APERÇU GÉNÉRAL SUR LES ORGANES COMPOSÉS
10. Avant d'étudier en détail les organes composés, il importe d'en avoir une vue d'ensemble, et la manière la plus simple de l'acquérir est de suivre
OKGANOGRAPfflE. 11
une plante depuis le commencement de sa germination jusqu'au jour où, parvenue à l'état parfait, elle produit des semences propres à perpétuer son espèce.
Le Haricot, par sa croissance rapide et le rang élevé qu'il occupe parmi les végétaux, se prête très-bien à ce genre d'observations.
Lorsqu'on place une graine de Haricot à une faible profondeur dans une terre humide et maintenue à la température de 15° ou 20^ elle ne tarde pas à se gonfler sous la triple influence de l'air, de la chaleur et de l'humidité, et à se déchirer pour livrer passage au germe qu'elle contient (fig. 15, 16).
Ce germe ou plante embryonnaire présente déjà deux parties bien distinctes: l'une, de couleur jaunâtre, s'enfonce dans le sol, c'est la racine; 1 autre, colorée en vert, se dirige vers le ciel, c'est la tige.
Entre la racine et la partie supérieure de la tige se montrent (fig. 17) deux feuilles très-épaisses, convexes à l'extérieur et concaves à l'intérieur, qui ont reçu, à raison de leur forme, le nom de cotylédons, et qui sont destinées à nourrir le jeune Haricot jusqu'à ce qu'il soit en état de puiser ses aliments dans la terre. Cette fonction remplie, les cotylédons se dessèchent et meurent. En même temps on voit, à l'extrémité de la tige, se développer un bourgeon d'où sortent les feuilles proprement dites, de couleur verte et de forme lamellaire.
Cependant, la plante continue à croître : tandis que la racine multiplie dans la terre ses divisions, la tige se couvre de rameaux et ceux-ci de nouvelles feuilles. Ces phénomènes ne prennent fin qu'au moment où la force vitale commence à s'épuiser. Les sucs nourriciers s'accumulent alors de préférence sur quelques points particuliers de la tige, pour donner naissance à un ensemble d'organes qui ont reçu le nom de fleur. La durée de la fleur est éphémère, mais elle ne se flétrit qu'après avoir produit un ou plusieurs fruits qui, semés en lieu convenable, perpétueront l'espèce végétale à laquelle ils appartiennent.
Après cette série d'actes vitaux, le Haricot meurt et se décompose. H n'en est pas ainsi de toutes les plantes. Le Pommier, par exemple, fleurit et fructifie un grand nombre de fois avant de mourir ; mais, à cette différence près, ce sont les mêmes phénomènes qui se succèdent, les mêmes organes qui se produisent.
11. Organes de nutrition et de reproduction. — La racine, la tige et les feuilles ont reçu le nom à? organes de nutrition parce que de leur action dépend entièrement la vie du végétal. La fleur et le fruit, n'ayant d'autre fonction que de perpétuer l'espèce, sont appelés organes de reproduction.
12, Division du règne végétal. — Nous venons de voir que le Haricot possède deux cotylédons ; nos arbres et plusieurs autres plantes en ont aussi deux ou plusieurs, mais on n'en trouve qu'un seul dans les Palmiers, le Lis, le Blé et en général dans les Graminées; quant aux végétaux inférieurs, comme les Champignons, les Mousses et les Fougères, ils ne fleurissent jamais, ne produisent point de graines, et leur semence, qui se réduit à une poussière ténue, ne renferme ni embryon, ni cotylédons par conséquent.
On a pris de là occasion de diviser les végétaux en trois grandes classes : les dicotylédones ou à deux cotylédons, les monocotylédones ou à un seul cotylédon, et les acotylédones ou sans cotylédons.
Souvent on réunit, sous la dénomination de plantes phanérogames, les
dicotylédones et les monocotylédones, qui toutes portent des fleurs et dont les organes de reproduction sont très-visibles. Pour la raison contraire, les acotylédones sont appelées cryptogames.
CHAPITEE III.
LA KACINE.
13. La racine occupe la partie inférieure du végétal et croît en sens contraire de la tige. Elle pénètre dans la terre où elle remplit une double fonction en servant à fixer le végétal et à le nourrir. Quelquefois, cependant, la racine flotte librement dans l'eau (Lentille d'eau), ou bien s'implante dans les fissures des rochers, dans les murs ou l'écorce des arbres. Plusieurs plantes, cryptogames pour la plupart, sont privées de' cet organe.
14. Parties de la racine. — On distingue trois parties dans la racine : lo le collet ou nœud vital : c'est la base de la racine, c'est-à-dire le plan par lequel elle s'unit à la tige ; 2o le corps ou partie moyenne ; 3o le chevelu ou l'ensemble des radicelles qui terminent la racine principale et ses ramifications (fig. 18).
Les extrémités des radicelles, formées d'un tissu délicat et sans cesse renouvelé, portent le nom de spongioles, parce qu'on les a comparées à de petites éponges par lesquelles la plante absorbe les sucs nourriciers. Cette comparaison est peu exacte, car les spongioles ont une texture serrée qui ne ressemble nullement à celle des éponges ordinaires.
15. Forme des racines. — Les racines se rapportent par leurs formes à deux types principaux : la racine pivotante, qui ne possède qu'un seul axe principal (fig. 18, 19), et la racine fasciculée, du collet de laquelle partent plusieurs axes à peu près de même importance (fig. 20). La première est surtout propre aux dicotylédones et la seconde aux monocotylédones.
La racine est encore appelée traçante, lorsque ses ramifications s'étendent près de la surface du sol (Cerisier) 5 fibreuse, lorsque ses axes sont déliés (Blé) ; et tubéreuse, lorsqu'ils présentent des renflements charnus (Orchis, Dahlia).
16. Racines adventives. — On a donné le nom d' adventives aux racines qui se produisent en dehors des circonstances ordinaires et sur des points du végétal qui n'étaient pas destinés à leur donner naissance. Telles sont les racines qui croissent sur une branche de Saule qu'on a entourée de terre humide.
Quelquefois c'est sur la partie aérienne de la tige et à une distance considérable du sol que se montrent les racines adventives. Le Figuier des pagodes (Ficus religiosa) nous offre un exemple remarquable de ce phénomène : des branches de cet arbre merveilleux descendent des racines qui flottent d'abord librement dans l'air, mais qui finissent par atteindre la terre, s'y fixent et prennent un développement assez considérable pour former des colonnes entre lesquelles les Hindous aiment à élever leurs pagodes.
ORGANOGRAPHIE. 13
Les plantes acotylédones ne possèdent que des racines adventives; c'est aussi parmi elles et chez les monocotylédones que se présentent le plus souvent les racines aériennes.
17. Durée des- racines. — Kelativement à leur durée, les racines seront annuelles, bisannuelles, vivaces et ligneuses.
Les racines annuelles sont celles qui appartiennent aux plantes qui naissent, fructifient et meurent dans l'espace d'une année (Blé). Les racines bisannuelles appartiennent aux plantes qui demandent deux ans pour leur développement complet: elles poussent des feuilles la première année; la seconde, elles meurent après avoir fleuri et fructifié (Carotte). Par racines vivaces on entend celles qui, durant un nombre indéterminé d'années, poussent des tiges qui se développent et meurent tous les ans (Asperge). Enfin, les racines ligneuses diffèrent des précédentes par une persistance de la tige qu'elles supportent (Arbres).
18. Structure et accroissement des racines. — La racine offre, par son mode d'accroissement et par sa structure intérieure, la plus grande analogie avec la tige.
Le collet était considéré autrefois comme le point de départ de deux systèmes vasculaires différents et croissant en sens opposé; c'est pourquoi il reçut le nom de nœud vital.
Le nœud vital n'a aujourd'hui pour le botaniste aucune importance particulière, car il est démontré que les fibres et vaisseaux de la racine, au lieu d'être distincts de ceux de la tige, n'en sont que le prolongement. Ces éléments n'ont cependant pas la même disposition dans les deux organes dont nous parlons. Chez les dicotylédones, la tige, comme nous le verrons plus loin, est formée extérieurement d'une écorce mince et facile à enlever, et son axe est occupé par la moelle, qu'entoure une couche de trachées appelée étui médullaire; dans la racine des mêmes végétaux, l'écorce acquiert une forte épaisseur et se confond plus ou moins avec les tissus sousjacents ; quant à l'étui médullaire et à la moelle, ils disparaissent pour faire place à une colonne de fibres et de vaisseaux ordinaires. Ce n'est que dans le Noyer et quelques autres arbres qu'on voit la moelle franchir le collet et se distribuer dans les branches radicales.
Il n'existe point de proportion entre la longueur de la racine et la grandeur de la plante. La Luzerne, qui est une herbe peu élevée, pénètre à douze ou quinze pieds dans la terre, au lieu que le Pin et le Sapin, dont la tige est très-haute, n'ont que de petites racines.
CHAPITEE IV.