FEUILLES
Les feuilles sont, dans le plus grand nombre de cas, des lames membraneuses, vertes, étalées, qui sont attachées sur la tige, les branches, les rameaux des plantes. Nous verrons ultérieurement quelles variations dans la forme, la consistance, la couleur, etc., elles peuvent présenter. Ces caractères variables n'ont qu'une importance tout à fait secondaire. Il y en a un, au contraire, qui se présente avec une constance absolue : c'est que ces feuilles sont portées par la tige ou ses divisions, et qu'à ce titre, elles doivent être considérées comme des appendices, des organes de nature appendiculaire.
Feuille complète. — On désigne sous ce nom des feuilles qui sont composées de trois parties :
l** Une lame étalée d'ordinaire, pluSjOu moins large, de forme très variable, quelquefois même très compliquée, et qui est le limbe de la feuille ;
2° Une portion rétrécie, supportant le limbe et connue sous le nom de queue ou pétiole;
3° Une dilatation inférieure du pétiole qui, souvent concave du côté de la tige, embrasse plus ou moins celle-ci. C'est la gaine (vagina).
Les exemples les plus connus de feuilles complètes sont empruntés à la famille des Aroïdées, ou encore à celle des Ombellifères ; mais dans ces dernières il est fréquent que certaines feuilles d'une plante donnée soient seules complètes, les autres demeurant incomplètes.
Feuille incomplète, — Une feuille est incomplète quand elle manque d'une ou deux des portions précédemment
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énumérées ; celles qui disparaissent sont le plus souvent la portion vaginale, moins souvent la partie pétiolaire, et très rarement la portion limbaire. Quand deux portions de la feuille disparaissent à la fois, ce sont presque toujours le pétiole et la gaine.
De même que la plupart des arbres de notre pays, les
KiG. 78. — Acacia heterophylla. Branches porUnt à la fois des feuilles décomposées et des phyllodes.
Nénufars ont des feuilles incomplètes, formées d'un limbe et d'un pétiole; mais celles de leurs feuilles qui se montrent les premières lors de la germination des graines, sont réduites au seul pétiole.
Dans V Acacia qu'on a nommé pour cette raison heterophylla (flg. 78), certaines feuilles ont à la fois un pétiole
et un limbe décomposé ; mais ce dernier peut, dans certaines autres, se réduire à de petites dimensions ou même se supprimer tout à fait. Dans ce dernier cas, le pétiole s'élargit, s'aplatit en forme de limbe et prend le nom de phyllode. La lame qui constitue celui-ci est presque toujours dirigée suivant un plan vertical, c'est-à-dire que ses deux faces sont latérales.
Dans les Ombellifères, il y a beaucoup de feuilles dans lesquelles le pétiole disparaît. Le limbe peut être en même temps plus ou moins réduit, notamment dans les feuilles supérieures de la plante. Si même il disparaît complètement, comme il arrive souvent tout contre les fleurs, il ne reste de la feuille que la gaine, ordinairement très dilatée, membraneuse, capable même d'envelopper parfois l'ensemble de toutes les fleurs. 11 y a des pieds d'Ombellifères sur lesquels on peut trouver réunies des feuilles complètes et d'autres qui sont réduites soit à la gaine, soit à celle-ci et au limbe.
Souvent le limbe de la feuille seul subsiste ; inséré immédiatement sur Taxe, il est dit sessile; h même dénomination s'applique souvent à la feuille elle-même.
Quand on détermine si une feuille est complète ou incomplète, on ne tient pas compte de la présence ou de l'absence des stipules dont elle peut être pourvue dans un grand nombre de cas.
Direction du limbe. — Le plan du limbe d'une feuille est quelquefois horizontal, c'est-à-dire qu'il a une face supérieure, regardant le ciel, et une face inférieure, regardant le sol; ce qui arrive également dans les feuilles qui flottent à la surface de Teau. Mais beaucoup plus souvent, la force verticale modifie celte direction, de sorte que le sommet du limbe est placé plus haut que sa base, et que ses deux faces deviennent plus ou moins obliques, et quelquefois même presque verticales. La face supérieure est donc alors en même temps tournée du côté de la branche qui porte la feuille.
Quand on dérange le plan de la feuille de sa direction
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naturelle, quand on la retourne, même complètement, le limbe reprend sa direction première, et cela avec une force telle que le pétiole se tord sur lui-même, pour que la face supérieure regarde de nouveau en haut.
Cette face est, plus ordinairement que l'inférieure, lisse et luisante ; et souvent Teau glisse sur elle sans la mouiller, tandis que la face inférieure est fréquemment plus terne, moins unie, plus perméable aux liquides qui la mouillent au moins en certains points.
Il est rare que le plan du limbe soit vertical et que ses deux faces, comme celles d'un phyllode, regardent à droite et à gauche. En pareil cas, sa surface présente des deux côtés la même apparence.
Nervation du limbe. — Dans une feuille pourvue d'un pétiole, on voit souvent celui-ci se • prolonger dans le limbe,de façon à le partager en deux moitiés égales ou, plus rarement, en deux portions insymétriques (%. 79).
Ce prolongement s'appelle côte ou nervure médiane ou principale. Dans une feuille p.„ ,« ,, ,. „ .,, comme celle du Pêcher, du enlière,penninerve,réticiilée. Châtaignier (fig. 85), etc., on voit à droite et à gauche se détacher, plus ou moins obli-
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U COUftS ÉLÉMENTAIRE DE BOTANIQUE.
quement, des nervures secondaires qui se portent parallèlement les unes aux autres, vers les bords du limbe. Cette disposition s'appelle nervation pennée, et la feuille est dite penninerve ou penninerviée.
Ailleurs, comme dans la Mauve (fig. 81), le Ricin (fig. 80) toutes les nervures secondaires naissent de la base de la côte et divergent comme les doigts de la main
FiG. 80. — Ricin, FeuiUe palmatilobée.
pour se porter vers les bords. La nervation est alors digitée ou palmée, et la feuille, digitinerve ou palmatinerve.
La nervation dite pédalée, et qui s'observe dans les Hellébores, les Dentaires, plusieurs Aroïdées, etc., est une variété de la précédente dans laquelle les nervures secondaires de la base de la feuille portent bientôt du même côté une nervure tertiaire; celle-ci, une nervure quaternaire du même côté, et ainsi de suite, ces nervures d'ordres successifs s'agençant les unes les autres comme les segments successifs d'un sympode.
Dans les Monocotylédones en général, et par exemple.
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dans la plupart des Graminées, Liliacées, Iridées, etc., les nervures parlent toutes de la base de la feuille, montent parallèlement les unes aux autres vers le sommet, sans qu'aucune d'elles puisse être considérée comme une nervure principale. La feuille est, en ce cas, rectinerve ou rectinerviée (fig. 46, 92).
Il y a des feuilles dont la nervation estdigitée à la base et pennée dans le reste du limbe.
Dans une feuille penninerve ou digitinerve, les nervures
FiG. 81. —Mauve. Feuille peltée et crénelée.
secondaires donnent elles-mêmes naissance, sur leurs côtés, à des nervures tertiaires ; les nervures tertiaires, à des quaternaires, et ainsi de suite ; de sorte que les nervures les plus ténues finissent par constituer un réseau à mailles plus ou moins irrégulières. La feuille est dite alors réticulée (fig. 79, 81), et les mailles interposées aux nervures sont généralement remplies par le parencft^/m^, ordinairement vert et bien moins consistant que les nervures.
Parfois le parenchyme manque plus ou moins complètement dans l'intervalle des nervures. Le limbe est alors fenêtre, comme il arrive dans certaines Aroïdées, dans
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les Ouvirandra de Madagascar, à peu près comme il le devient naturellement en hiver dans les feuilles de nos arbres dont une macération prolongée a détruit ce parenchyme, ou en été, dans celles dont les insectes ont dévoré le parenchyme, sans pouvoir attaquer le réseau beaucoup plus résistant des nervures.
Découpures du limbe. — C'est surtout vers les bords de la feuille que le parenchyme manque le plus souvent. S'il sous-lend les nervures secondaires jusqu'au bout, de
Fie. 82. — Capucine, Feuille peltée.
FiG. 83. — Saxifrage.
FeuiUe crénelée.
manière à ce que le bord soit continu, sans découpures, le limbe est entier (fig. 79).
Mais s'il y a des découpures, suivant leur forme et leur profondeur, la feuille devient dentée^ crénelée, serrée, sinuée, lobée, fendue on partite.
Dans la feuille dentée (folium dentatum), les bords sont découpés de dents plus ou moins aiguës, s 'parées les unes des autres par des échancrures ou sinus plus ou moins obtus. La feuille crénelée (folium crenatum) est bordée de petites saillies obtuses, séparées les unes des autres par des sinus aigus (fig. 83).
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Une feuille est serrée (folium serratum) ou dentée en scie (fig. 85)y quand les dentelures ont un sommet aigu, généralement incliné vers le haut du limbe, et sont séparées les unes des autres par des sinus aigus.
FiG. U. — Echinops. Feuills pin- FiG. d^.^ Châtaignier. FeuiUe nalipartiie, à divisions dentées. penninerviée et serrée.
Les feuilles sinuées (folia sinuata) sont celles dont les bords sont découpés de saillies surbaissées et obtuses, séparées par des sinus également obtus, peu profonds.
Quand la feuille est lobée (folium lobatum)^ c'est que
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son limbe esl largement découpé en divisions qui s'étendent jusque vers le milieu de la largeur de chacune de ses moitiés (fig. 88, 90).
La feuille est dite fendue ou fide (folium fidum) quand
Fie. 86. — Scolymus. Feuille Fig. 87. — TiUeul. FeuiUe
pinnatiÛde. penninerviée et dentée.
les divisions, atteignant également le milieu de chaque moitié du limbe, sont en même temps étroites et plus ou moins aiguës et représentent, par conséquent, de grandes dents.
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On nomme feuille partite {folium partitum) celle dont les divisions atteignent jusque tout près de la nervure médiane, la feuille ne cessant cependant pas d*êlre simple (fig. 91,92).
Presque toujours les sinus répondent aux intervalles
Fig. 88. — Bauhinia. FeuUle bilobée.
des nervures ; quelquefois cependant le sommet de celles-ci vient aboutir au fond même du sinus et non au sommet des saillies.
Comme, en même temps qu'elle est ainsi plus ou moins profondément découpée, une feuille est pourvue d'une nervation variable, pennée, digitée ou pédalée, on la dit, suivant ^ profondeur des divisions : pinnali* ou pennati-
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dentée, pennatilobée, pennatifide, -pennatipartite, etc. ;
FiG. 89. — Gingko. Feuille FiG. 90. — Bauhinia. Feuille
bilobée. bilobée.
digitilobée, digilipartite, etc.; ou palmatilobée, palma-
tifide, etc.; pédatilobée, pédalifide, pédatipartite, etc.
orgânographie des phanérogames. 81
Feuilles composées. — Dans les feuilles qu'on nomme composées, le pétiole se continue souvent en une nervure principale et forme avec elle ce qu'on appelle un rachis. Sur celui-ci s'insèrent des nervures secondaires qui représentent autant de pétioles secondaires ou pétiolules, supportant chacun un petit lobe distinct. Quand ce petit lobe est porté, non par une nervure secondaire, mais par
FiG. 92. — Cyclanlhus. Feuille bipartite. •
les nervures tertiaires, quaternaires, etc., la feuille, au lieu d'être simplement composée, est doublementy triplement y quadruplement composée y auxquels cas on la nomme d'une manière générale décomposée.
. Mais, comme dans une feuille simplement ou plusieurs fois composée, les nervures s'insèrent sur le rachis suivant une disposition pennée ou digitée (palmée), on distingue des feuilles composées-palmées ou composéesdigiiées et des feuilles composées-pennées.
BAILLON — Bot., cL de 4*. 6
Si dans ces dernières, il y a une foliole terminale impaire, on les dit composées-imparipennées (fig. 95).
FiG. 93. — Sensitive. Feuille décomposée-peiinée.
Si, au contraire, la foliole impaire manque, et qu'il n'y ait que des folioles latérales à droite et à gauche du rachis, la feuille est composée-paripennée {e\.: Copahier).
Fig. 94. — Féuier, Feuille décomposée-pennée. .
Suivant d'ailleurs que les folioles sont insérées deux par deux, à la même hauteur, sur les côtés du rachis, ou
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ORGANOGRAPHIE DES PHANÉROGAMES. 83
qu'elles le sont à des hauteurs différentes, la feuille composée est dite oppositipennée ou alternipennée.
Les pétiolules des feuilles composées sont souvent articulés sur le rachis. En pareil cas, les folioles peuvent
FiG. 95. — Robinia. Feuille composée-rimparipennée.
être mobiles sur Tarticulation qui sert de charnière, dans les mouvements dits de veille et de sommeil S et il y a
1. Question qui sera étudiée dans le Traité de physiologie végétale pour la classe de philosophie, de H. Bâillon, p. 245.
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souvent aussi de semblables articulations sur le rachis dans l'intervalle ou au niveau de chacune des paires de folioles. La base même du pétiole commun est souvent elle-même articulée, aussi bien dans les feuilles simples que dans les feuilles composées. C'est au niveau de ces ar-
FiG. 96. — Oxalis. Feuilles composées-digitées.
ticulations qu'à l'époque de la chute des feuilles, celles-ci se séparent des tiges, ou bien que chacune des folioles ou des portions correspondantes du rachis se disjoint, se désarticule.
Certains auteurs ont même voulu qu'on ne considérât comme feuilles composées que celles qui ont les pétiolules
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articulés. On a souvent reconnu à la présence d'une articulation située au point de jonction du pétiole d'une feuille et de son limbe, que celui-ci représente une foliole unique, terminale, etque la feuille est composée-unifoliolée ; il y a d'ailleurs des plantes qui, sur un même pied, présentent à la fois des feuilles composées, aune, deux, trois, ou à un nombre plus considérable de folioles. Quand dans une feuille pennée, on compte le nombre de celles-ci, suivant qu'on en trouve une, deux, trois, etc., paires, on dit la feuille unijugée, bijugée, trijugée, ou multijugée {folium unijugum, bijugum, trijugum^... multijugum).
Forme des parties de la feuille. — Le pétiole et ses divisions sont quelquefois cylindriques ou à peu près; mais, bien plus souvent, leur face inférieure est convexe, et leur face supérieure plus ou moins plane ou déprimée. Dans le limbe, par exemple, il est fréquent que les nervures de divers degrés se dessinent à la face supérieure en creux et proéminent plus ou moins fortement à la face inférieure ou dorsale.
La forme du limbe de la feuille ou des pétioles varie elle-même à l'infini, et il serait aussi impossible que superflu d'énumérer toutes ces variations. On comprend en effet suffisamment, quand on lit des descriptions de plantes^ ce que sont des feuilles ovales, elliptiques, triangulaires, disciformes, orbiculaires, cylindriques, capillaires, linéaires, prismatiques, pyramidales, en forme d'aiguille (folium aciculare), de faux (falciforme), de doloire {dolabriforme)y de sabre {acinaciforme)^ d'épée (ensatum ou ensiforme), de croissant ou d'arc {arcuatum), de trapèze {trapeziforme), de lyre {lyratum)^ de cœur (cordatum, cordiforme)y de fer de flèche (sagittatum, sagittale, sagitti forme), de violon (panduratum, panduriforme), despathule (spathulatum), etc., etc. Parmi ces dénominations qui encombrent les ouvrages descriptifs, quelquesunes seulement ont besoin d'être expliquées. La feuille oblongue est celle qui est plus longue que large (environ trois ou quatre fois) ; l/i feuille obovale, celle dont l'ovale
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a sa grosse extrémité tournée en haut; laleuille obcordée, celle en forme de cœur, dont Téchancrure est tournée en haut ; la feuille peltée ou en bouclier, celle dont le limbe plus ou moins arrondi s'unit au sommet du pétiole, non par la base de son bord, mais par un point central ou excentrique de sa face inférieure (fig. 81, 82). En pareil cas,
Fie. 97. —Genévrier. Feuilles Fie. 98. — Sagillaire.
aciculaires. Feuille sagittée.
la face supérieure est souvent déprimée au niveau de l'insertion pétiolaire, et c'est Texagération de cette dépression qui caractérise les feuilles anormales, de forme parfois très étrange, qu'on a signalées chez les Nelumbo, les Sarracena, les Nepenthes, les Cephalotus, etc.
Les Nelumbo ont le pétiole de leur feuille surmonté d'un limbe entier et pelté, en forme de cupule ou de cône renversé et très déprimé. Vers le centre de celte cupule peu profonde s'insère le pétiole, dont le sommet est
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perforé d'orifices étroits, communiquant avec les larges lacunes dont le pétiole est creusé; si bien que les gaz poussés dans ces cavités du pétiole viennent sourdre au fond du limbe, et même traversent sous forme de bulles le liquide dont serait remplie la concavité du limbe. Les bords de celui-ci sont entiers ou légèrement sinués, et
FiG. 99. — Nepenthes. Feuille ascidiée.
de son centre rayonnent un grand nombre de nervures ramifiées qui se portent vers les bords ; si bien qu'on peut dire que ce limbe est radiatinerté.
Si Ton suppose que la peltation de ce limbe soit bien plus accentuée, si bien qu'il prenne la forme d'un cône renversé, creux, bien plus étroit et bien plus allongé, on aura le limbe foliaire des Sarrac^na(fig. 100), au-dessous duquel se trouvent un court rélrécissemenl pétiolaire, et à la base de celui-ci, un léger renflement vaginal. Il est vrai qu'à un certain âge l'orifice de ce cornet est fermé par un couvercle. Celui-ci représente le lobe terminal des
bords de ce limbe qui ici, au lieu d'être à peu près entier, est inégalement lobé sur son pourtour.
La feuille, plus étrange encore de forme, du Nepenthes (fig. 99), a le même limbe en forme de cornet, avec un lobe apical formant couvercle; mais le pétiole, plus long
Fig. 100. — Sairacena. Feuilles Fie. 101. — Dionée,
ascidiées. Feuille anormale.
et plus étroit, présente une courbe très accentuée, ou souvent même une sorte de boucle, et la portion vaginale est beaucoup plus développée que dans la feuille du Sarra^ cena. Dans le Nepenthes^ comme dans le Sarracena, le cornet constitué par le limbe est, à un certain âge, fermé par le lobe terminal. Lorsque celui-ci est relevé, on trouve
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ORGANOGRAPHIE DES PHANÉROGAMES. 89
l'intérieur du cornet plus ou moins rempli d'uu liquide
FiG. 102. — Cephalotus. Feuilles ascidiées.
aqueux. Des insectes s'y voient souvent, noyés dans ce liquide, auquel on a attribué des propriétés digestives ;
yO COURS ÉLÉMENTAIRE DE BOTANIQUE.
si bien que les Nepent fies, comme les Sarracena, ont été, dans ces derniers temps, rangés parmi les plantes insectivores ou carnivores.
Il en a été de même des Cephalothus (fig. 102), doht les feuilles sont ainsi en partie pourvues d'une urne recouverte d'un opercule, et en partie membraneuses et planes, comme les feuilles en général.
Polymorphisme et métamorphoses des feuilles. — Les modifications de forme et de taille des feuilles sont d'ail-
Fi6. 103. — Renoncule aquatique. Feuilles hétéromorphes ; ceUes qui sont submergées sont réduites aux nervures.
leurs sans nombre, et nous n'avons pu indiquer ici que les principales. De même, les caractères secondaires de couleur, de consistance, de durée s'y modifient à l'infini, en s'adaptant aux fonctions à remplir et aux conditions de milieu dans lesquelles ces organes se trouvent placés.
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ORGANOGRAPHIË DES PHANÉROGAMES. 91
Ainsi, les cotylédons sont des feuilles, les premières que possède le végétal , et on les a souvent nommés feuilles cotylédonaires (p. 6). Fréquemment elles ont la structure membraneuse et la coloration verte des feuilles portées plus haut par la tige, ou feuilles caulinaires; mais non moins fréquemment, destinées à accomplir leur évo-
FiG. 104. — Sagittaire. Feuilles hétéromorphes ; celles qui sont submergées sont rubanées ; les aériennes, sagittées.
lotion sous terre, dans un milieu obscur, et à fournir à la jeune plante des aliments accumulés, ces feuilles cotylédonaires sont, nous Tavons vu, épaisses, charnues, blanchâtres, gorgées de matériaux de réserve.
Après les cotylédons, les premières feuilles qui se développent sur la tige des plantes submergées présentent des caractères de forme qui sont aussi en rapport avec le rôle qu'elles ont à remplir. Parmi les Nymphœacées, tandis
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que les feuilles supérieures, qui flottent à la surface de Teau, sont entières et peltées, les inférieures, entièrement plongées dans le liquide, sont, ou comme dans les Nénufars, les Euryales, étroites, linéaires, indivises, ou, comme dans les Cabomba (fig. 105), réduites à de fines
FiG. 105. — •Cabomba. FeuiUes dimorphes; les aériennes peltées ; les submergées réduites aux nervures ramifiées.
nervures ramifiées. Il en est de même dans certaines Renoncules aquatiques (fig. 103), dans la Mâcre. Dans la Sagittaire et quelques plantes voisines, les limbes de feuilles qui s*élèvent dans Tair ont une forme de fer de flèche ou de lame ovale ; les feuilles plongées sous Teau ont, au contraire, la forme de grands rubans à bords à
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peu près parallèles (fig. 104). Sur les rameaux aériens, certains arbres, comme le Mûrier à papier (fig.-lOe), le Sassafras, ont aussi parfois les feuilles très dissemblables : les unes entières, les autres à deux ou trois lobes inégaux.
FiG. 106. — Mûrier à papier. Feuilles polymorphes.
Nous avons parlé des différences qu'on observe dans plusieurs Acacias entre les phyllodes et les feuilles pourvues d'un limbe composé ou décomposé. Dans beaucoup d'autres Légumineuses, une ou plusieurs folioles de la feuille
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composée sont transformées en vrilles (Og. 107). Dans le Lathyfm aphaca^ elles subissent toutes cette transformation, et les seules lames foliiformes que porte cette plante
FiG. 107. — Pois. Feuille composée-pennée, à larges stipules, et à folioles supérieures transformées en vrilles.
sont les stipules. Dans les Fragons, les Asperges, nous avons vu que les feuilles sont réduites à de très petites écailles (p. 54, 56). C'est ce qui arrive souvent à celles que
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portent les rhizomes et qui sont grisâtres et plus ou moins épaisses (p. 38, 40). Dans beaucoup de bulbes, les écailles sont des feuilles charnues et blanchâtres, ou au moins des bases de feuilles dans les bulbes tuniques. Près des fleurs, nous verrons aussi les feuilles appelées bractées se simplifier comme forme, s'amoindrir comme dimensions et se modifier souvent même dans leur coloration. Dans rÉpine-Vinelle (fig. 64), il y a deux sortes de feuilles : dans les unes, les nervures du limbe sont molles et soustendues par un parenchyme vert complet; dans les autres, le parenchyme disparaît et les nervures, au nombre d'une, de trois ou même de cinq, durcissent et deviennent des épines à sommet aigu. Nous ne pouvons insister sur toutes les variations de forme que présentent les feuilles; indiquons seulement ici que les appendices floraux sont aussi des feuilles modifiées ^
Insertion et rapports des feuilles. — Si donc les caractères de valeur secondaire que nous venons de passer en revue présentent dans les feuilles tant de variabilité, il en faut chercher de plus constants ; on les trouve dans le mode d'insertion et les rapports avec la tige ou les branches. Nous savons que celles-ci présentent, là où s'insèrent les feuilles, une saillie qu'on nomme coussinet. La feuille forme là avec l'axe qui la porte deux angles adjacents, l'un inférieur et l'autre supérieur. Ce dernier, nous ' l'avons dit (p. 5), est rarement droit ou obtus; l'obliquité plus ou moins grande de la feuille fait qu'il est d'ordinaire plus ou moins aigu. Nous l'avons nommé aisselle de la feuille, ou angle axillaire^ ou espace axillaire. Dans cet angle, nous avons vu Taxe porter normalement un bourgeon, dit bourgeon axillaire^ qui deviendra, en s'allongeant, un rameau axillaire ; ou même assez souvent deux ou plusieurs bourgeons. Quelquefois aussi, les bourgeons axillaires demeurent extrêmement peu dévelop|)és, latents. On peut alors déterminer leur développement par divers
1. Voy. Métamorphose, dans le Traité d^anatomie et physiologiej pour la classe de philosophie, de H. Bâillon, p. 150.
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Ô6 COl'RS ÉLÉMENTAIRE DE BOTANIQUE.
artifices. Dans les Haricots, par exemple, les feuilles cotylédonaires ont un bourgeon axillaire peu développé; mais en coupant la tige un peu au-dessus des cotylédons, nous avons vu ces bourgeons grossir et s'allonger rapidement en rameaux axillaires (p. 12). Mous avons dit aussi qu'il y a un grand nombre de plantes herbacées communes de nos campagnes qui ont des bourgeons axillaires des cotylédons, bien développés en branches portant fleurs et feuilles; citons notamment ici le Mouron rouge, le Mouron des oiseaux, plusieurs Euphorbes annuelles, la Mercuriale annuelle, les Orties, les Chénopodes, etc., etc.