yeux saillans, injectés, et larmoyans; les artères carodides et temporales battaient avec force ; une pesanteur de tête excessive, des vertiges, avec un sentiment de chaleur incommode , me faisaient rechercher avec avidité l’impression de l’eau froide sur la tête, impression qui ne tardait pas à être suivie d’un soulagement momentané ; si je résistais à ce besoin de l’aspersion d’eau froide , . j’éprouvais une anxiété extrême, qui ne me permettait pas de rester dans le bain; je me soulevais pour jouir de l’impression agréable de l’air; lorsque c’était durant les grandes chaleurs , l’air ambiant me paraissait frais, et lorsque c’était durant un hiver rigoureux, que je prenais ces bains, l’air ne me paraissait jamais trop froid. Les facultés intellectuelles étaient obtuses, et quelquefois j’éprouvais de la somnolence, le volume du corps était singulièrement augmenté ; la peau était rouge, chaude, et comme érysipélateuse; une sueur abondante coulait de mon front , et de toute la surface du corps; les muscles étaient engourdis, les mouvemens gênés et difficiles, et j’éprouvais une lassitude insurmontable. En sortant du bain, la station me paraissait agréable ; les extrémités inférieures étaient, au bout d’un court espace de temps, beau-
coup plus rouges et plus gonflées que le reste du corps ; la tête ne tardait pas à être débarassée , mais le pouls conservait assez de force et de fréquence; la perspiration cutanée se prolongeait une partie de la journée, et le sentiment de fatigue et de faiblesse ne disparaissait qu’après le sommeil de la nuit. L’appétit était peu prononcé et les urines assez rares le reste du jour. La dilatation des tissus et des fluides par la -chaleur explique parfaitement tous les phénomènes que présente le bain à cette élévation de température.
Si l’on ne tenait compte que de l’irritation que la chaleur détermine sur la peau, on ne rendrait raison que de l’afflux des fluides à sa surface, de l’abondance, de l’exhalation et de l’augmentation du volume du corps, il serait impossible d’expliquer les signes non équivoques des congestions vers les viscères intérieurs. L’activité de la circulation , déterminée par cette irritation cutanée , faisant passer dans un temps donné plus de sang dans les divers organes que dans l’état sain, expliquerait mal ces signes de congestion ; car si le sang et les autres fluides se portent vers la peau avec plus d’abondance, ce qui est attesté par l’augmentation de volume du corps, et par la rougeur extérieure , il doit nécessairement en arriver une moindre quantité vers les parties centrales. Il faut donc admettre que les fluides se dilatent , et que circulant plus rapidement et sous un plus gros volume, ils ont de la peine à être contenus dans leurs vaisseaux, qui se prêtent peu à cette dilatation, et qui
468 COURS D’nYGlÈNE.
dans certaines régions, telles que l’intérieur du crâne, ne peuvent s’y prêter en aucune manière. Cette remarque est due au docteur Abercrombie, qui en fait une des causes de l’apoplexie; il attribue cette impossibilité de se dilater à la solidité du crâne. En admettant cette dilatation des fluides, la céphalalgie, la difficulté de respirer, etc. , s’expliquent fort naturellement. Il ne faut pas oublier de tenir compte aussi de l’atmosphère qu’on respire.
Il est inutile d’entrer dans de plus longs détails pour rendre raison des divers symptômes que nous avons exposés , le lecteur versé dans l’anatomie et la physiologie y suppléera facilement. Le bain très-chaud est un excitant passager, il ne tarde pas à être suivi d’une grande faiblesse , résultat de l’augmentation extraordinaire de l’action des organes, et des pertes considérables occasionées par la perspiration cutanée. Il est donc réellement débilitant, et en cela il ressemble singulièrement à tous les autres excitans connus, qu’on a si judicieusement comparés à des coups de fouet. L’usage prolongé de ces bains pourrait donner lieu aux hémorrhagies ou à quelques congestions funestes, un affaiblissement extrême en serait d’ailleurs le résultat inévitable.
Art. VIII. — Du bain de mer.
Nous n’avons que très-peu de choses à dire sur les bains de mer. On les prend ordinairement frais, c’est-à-dire de 1 5 à 20° + o. Ils produisent alors à peu près les mêmes effets que nous avons dit appar-
tenir à cejte sorte de bain d’eau ordinaire. Cependant les sels que l’eau de mer contient si abondamment en dissolution, tels que le muriate de soude et le muriate de chaux, ou hydrochlorates, rendent sa densité plus grande, et par conséquent sa pression sur le corps plus forte; la respiration est sensiblement plus difficile, au dire des observateurs. Je ne me souviens pas d’avoir éprouvé ces effets dans la Méditerranée. Une autre différence qu’il nous paraît important de signaler, c’est l’espèce d’irritation assez vive que les sels déterminent sur la peau. Cette irritation a mérité l’attention des médecins qui lui ont attribué la plus grande efficacité. Les mouvemens des flots, la percussion qu’ils exercent à la surface du corps, et surtout les mouvemens que le baigneur exécute erM^ent sans doute pour beaucoup dans l’action de ces bains. Les effets des bains de mers sont de raffermir les tissus et surtout la peau, de donner du ton à toute l’économie, en un mot d’augmenter l’énergie de tous les organes et de toutes les fonctions. Nous pensons qu’il faut tenir compte des effets du voyage; du spectacle imposant d’une masse d’eau incommensurable; de la vivacité de l’air, de l’espérance qui anime les voyageurs ; de l’exercice que l’on prend dans un pays nouveau; du changement de régime alimentaire; enfin de toutes les autres circonstances de l’hygiène, qui font des bains de mer un des moyens les plus avantageux qu’on puisse proposer aux personnes faibles, délicates, peu irritables dont la peau est lâche et molle, les tissus flasques.
470 cours u’hygièive.
et dont tous les appareils languissent dans une funeste
inertie.
Art. IX. — Des bains partiels.
Les bains locaux ou partiels sont rarement employés dans une intention purement hygiénique. C’est plutôt pour remplir quelque indication thérapeutique qu’on ordonne les pédiluves, les manuluves, les demi-bains et les bains de siège. Les effets de ces différens bains , ainsi que ceux des bains généraux varient selon leur degré de chaleur. Ils impriment avec moins de promptitude, et d’une manière moins marquée, des modifications semblables à celles des bains généraux ; mais ils agissent bien plus souvent comme révulsifs. Ce n’est pas ici le lieu d’exposer les cas où conviennent ces différens lutins. Ii est à peine nécessaire de dire qu’on entend par manuluve ou bain de mains, l’immersion de ces parties dans l’eau; que le pédiluve indique l’immersion des pieds; qu’on donne le nom de demi-bain à celui dans lequel l’eau ne s’élève pas au-dessus de la ceinture; et que par bain de siège on désigne celui où le bassin et la partie supérieure des cuisses plongent dans l’eau , tandis que le reste du tronc et les extrémités inférieures, sont totalement émergeas. L’individu se trouve assis dans une espèce de cuve, les cuisses fléchies sur le tronc et les jambes pendantes hors de la baignoire.
On a imaginé de donner, dans l’intention d’alimenter, des bains de lait, de bouillon, etc.; mais il
est fort douteux que ces bains remplissent leur destination. La faculté absorbante de la peau, aujourd’hui fortement combattue , ne paraît pas assez énergique pour atteindre ce but. La volupté s’est emparée du premier de ces moyens dans un espoir bien illusoire.
§ IV- Pratiques accesoires des bains ; du massage , des frictions , des onctions , des cosmétiques , etc.
Les peuples des pays chauds sont très-enclins à la mollesse et à la volupté. C’est sans doute à ce dernier penchant qu’on doit l’invention du massage , pratique où le plaisir trouve bien plus son compte que la santé. Le massage est cependant employé par les peuples du nord ; il ne se pratique pas chez tous de la même manière. Chez les uns , c’est une espèce de pétrissage des muscles; chez d'autres , de simples attoucliemens ; chez quelques-uns , de fortes frictions sur toute l’étendue du corps, mais principalement aux membres et aux articulations auxquels on fait exécuter de grands mouvemens ; d’autres fois , ce sont des percussions faites sur diverses parties avec la paume de la main. Au rapport des voyageurs , « en Egypte, un esclave vous presse mollement, vous retourne , et lorsque les membres sont devenus souples et flexibles, il fait craquer les jointures sans efforts ; il masse , il semble pétrir les chairs , sans faire éprouver la plus légère douleur. Cette première opération finie , il s’arme d’un gant d’étoffe, et vous frotte long-temps. Il détache du corps des espèces d’écaïîles, et enlève jusqu’aux saletés imperceptibles qui obs-
47 î cours d’htgième.
truent les pores. La peau devient alors douce et unie comme du satin. » Dans d’autres pays, une personne appuie ses genoux sur les lombes , qu’elle foule à plusieurs reprises; puis, saisissant le patient par les épaules, elle fait craquer les articulations des vertèbi’es. Ceux qui se sont soumis au massement, prétendent qu’il est difficile de se faire une idée du plaisir que î’on éprouve. On se sent renaître, disent-ils, il semble qu’on commence à vivre pour la première fois. Un sentiment de bien-être indicible remplace la lassitude qu’on éprouvait; tous les organes exécutent leurs fonctions avec une nouvelle énergie; on relourde à la jeunesse; l’imagination pare la nature d’un charme nouveau; les idées d’amour et de plaisir occupent l’âme tout entière. Les femmes, dont l’entraînement au plaisir est irrésistible , passent une grande partie du jour à se faire masser.
Les effets du massage sont d’augmenter l’activité de la peau , en appelant vers cet organe une grande quantité de fluides, par l’espèce d’irritation qu’il y produit; de la rendre souple et perméable; d’accélérer la circulation générale et capillaire ; de favoriser la respiration; de faire naître l’appétit nécessaire à la réparation des pertes considérables que l’on fait par la perspiration; d’empêcher l’engorgement des viscères intérieurs, en augmentant l’absorption interstitielle, en accélérant le cours du chyle, des matières intestinales, etc. ; mais surtout d’activer l’action des muscles, de faciliter le jeu des articulations, qui se trouvent lubréfiées par une synovie nouvelle.
Ces avantages sont payés chèrement par la mollesse, la laxité des tissus, la faiblesse, qui résultent, et de l’impression du plaisir, et des pertes considérables qu’on fait par la perspiration ; par l’aptitude que l’on acquiert à être frappé par les moindres causes extérieures , qui compromettent ainsi l’existence à tous momens.
Cet usage n’existe point parmi nous, où tant de moyens de corruption régnent déjà. On ne devrait l’employer que comme agent thérapeutique, si la nécessité l’exigeait. Je pense qu’il pourrait être avantageux dans les maladies chroniques de la peau, dans les rhumatismes anciens, dans les ankylosés, etc.
Toutes les manières de pratiquer le massage ne seraient pas également avantageuses. Celle que M. Rapou, de Lyon, met en usage me paraît fort convenable.
Les frictions sont peu employées de nos jours comme moyen hygiénique. On s’en sert quelquefois en médecine, pour seconder l’action de quelques médicamens qu’on applique sur la peau. Leurs effets ressemblent beaucoup à ceux du massage; ils sont cependant moins prononcés. On les pratique, ou avec la main nue, ou armée d’une brosse, d’un linge, ou d’une étoffe plus ou moins rude.
L’art de faire des onctions était appelé aliptique, aliptica , de ûxînfuv, oindre. Les lutteurs, les athlètes de l’antiquité, avant de se livrer au combat, se frottaient la surface du corps et surtout les membres et les articulations avec de l’huile. Ils avaient pour but,
474 cours d'hygiène.
et de rendre les mouvemens plus faciles , plus souples, et de donner à leur peau la faculté de glisser sous la main qui voulait les saisir. On ne tarda pas à s’apercevoir que les personnes soumises à ces sortes d’onctions, étaient plus fortes et plus robustes que les autres; et, faisant à l’exercice auquel elles se livraient, la part qui lui était due, on ne balança pas à attribuer aux frictions des propriétés très -avantageuses à l’entretien de la santé. La médecine s’empara de ces moyens. Les avantages qui résultaient de l’exercice , donnèrent lieu d’en former une des branches de l’art de guérir, sous le nom de gymnastique ; et ceux que l’on retirait des onctions, en constituèrent une division, sous le nom à’iatraliptique. On sait qü’Hippocrate fit en partie ses études sous le médecin gymnastique Hérodicus , qui fit renaître cette espèce de médecine dont l’origine était attrnfhée à Esculape. L’usage des onctions passa de la Grèce dans l’Italie ; les Romains , en sortant du bain , se faisaient oindre le corps avec de l’huile simple , dans les premiers temps; plus tard, lorsque le luxe et la mollesse eurent corrompu ce peuple , avec toutes sortes d’essences et de pommades. Le bien qui résultait de ces onctions , et les conseils que se mêlèrent de donner les esclaves chargés de les faire , comme le font encore nos herboristes, etc., les firent bientôt considérer comme des médecins que l’on désigna sous des noms avilissans.
L’usage des onctions, dans l’état de santé , est tombé en désuétude dans nos temps modernes; et, dans les
maladies, la médecine iatraliptique est bornée à un très-petit nombre de cas. Il n’est cependant pas douteux qu’on ne pût retirer de ce moyen des avantages considérables. Les onctions huileuses rendent la peau souple, les membres agiles, elles garantissent le corps des impressions extérieures, surtout de celle de l’air; diminuent la transpiration, et permettent par conséquent un plus long et plus fort exercice. Enfin, lorsqu’elles sont accompagnées de frictions, elles peuvent introduire dans l’économie animale des substances douées de diverses propriétés curatives.
Plaire est le but des constans efforts des femmes ; mais , ingrates envers la nature qui leur a prodigué tant de moyens de l’atteindre; elles cherchent dans des supplémens artificiels et dangereux, des sources nouvelles de beauté. Elles oublient que la propreté , sans recherche, l’élégance, et les grâces naturelles du corps et de l’esprit, l’enjouement et la pudeur, sont les plus puissans des cosmétiques. Nous devons cependant dire à la gloire de notre siècle, honoré par tant de qualités morales, que les femmes ont renoncé à tout cet attirail d’une coupable supercherie. Les femmesaujourd’hui consententà paraître telles qu’elles sont, et si l’on veut se donner la peine de les comparer à celles d’autrefois, dont la peinture nous a transmis la ressemblance, on sera forcé d’avouer qu’elles y ont beaucoup gagné. Le blanc et le rouge, composés d’oxide de plomb, de bismuth, de mercure, etc., etc. , sont justement abandonnés aux comédiens et aux courtisanes. Je doute que les dames nobles, qui
47 6 cours d'hygièwe.
en faisaient un si grand usage autrefois, consentissent à s’en servir encore aujourd’hui , malgré le penchant si fortement prononcé de retourner aux coutumes de jadis. Ces préparations métalliques, bien loin d’atteindre le but qu’on se propose, ne sont propres, au contraire, qu’à faire arrivera grands pas une vieillesse anticipée. Elles allèrent la peau, creusent des rides , ternissent la couleur naturelle , empêchent la transpiration, déterminent l’apparition de dartres , de boutons, d’érysipèles, d’ophtalmies, etc., une foule de maladies qui détruisent la beauté , font passer la jeunesse comme un éclair, en détruisant la santé, sans laquelle il ne peut y avoir ni beauté, ni jeunesse.
Des fréquentes lotions d’eau, tiède ou froide, simple ou dans laquelle on aura mêlé quelques gouttes d’huile essentielle; la pâte d’amandes, le savon, q#Hques onctions huileuses, tels sont les seuls cosmétiques dont on puisse faire impunément usage. Pour les cheveux, les peigner, les laver, et les tresser avec grâce, voilà tout l’apprêt qui leur convient. On peut impunément les parfumer légèrement avec l’eau distillée de quelques fleurs aromatiques.
§ Y. — Soins qu exigent l épiderme et ses productions.
A. Il est incontestable que l’homme doit son immense supériorité sur les autres animaux à la perfection de ses organes des sens , au développement et à la bonne disposition de son encéphale. Le tact général et partiel est une des causes les plus puissantes de celte supériorité, ainsi que l’a dit Buffon. On ne sau-
rait donc mettre trop de soin à entretenir ce sens dans les conditions les plus favorables à l’exercice de ses fonctions. L’épiderme qui couvre la surface de notre corps est susceptible de s’épaissir considérablement , et de diminuer ainsi l’impression des corps extérieurs. Tant que cet effet est peu marqué, il ne sort pas des vues de la nature , qui paraît nous avoir revêtus de cette membrane pour émousser et rendre moins douloureuses ces sortes d’impressions; mais si cet épaisissement empêche de percevoir les diverses qualités des corps, telles que leur plus ou moins grande rudesse, leur degré de température, etc., il peut alors produire des sensations fausses, nous faire tomber dans des erreurs dangereuses, ou au moins nous laisser dans l’ignorance sur plusieurs points importans à connaître. Les travaux rudes, pénibles, les compressions long-temps exercées sur une partie, durcissent l’épiderme qui la couvre, et peuvent même produire des callosités douloureuses. Le contact de corps pénétrés d’une forte chaleur détermine le même résultat. Il est bien plus important qu’on ne pense de détruire ces inconvéniens. La première de toutes les indications à remplir, c’est sans contredit de se soustraire à la cause du mal ; mais si par des raisons supérieures on ne peut l’éviter, on doit tâcher au moins de l’affaiblir le plus possible. L’usage des bains partiels ou généraux remplira parfaitement ce but. Le bain ramollit l’épiderme, mais comme en séchant il reprend sa première consistance , il est important d’en diminuer l’épaisseur avec différens moyens mécani-
4 78 cours d’hygiène.
ques. Le plus simple et le plus expéditif, c’est de l’amincir avec un instrument tranchant. On l’use quelquefois à l’aide d’une pierre ponce, mais ce moyen est beaucoup moins efficace. Si l’on n’est plus soumis à la cause qui a produit l’épaississement de l’épiderme, celui-ci n’augmentera plus; mais il ne tardera pas à reprendre son épaisseur première, si la cause persiste; alors il faudra recourir aux mêmes expédiens.
B. C’est un usage bien ridicule et bien barbare, que celui de se plâtrer les cheveux avec un mastic composé d’amidon , de pommade et de sueur; c’est cependant ce que- faisaient nos graves ancêtres , et ce que pratiquent encore aujourd’hui quelques individus qui ne peuvent se résoudre à suivre les progrès du sens commun. Supposons un instant qu’un sauvage débarque parmi nous, et voie un vieux magistrat se faire ainsi mastiquer la tête, que pensez-vous que dira ce sauvage dans son bon sens naturel ? N’aura-t-il pas raison de s’imaginer que lui seul est l’être raisonnable, et que notre magistrat peut bien n’être qu’un huron risible ?
La manière dont on porte généralement au jourd’hui les cheveux est bien certainement non -seulement la plus commode , mais encore la plus salutaire. La tête est le siège d’une transpiration abondante, qui se coagule en petites écailles furfuracées; il est important de détacher ces écailles au moyen du peigne, de la brosse , ou des lotions aqueuses ; on favorise ainsi cette fonction, qui est sans doute d’une grande
utilité. La teinture sous laquelle quelques personnes croientdevoirdéguiserlablancheur de leurs cheveux, est un artifice qui peut n’être pas sans danger, selon les matières qu’on emploie à cet usage. Les préparations métalliques sont surtout funestes.
C. Il n’est pas indifférent de tailler les ongles de telle ou telle manière. Combien de personnes ne se sont-elles pas occasioné des douleurs cruelles, par la méthode vicieuse qu’elles employaient à se couper les ongles. Pour les mains, qu’ils soient coupés longs ou courts, peu importe, puisqu’il n’y a que la forme qui en souffre; mais pour ceux des pieds il n’en est pas de même. Si les ongles des gros orteils sont coupés courts et en demi-cercle, voici ce qui arrive : l’ongle croît en longueur et en largeur; le pied étant pressé dans le soulier, les doigts sont comprimés latéralement, alors les chairs du gros orteil remontent sur les côtés, parce quelles ne sont plus maintenues par la résistance de l’ongle ; celui-ci , croissant en largeur, pénètre peu à peu dans les chairs ainsi élevées, et cause une douleur intolérable , qui empêche tous les exercices, détermine souvent des inflammations dangereuses, et exige quelquefois une opération cruelle. Il faut donc couper les ongles des pieds carrément, de manière à ce que les deux côtés de l’ongle appuyent sur les chairs latérales, les empêchent de remonter, et que ne croissant pas dans ce sens, ils ne puissent pénétrer dans les chairs.
D. Pour ce qui concerne la barbe , il est avantageux de la faire souvent ; lorsqu’on est dans l’habitude
48o cours d’hygiène
de la couper. Une barbe longue retient la poussière et la sueur, elle pique, irrite la peau, occasionne des éruptions désagréables. Si on est dans l’habitude de la porter longue, il faut la laver et la peigner fréquemment.
§ VI. — Des vétemens.
Rien de ce qui concerne l’homme n’est indigne de la sollicitude du philosophe. Le vulgaire ignorant, et surtout irréfléchi, sourit dédaigneusement de la gravité avec laquelle on s’occupe des objets d’un usage journalier qui, par cela même qu’il lui est familier , lui paraît trivial. Il ne sait pas que la forme ou la nature des vétemens a suffi pour occasioner la gloire ou la ruine des peuples; que l’habitude de se vêtir de telle ou telle manière fait que les hommes résistent plus ou moins à l’inclémence des saisons, et que de nombreuses armées n’ont été la proie de leur intempérie que pour avoir été soumises à de vicieuses habitudes de se vêtir.. Les plus grands philosophes n’ont pas trouvé ces matières au-dessous d’eux, et un cuistre stupide , malheureusement autorisé par Molière , rira de pitié de ce que le père de la médecine aura parlé des vétemens qui couvrent la tête. Rien n’est plus digne d’attention que la nature, la forme et la couleur des vétemens destinés à nous garantir des influences atmosphériques qui peuvent devenir la source d’une multitude de maladies; rien n’est plus déplorable que de voir la mode capricieuse, dictée par des ouvriers ignorans, servir de
loi dans cette matière importante. On ne saurait croire combien de maladies on éviterait, si, bravant le ridicule que jette ce tyran sur ceux qui ne suivent pas ses décrets, on consentait à porter des vètemens tels que les réclame la raison.
Il est certain que la nature ne nous a pas faits pour être vêtus; mais il est vraisemblable que si l’homme eût conservé sa première nudité , il eût été couvert de plus de poils qu’il n’en a dans l’état actuel de civilisation. Quoi qu’il en soit , il est probable que dans tous les climats on pourrait parvenir à ne porter aucun vêtement, aucun organe n’étant plus flexible aux habitudes que la peau. Dans nos régions même, où la civilisation, et surtout les variations continuelles de l’air exigent que nous soyons vêtus , quelle différence n’existe pas entre les vètemens des hommes et ceux des femmes? Quel poids, quelle chaleur dans ceux des premiers, quelle légèreté, quelle fraîcheur dans ceux des secondes? et cependant la sensibilité, la délicatesse de la peau ne rendent-elles pas ces dernières plus susceptibles des impressions du froid ? On ne peut méconnaître là l’empire de l’habitude. Nul doute que par son influence on ne pût parvenir à braver avec le même vêtement, et le froid rigoureux de l’hiver, et la chaleur brûlante de l’été. Pour les personnes robustes, cette habitude ne saurait avoir aucun inconvénient; elle serait même extrêmement avantageuse, en les rendant supérieures aux vicissitudes du temps; mais n’oublions pas que c’est surtout pour les personnes délicates que nous écrivons; pour elles, le
482 COURS o’HYGrÈîTE.
choix des vêtemens est loin d’être indifférent selon ’ les climats et les saisons; et bien qu’il soit indubitable qu’il valût mieux s’habituer aux changemens de température , que de s’en garantir par des précautions , sachons qu’il est des circonstances où il est impossible d’acquérir cette précieuse faculté.
Les vêtemens doivent être légers en été, et chauds en hiver. On a prétendu que dans nos climats, où la température variait sans cesse, il n’était pas sans danger de porter des habits légers en été, parce qu’on recevait trop facilement les impressions de l’air; que le matin, au sortir du lit, la peau était ouverte aux agens extérieurs, et qu’il pouvait être funeste de ne la couvrir que légèrement; que le soir, après la chaleur du jour, le danger était encore plus grand. On conçoit combien de semblables conseils sont timides. Mais tous les auteurs pensent qu’il convient de prendre les habits d’hiver de bonne heure, et de ne les abandonner que tard. Il est en général très-dangereux de laisser sécher les habits mouillés sur le corps, il peut en résulter de grands inconvéniens dont le plus grave est d’empêcher la perspiration cutanée, cause d’une foule d’affections.
Art. Ier. — De la nature et de la couleur des matières destinées a l'habillement.
C’est le règne organique qui nous fournit nos vêtemens. Le chanvre, le lin et le coton tissus de mille manières différentes; la laine, la soie et quelques autres matières animales, après avoir passé par les
mains industrieuses de cent ouvriers, viennent enfin nous mettre à couvert des injures de l’air. Ces substances jouissent à des degrés différens de la faculté conductrice du calorique , elles en absorbent plus ou moins, elles déterminent la production d’une plus ou moins grande quantité de fluide électrique; elles absorbent, retiennent ou laissent échapper avec plus ou moins de facilité l’humidité qui résulte de la transpiration, ou qui se trouve dans l’atmosphère. La toile de chanvre et de lin est très-bonne conductrice du calorique qui la traverse avec la plus grande facilité j surtout lorsque son tiàsu est dense et serré. Elle se laisse facilement traverser par l’électricité, et condense la sueur avec la plus grande promptitude, de sorte que lorsqu’elle est appliquée sur la peau, et qu’elle est imprégnée de la matière de la transpiration, elle peut occasioner des accidens, par la sensation de froid qu’elle détermine. Les étoffes de coton ne possèdent pas les mêmes qualités; elles transmettent difficilement le calorique, absorbent la sueur, la condensent moins promptement, sont d’un contact plus doux, et laissent passer l’électricité. Plus chaudes que les précédentes , elles conviennent mieux pour les saisons et les climats froids, tandis que les premières sont plus agréables, sinon plus exemptes de danger, pour les saisons et les climats chauds. La soie est une substance idio-électrique, isolante; lorsqu’elle est tissue d’une manière lâche,' elle transmet mal le calorique dont elle se pénètre abondamment; mais elle se mouille vite et se sèche avec lenteur; on ne l’emploie pas en l’appliquant immédiatement
484 cours d'hygiène.
sur la peau. La laine est une matière fort usitée. Presque tous les auteurs qui ont écrit sur ce sujet s’accordent à lui donner les plus grands éloges, sous le rapport de ses avantages comme vêtement qui doit couvrir la peau d’une manière immédiate. Rumfort, Hufeland lui reconnaissent beaucoup d’utilité, mais celui de tous qui la recommande avec le plus de chaleur, c’est le docteur Willich. Le seul auteur de l’article habillement , de X Encyclopédie , en restreint l’usage aux personnes faibles et valétudinaires, et nous sommes entièrement de son avis. En s’accoutumant de bonne heure à ia flanelle, on se prive d’une ressource précieuse que des circonstances ultérieures peuvent rendre nécessaire ; on se fait d’ailleurs esclave d’une habitude qu’on n’est pas sûr de pouvoir toujours satisfaire, et qui, rendant le corps très-susceptible des impressions de l’air, peut être la cause d’une multitude d’affections. Ces auteurs prétendent que la nature ayant donné la laine pour vêtement aux animaux qui s’approchent le plus de l’homme, semble indiquer par-là qu’elle est la matière que nous devons préférer pour nous couvrir. La laine retient la chaleur autour du corps, détermine par son frottement une irritation cutanée qui augmente singulièrement la perspiration, et peut-être aussi une certaine quantité d’électricité. Elle ne condense pas la transpiration, de manière que la vapeur peut la traverser, et d’autant plus facilement que son tissu est ordinairement lâche; lorsque la sueur est très-abondante, elle l’absorbe et ne produit jamais la sensation de froid que déterminent les tissus bons
conducteurs du calorique dont nous avons parlé. La flanelle excite une sensation de prurit et de ma* laise, les premiers jours que l’on en porte, mais cette sensation ne tarde pas à se dissiper. C’est cette sensation qui produit l’augmentation de perspiration qui, dans beaucoup de cas, est l’effet qu’on veut ocasioner. Willich prétend qu’elle ne détermine jamais d’éruption à la peau, mais par cela même qu’elle augmente l’action de cet organe, elle me semble très-propre à faire naître des efflorescences, des dartres, des boutons et autres phlegmasies chroniques de cette membrane. Il est nécessaire, lorsqu’on porte habituellement de la laine sur le corps, de la faire laver fréquemment; ce tissu exige la plus grande propreté. Sans adopter les idées exclusives de l’auteur que nous venons de citer, il est impossible de ne pas avouer que la laine convient parfaitement aux gens gras et dont les organes sont frappés d’atonie; pour les adultes dans l’âge de décroissement, pour les personnes sédentaires sujettes aux phlegmasies chroniques des membranes muqueuses, aux convalescens, à tous ceux qui sont très-sensibles aux impressions de l’atmosphère, surtout dans les pays où elle varie beaucoup. Elle est beaucoup moins avantageuse aux personnes qui ne se trouvent pas dans ces circonstances. Les habits faits avec les poils de certains animaux sont idio-électriques, extrêmement chauds, très-susceptibles de s’emprégner des miasmes contagieux, s’imbibent facilement de sueur. Ils ne peuvent convenir que dans les froids excessifs.
/j86 COURS d’hygiène.
La couleur dont les étoffes sont revêtues influe beaucoup sur leur capacité pour le calorique; nous avons vu que les corps polis, blancs et opaques réfléchissaient les rayons du calorique, et que ceux qui sont rugueux, inégaux et ternes à leur surface l’absorbaient ; un miroir concave qu’on a noirci à la fumée d’une lampe, absorbe tous les rayons de chaleur qu’il réfléchissait avant cette opération , et un thermomètre, exposé au foyer d’un autre miroir placé vis-à-vis, ne s’élève pas sensiblement. Un tissu d’une couleur claire , bien que de la même matière et de la même densité, réfléchira les rayons de lumière et de chaleur, et conviendra' parfaitement durant l’été ; une étoffe d’une couleur brune absorbant les mêmes fluides, sera très-convenable en hiver. Franklin a expérimenté que deux morceaux de draps, l’un blanc et l’autre noir, du même poids, de la même dimension, et tissus de la même manière, étendus sur la neige, en fondaient une^quantité différente. Le drap blanc restait à la surface, mais le drap noir s’enfoncait beaucoup audessous du niveau. Cette expérience, répétée de diverses manières par plusieurs physiciens, prouve ✓ d’une manière incontestable que la couleur noire absorne réellement plus de chaleur solaire que la blanche.
Art. II. — Des diverses parties de V habillement , et de leur
forme.
Quoique notre manière de nous vêtir soit généra-
DEUXIÈME PARTIR. l\$~J
ment adoptée par tous les peuples de l’Europe , elle n’en est pas moins de toutes la moins noble , la plus incommode, et la plus sujette à de graves inconvéniens. Une habitude que nous croyons très-vicieuse, c’est de se couvrir la tête de vêtemens d’un grand poids. L’Ecossais porte un bonnet pesant, le Turc et le Persan , un turban non moins lourd, et nous, un chapeau ridicule, qui, par sa forme absurde , ne garantit ni de la pluie ni du soleil. Ces vêtemens de tête entretiennent sur cette partie une abondante transpiration, dont la suppression peut fort bien n’être pas sans dan- -ger. L’air contenu entre le crâne et les parois du bonnet se raréfie par la chaleur, et le feutre étant très-mauvais conducteur du calorique, il s’établit là une véritable étuve; si quelque cause, comme la politesse, si souvent contraire au sens commun, vous force de vous découvrir dans un endroit froid, exposé au vent, etc., vous arrêtez le travail de la nature , et vous pouvez produire quelque rétrocession funeste. Le mieux serait sans contredit de s’habituer à marcher nu-tête ; cependant, durant les grandes chaleurs, un chapeau léger en paille, et surtout un chapeau blanc , à larges bords, est certainement ce qu’il y a de plus raisonnable. Il pourrait y avoir de l’inconvénient à soumettre sa tête à une violente insolation.
Quant à la forme de la chemise, il est très-important que les poignets, et surtout les cols, ne soient pas trop serrés. On a vu des congestions cérébrales et des apoplexies occasionées par ce défaut dans la confection de ce vêtement. Ceci doit nécessairement
488 COURS d'hygiène.
s’entendre aussi des cols , des cravattes, des colliers et des rubans dont on se ceint le cou. La compression que que ces liens exercent sur les jugulaires , empêchant le retour du sang, que les artères carotides et les vertébrales situées plus profondément, et à l’abri de cette cause, ne cessent pas d’envoyer au cerveau, détermine les accidens dont nous avons parlé. Il serait donc bien plus avantageux de ne porter aucun de ces vêtemens, et d’avoir le cou libre. Mais puisque la tyrannie de la mode, que bien des scrofuleux sont intéressés à conserver , moins rigoureuse sur ce point pour les enfans et pour les femmes , force les hommes à être continuellement enchaînés, il faut au moins que ces colliers soient le plus lâches qu’il est possible. Presque tous les auteurs se sont élevés avec force contre les cravattes dures, que portent les militaires, elles offrent en effet tous les inconvéniens dont nous venons de parler. On a vu des régimens entiers moissonnés par des affections cérébrales , causées par cette pièce d’habillement.
Nous ne saurions blâmer avec trop de force l’usage des corps et des lacets, qui reprennent aujourd’hui une fâcheuse vogue ; les accidens qu’occasionne cette barbare coutume sont innombrables. Pour paraître avoir la taille fine, les femmes se détruisent la santé. En comprimant les cotes, ces liens empêchent leurs mouvemens, la dilatation du poumon. De là, la stase du sang dans ce viscère, la difficulté de respirer, l’hémoptysie, les toux habituelles, les tubercules, la phthisie, les anévrysmes du cœur. La com-
pression des organes contenus dans l’abdomen empêche tous les mouvemens des viscères qu’il renferme; de là, gêne dans la circulation des fluides, engorgement de tous les tissus et des organes parenchymateux, digestions pénibles et laborieuses, chyle de mauvaise nature, phlegmasies gastro- intestinales, et développement vicieux et irrégulier du fœtus, dans le cas de grossesse, mort du produit de la conception, avortement, enfin, suivi de tous ses dangers. M.le docteur d’Astros, médecin éclairé et philantrope, a publié, dans le nouveau Journal de médecine, une observation intéressante, qui confirme cette influence pernicieuse des lacets. Telle est, et plus nombreuse encore, la série des accidens que font naître ces modes barbares.
Les manches des divers vêtemens qui nous couvrent ne doivent point être serrées, sous peine de déterminer aussi des inconvéniens plus ou moins graves; mais les femmes ont tort, dans nos climats, d’aller les bras nus. Si elles y étaient accoutumées dès l’enfance, peut-être y aurait-il alors moins de dangers; mais il est bon de remarquer que le caprice de la mode les fait passer sans intermédiaire d’un extrême à l’autre. Elles sont couvertes chaudement , tout à coup la mode leur ordonne de se découvrir; qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il gèle, elles se découvrent, et personne n’ignore ce qu’il en résulte.
Les principes que nous venons d’établir s’appliquent aux culottes. On s’est élevé récemment contre l’usage des bretelles; c’est cependant une des amélio-
490 cours d’hygiène.
rations les plus utiles qu’on ait fait subir au costume, clans ces derniers temps. On était obligé autrefois, pour fixer ce vêtement, de le serrer avec force audessus des hanches par une boucle qui réunissait les deux parties d’une espèce de sangle; or on conçoit facilement qu’en comprimant de la sorte les viscères contenus dans l’abdomen, on occasionait la plupart des accidens dont nous avons parlé. Les bretelles larges, souples, élastiques, passant sur les épaules, n’exercent aucune compression; elles permettent de tenir la ceinture de la culotte large et aisée, et, de cette manière , nous exemptent des dangers que nous avons signalés. Les culottes doivent être larges; celles qui se fixent sous les genoux par une boucle , ont le désavantage de produire l’oedème des jambes, des varices, etc. La forme la plus utile est sans doute celle des pantalons larges, si heureusement adoptés dans ces derniers temps. Ils doivent être d’une étoffe légère, et d’une couleur claire, en été; dans l’hiver, d’une étoffe plus chaude, et d’une couleur brune. Les écrivains d’hygiène blâment les culottes de peau.
Les jarretières qui servent «à fixer les bas , ont les mêmes désavantages que celles qui fixent les culottes courtes. Les bottes trop serrées, et d’un cuir trop ferme, empêchent la jambe de se développer , et durcissent singulièrement les parties sur lesquelles elles pressent. O11 a beaucoup discuté pour savoir s’il convenait de porter des bas de fil , de coton, de soie ou de laine. Nous pensons que, pour une personne bien portante, le choix est indifférent, pourvu qu’elle ait
soin d’en changer souvent. Dans le cas où il s’agirait de rappeler l’exhalation qui a lieu aux pieds, il faudrait conseiller les bas de laine , qui sont aussi fort convenables, en hiver, aux enfans, aux personnes faibles , valétudinaires ou convalescentes. Willich conseille de donner aux bas la forme des gants, afin d’absorber la sueur avec plus de facilité. Pour les souliers , tout le monde conçoit bien qu’il faut qu’ils ne soient ni trop grands, ni trop petits; mais, chose étrange, peu de personnes se conforment à cette règle simple et naturelle ; on veut avoir des pieds chinois, et l’on s’estropie. A l’égard de la matière des souliers, il serait bien à désirer qu’elle fût souple, élastique, et surtout imperméable, rien n’étant plus redoutable que l’humidité froide. Il convient du moins que les semelles soient épaisses et impénétrables, principalement dans la saison des pluies. On a proposé le procédé suivant pour rendis le cuir imperméable. On mêle bien ensemble, sur un feu lent, une pinte d’huile siccative, deux onces de cire jaune, deux onces d’esprit de thérébentine , et une demi-once de poix de Bourgogne. On peut ajouter, si l’odeur des résines est désagréable, quelques gros d’unehuile essentielle aromatique. On frotte avec une brosse molle, imbibée de ce mélange, les souliers et les bottes, enles mettant au soleil ou à quelque distance du feu . On répète cette opération, jusqu’à ce qu’ils deviennent secs, et qu’ils soient complètement saturés. Le docteur anglais, cité ci-dessus, qui donne ce procédé, prétend qu’il rend le cuir parfaitement imperméable à l’humidité , au
492 cours d'hygiène.
bout de quelque temps ; il serait à désirer qu’on en répétât l’expérience, et qu'on y suppléât, dans le cas où cette méthode serait vicieuse. Les sa vans chimistes qui s’occupent d'économie domestique devraient diriger leur attention sur ce point de la santé publique.
Jusqu’ici on avait coutume de traiter sous le titre d 'applicata , des lits, des couvertures, des amulettes, etc.; mais on sent qu’il est bien plus naturel de parler des lits et des couvertures, en parlant du sommeil, et que les amulettes seront plus convenablement placées parmi les objets qui exercent leur principale influence sur l'imagination.
DEUXIÈME SECTIOX.
Des moyens qui agissent sur les exhalations , et les sécrétions folliculaires muqueuses.
On admet une exhalation muqueuse sur les surfaces libres des membranes qui portent ce nom; mais, indépendamment de cette exhalation, qui suffirait seule pour expliquer la formation du mucus, on reconnaît aussi sur presque toutes ces membranes des petits follicules qui paraissent destinés à sécréter un fluide dont on ignore encore la nature. Comme les produits de l'exhalation et de la sécrétion paraissent l’un et l’autre destinés aux mêmes usages, et que d’ailleurs les agens qui déterminent l’un doivent aussi donner naissance à l'autre, nous les confondrons ici, de même que nous l'avons fait pour la peau.
Dans l'état de santé, ce n'est guère que l’exhala-
lion de la membrane pituitaire, celle de la bouche, qu’on provoque par des excitans; c'est le tabac qu’on emploie à cet usage. Nous pourrions y joindre l’exhalation intestinale excitée par des purgatifs, dits de précaution, celle du vagin, déterminée par le coït, nous ferons mention ailleurs de ces deux exhalations.
Le tabac fut trouvé par les Espagnols, dans le Jucatan , province du nouveau continent, vers l’an 1 520. Roman Pane , et Hernandès de Tolède le firent passer en Espagne et en Portugal ; ce ne fut qu’en 1 56o, que Jean Nicot, ambassadeur auprès de Sébastien, roi 'de la J^uzitanie, le cultiva, et l'introduisit en France. Plus de cent volumes, dont les titres nous ont été conservés par un Allemand , furent écrits pour ou contre son usage. Le nicotiana tabacum est l’espèce la plus usitée parmi les sept que l’on connaît. Cette plante subit une foule de préparations avant d’être mise en usage. On la cueille , on la sèche, on l’entasse dans des barils; puis on l’étend de nouveau; on la fait fermenter, on la dessèche encore, et on la file en grosses cordes ; c’est en cet état qu’on la livre aux consommateurs. Dans ces diverses préparations, elle perd et acquiert plusieurs qualités. On mêle au tabac des baies de sureau , de l'ambre , de la civette, de la muscade, du gérofle, de la vanille, de la cannelle, etc. On emploie, pour le colorer, le thé, le marc de café, les feuilles de noyer, une argile d’un jaune pâle. Ces ingrédiens sont peu nuisibles. Les oxides de plomb , de cuivre, d’antimoine, le nitrate de potasse, l’opium, la gomme gutte ,
4q4 cours d’hygièwe.
l’hellébore noir , les sulfates de fer , d’alumine et de potasse, avec lesquels on frelate le tabac, sont de véritables poisons. M. Yauquelin a trouvé dans le tabac beaucoup d’albumine animale , du malate de chaux, avec excès d’acide, de l’acide acétique, du nitrate et hydro-chlorate de potasse , une matière rouge, soluble dans l’eau et dans l’alcohol , encore peu connue, de l’hydro-chlorate d’ammoniaque; enfin un principe âcre, volatil, incolore, soluble dans l’eau et l’alcohol, différant des autres végétaux connus , donnant au tabac les propriétés qui le distinguent, et lui communiquant sa faculté sternutatoire ; c’est le principe actif de cette plante.
Aucune substance n’est d’un usage plus général que le tabac; l’Arabe le cultive dans ses déserts. Il est employé dans l’Inde, la Chine et le Japon; les habitans des tropiques et ceux des pôles, le Nègre , le Lapon, le Sauvage et l’homme civilisé, tous en font leurs délices. Ils le prisent, le fument ou le mâchent. Il devient d’une nécessité si indispensable, lorsqu’on en a contracté l’habitude , que le misérable supporte plutôt la privation du pain que celle de cette substance. La cessation subite de son emploi peut occasioner une foule de maladies. Un élève interne de première classe, à la Salpêtrière, jeune homme fort instruit, et de beaucoup d’espérance, sentant combien son usage entraîne de désagrémens , tenta de s’en défaire. Les premiers jours , gaîté singulière, inspirations poétiques, contraires à son état ordinaire; puis morosité , taciturnité , colère même , quoique
d’ailleurs il fût d’un caractère fort doux , ou pour mieux dire, qu’il eût sur lui beaucoup d’empire; espèce de délire durant la nuit; idées bizarres et incohérentes; cet état persiste plusieurs jours. Lorsqu’on veut perdre l’habitude de prendre du tabac , il faut y procéder avec beaucoup de gradations. Ce n’est que lentement qu’on peut y parvenir.
Lorsqu’on introduit le tabac en poudre dans les narines encore inaccoutumées à son action, il fait éternuer, occasionne des vertiges, et peut produire l’apoplexie. Il émousse «à la longue la sensibilité de l’odorat, et ne fait plus éternuer. Dans le principe, il augmente la sécrétion muqueuse de la membrane de Schneider , qu’il dessèche par la suite. Il peut établir une révulsion salutaire dans quelques affections chroniques. Les aliénés aiment le tabac avec fureur* Lorry attribuait à l’usage fréquent du tabac le grand nombre des affections nerveuses qui régnaient de son temps. L’irritation habituelle que cette substance détermine sur la membrane muqueuse du nez, et l’avantage qu’elle a de diminuer l’impression des mauvaises odeurs, sont les seules propriétés qu’on lui reconnaisse.
Fumé, le tabac produit d’autres résultats. Dans les commencemens, il détermine des vertiges, des céphalalgies, des anxiétés, des défaillances , une chaleur brûlante, des tremblemens, des sueurs froides, des vomissemens, de l’ivresse, de la somnolence. Il augmente l’action de la membrane muqueuse de la bouche, et des glandes salivaires, ce qui occasionne
496 cours d’hygiène.
de grandes pertes de salive , fluide éminemment récrémentitiel,ce qui rend la digestion plus pénible et moins parfaite. Cette habitude est donc pernicieuse. Dans quelques cas fort rares, le tabac pourrait être de quelque utilité; les habitans des pays froids et humides , d’une constitution lâche et molle, peu irritables, peuvent en user sans danger. Il sera nuisible aux personnes placées dans les circonstances contraires. L’excès de tabac fumé a causé l'idiotisme et la perte de presque tous les sens. Deux frères furent frappés d’apoplexie, pour avoir fumé, l’un 17 , l’autre 18 cigares. Tissot assure que cette habitude abrège la vie. L’haleine des fumeurs est fétide, leurs dents noires et cariées.
L’usage de mâcher le tabac est moins ancien que les deux manières de le prendre dont nous venons de parler. Les marins, les soldats, les gens du peuple, mâchent le tabac. Il produit les mêmes effets, mais avec plus d’intensité, que la méthode précédente.
Dans le commencement de la découverte de cette substance, on ne manqua pas de la prôner comme une panacée. On la recommanda dans toutes les maladies; mais l’expérience ne tarda pas à faire voir toute la vanité d’un pareil espoir. Aujourd’hui son usage en médecine est singulièrement restreint; on pourrait même dire qu’il est tombé en désuétude. On le recommande encore, mais non sans contestation, comme préservatif de la peste, et comme neutralisant les principes contagieux; on le conseille dans la hernie étranglée, dans la passion iliaque , dans les constipations séniles, dans les asphyxies; on l’administre alors
en lavement , soit en fumée , soit en décoction ; on l’a vanté comme diurétique; enfin on l’a appliqué sur des ulcères, qui présentaient un aspect atonique, etc.
( Voyez, pour plus de détails, la dissertation inaugurale de M. Arvers, Paris, 8 août 1 8 r 5. )
Ce serait peut-être ici le lieu de parler des exhalations sanguines, qui, la plupart, ont lieu sur les membranes muqueuses, du danger de leur suppression, etc.; mais, comme il faudrait parler en même temps des saignées habituelles, nous en dirons un mot en parlant des évacuations , à la fin de ce chapitre.
TROISIÈME SECTION
Des moyens qui agissent sur les exhalations séreuses.
Ces fonctions dérobées à notre observation , puisqu’elles s’exécutent dans l’intérieur de nos cavités, sont encore trop peu connues, et par conséquent les agens de l’hygiène qui les arrêtent ou les favorisent sont appréciés d’une manière trop vague , trop incertaine , pour qu’on puisse se permettre de tracer l’histoire de leur influence. Ce serait vouloir de plein gré tomber dans le vague des hypothèses que d’entrer à cet égard dans quelques considérations. Tout ce que l’on peut dire , c’est qu’il est vraisemblable que le mouvement , l’exercice des viscères , favorise cette fonction , qui est à son tour d’une grande utilité à l’action des organes; que les substances qui excitent la circulation paraissent aussi l’accélérer; qu’enfin elle est pervertie, troublée, augmentée ou
/jq8 cours d’hygiènk.
diminuée dans une foule de cas pathologiques, parmi lesquels les inflammations et les dérangemens de la circulation tiennent le premier rang.
QUATRIÈME SECTION
Des moyens qui agissent sur les exhalations du tissu
cellulaire.
Il existe dans ce tissu deux espèces d’exhalations , la séreuse et la graisseuse ; nous n’entendons parler ici que de l’exhalation graisseuse. Cette exhalation est favorisée par l’alimentation relâchante, par l’usage des matières alimentaires riches en matériaux réparateurs, mais peu excitantes, peu épicées, telles que celles qui contiennent de l’albumine, de la gélatine, de la graisse; par les plantes féculentes, par les vins épais du midi, par la bière; par l’habitation dans un climat humide et froid; par l’usage des bains; par le sommeil, la paresse, l’indifférence ; par l’exercice en voiture, par la continence. Les circonstances contraires produisent l’effet opposé.
DEUXIÈME DIVISION
DES MOYENS QUI AGISSENT SUR UES SÉCRÉTIONS GLANDU¬ LAIRES, SUR LES EXCRÉTIONS, ET INFLUENCE DE CELLES-CI SUR LA SANTÉ.
Rien n’est plus favorable à l’harmonie de la santé que la juste proportion des sécrétions et des excrétions. La santé ne peut long-temps se maintenir , si ces fonctions ou plutôt les organes qui les exécutent viennent à se déranger. Ce n’est pas que ces organes
ne puissent être sur-excités ou plongés dans le repos d’une manière passagère, sans un grand inconvénient; mais cette sur-excitation et cette inertie ne sauraient persister long-temps sans troubler ce précieux équilibre si nécessaire à notre existence.
On connaît déjà notre opinion sur la cause prochaine des sécrétions, que jusque ici on a attribuée à une action vitale inconnue. On sait que nous ne re connaissons d’autre cause que celle qui dépend de la structure de l’organe. Le sang apporte les matériaux des sécrétions dans l’organe chargé de l’opérer, et celui-ci agit avec d’autant plus d’aisance et de facilité, que ses parties constituantes sont plus convenablement disposées. Si par une cause quelconque le sang chargé d’apporter les matériaux des sécrétions se trouve altéré dans sa composition ou dans sa quantité, la sécrétion cesse de se faire dans son état normal. Elle est augmentée, si le sang est riche en matériaux réparateurs, s’il est le véhicule de quelque stimulant direct; elle est diminuée, si le sang est pauvre de'ces matériaux, s’il est, eu un mot, dans les dispositions contraires; elle est pervertie, si le sang apporte quelque matière délétère; elle est abo- ‘ lie , si ce fluide n’y arrive plus. Ce n’est pas tout, elle est augmentée , lorsque l’organe acquiert un volume considérable par l’exercice, et que ce volume- ne nuit en rien à la saine disposition de l’organe; elle est diminuée dans l’atrophie ; elle est pervertie dans l’état morbide de la partie, et peut même être arrêtée complètement.
5oo cours d'hygiène.
Les différences des sécrétions dépendantes de l'état du sang sont presque toutes du ressort de l'hygiène , puisqu'il ne s’agit que de produire une alimentation d’une certaine nature pour corriger l’excès, le défaut ou la perversion de la sécrétion. Les différences qui résultent de l’hypertrophie ou de l’atrophie de l’organe sécréteur sont aussi de son ressort, lorsque toutefois cette augmentation ou cette diminution de volume restent dans l’état physiologique. Ces phénomènes dépendant ordinairement du trop ou du trop peu de nutrition, et l’exercice, le repos, l’alimentation étant les causes de cet excès ou de ce défaut, c’est encore à l'hygiène qu’il appartient de les modifier.
Je ne dois pas passer sous silence l’action plus ou moins forte de l’organe sous le même volume. Ce surcroît d’action dépend manifestement et de la disposition de ses molécules organiques, et de la nature des fluides qui lui arrivent, et aussi de l’innervation, qui n’est qu’une fonction , c’est-à-dire le jeu d’un système , d’un appareil. On sent combien cette explication est nécessaire ici , car on ne manquerait pas de dire que c’est là une action vitale.
Dans l'état de santé, l'augmentation des sécrétions • et des excrétions ne tarde pas à devenir cause de maladies pour peu qu'elle dure. Le premier effet de cette augmentation c’est d’appeler vers l’organe sécréteur une grande quantité de fluides de toute espèce; ce qui ne peut avoir lieu qu'au détriment des autres organes; aussi l’individu ne tarde-t-il pas à tomber
dans un collapsus funeste dont il n’est complètement rétabli que lorsque la perte est réparée par une alimentation suffisante, par le repos, et par la juste répartition des fluides. Le deuxième effet est d’empêcher totalement l’action des autres systèmes, et de jeter celui qui est sur-excité dans une inaction dont il ne peut plus se relever.
Il y a moins d’inconvénient à laisser les sécrétions dans un trop long repos; cependant ce n’est pas sans danger qu’on retient les matières qui devraient être évacuées. Si vous laissez trop long-temps les organes dans le repos, ils perdent l’aptitude à agir, ils s’affaiblissent réellement, le sang ne leur apporte plus de matériaux; mais si le sang, les autres fluides ne se portent plus sur ce viscère, il faut qu’ils se portent ailleurs en plus grande abondance (l’alimentation restant la même); or, c’est ce qui arrive; aussi se manifestera-t-il alors des symptômes de pléthore générales ou locales, des congestions de toute espèce, etc. De là les inflammations, les engorgemens de tous les viscères. La nature ne nous a pas donné des organes pour les laisser dans l’inaction; c’est de leur exercice modéré que dépend la santé. Les matières qui doivent être évacuées ne sauraient être retenues dans les réservoirs où elles s’accumulent, pendant un temps trop long, sans les plus graves inconvéniens. L’inflammation, la paralysie, la rupture des parois de ces kystes peuvent en être la suite, ainsi que nous l’avons observé plusieurs fois.
A l’égard de la perversion et de l’abolition com-
5o2 cours d’hygiène.
plète de la sécrétion, elles sont la plupart du temps
du ressort de la pathologie.
Dans l’état naturel , on ne cherche pas à verser des larmes; l’augmentation de cette sécrétion tient presque toujours à une lésion physique ou à une affection dite morale. Leur abondance peut jeter dans un épuisement mortel , mais c’est leur cause qu’il faut chercher à détruire. Quelques plantes douées d’une odeur piquante déterminent leur écoulement ; ce sont principalement l’ail et l’oignon.
Il n’en est pas de même de la sécrétion de la salive, on emploie, presque dans tous les pays, une foule de préparations pour la provoquer. Le peuple, ainsi que nous l’avons vu , fume et mâche le tabac ; les gens du monde font usage de pastilles de menthe et d’autres préparations analogues. Dans l’Inde on fait un très-grand usage d’une composition connue sous le nom de bétel ; on en porte avec soi une certaine provision, et c’est une politesse de ces pays que d’en offrir aux personnes à qui l’on fait visite. Cette préparation est extrêmement âcre et chaude, elle excite fortement la membrane buccale. Le bétel est une espèce de poivre cultivé dans plusieurs parties de l'Inde; il grimpe, à la manière des vignes, sur les arbres ou sur les supports qu’on lui donne. On mêle ses feuilles avec de la chaux et de l’arec, ce qui constitue la préparation masticatoire dont nous parlons. Lorsque ces substances n’exigent pas l’expuition , leur usage n’est pas à beaucoup près aussi funeste que lorsqu’elles font perdre une grande quantité
de salive, fluide si utile à la digestion. Dans ce dernier cas l’individu peut tomber dans un marasme funeste, par suite immédiate de cette perte, ou par suite de l’alimentation vicieuse qui en résulte. Nous savons peu de chose sur la production du fluide pancréatique et biliaire; nous connaissons fort peu les moyens qui augmentent ou diminuent leur sécrétion, et les avantages et les inconvéniens qu’il en peut résulter.
Nous sommes plus instruits sur la sécrétion et l’excrétion de l’urine. Ce fluide excrémentitiel , préparé par les reins, est conduit dans la vessie par les artères, et de là rejeté au dehors par le canal de l’urètre. Le sang peut apporter aux reins une grande quantité de matières propres à former ce fluide; cette augmentation a lieu toutes les fois qu’on augmente la quantité des boissons aqueuses. Aussi l’urine estelle toujours plus abondante après le repas que dans les autres momens du jour. Elle est plus copieuse aussi par le bain froid, lorsque le temps est.humide, et que la perspiration cutanée, qu’elle remplace, ne peut pas s’exercer avec liberté, ou que l’absorption pulmonaire introduit dans l’économie animale une grande quantité d’eau : deux causes qui agissent presque toujours de concert. Certaines substances jouissent d’une vertu spéciale sur les organes urinaires. Ce sont principalement le nitrate de potasse et les cantharides; il nous suffit de les désigner ici; leur action, leurs avantages et leurs inconvéniens concernent la thérapeutique. La sécrétion urinaire
5o4 COURS D HYGIÙNE.
diminue dans les circonstances opposées, c’est-à-dire que si l’on boit peu, si l’on transpire beaucoup , on urine moins; aussi l’urine est-elle beaucoup plus rare en été que dans les autres saisons; plus rare dans la nuit que dans le jour, et après un violent exercice.
Dans l’état de santé certaines substances communiquent à l’urine une couleur particulière. Chopart en rapporte des exemples fort curieux dans son Traité des maladies des voies urinaires. Tout le monde connaît le désespoir de cet hypocondre qui croyait rendre du sang par les urines ; il mangeait avec passion des betteraves rouges, on lui en donna des blanches et il urina comme tout le monde. Il est bon de connaître ces phénomènes pour n’être pas induit en erreur. D’autres substances communiquent à ce fluide une odeur particulière. Rien n’est plus connu que l’odeur fétide que lui donnent les asperges, et l’odeur de violette que l’urine contracte lorsqu’on a respiré de la thérébentine. D’ailleurs une foule de circon.stanees, qu’il serait trop long d’exposer ici , font varier la quantité, la couleur, la consistance, l’odeur des urines.
Leur excrétion est indispensable au maintien de la santé, lorsqu’elles sont retenues trop long-temps dans la vessie, celle-ci se gonfle, on sent une tumeur circonscrite à l’épigastre dont la pression est douloureuse et suivie du désir d’uriner; les lombes sont aussi douloureux; l’inflammation, la gangrène, la paralysie et la rupture de la vessie peuvent en résulter,
ainsi qu’il consle par les observations des auteurs. Des accidens généraux les plus graves sont la suite de cette rétention, qui ne tarde pas à produire la mort. Il est donc essentiel d’obéir à la nature lorsqu’elle nous commande de rendre les urines. Pour en favoriser l’excrétion il convient de faire un léger exercice; Desault pensait que cet exercice empêchait les dépôts calculeux de se former; il donne aussi le sage conseil d’évacuer complètement la vessie, en imprimant, comme il dit, le dernier coup de piston. L’excès des urines peut être l’effet d’une maladie, ou peut en occasioner plusieurs; on a vu le marasme succéder à l’évacuation excessive de l’urine qu’entretenait l’usage immodéré des boissons aqueuses.
Les excrétions, que nous venons d’examiner dans cette division sont toutes dues au travail d’un appareil sécrétoire. Nous n’y ajouterons pas la sécrétion du sperme et du lait dont nous parlerons à l’article de la génération. Nous terminerons ce chapitre par ce que nous avons à dire sur les excrétions alvines et les évacuations de sang.
Tout n’est pas alibile dans nos alimens, et leur partie excrémentitielle doit être rejetée au dehors pour le maintien de la santé. Plusieurs causes augmentent, diminuent, pervertissent ou abolissent entièrement les excrétions alvines. Ce n’est pas seulement la partie non - nutritive des alinrens qui est rejetée par les selles, mais encore la partie excrémentitielle de certains fluides formés dans l’économie.
5o6 cours d'hygiène.
Ainsi l’abondance, la modicité des matières peut tenir à l’augmentation ou à la diminution de ces produits intérieurs. Ce sont surtout la bile et l’exhalation de la membrane muqueuse gastro - intestinale qui font varier ainsi les matières alvines.
Dans l’état sain, l’augmentation des matières alvines est assez généralement due à celle des matières alimentaires : cependant cela est relatif; il est des individus qui mangent beaucoup , et qui rendent néanmoins peu d’excrémens, et vice versa. Lorsque ces matières ne sont ni trop consistantes, ni trop molles, et qu’elles ne permettent pas de distinguer la nature des alimens qui les ont produites, leur abondance doit peu étonner ; mais si elles présentaient des qualités inverses, si elles étaient liquides, mal élaborées , il faudrait conclure que les viscères gastriques souffrent, ou que les alimens qu’on introduit dans leurs cavités ne leur conviennent pas. Il faudrait changer de régime. Des selles liquides, trop abondantes , sont en général le résultat d’une disposition morbide. Il est cependant des personnes' qui ont des évacuations de cette nature dans leur santé parfaite. Les selles doivent présenter cette qualité, lorsque le temps est humide et froid. Les fonctions de la peau , qui cessent de se faire , sont remplacées par celles de la membrane muqueuse intestinale; observation qui n’avait pas échappé à Hippocrate, qui en a fait le sujet d’un aphorisme. Des évacuations trop fréquentes et trop abondantes débilitent singulièrement l’organisme.
La diminution des selles est due aux circonstances opposées, c’est-à-dire à la diminution des alimens et des sécrétions intérieures. Mais les sçlles sont souvent abondantes, et ne peuvent être rejetées; c’est ce qui constitue la constipation ; phénomène qui mérite la plus grande attention , à cause des accidens qu’il occasionne. Voici ce que j’ai vu à ce sujet : chez les vieillards, les fonctions du cerveau et des nerfs sont diminuées; l’irritabilité et la contractilité intestinales sont donc fort obtuses chez eux; si donc les matières stercorales n’irritent plus le rectum , ne sollicitent plus leur évacuation, elles s’accumuleront, se durciront, sans que le malade s’en aperçoive; au bout d’un certain temps, lorsqu'elles auront acquis un volume et une consistance considérables, elles agiront comme de véritables corps étrangers, détermineront la phlogose de la membrane muqueuse du rectum, la sécrétion de cette membrane en sera augmentée , elle dissoudra une partie des matières à leur périphérie, et le produit suintera à travers les parois du rectum et les matières endurcies; mais, comme celles-ci, à cause de leur volume, ne pourront être expulsées, l’inflammation fera des progrès , et l’individu succombera. Alors on trouve les gros intestins horriblement distendus par les matières al vines, et leur membrane interne enflammée. Je ne pense pas que les sangsues soient le remède de cette maladie; il faut vider les intestins par des moyens mécaniques. J’ai vu assez souvent ces sortes d’accidens ; j’ai même vu l’intestin se rompre,
Cours d'hygiknë.
et l'épanchement des matières s’effectuer dans l’abdomen; la gangrène pourrait aussi s’emparer des viscères abdominaux ; la paralysie du rectum est aussi favorisée par son énorme distension. Ce n’est pas par des purgatifs qu’il faut combattre ces accidens. Quelques personnes sont dans l’usage de prendre, à certaines époques, des purgatifs, dits de précaution; ces ces sortes de remèdes sont dangereux; ils dérangent les intestins, les affaiblissent, ou les irritent. Leur interruption peut devenir funeste, lorsqu’on en a pris l’habitude.
La pathologie s’occupe d’une manière plus spéciale de la couleur, de la consistance, de l’odeur, et des diverses qualités des matières, lesquelles varient selon une foule de circonstances.
Le sang, destiné à nous réparer, peut pécher par excès ou par défaut , et peut-être même par beaucoup d’autres qualités. L’alimentation est trop ou trop peu réparatrice , elle est vicieuse ; etc. ; c’est à l’hygiène qu’il appartient de prévenir les accidens qui peuvent en résulter. Diminuer les alimens réparateurs est la première règle à suivre pour combattre l’excès du sang; mais on est quelquefois obligé d’en venir aux évacuations sanguines , pour détourner des accidens imminens. La nature elle-même se débarrasse de l’excès de ce fluide par des exhalations sur diverses surfaces muqueuses. Ces hémorrhagies artificielles ou accidentelles peuvent devenir un besoin impérieux , et leur suppression occasioner la plupart des affec-
tions. IJne diète rigoureuse est le meilleur moyen à employer pour prévenir la nécessité des saignées habituelles; l’exercice est aussi très-salutaire pour cela. Au reste, ce qui a rapport aux hémorrhagies appartient plus spécialement à la pathologie. Nous parlerons ailleurs de l’écoulement menstruel.
Il est presque inutile de dire que si l’alimentation pèche par défaut, il faut l’augmenter; qu’il faut la changer, si elle est vicieuse. (Voyez la Bromatologie).