SYSTÈME DE LINNÉ
Linné a pris pour base de son système les organes essentiels de la fleur c'est à-dire les étamines et le pistil.
Il divise tous les végétaux en deux grandes sections : ceux dont les étamines et les pistils sont visibles, et ceux dans lesquels ces organes sont invisibles ou bien n'existent pas. Ces derniers se nomment cryptogames ; ils ne forment qu'une seule classe, la cryptogamie. Les premiers, appelés phanérogames, sont distribués en vingt-trois classes, d'après le nombre et les rapports de position ou de grandeur des étamines. Les treize premières classes comprennent toutes les plantes à fleurs parfaites, dont les étamines sont égales et libres d'adhérence soit entre elles, soit avec le pistil. Ce sont :
La Monandrie, comprenant les plantes dont la fleur ne possède qu'une seule étamine.
La Diandrie, où les étamines sont au nombre de deux.
La Triandrie, où les étamines sont au nombre de trois.
La Tétrandrie, où les étamines sont au nombre de quatre.
La Pentandrie, où les étamines sont au nombre de cinq.
L' Hexandrie, où les étamines sont au nombre de six.
L' Heptandrie, où les étamines sont au nombre de sept.
L' Octandrie, où les étamines sont au nombre de huit.
L' Ennéandrie, où les étamines sont au nombre de neuf
La Décandrie, où les étamines sont au nombre de dix.
La Dodécandrie, où le nombre des étamines varie entre onze et dix-neuf.
L' Icosandrie, où les étamines sont au nombre de vingt ou davantage, et naissent du calice ( Etamines périgynes).
La Polyandrie, où les étamines sont au nombre de vingt ou davantage, et naissent du réceptacle ( Etamines hypogynes ).
La quatorzième et quinzième classe conrprennent les plantes à fleurs parfaites dont les étamines, au nombre de quatre ou six, sont libres d'adhérence entre elles et d'inégale longueur. Ce sont:
La Didynamie, où les étamines sont au nombre de quatre, dont deux grandes et deux petites.
La Tétradynamie, où les étamines sont au nombre de six, dont quatre grandes et deux petites.
Dans les cinq classes suivantes. Linné renferme les plantes à fleurs parfaites dont les étamines adhérent, soit entre elles, soit avec le pistil. Ces classes sont :
La Monadelphie, où les étamines sont soudées, par les filets, en un seul faisceau.
La Diadelphie, où les étamines sont soudées, par les filets, en deux faisceaux.
La Polyadclphie, où les étamines sont soudées, par les filets, en plus de deux faisceaux.
La Syngénésie, où les étamines sont soudées par les anthères.
La Gynandrie, où les étamines sont soudées en un seul corps avec le pistil.
Les dernières classes sont :
La Monœcie, comprenant les plante à fleurs monoïques.
La Diœcie, comprenant les plantes à fleurs dioïques.
La Polygamie, comprenant les plantes à fleurs polygames.
Ce système se trouve résumé dans le tableau suivant:
TAXONOMIE
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Chaque classe ainsi formée se divise en un certain nombre d'ordres. Dans les treize premiers, les ordres sont basés sur le nombre des styles ou des stygmates, et portent les dénominations suivantes :
Premier ordre. — Monogynie, un seul style. Deuxième ordre — Dyginie, deux styles.
Troisième ordre. — Trigynie, trois styles. Quatrième ordre. — Tétragynie, quatre styles. Cinquième ordre. — Pentagynie, cinq styles. Sixième ordre. — Hexagynie, six styles.
Septième ordre. — Heptagynie, sept styles.
Ainsi on dira Icosandrie monogynie, icosandrie pentagynie, icosandrie
polygynie, pour distinguer les différents ordres appartenant à la douzième classe.
Dans la didynamie et la tétradynamie, ce n'est plus sur le nombre des styles, mais sur la nature du fruit que Linné fonde ses ordres. Enfin, dans les classes suivantes il tire les caractères de ces divisions secondaires, soit du nombre absolu des étamines, soit de leurs rapports entre elles ou avec le pistil.
Le système de Linné est d'une admirable simplicité ; dans la plupart des cas, il conduit au nom d'une plante inconnue presque aussi facilement que s'il s'agissait de la recherche d'un mot dans un dictionnaire : c'est là son grand avantage et ce qui a fait sa célébrité. Mais il a aussi de graves inconvénients, celui, en particulier, de rompre les affinités naturelles des végétaux, de réunir dans le même groupe des espèces qui n'ont aucune analogie essentielle. Le Jonc prend place à côté de Y Epine- Vinette parce que ces plantes ont chacune six étamines et un seul style. La Vigne, se range à côté de la Pervenche, parce que ces deux plantes ont cinq étamines et un style ; la Carotte s'associe au Groseiller, etc. Or, il n'y a, entre les plantes ainsi rapprochées, que des traits de ressemblance isolés dans l'organisation et qui peuvent également se trouver réunis dans une foule de plantes trèsdifférentes.
Linné, dit Figuier, était doué d'un jugement trop sain, d'un tact trop exquis, pour ne pas sentir lui-même les défauts de ce mode artificiel de classification. Il devina, par la force de son génie, l'existence de groupes végétaux supérieurs aux genres, et liés entre eux par un grand ensemble de rapports. Il aj^pela ces groupes ordres naturels ; c'est ce qu'on appela après lui familles naturelles. Bien plus, il essaya de distribuer les plantes l 'après une classification naturelle, c'est-à-dire en véritables familles.
Après la mort et pendant la vie de Linné, bien des botanistes se sont efforcés de découvrir sur quel principe il avait fondé ses ordres naturels, mais personne n'y a réussi. Linné lui-même ne paraît pas avoir eu à cet >gard des vues bien arrêtées. Il créa ses ordres par une sorte d'instinct supérieur propre à Y homme de génie, par cette demi-divination que finit par acquérir tout naturaliste, tout savant qui possède une connaissance vaste et approfondie des êtres qu'il passe sa vi^ à observer.