LA TIGE
19. La tige est la partie de la plante qui se dirige dans l'atmosphère et qui est intermédiaire entre la racine et les feuilles. Tous les végétaux vasculaires possèdent une tige, mais chez quelques-uns elle est si courte que
les feuilles semblent naître directement de la racine. On désigne improprement ces végétaux sous le nom d'acaules, qui veut dire sans tige.
La tige est rarement simple ; ordinairement elle devient rameuse, en donnant naissance à des tiges secondaires, qui peuvent elles-mêmes se ramifier en tiges de troisième ordre, de quatrième ordre, etc. Dans le langage ordinaire, on se sert des mots branche, rameau, ramuscule, ramille, pour désigner ces divisions et sous-divisions de la tige.
20. Formes de la tige. — Les tiges présentent un grand nombre de formes souvent très-élégantes et qui ont fourni à l'architecture ses plus beaux modèles. Quelques-unes de ces formes ont reçu des noms particuliers : on dit le tronc d'un Chêne, le sarment de la Vigne, le chaume du Blé, le stipe du Palmier. Cette dernière espèce de tige a la forme d'une colonne cylindrique couronnée par un bouquet de feuilles.
21. Direction des tiges. — La plupart des tiges sont dressées, mais plusieurs ne peuvent s'élever qu'au moyen d'un support. Parmi ces dernières, les unes s'attachent au support par des filaments, des crampons ou des racines adventives, et sont nommées grimpantes (Vigne); d'autres s'enroulent autour de lui et portent le nom de volubiles. Il est remarquable que chaque tige volubile s'enroule constamment dans le même sens. Ainsi, les spires du Haricot et du Liseron des haies vont de gauche à droite, tandis que celles du Chèvre-feuille et du Houblon vont de droite à gauche. (1)
Quelques tiges, impuissantes à s'élever par elles-mêmes ou à l'aide d'un appui, restent couchées sur terre. On les dit ascendantes lorsqu'elles se relèvent par leur extrémité (Catherine ttes) ; rampantes lorsqu'elles se fixent au sol au moyen de racines adventives (Raisins d'Ours) ; et traçantes oustolonifères lorsqu'elles émettent latéralement des jets, appelés coulants, stolons, qui s'enracinent de distance en distance (Fraisier, fig. 21).
22. Rhizomes ou tiges souterraines. — Jusqu'ici nous avons supposé la tige entièrement plongée dans l'atmosphère; quelquefois, cependant, son axe principal se trouve caché sous terre et ne laisse apercevoir que ses rameaux ou axes secondaires (fig. 22).
Ces tiges souterraines, appelées rhizomes, végètent par leur extrémité antérieure pendant qu'il s'opère à l'extrémité opposée un travail de décomposition. Elles se déplacent donc chaque année d'une manière sensible, et ce curieux phénomène leur fit donner le nom de racines progressives, à une époque où l'on se méprenait sur leur nature. On ne doute plus aujourd'hui que les rhizomes ne soient de véritables tiges, car ils sont munis de bourgeons qui, par leur développement, produisent des feuilles et des fleurs, et c'est là un caractère qui ne saurait appartenir à une racine proprement dite.
La Sanguinaire du Canada, le Sceau de Salomon, les Iris et, en général, les plantes vivaces possèdent des rhizomes.
Le rhizome peut offrir deux modifications importantes. Quelquefois il est tuberculeux: c'est lorsqu'il se forme des amas de fécule sur quelques-uns de
(1) Les plantes grimpantes et volubiles sont désignées, dans les colonies françaises de l'Amérique et de l'Inde, sous le nom général de lianes, qui dérive du mot lien.
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ses points (Pomme-de-terre) ; d'autres fois il demeure très-court et se ramasse en une espèce de cône charnu et prend le nom de rhizome bulbeux.
Les bulbes sont formées d'un plateau entouré d'écaillés tantôt soudées entre elles comme dans le Glaïeul commun (Bulbe solide, fig. 23), tantôt emboîtées les unes dans les autres comme dans l'Oignon (Bulbe tuniquée, fig. 24), tantôt enfin disposées comme les tuiles d'un toit (Bulbe écailleuse, fig. 25). Cette dernière disposition se voit dans le Lis.
23. Consistance des tiges. — Les tiges, eu égard à leur consistance, se divisent en tiges ligneuses, tiges herbacées et tiges frutescentes.
Les premières se distinguent par une dureté considérable et une persistance indéfinie ; les secondes, qui sont aqueuses, molles et fragiles, ne vivent qu'une année; enfin, les dernières ont une base ligneuse persistante et des rameaux qui se renouvellent chaque année.-
Les végétaux à tige herbacée se nomment des herbes; ceux dont la tige est frutescente se nomment sous-arbrisseaux ; ceux dont la tige est ligneuse se nomment arbrisseaux ou arbres, selon qu'ils se ramifient près de terre ou seulement à une hauteur considérable.
24. Structure de la tige chez les dicotylédones.— La tige possède une structure très-différente suivant qu'elle appartient à une plante dicotylédone, monocotylédone ou acotylédone.
Lorsqu'on examine une tige de dicotylédone, celle d'un Erable, par exemple (fig. 26), on voit qu'elle se compose de deux parties: le bois ou système ligneux, et Yécorce ou système cortical.
Dans le système ligneux (fig. 27), on distingue lamoelle^l'étui médullaire, la couche ligneuse et les rayons médullaires.
Le système cortical comprend à son tour quatre couches distinctes : le liber, l'enveloppe herbacée, l'enveloppe subéreuse et l'épiderme (fig. 27).
Système ligneux. — La moelle est une colonne de tissu cellulaire allant d'une extrémité à l'autre de la tige dont elle occupe le centre. Peu développée dans les plantes ligneuses, elle prédomine dans les herbes sur les autres parties. Souvent elle se dessèche de bonne heure ou se détruit même complètement. La tige devient Jistuleuse par suite de la disparition de la moelle.
On a donné le nom à.1 étui médullaire à une mince couche de trachées qui constitue les parois de la cavité dans laquelle est logée la moelle.
La couche ligneuse est une réunion de fibres et de vaisseaux qui entourent l'étui médullaire et dont la direction est sensiblement parallèle avec celle de la tige.
Des lames de tissu cellulaire, allant de la moelle jusque dans l'écorce, séparent les éléments de la couche précédente en groupes plus ou moins nombreux. Ces lames sont appelées rayons médullaires, parce que, vues sur une coupe transversale de la tige, elles paraissent comme des bandes étroites ou de simples lignes tirées du centre à la circonférence (fig. 26).
On aperçoit au commencement du printemps, entre le bois et l'écorce des tiges persistantes, une matière gélatineuse, appelée cambium, qui s'or-
ganise plus tard en deux couches distinctes, l'une de nature ligneuse, l'autre fibreuse. La première s'ajoute au système ligneux et la seconde au système cortical.
Puisque le bois s'augmente ainsi tous les ans d'une couche nouvelle, le tronc et les branches des arbres doivent présenter autant de zones concentriques qu'ils comptent d'années, et il devient par là facile de déterminer leur âge. Ces zones n'ont ni la même consistance ni la même couleur. Celles du centre, plus anciennes, sont devenues compactes et ont pris une teinte foncée : elles constituent le duramen ou cœur du bois. Celles de la circonférence, appelées aubier, sont relativement tendres et de couleur blanche. On les rejette habituellement dans les ouvrages en bois, nonseulement à cause de leur peu de solidité, mais encore parce que les parties molles qui entrent dans leur composition pourraient attirer les insectes. La différence entre l'aubier et le cœur du bois est, du reste, d'autant moins prononcée que la croissance de la tige est plus rapide. C'est à peine si elle est sensible dans le Tilleul et, en général, dans les arbres connus sous le nom de bois blancs.
Système cortical. — Nous venons de voir que le bois s'accroît par sa circonférence et qu'il se compose d'une ou plusieurs zones fibro-vasculaires placées autour d'une colonne de tissu cellulaire généralement peu considérable ; ce sont les dispositions exactement inverses que nous offre l'écorce :
L'intérieur est formé de fibres longues, flexibles et tenaces, susceptibles, dans plusieurs cas, d'être utilisées par l'industrie (Lin, Chanvre). Comme il se forme tous les ans, dans les tiges ligneuses, une ou plusieurs couches de ces fibres, celles-ci se trouvent superposées à la manière des feuillets d'un livre, et c'est à cette disposition qu'elles doivent le nom de liber.
Autour du liber se montrent des rangées de cellules vertes, lâchement unies. Leur ensemble constitue V enveloppe herbacée, siège de la respiration et d'autres fonctions importantes. C'est là seulement que se montrent les vaisseaux laticifères.
Jj enveloppe subéreuse, vulgairement appelée liège, est cellulaire comme la précédente, mais elle en diffère par une texture plus compacte, par sa couleur ordinairement brunâtre et par la régularité de ses cellules, qui offrent l'apparence des pierres d'un édifice. Cette partie de l'écorce est trèsdéveloppée dans quelques arbres, notamment dans le Chêne-liège {Quercm suber), qui fournit tout le liège du commerce.
La dernière enveloppe corticale se nomme épiderme, à cause de son analogie avec l' épiderme des animaux. C'est elle que l'on détache de la surface des jeunes pousses sous la forme d'une membrane incolore et transparente. Lorsqu'on examine cette membrane au microscope, on découvre à sa surface des ouvertures en forme de petites bouches : ce sont les stomates (fîg. 30). Ces organes servent à mettre l'enveloppe herbacée en communication avec l'atmosphère. On les voit se dilater quand le temps est humide et se contracter durant la sécheresse j ils ne se rencontrent que sur les parties aériennes des végétaux.
L'épiderme est souvent muni d'appendices connus sous les noms de poils, d'aiguillons et de glandes.
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Le* poils sont des expansions longues et menues, qui paraissent destinées à protéger la plante contre les insectes et la sécheresse. On appelle (/labre tout organe dépourvu de poils.
Les aiguillons sont aussi des organes protecteurs. Ils résultent de poils agglomérés, durcis et intimement soudés entre eux.
Les glander, sont des cavités cellulaires qui sécrètent des matières particulières. Elles sont logées dans l'épaisseur de l'épidémie ou bien font saillie à sa surface. Parfois elles prennent la forme de poils ordinaires, comme dans l'Ortie brûlante.
Longtemps on a considéré l'épidémie comme une membrane simple, mais on sait maintenant qu'une macération prolongée la dédouble en deux pellicules, l'une intérieure formée de cellules juxta-posées : c'est V épidémie proprement dit auquel se rapportent tous les détails précédents; L'autre extérieure, unie, sans organisation apparente, et qui porte le nom de cuticule. La cuticule recouvre tout l' épidémie proprement dit ainsi que ses appendices ; on la trouve aussi sur la racine et sur les organes submergés des plantes aquatiques où l'épidémie proprement dit fait défaut.
25. Structure de la tige chez les monoeotyiédones. — On ne remarque dans la tige des plantes monoeotyiédones ni étui médullaire, ni rayons médullaires, ni zones concentriques, ni système cortical distinct.
Une coupe transversale de cette tige (fig. 28) offre l'apparence d'un cylindre de tissu cellulaire au milieu duquel sont épars des faisceaux fibrovasculaires. La distribution de ces faisceaux n'est pas uniforme : trèsserrés vers la circonférence, ils deviennent plus rares au centre ou en disparaissent même complètement. C'est ce que l'on remarque dans plusieurs Graminées, dans le Blé, en particulier, dont la tige devient ordinairement fistuleuse par suite de la destruction des cellules centrales.
Lorsqu'on suit un faisceau, depuis son entrée dans une feuille jusqu'à l'extrémité inférieure du végétal, on voit que sa direction est loin d'être rectiligne et sa composition constante. Après avoir pénétré dans la tige, il s" infléchit vers le centre, décrit un arc et revient bientôt près de l'écorce le long de laquelle il descend ensuite. Sa nature varie en même temps que sa direction. Supérieurement, il est volumineux et renferme, associés avec des fibres ligneuses, tous les vaisseaux décrits au chapitre premier ; plus bas et dans le voisinage de l'écorce, il est réduit à quelques fibres minces et flexibles comme celles du liber chez les plantes dicotylédones.
En tenant compte de ces faits, on s'explique sans peine pourquoi la tige des arbres monoeotyiédones, le stipe des Palmiers, par exemple, est si difficile à fendre ; pourquoi son diamètre est le même à toutes les hauteurs et n'augmente presque point, quoique tous les ans il se forme de nombreux faisceaux entre le bois et l'écorce ; pourquoi on ne trouve de vaisseaux que dans la partie centrale ; pourquoi enfin le bois de ces tiges est plus fin, plus compacte et plus fort vers la circonférence qu'à l'intérieur.
L'écorce des monoeotyiédones ne forme pas un système complexe
comme chez les dicotylédones. Ce sont les cellules extérieures, durcies
et recouvertes, au moins dans les premiers temps, par un épidémie
extrêmement vivace, qui la constituent en entier. Cependant elle s'aug-
mente encore, chez les plantes ligneuses, de la base persistante des feuilles.
26. Structure de la tige chez les acotylédones. — Parmi les plantes acotylédones, un grand nombre sont privées de tige, plusieurs en ont une purement cellulaire et quelques-unes seulement, telles que les Lycopodes et les Fougères, possèdent une tige vasculaire.
La figure 29 est la coupe transversale d'un stipe de Fougère arborescente. On voit que les faisceaux ligneux n'y sont point distribués par zones concentriques ou disséminés sans ordre comme dans les classes précédentes : ils forment un cercle étroit, interrompu de distance en distance pour laisser la moelle communiquer avec le tissu cellulaire extérieur, et beaucoup plus rapproché de la circonférence que du centre. Ces faisceaux se composent à peu près exclusivement de libres et de vaisseaux annulaires ou scalarif ormes. Les trachées y font défaut.
L'écorce présente ici les mêmes particularités que chez les monocotylédones.
27. Plantes exogènes, endogènes et acrogènes. — Les dicotylédones s'accroissant par des couches qui se déposent annuellement entre le bois et l'écorce ou, ce qui est la même chose, par la partie extérieure du corps ligneux, ont été nommées exogènes (du grec éxô, en dehors, et gennaô, engendrer).
Les monocotylédones ont été, au contraire, appelées endogènes (du grec endon, en dedans, et gennaô, engendrer), parce que les nouveaux faisceaux qui se forment chaque année paraissent provenir du milieu de la tige. Nous avons dit (no. 25) comment ces faisceaux, après s'être inclinés vers le centre, reviennent peu après vers la circonférence. Les monocotylédones ne sont donc pas purement endogènes, et ce n'est qu'improprement qu'on les désigne sous ce titre.
Chez les acotylédones, la tige acquiert dès la première année toute la grosseur qu'elle doit avoir. Plus tard, elle ne s'accroît qu'en hauteur et cela par l'élongation des éléments ligneux qui s'étaient formés dans la première période de sa végétation. Ces plantes ont reçu, à raison de ce fait, le nom d' acrogènes (du grec acron, extrémité, et gennaô, engendrer),c: est-à-dire qui ne croissent que par leur sommet.
28. Bourgeons. — Les bourgeons sont des petites masses ovoïdes qui renferment, à l'état rudimentaire, un rameau avec ses expansions latérales, c'est-à-dire ses feuilles ou ses fleurs. Certains bourgeons contiennent à la fois des feuilles et des fleurs.
C'est à l'aisselle des feuilles et à l'extrémité des anciens rameaux que naissent régulièrement les bourgeons. Mais il peut aussi s'en former d'atfventifs sur tout point du végétal où la sève surabonde. C'est ainsi que de la racine des arbres s'élèvent parfois des tiges surnuméraires, connues en culture sous le nom de drageons.
Dans presque tous les arbres de nos climats, les bourgeons apparaissent au printemps, s'arrêtent bientôt dans leur développement, et ne s'allongent
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qu'au printemps suivant. Ils sont admirablement protégés contre les froids de l'hiver par des écailles dures et épaisses (fig. 31), qui sont elles-mêmes souvent garnies à l'intérieur d'un épais duvet ou bien enduites de matières résineuses propres à conserver la chaleur. Ces écailles tombent à l'époque où le bourgeon se développe.
Chez les plantes herbacées, en général, et chez un grand nombre d'arbres des contrées tropicales dont la végétation n'éprouve pour ainsi dire aucun repos, les bourgeons sont nus, c'est-à-dire dépourvus d'écaillés protectrices.
Les jeunes pousses provenant du développement d'un bourgeon se nomment scions quand elles naissent sur une tige aérienne, et turions quand elles sortent de terre comme celles des Asperges.
Quelques végétaux portent des bourgeons charnus qui forment comme la transition entre le bourgeon proprement dit et l'embryon, car ils peuvent avoir une végétation à part, se détacher de la mère-plante et produire, après avoir été semés, un individu semblable à celui dont ils proviennent. Tels sont les bulbiles qui naissent à l'aisselle des feuilles du Lis bulbifère et les caïeux que produisent les rhizomes bulbeux (fig. 32, 23).