CHAPITRE I
OKGANES ÉLÉMENTAIEES.
3. Toutes les plantes ont leur structure formée d'une même matière, U cellulose. Cette matière s'organise en cellules, en fibres et en vaisseaux, et de l'union de ces éléments, de leurs groupements divers, résultent les organes plus complexes dont l'ensemble constitue le végétal.
4. Cellules. Tissu cellulaire. — La cellule, appelée aussi utricule, est un petit sac membraneux (fig. 1), complètement fermé et rempli ordinairement de substances solides ou liquides que nous étudierons dans la seconde partie du traité.
Les cellules se soudent les unes aux autres pour former une masse plus ou moins compacte (fig. 2) qu'on nomme tissu cellulahe, et dont le propre est de se laisser déchirer en tous sens avec une égale facilité. C'est dans les fruits charnus, dans les jeunes pousses et dans la moelle des tiges qu'on le trouve avec plus d'abondance.
Pour l'observer, il suffit de couper en travers l'une de ces parties, de la réduire en lame mince et transparente, et de l'examiner au microscope. Si l'on voulait isoler les cellules, il faudrait les maintenir durant quelques minutes dans de l'eau bouillante additionnée d'une faible quantité d'acide azotique.
5. Multiplication des cellules. — Le tissu cellulaire n'est à son origine qu'un liquide gommeux où se montrent des points opaques que plusieurs botanistes considèrent comme le noyau d'autant de cellules. On remarque effectivement dans celles-ci, du moins quand elles sent de formation récente, un amas granulaire qui adhère à la base de leur paroi et qui porte le nom de nucleus. Le nucleus se divise fréquemment en plusieurs autres autour desquels s'organisent des membranes distinctes. Ce travail accompli, la cellule-mère disparaît et se trouve remplacée par un groupe de cellules nouvelles. D'autres fois la multiplication a lieu par la formation dans l'intérieur des cellules, déjà parvenues à leur entier développement, d'une double cloison qui les sépare en deux utricules plus petits.
Cette multiplication des cellules, qui semblerait exiger un temps considérable, s'opère, dans certains végétaux, avec une rapidité prodigieuse. Ainsi, il existe une espèce de Champignon géant, du genre Lycopei'don, qui, dans une seule nuit, acquiert la grosseur d'une gourde de grandes dimensions ; or, un dévelpppement si prompt suppose, d'après les calculs les plus modérés, la formation de plusieurs centaines de millions de cellules par heure !
6. Modification des cellules. — Les cellules varient beaucoup par leurs .figures, leurs dimensions et leur constitution intérieure.
ORGANOGRAPfflB. 9
Elles se montrent constamment globuleuses ou ovoïdes (fig. 1), tant que nul obstacle ne gêne leur développement ; mais, par suite de leur croissance, elles subissent des pressions qui les rendent polyédriques (fig. 2), ou peuvent même, si elles ne s'exercent pas de tout côté avec Une égale force, leur faire prendre une forme très-irrégulière (fig. 3).
Il existe ordinairement, entre les cellules, des vides qui portent le nom de méats intercellulaires lorsqu'ils sont microscopiques (fig. 3), et celui de lacunes quand ils sont plus considérables (fig. 2).
La plupart des cellules ont un diamètre qui varie entre ^ et V}0Q de pouce, quantité beaucoup trop petite pour être appréciable à l'œil nu. Leurs dimensions changent, du reste, non-seulement d'un végétal à l'autre, mais aussi dans les différents organes de la même plante.
L'enveloppe cellulaire subit, avec le temps, des modifications importantes : d'abord mince, transparente et unie, elle acquiert de la consistance, devient opaque et présente à sa surface des ponctuations, des lignes ou des bandelettes tantôt éparses, tantôt distribuées symétriquement (fig. 4, 5, 6).
Ces changements sont dus à des membranes qui se forment sur la paroi interne de la cellule. Si les nouvelles membranes tapissaient la cavité entière de la cellule, celle-ci conserverait une surface unie ; mais, assez ordinairement, le dépôt organique n'a lieu que sur quelques points ou dans certaines directions (fig. 7, 8), et les régions qui ont conservé leur ténuité, transmettant mieux la lumière que les autres, apparaissent comme des pores ou des fentes.
D'autres changements encore plus notables se produisent dans l'enveloppe cellulaire par voie d'incrustation : ses pores sont obstrués, à la longue, par des matières solides qui s'y fixent et lui font acquérir, dans quelques cas, une dureté supérieure à celle du bois. Le noyau de la Cerise et les substances pierreuses que renferment quelques fruits, ne sont que du tissu cellulaire ainsi modifié.
7. Fibres. Tissu fibreux. — Les fibres sont des filaments creux dont les extrémités se terminent en pointe. Elles présentent toutes les modifications des cellules, dont elles ne diffèrent que par un plus grand allongement, des parois plus épaisses et un diamètre intérieur très-réduit.
Les fibres constituent, par leur réunion, le tissu fibreux (fig. 9) auquel les plantes doivent principalement leur solidité. On trouve ce tissu dans le bois, dans la partie interne de l'écorce et dans les nervures des feuilles. Dans nos arbres, les fibres sont groupées parallèlement entre elles, et c'est ce qui rend le bois plus facile à fendre en long qu'en travers : dans le sens longitudinal, on ne fait que désunir les fibres, tandis que transversalement on est obligé de les rompre.
8- Vaisseaux. Tissu vasculaire. — Les vaisseaux (fig. 10-14) sont de longs tubes destinés, conjointement avec les fibres, au transport de la sève dans les différentes parties du végétal. On donne le nom de vasculaire (du latin vasculum, vase) au tissu dont ils font partie.
Il existe trois sortes de vaisseaux : les vaisseaux ordinaires, les trachées et le« vaisseaux laticifères.
Vus au microscope, les vaisseaux de la première espèce offrent, de distance en distance, des étranglements plus ou moins prononcés qui les divisent en articles superposés. Cette structure et d'autres considérations
les font regarder comme formés de cellules mises bout à bout et percées au point de contact.
On remarque toujours, à la surface des vaisseaux ordinaires, les points et les lignes que nous avons signalés dans les cellules. Ces apparences ont servi à les diviser en vaisseaux ponctués (fig. 10), en vaisseaux rayés (fig. 11), en vaisseaux scalariformes ou en forme d'échelle (fig. 12), et en vaisseaux spiraux. Ces derniers ressemblent aux trachées, mais ne sont pas déroulables comme elles.
Les trachées (fig. 13) possèdent une structure des plus singulières: ces vaisseaux sont formés de fibres extrêmement longues et déliées, et roulées en spirale comme les fils de laiton dans les élastiques de bretelles. Les spires sont maintenues en place par une membrane si délicate, qu'on éprouve de la difficulté à l'apercevoir, même à l'aide d'un fort grossissement.
Les trachées s'observent autour de la moelle des tiges et dans les nervures des feuilles. On parvient à les dérouler et à les voir à l'œil nu, en rompant une jeune pousse et en éloignant avec précaution les deux bords de la rupture.
Les vaisseaux laticifères, qu'on nomme aussi vaisseaux propres, diffèrent des précédents tant par leur structure que par leur contenu. Ils se montrent dansl'écorce sous forme de cylindres à surface unie, communiquant entre eux par des branches transversales, de manière à dessiner une espèce de réseau (fig. 14). Le liquide qu'ils renferment porte le nom de latex ou celui de suc propre, parce que sa nature diffère dans chaque espèce végétale. Ce liquide est souvent coloré, comme dans la Sanguinaire du Canada, et possède un mouvement particulier. Jusqu'ici les vaisseaux laticifères n'ont été observés que sur un petit nombre de plantes.
Nous voyons, en résumé, que les vaisseaux, ceux du moins qui forment les deux premières divisions, peuvent être considérés comme une réunion de fibres ou de cellules disposées en série linéaire, soudées par leurs extrémités et percées au point de contact. Les fibres ne sont, à leur tour, que des cellules minces et allongées. Il n'y a donc en réalité qu'un seul organe élémentaire, la cellule, qui est la base de toute l'organisation végétale. Cependant, pour nous conformer au langage reçu, nous donnerons toujours aux fibres et aux vaisseaux le nom d'organes élémentaires.
9. Plantes cellulaires et vasculaires. — Les plantes sont dites cellulaires ou vasculaires, selon qu'elles se composent exclusivement de cellules, ou qu'elles renferment en outre des fibres et des vaisseaux. Cette distinction n'a toutefois rien d'absolu, car toutes les plantes possèdent, au moment de leur apparition, une structure entièrement cellulaire. Ce n'est que plus tard qu'on voit, chez le plus grand nombre, certains utricules s'allonger en fibres, et plus tard encore que s'organisent les vaisseaux.