‹ Cours elementaire de botanique et flore du Canada a l'usage des maisons d'educationChapitre 15 sur 21 · TENDANCES ET MOUVEMENTS · texte numérisé non relu

TENDANCES ET MOUVEMENTS

93. La tendance que montrent divers organes à se porter dans une direction déterminée, les mouvements que d'autres exécutent en obéissant à l'excitation d'agents extérieurs, sont des phénomènes du plus haut intérêt, dont l'étude appartient à la physiologie.

94. Direction de l'axe végétal. — La généralité des tiges tend à monter verticalement vers le ciel, tandis que la racine se dirige vers le centre de la terre. Toutes les tentatives qu'on a faites pour modifier ces tendances ont échoué ; des plantes qu'on avait mises dans une position renversée se sont repliées sur elles-mêmes et ont repris leur direction première.

Certains agents peuvent cependant faire dévier notablement ces organes de la ligne verticale.

•La tige est particulièrement sensible à l'action de la lumière. On est surpris dans une foule de cas, spécialement pour les plantes cultivées dans une chambre, de la promptitude avec laquelle les rameaux en voie de développement s'inclinent vers l'ouverture par où le jour arrive. M. Grimard cite, dans son livre sur la botanique, l'histoire d'une Clandestine écailleuse qui, ayant germé au fond d'une mine, s'est élevée à la prodigieuse hauteur de cent vingt pieds pour se porter vers la lumière, elle qui, dans les conditions normales, n'a jamais que cinq ou six pouces d'élévation !

Si la lumière exerce une sorte d'attraction sur les organes destinés à vivre dans l'atmosphère, elle reste sans action sur la racine qui, dans l'immense majorité des cas, a été créée pour rester dans le sol, soustraite à son influence, ou bien elle produit sur cet organe un effet de répulsion sensible. On a cependant constaté, dans ces dernières années, qu'un petit nombre de racines se portent vers la lumière à la manière des tiges.

L'humidité, la richesse du sol, son ameublissement plus ou moins parfait influent notablement sur la direction des racines et sur leur développement. " Qui n'a vu, dit Figuier, des racines d'arbres ou d'arbrisseaux, gênées, empêchées dans leur marche, développer une force mécanique considérable, renverser des murs ou fendre des rochers ; dans d'autres circonstances se réunir en touffes, ou bien étaler leurs ramuscules sur une longueur prodigieuse, pour suivre le trajet d'un ruisseau aux eaux bienfaisantes? Qui n'a vu avec admiration les racines s'accommoder aux dispositions spéciales du sol : dans un sol convenable, diviser à l'infini leur chevelu; ailleurs, abandonner un sol stérile pour aller chercher plus loin une terre propice, et varier leurs formes, selon que la terre est plus ou moins dure, selon qu'elle est humide ou sèche, forte ou légère, sablonneuse ou pierreuse ? On ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il y a dans cette élection faite par les racines ja manifestation d'un véritable instinct vital."

95. Mouvements des feuilles— Sommeil des plantes.— Les feuilles d'un grand nombre de plantes sont susceptibles d'exécuter des changements de position tantôt lents et insensibles, tantôt assez rapides pour que l'œil puisse les suivre. Ces derniers sont déterminés le plus souvent par une excitation momentanée. C'est ainsi que la Sensitive (fig. 159), et quelques autres espèces irritables comme elle, relèvent brusquement leurs folioles sous l'action d'un choc, d'une brûlure, d'une goutte d'un liquide caustique; que la Dionée attrape-mouche (fig. 65) rapproche rapidement l'une de l'autre les deux moitiés du limbe de sa feuille, lorsqu'un insecte, en se posant à sa surface, la chatouille avec ses pattes. Plus rarement la cause de ces mouvements nous échappe, comme, par exemple, pour le Sainfoin oscillant du Bengale : les feuilles de cette plante sont composées de trois folioles, l'une terminale très-grande et les deux autres latérales beaucoup plus petites : ces dernières exécutent continuellement, la nuit comme le jour, des mouvements saccadés analogues à ceux de l'aiguille d'une montre à secondes.

Quant aux mouvements assez lents pour n'être observés qu'à l'aide d'une comparaison attentive et continue, les plus remarquables sont certainement ceux qui donnent à la plupart des feuilles, pendant la nuit, une position différente de celle qu'on leur voit pendant le jour. Linné les a désignés poétiquement sous le nom de sommeil des plantes, qui indiquerait avec le sommeil des animaux une analogie non justifiée par les faits.

La plupart des plantes sommeillantes ont un sommeil diurne ou une sorte de sieste, amenée par l'action directe du soleil, pendant les heures les ])lus chaudes de la journée. Alors leurs folioles se relèvent pour se rapprocher par paires, au point que parfois elles arrivent à se mettre en contact par la face supérieure. Ce mouvement est quelquefois inverse de celui qui con stitue le sommeil nocturne, mais le plus souvent il reproduit ce dernier, à l'intensité près (Sensitive, fig. 159).

C'est toujours sur des plantes dicotylédones qu'on a signalé les mouvements qualifiés de sommeil ; les plantes monocotylédones ne paraissent pas

généralement pouvoir offrir rien de semblable, leurs feuilles étant presque toujours simples et attachées à la tige par une large base qui rend difficile tout changement de position.

96. Mouvements des fleurs— Horloge de Flore.— Les enveloppes florales offrent des mouvements analogues à ceux des feuilles, et produits, la plupart du temps, par des variations de lumière, de chaleur ou d'humidité. C'est l'état d'ouverture ou d'épanouissement qui constitue leur réveil-, c'est, au contraire, la fermeture ou l'occlusion qui caractérise leur sommeil. Linné a eu l'ingénieuse idée de réunir des plantes qui s'ouvrent aux différentes heures du jour, pour en composer une horloge de Flore. Cette horloge, il faut bien le dire, n'a jamais été d'une grande utilité pratique, car l'heure du réveil des fleurs varie suivant les pays et l'état de l'atmosphère.

Les organes de la fécondation exécutent, chez quelques plantes, des mouvements particuliers au moment où s'opère la déhiscence des anthères. C'est à des phénomènes de cette nature que la Vallisnérie spirale doit toute sa célébrité. La Vallisnérie est une humble plante herbacée dont les feuilles ressemblent à celles des Graminées. Elle abonde dans les eaux tranquilles et peu profondes de nos lacs. Ses fleurs sont monoïques : les fleurs staminées naissent près de la racine en masses compactes portées sur un pédoncule très-court; les fleurs pistillées sont, au contraire, solitaires à l'extrémité d'une hampe filiforme, longue et contournée en spirale. Lorsqu'arrive le temps de la fésondation, les premières rompent leur attache et viennent flotter à la surface des eaux ; les secondes déroulent en même temps leur hampe, se portent au milieu des étamines pour recevoir l'influence du pollen, après quoi les spires se resserrent de nouveau et entraînent la fleur qui va mûrir ses fruits au fond de l'eau.

Mentionnons, comme dernier exemple de mouvements des organes floraux, le déplacement de l'Héliotrope et du grand Soleil de nos jardins, dont les fleurs se tournent constamment vers l'astre du jour comme pour en aspirer les rayons.

97. Cause des tendances et des mouvements des plantes.— Les étonnants phénomènes que nous venons d'exposer n'ont pas encore reçu d'explication satisfaisante. u Portés aujourd'hui à ne voir dans les manifestations de la vie que de pures et simples applications des lois de la physique et de la chimie, dit Duchartre, les physiologistes ont, pour la plupart, cherché à les faire dériver d'actions physiques ou mécaniques; mais, il faut bien le reconnaître, ils ne sont parvenus ainsi qu'à déplacer la difficulté, à remplacer les explications par des mots ; au total, à encombrer la science d'hypothèses souvent contradictoires et qui ne résistent point à l'épreuve d'une discussion sérieuse."

TAXONOMIE

98. La Taxonomie est la partie de la Botanique qui traite de la classification méthodique des plantes.

Un livre où se trouveraient décrits sans ordre les végétaux connus, ne saurait être d'aucune utilité. Ce ne serait, en effet, la plupart du temps, qu'au prix d'un travail excessivement long et pénible que l'étudiant finirait par découvrir, au sein de cet immense chaos, la description particulière qui fait l'objet de ses recherches ; on ne pourrait d'ailleurs s'élever, par la lecture d'un tel ouvrage, à aucune vue d'ensemble sur le règne végétal.

Il a donc fallu, de toute nécessité, songer à disposer les plantes dans un ordre rationnel, et à les diviser en un petit nombre de groupes faciles à reconnaître ; c'est là ce qu'on appelle faire une classification.

99. Chaque plante considérée isolément, se nomme un individu. Dans un champ de Maïs, par exemple, il y a autant d'individus — plantes qu'il s'élève de tiges de la terre.

En réunissant tous les individus issus d'une même souche, on aura un premier groupe appelé espèce. Les membres d'une même espèce se distinguent par leur extrême ressemblance et par la faculté qu'ils possèdent de se reproduire indéfiniment avec les mêmes caractères essentiels.

Les espèces sont aussi anciennes que le monde. Nous savons, par l'Ecriture, qu'au troisième jour de la création, Dieu commanda à la terre de se couvrir d'herbes et d'arbres qui eussent en eux-mêmes des semences propres ; ces plantes primitives furent autant d'espèces distinctes dont les types sont parvenus jusqu'à nous sans altération.

Mais, si les caractères essentiels de l'espèce se conservent intacts à travers les âges, il n'en est pas de même des qualités purement accidentelles, que la nature du terrain, le climat et plus encore la culture peuvent faire varier dans des limites assez étendues. C'est un fait bien connu qu'avec les graines d'une même plante, l'horticulteur peut obtenir des produits qui différeront par la taille, par la couleur, par l'odeur ou la saveur : il aura créé ce qu'on nomme des variétés. C'est ainsi qu'ont pris naissance les différentes sortes de Raisins, de Pommes, de Cerises, etc., qui figurent sur nos tables ; c'est ainsi encore qu'on a pu donner tant de nuances si diverses à la Tulipe, à la Pensée, à la Reine -Marguerite et à une foule d'autres espèces ornementales.

Il peut arriver qu'une espèce diffère considérablement de toutes les autres ; mais, en général, il en existe un nombre plus ou moins grand qui présentent le même aspect général, la même disposition des organes, la même structure de la fleur et du fruit. C'est à ces groupes naturels qu'on a donné le nom de genres.

Le langage vulgaire, dit Figuier, ou plutôt l'observation générale, avait créé, avant les études des savants, de véritables noms de genre. Les mots Chêne, Peuplier, Orge, sont des noms collectifs vulgaires, qui ont servi, avant la création des sciences naturelles, à désigner un certain groupe de plantes ; ce sont de véritables noms de genres qui ont été créés par le public, et que les botanistes ont acceptés, parce qu'ils étaient fondés sur une observation exacte.

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