COURS ÉLÉMENTAIRE DE BOTRNIQUE
nourrir et permettent de la détacher de sa tige. On multiplie ainsi trèsfréquemment les Œillets et la Vigne.
La bouture est un rameau complètement séparé de la mère-plante dont on enfonce l'extrémité dans le sol. Dans ces conditions, il se développe des racines sur la partie inférieure et des bourgeons foliacés sur la partie supérieure. Le Saule, le Peuplier, le Groseiller et, en général, tous les arbres ou arbrisseaux à croissance rapide se reproduisent facilement par bouture.
Au lieu de mettre le rameau, dont on veut faire un végétal distinct, en rapport immédiat avec la terre, on peut l'appliquer sur un autre végétal avec lequel il puisse se souder et qui soit de nature à lui fournir les matières nécessaires à son alimentation. Ce rameau prend alors le nom de greffe, et j' arbre qui le reçoit, celui de sujet ou de sauvageon.
Quelle que soit la méthode employée pour greffer, il est indispensable d'unir intimement les tissus similaires du sujet et de la greffe, c'est-à-dire de les disposer liber contre liber, aubier contre aubier, en ayant soin d'assurer le contact au moyen de ligatures (fig. 157). Leur soudure ne s'opérera qu'à cette condition. Il faut, en outre, qu'il existe une certaine analogie dans la structure anatomique de ces tissus, dans la nature de leur sève et dans leurs conditions physiologiques. C'est ce qui explique pourquoi la greffe réussit si rarement entre plantes qui ne sont pas de même espèce, entre plantes dont l'une est herbacée et l'autre ligneuse ou entre lesquelles il existe une trop grande disproportion de taille.
La greffe est une des opérations les plus importantes de x'norticulture. Par elle on parvient à conserver une foule de variétés qui ne se reproduiraient que très-difficilement par graines. C'est par elle aussi que les jardiniers changent avec avantage les produits d'un végétal en ceux d'un autre végétal de même espèce, lui font porter des fleurs et des fruits différents de ceux qui sont propres à la tige principale, enfin qu'ils rajeunissent un arbre ou un arbrisseau déjà usé.
2o REPRODUCTION PAR GRAINES.
88. Fécondation. — La fécondation est la fonction par laquelle le pollen, mis en contact avec l'ovaire, détermine dans l'ovule la formation de l'embryon. " L'anthère des étamines, dit Duchartre, restée close jusque vers le moment où le pollen atteint son état parfait, s'ouvre alors de diverses manières, et permet ainsi aux grains généralement libres du pollen de se laisser emporter par l'agitation de l'air, par les insectes, etc., jusque sur le stigmate du pistil, que l'état humide de sa surface rend parfaitement apte à le retenir et à exercer sur lui une action toute spéciale. Sous l'influence de cette action qui n'est pas l'une des moindres merveilles de la vie végétale, chaque grain de pollen présente un phénomène que, sans trop de hardiesse, on a pu appeler une sorte de germination : il s'allonge en un tube très-délié, fermé à son extrémité, dans lequel se porte le liquide fécondant ou fovilla, qui le remplissait; ce tube (fig. 153) s'insinue entre les cellules du stigmate laissé à découvert par une lacune de l'épiderme général de la plante; il s'allonge graduellement, grâce à une nutrition locale dont il puise les éléments autour de lui, et il arrive ainsi jusque dans la partie inférieure du pistil, c'est-à-dire dans l'ovaire, dont la cavité renferme les ovules
auxquels son action mystérieuse va imprimer une vie nouvelle qui en fera des graines."
Des expériences très-nombreuses prouvent que, dans les plantes cotylédonées, aucun ovule ne peut passer à l'état de graine féconde, sans avoir subi l'influence vivifiante du pollen ; en d'autres termes, il ne peut y avoir reproduction par graines sans fécondation préalable. On s'explique ainsi pourquoi les arbres fruitiers, le Blé, la Vigne, etc., restent stériles lorsque des pluies trop abondantes, survenues au moment de la déhiscence des anthères, entraînent le pollen à terre avant la fécondation des ovaires.
89. Hybridation. — Une plante peut être fécondée par le pollen d'une autre plante dont elle diffère comme espèce ou du moins comme variété, et de cette fécondation croisée résulte un être nouveau, un hybride, intermédiaire entre ses deux parents et participant aux caractères de l'un et de l'autre. C'est en utilisant ce curieux phénomène physiologique, en répandant le pollen d'une fleur sur une autre, que les horticulteurs sont parvenus à créer cette multitude de formes nouvelles qui se recommandent, les unes par leur beauté, les autres par les qualités distinguées de leurs produits.
90. Dissémination des graines. — Pour assurer la perpétuité des espèces et leur distribution régulière sur la surface du globe, il fallait que les graines, après leur maturité, fussent transportées à des distances plus ou moins considérables. La Providence a pourvu à leur dissémination par des moyens aussi admirables que variés.
Certaines plantes, comme les Balsamines et les Géraniums, ont leurs fruits munis de valves élastiques qui se détachent brusquement, se détendent comme un ressort et lancent au loin les graines qu'elles renfermaient.
Les courants d'air sont de puissants agents de dissémination : ils emportent les semences légères et vont les déposer sur les montagnes, les édifices, et jusque dans le fond des cavernes. Plusieurs espèces de fruits, ceux de l'Erable, de l'Orme, du Frêne, du Pin, par exemple, sont munis d'ailes membraneuses qui donnent beaucoup de prise au vent ; un certain nombre se terminent par des aigrettes et d'autres sont surmontés par une sorte de chevelure ou de plumet, comme dans le Saule et le Peuplier.
On voit des fruits, trop lourds pour être enlevés par les efforts du vent, accomplir de longs voyages sur les eaux des fleuves et des rivières qui les entraînent. Les courants marins répandent aussi au loin certaines plantes qui pour la plupart sont pourvues de semences à enveloppe très-résistante. Il est bien établi que plusieurs espèces végétales qui croissent aujourd'hui sur les plages d'Afrique, ont été amenées là du Brésil et de la Guyane, par le grand courant qui naît sur la côte orientale de l'Amérique du Sud.
Les animaux concourent amplement à la dispersion des semences. Les Ecureuils et d'autres rongeurs approvisionnent de fruits leur demeure souterraine, et une partie de leurs rapines, souvent oubliée sous le sol, y germe et s'y développe au retour du printemps. D'autres mammifères travaillent à la disséminatien par des procédés encore plus simples : les semences s'accrochent à leur toison et sont transportées çà et là par eux, dans leurs pérégrinations. Les fruits de la Bardane, du Gratteron, de l'Aigremoine, du Cerfeuil des bois, et une foule d'autres, sont tei minés à cet effet par
des poils en forme d'hameçon qui leur permettent de s'accrocher aux poils des animaux ou aux vêtements qui viennent les frôler.
Si les animaux consomment pour leur nourriture une fort notable quantité de semences, par une heureuse compensation, leurs déprédations deviennent une source inépuisable de régénération, car très-souvent la pulpe seule des fruits est attaquée, et les graines, rebelles à la digestion, se retrouvent intactes dans leurs excréments. Le Gui, si célèbre dans l'ancienne Gaule et qui est une plante parasite du Chêne et d'un petit nombre d'autres arbres, ne se reproduit que par l'intermédiaire des Grives, qui sont extrêmement avides de ses fruits.
L'homme doit être considéré lui-même comme un des grands agents de la dissémination végétale. Indépendamment des efforts qu'il a faits pour naturaliser les espèces utiles dans les contrées où elles ne croissent pas d'elles-mêmes, ses vaisseaux et ses caravanes, en franchissant l'Océan et les déserts, transportent à son insu des semences et des plantes qui envahissent des pays nouveaux.
Le Canada possède aujourd'hui un grand nombre de végétaux originaires de l' Ancien-Monde, et sa flore s'enrichit chaque année d'espèces nouvelles. ^Réciproquement, certaines plantes originaires du Canada peuplent maintenant des régions entières de l'Europe. La Vergerolle du Canada (Erigeron Ca?iadense), qui infeste tout le nord de la France, y a été apportée, dit-on, au dix-septième siècle, dans une caisse d'emballage.
91. Germination. — La germination est le développement de l'embryon contenu dans les graines ; elle ne peut s'accomplir que par le concours de circonstances dépendant de la graine elle-même et des influences extérieures.
C'est au moment où le fruit se détache spontanément de la plante, que les graines possèdent toute leur puissance de germination : semées plus tôt ou beaucoup plus tard, elles demeureraient stériles. L'espace de temps pendant lequel elles conservent la propriété de germer varie selon les espèces. Il est d'un grand nombre d'années pour le Blé et pour la plupart des Légumineuses, et de quelques jours seulement pour l'Orme et le Café.
La chaleur, l'humidité et l'air sont les agents extérieurs qui déterminent le développement des germes.
Il est reconnu que toute semence reste inactive au-dessous de Oo et audessus de 50o centigrades. La température la plus favorable est celle qui tient le milieu entre ces extrêmes. L'humidité est nécessaire pour ramollir les tissus et pour dissoudre les substances alimentaires de la graine, qui ne peuvent être absorbées, comme nous le savons, qu'à l'état liquide. L'oxygène de l'air attaque les enveloppes des fruits indéhiscents, les décompose et met ainsi les graines en liberté ; il agit sur l'amidon de la graine elle-même pour le transformer en matières sucrées, assimilables.
La graine, une fois déposée à une faible profondeur dans la terre, et soumise à la triple influence dont nous venons de parler, subit une décomposition rapide : ses téguments se déchirent pour livrer passage à l'embryon; son albumen se transforme en une émulsion sucrée, analogue au lait, pour le nourrir ; et, circonstance qui dénote l'œuvre d'une Providence infiniment sage, la réserve de nourriture accumulée autour de la jeune plante dure exactement le temps qu'il faut à celle-ci pour produire des racines et les premières feuilles, en un mot pour pouvoir se suffire à elle-même.
3o REPRODUCTION PAR LES SPORES.
92. Les plantes acotylédones, comme nous l'avons fait observer au commencement du traité, ne produisent point de fleurs proprement dites, ni rien qui ressemble à des graines. Leurs semences sont des corps arrondis, analogues aux bulbiles, mais infiniment plus petits : on leur a donné le nom de spores (fig. 170).
On s'est assuré que les spores des Fougères, une fois tombés dans une terre convenable, se développent et donnent naissance à un petit végétal, de durée tout-à-fait transitoire, qu'on a appelé le prothallium. Sur ce prothallium 'apparaissent deux sortes d'organes : les anthéridies et les archégones. Les premiers sont analogues aux anthères et les seconds aux ovaires des plantes cotylédonées.
Des anthéridies on voit s'échapper des petits filaments animés de mouvements rapides qui pourraient les faire prendre pour des animalcules microscopiques et que, pour cette raison, on a appelés anthérozoïdes-, ces filaments finissent par se fixer sur d'autres corpuscules renfermés dans les archégones et la fécondation est alors opérée. Après cette série d'actes le prothallium se flétrit et disparaît, tandis que les archégones fécondés prennent de l'accroissement et produisent une nouvelle Fougère.
Des phénomènes analogues ont été observés sur les Prêles et quelques autres acotylédones; mais on ignore complètement comment s'opère la fécondation de la plupart des plantes de cette classe, ou si même elle existe.