BOURGEONS
Les bourgeons axillaires des feuilles ont les mêmes caractères que le bourgeon terminal primitif ou gemmule (p. 3) ; c'est-à-dire qu'ils se composent d'un axe central et d'appendices imbriqués qui sont des feuilles plus ou moins modifiées.
Il y a au moins un bourgeon dans l'aisselle d'une feuille. Le plus souvent, quand ils sont multiples, ils sont superposés les uns aux autres. Tantôt les supérieurs sont les plus développés, et tantôt ce sont les inférieurs. Leur nombre est exceptionnellement, dans certaines plantes, considérable dans chaque aisselle.
Toutes les feuilles qui forment la portion périphérique d'un bourgeon peuvent être semblables, membraneuses, ne différant que par la taille ; le bourgeon est alors dit nu.
Les plus extérieures de ces feuilles peuvent être recouvertes d'un duvet protecteur, qui garantit du froid les feuilles plus intérieures. Mais, pins souvent encore^ ces lames extérieures deviennent plus épaisses, plus dures, plus courtes que les véritables feuilles, et elles se détachent de bonne heure au printemps, pour permettre aux portions intérieures du bourgeon de se déployer. Le bourgeon est alors écailleux.
Les écailles ou les feuilles extérieures des bourgeons sécrètent souvent un liquide visqueux, cireux ou résineux, qui les enduit extérieurement pendant l'hiver et les garantit de. l'action de l'humidité.
L'origine des écailles des bourgeons est extrêmement variable. Le plus souvent elles représentent, non une feuille entière, mais seulement une ou quelques-unes de ses
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portions inférieures. On s*en rend compte en examinant les divers appendices d'un bourgeon de certains Groseilliers. Les plus intérieurs de ces appendices sont de véritables feuilles, avec un limbe, un pétiole et une portion vaginale peu dilatée. En se rapprochant de l'extérieur, on voit disparaître peu à peu le pétiole, puis le limbe; et la gaine de plus en plus large, de plus en plus consistante, surtout sur la ligne médiane, représente à elle seule les écailles les plus extérieiires (p. lit).
Dans les Rosiers, les limbes et les pétioles disparaissent de même dans les écailles extérieures; de plus, les stipules qui, dans les vraies feuilles, se distinguaient latéralement de la portion vaginale, se confondent graduellement avec elle et lui donnent d'autant plus de largeur.
Le pétiole peut devenir seul large et dur pour envelopper le bourgeon, comme dans le Frêne, par exemple.
Dans un assez grand nombre de nos arbres fruitiers, ce sont les stipules seules qui changent de consistance pour devenir les écailles prolectrices des bourgeons (ûg, 71).
Dans les Platanes, les bourgeons sont protégés dans leur jeunesse par une coiffe, complète ou à peu près, que leur forme la base dilatée et creuse du pétiole.
Au lieu de ne renfermer que des feuilles, les bourgeons peuvent contenir une pu plusieurs fleurs. Ces bourgeons à fleurs occupent souvent Taisselle, non des feuilles, mais des bractées qui leur font suite. Ils sont fréquemment trapus, courts, renflés, et leur axe principal demeure souvent très surbaissé. Dans nos arbres fruitiers, on leur donne ordinairement le nom de bourses^ et l'on conçoit que par l'ébourgeonnement ou d'autres pratiques, la culture puisse influer sur le nombre relatif de bourgeons à feuilles et à fleurs que portera un arbre fruitier.
Quand un bourgeon axillaire ne se développe pas, il peut être remplacé par des bourgeons plus jeunes que lui, souvent au nombre de deux et qui lui sont latéraux ; c'est à cause de cette situation qu'on leur a souvent donné en horticulture le nom de bourgeons stipulaires.
Les rhizomes ont, comme les tiges aériennes, des bour-
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geons à Faisselle des écailles qui représentent leurs feuilles. Ces bourgeons peuvent se développer en branches à feuilles et à fleurs, lesquelles deviennent aériennes. Dans les Asperges, où ils sortent de terre, terminant, une épaisse branche incolore, ils constituent la portion comes-
Fjg. 61. — Sceau-de-Salomon. Rhizome terminé par un bourgeon et portant, plus à droite, un autre bourgeon développé en rameau foliifère et florifère, et plus loin encore les cicatrices profondes, déprimées, des rameaux aériens développés antérieurement.
tible et sont souvent désignés sous le nom de turions. Dans le Sceau-de-Salomon (fig. 61), le rhizome sur lequel se développent les bourgeons, s'évase souvent autour de leur base et y constitue comme une sorte de bourrelet au fond duquel on trouve jusqu'à un âge très avancé la cicatrice des rameaux qui ont succédé à ces bourgeons.
Le plateau ou axe des bulbes porte aussi dans Taisselle des écailles épaisses ou des tuniques qui forment leur majeure partie, des bourgeons qui peuvent, nous l'avons vu, se comporter de deux façons différentes : ou bien s'allonger jusque dans l'air en branches à feuilles et à fleurs ; ou bien s'épaissir et demeurer longtemps cachés, eurs appendices devenant charnus comme ceux du bulbe qui les porte. De pareils bourgeons sont, nous le savons, des caïeux (p. 44). Quand on les plante, leur base développe des racines^ adventives qui les nourrissent.
Si les bourgeons axillaires des feuilles aériennes prennent ce même caractère, ils constituent ce qu'on nomme des bulbilles, tels qu'on en observe dans plusieurs Lis (Lilium tigrinum, bulbiferum), dans quelques Dentaires, etc. Ils tombent sur le sol à une certaine époque et là produisent des racines adventives pour les nourrir ; ils deviennent alors une nouvelle plante. Tantôt la portion appendiculaire de ces bulbilles est la plus développée, et tantôt c'est la portion axile. Cette dernière est très peu de chose dans les bulbilles des Lis, tandis que dans la Renoncule-Ficaire, par exemple, les bulbiiles sont de grosses masses axillaires pleines, portant seulement à leur sommet organique un très petit (ou parfois deux) groupe d'écaillés appendiculaires.
Les Orchidées indigènes ont souvent des organes analogues, mais souterrains, que l'on a nommés pseudobulbes ou ophrydO'bulbes, et sur la nature desquels on a beaucoup discuté. Ce sont des bourgeons nés à l'aisselle des feuilles ou écailles les plus inférieures de la tige. Leurs appendices sont peu considérables, relativement à leur masse basilaire, charnue, pleine de sucs, puis de matière féculente ou gommeuse et qui peut être arrondie ou entière (fig. 62), comme celle des Ficaires, mais qui parfois aussi (fig. 63) se divise inférieurement en quelques lobes qu'on a pris pour des raciiles et qui leur ont fait donner le nom de pseudobulbes palmés. Ils ne doivent pas être confondus avec les
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pseudo-bulbes de nombreuses Orchidées des pays chauds, cultivées dans nos serres, organes pleins et axiles, aériens et verts d'ordinaire, dé forme ovoïde , plus ou moins allongés, ou comprimés, et qui portent, dans leur portion supérieure seulement ou sur presque toute leur surface, de grandes feuilles aériennes ou leurs cicatrices.
FiG. 62. -r- Orchis. Pseudo-bulbes (ophrydo-bulbes; entiers, dont un plus ancien et vide d'aliments, tandis que le plus jeune en est gorgé; ils sont accompagnés de racines adventives grêles.
Métamorphose des bourgeons. — L'axe des bourgeons peut s'allonger et durcir, tandis que leurs écailles ou leurs feuilles demeurent rudimentaires, écartées les unes des autres ou à peine visibles. L'ensemble du bourgeon constitue alors une épine, laquelle porte quelquefois sur ses côtés, ou spontanément, ou plus souvent par le fait de la culture, des feuilles ou des fleurs bien dévelop-
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FiG. 63. —^JOrchis à pseudo-bulbes pabné8,'accompagné« de racines adventives gréies.
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pées. Ailleurs ce sont, comme dans certains Berberis (fig.64), les nervures des feuilles qui durcissent en épines.
Bourgeons adventifs. — On nomme ainsi ceux qui se développeni ailleurs que dans l'aisselle des feuilles, tantôt sur les tiges ou les branches, sur les racines ou sur les feuilles, ou même sur certaines parties des fleurs. Se produisant sur certaines feuilles, notamment dans quelques Allium , ils peuvent être charnus et constituer de véritables bulbilles ou caïeux. Sur les tiges, ils se montrent souvent en des régions qu'on ne pourrait détermi-
FiG. ai.— £;pme-Rnette. FeuiUes dont certaiaes ont les nervures transformées en épines.
FiG. 65. — Greffe d'un bourgeon sur une tige dont l'écorce est préparée à la recevoir. Le bourgeon (é^usson) isolé, et, à droite, le même placé dans la fente de la tige et maintenu par une ligature.
ner d'avance, mais souvent aussi ils s'y développent de préférence, de même que sur les racines, dans des endroits coupés, déchirés ou exposés au contact de l'air. Il y a
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beaucoup de plantes qu'on peut bouturer «déracines >. Un simple fragment de ces organes, mis en terre, développe un ou plusieurs bourgeons adventifs, se montrant
FiG. 66. — Greffe par approche; le sujet et le greffon rapprochés et maintenus l'un contre l'autre par un lien.
souvent sur les surfaces de section, et donne par suite autant de jeunes plantes.
Un bourgeon étant considéré comme placé sur une tige ou une branche pour y puiser sa nourriture, on peut en tirer l'explication de ce qui se passe quand on greffe une plante sur une autre plante dite sujet., avec laquelle
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eJJe a des analogies de structure et d'organisation (fig. 65- 68). Le sujet étant choisi de telle sorte que sa sève puisse nourrir la greffe on greffon, on fixe ce dernier sur une solution de continuité du sujet et on l'y immobilise de façon qu'ils puissent se souder l'un à l'autre. Tantôt un bourgeon
Fig. 67. — Le sujet et le greffon de la figure 66 préparés et avivés avant le rapprochement et la ligature.
Fig. 68. — Greffe en fente.
Greffon préparé et fixé dans la fente du sujet par un fil.
isolé est inséré dans une fente de l'écorce, et c'est ce qui constitue Vécussonnage (fig. 65). Tantôt on insinue dans une fente du bois lui-même un ou plusieurs bourgeons portés par un fragment de branche, et c'est là une greffe proprement dite, greffe en fente (fig. 68), laquelle peut d'ailleurs aussi s'appliquer sur une racine.
Préfoliaison. — On donne ce nom ou encore celui de
BAILLON. — Bot., cl. de 4*. 5
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vernation, à la façon dont les jeunes feuilles sont disposées dans le bourgeon.
La préfoliaison est imbriquée quand les feuilles se
FiG. 69. — Balisier, Feuilles en préfoliaison convolutëe.
recouvrent les unes les autres en allant de dehors en dedans (fig. 115).
Elle est décussée, quand avec des feuilles opposées, les deux premières recouvrent celles de la deuxième paire, alternes avec elles et qui enveloppent elles-mêmes celles de la troisième paire, et ainsi de suite (fig. 74).
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Elle est équitante, quand une feuille repliée sur ellemême selon sa ligne médiane, embrasse toutes les feuilles plus intérieures du bourgeon (fig. 75).
FiG. 70. — Patience. Feuilles en préfoliaisont révolutée.
Mais il y a aussi une préfoliaison de la feuille considérée individuellement.
Elle peut dans le bourgeon se plisser sur elle-même, à la
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façon d'un éventail fermé ; la vernation estalors dite plissée.
FiG. 71.— Tulipier. Feuilles en préfoiiaison réclinée.
FiG. 72. — Amandier, Feuilles en préfoiiaison condupliquée.
Si les bords de la feuille sont enroulés sur eux-mêmes en dedans, sa préfoiiaison est dite involutée (fig. 77).
FiG. 13.— Sauge. Coupe transversale du bourgeon ; les feuilles sont en préfoiiaison semi-équitante.
Fig. 74.. — Lilas. Coupe transversale du bourgeon; les feuilles sont en préfoiiaison décussée.
Fig. 75. — Iris.
Coupe transversale du bourgeon; préfoiiaison équitante,
Elle est révolutée, quand la feuille s'enroule sur ellemême de dedans en dehors (fig. 70).
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Dans la préfoliaison convolutée, la feuille s'enroule sur elle-même comme le papier d'un cornet (fig. 69). Une feuille enroulée en crosse de dehors en dedans à
Fie. 76. — Bouleau,. FeuiUes en préfoliaison plissée.
Fig. 77. — Peuplier. FeuiUes en préfoliaison involutée.
partir du sommet, comme il arrive dans les Fougères, a la préfoliaison circinée. Dans le Podophyllum, la vernation est circinée-révolutée.
Quand la portion supérieure d'une feuille est appliquée
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sur rinférieure, comme dans le Tulipier (flg. 71), l'Aconit, la préfoliaison est dite réclinée.
Et quand les deux moitiés d'une feuille s'appliquent l'une sur l'autre dans la longueur, la côte ou nervure médiane répondant au pli, comme dans les Iris, l'Amandier la vernation est dite condupliquée.