II. — CHAMPIGNONS
Les Champignons sont des plantes cryptogames sans matière verte (chlorophylle) y sans racines, ni tiges , ni feuilles, et qui se reproduisent par des spores. Leurs organes de végétation sont ordinairement représentés par un mycélium; on donne ce nom à la partie filamenteuse que dans le commerce on vend sous le nom de blanc de
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champignons, pour la reproduction sur couches de l'Agaric champêtre (fig. 685) . C'est un ensemble de filaments très ténus, simples ou ramifiés, tubuleux, avec une cavité continue ou cloisonnée (fig.6S2, 683). Ce mycélium s'insinue dans le sol pour se nourrir; il peut de même pénétrer certains organes des animaux ou des plantes sur
Fig. 682, 683. — Clavaire. Mycélium.
lesquels plusieurs Champignons vivent en parasites. Les filaments du mycélium peuvent se rassembler en un corps dur, dit sclérole, comme est, par exemple, celui du Seigle ergoté, qu'on emploie en médecine.
Les principales divisions admises dans l'immense grouper des Champignons, correspondent en général à des modes de reproduction très différents. Nous énumérerons ici cinq de ces divisions: Schizomycètes, Basidiomy^ cètes, Oomycètes, Asconiycètes et Myxomycètes.
l' Schizomycètes. — Les plus simples et les plus petits des Champignons, les Schizomycètes (c'est-à-dire Champignons qui se reproduisent par segmentation), sont les Bactéries et les Vibrions, souvent aussi nommés Ferments figurés. On les voit se développer par milliards dans les liquides contenant des matières organiques en putréfaction. Dans divers liquides et notamment dans le sang de Thorarae ou des animaux atteints de maladies graves, on les voit également se multiplier en quantité prodigieuse. Ce sont des cellules sphériques ou des tubes, isolés ou réunis bout à bout, en chapelet ou en cylindre cloisonné. Primitivement unique, cet élément globuleux ou cylindrique s'allonge rapidement s'il est placé dans un milieu favo-
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l'able ; et suffisamment accru, il s'étrangle vers son milieu et se partage en deux êtres semblables chacun à ce qu'il était lui-même au début. Chaque moitié continue de se diviser de même. Dans un milieu qui ne fournit pas à la plante des aliments suffisants, ou si le liquide qui les lui transmettait se dessèche, le contenu de chaque élément se contracte en une spore, tantôt dormante, et tantôt végétant avec activité si le milieu qu'elle occupe est apiiroprié à sa nutrition. La formation de ces spores est donc intérieure, endogène.
Les ferments figurés peuvent aussi être des Letmresy Champignons plus grands, qui bourgeonnent dans cer-
FiG. 68-4. — Levure de bière.
tains milieux, comme les liquides sucrés, et qui, dans d'autres conditions, peuvent se reproduire par plusieurs spores formées dans chacun de leurs éléments primitifs. La plus célèbre de ces plantes est la Levure de bière ou Saccharomyces Cerevisiœ (fig. 684), en présence de laquelle les Uquides sucrés fermentent, se transforment en alcool, en acide carbonique et en quelques autres produits secondaires.
â'» Basidiomycètes. — Ces Champignons se reproduisent par des spores qui ne sont pas endogènes, mais
* Bauxon. — Bot., il. iie4«. 20
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bien exogènes. Il y a plusieurs formes de ces spores; mais les plus connues et aussi les plus faciles à observer sont celles de nos Agarics et notamment de n()tre vulgaire Champignon de couche (fig. 685). Nous avons vu que son blanc filamenteux représente ses organes de végétation. Planté sur des couches de fumier de cheval, dans
Fig. 685. — Agaric champêtre.
des caves ou des carrières sombres et humides, le mycélium produit de petits renflements, à peu près sphériques, qui grandissent rapidement et prennent peu à peu la forme des champignons tels qu'on les mange, avec un pied épais etun chapeau renflé, concave en dessous (1). Les bords de cette concavité sont d'abord reliés au pied par une membrane; mais quand celle-ci s'est rompue, on aperçoit
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la concavité toute tapissée de lames rayonnantes ou feuillets de ïhyménium. Ces feuillets verticaux (2, 3), suffisamment grossis, laissent voir leurs deux faces et 'leur bord inférieur libre tout chargés de spores qui proéminent dans l'air (4, 5). Chacune d'elles a un pied rétréci qui se rompt facilement quand la spore abandonne rhyméniura, et ces spores stipitées sont portées quatre par quatre sur des cellules saillantes qu'on nomme des basides; c'est de leur présence que les Champignons tels que les Agarics ont pris le nom de Basidiomycètes. Dans les Bolets, dont le plus connu est le Cèpe, les basides tapissent, non la surface de lames saillantes, mais celles de tubes verticaux qui recouvrent d'une couche continue la face inférieure du chapeau.
Les Urédinées qui, vivant parasites des végétaux, produisent sur leurs feuilles des taches blanches, noirâtres ou brunes, comme il arrive dans la Rouille du Blé, produite par un de ces Champignons, ont aussi des spores exogènes et supportées par des basides; elles sont souvent de plusieurs sortes dans une seule et même espèce.
3° Oomycètes. — Ces Champignons ont, comme les précédents, un mycélium tubuleux ; il n'est pas cloisonné. Il porte des spores et d'autres corps reproducteurs ou oospores (de l'existence desquelles est venu le nom A' Oomycètes). Les spores ordinaires sont petites et se forment dans l'extrémité dilatée d'une des branches du mycélium. Sorties de leur réservoir, elles se disséminent, germent et reproduisent un nouveau mycélium. Quant aux oospores, elles sont relativement très volumineuses; elles se produisent par une sorte de conjugaison et résultent du mélange du contenu de deux cavités différentes. Ces deux sacs sont pareils dans un grand nombre de ces petits Champignons qui se montrent sur les surfaces humides de beaucoup de substances organiques et qu'on nomme Moisissures {C\g. 688). Dans d'autres Oomycètes, notamment dans le Champignon parasite qui produit la maladie des Pommes de terre et qu'on nomme Perono-
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spora (flg. 655), les deux sacs sont dissemblables. Dans le plus volumineux (femelle) se forme l'oospore; et le
Fie. 686. — Pénicillium, Fig. 687. — Wiodocephalus.
plus petit (mâlç) se détruit peu après qu'il a versé son contenu daqs Tautre.
4* Ascomycètes. — Le nom de ces Champignons vient de ce que leurs spores sont endogènes y c'est-à-dire se développent dans l'intérieur d'asques qui sont des sporanges ou des thèques et qui en renferment le plus souvent chacun huit. La Morille comestible nous fournit un exemple vulgaire de Champignon Ascomycète. Sa ressemblance générale avec un Agaric à chapeau conique est assez grande. Mais son chapeau à elle est chargé de dépressions inégales, tapissées, d'une substance molle et brune. Une grande partie de cette substance est formée de sacs allongés qui sont les asques et renferment les spores. Ils sont entremêlés de sacs stériles et filamenteux. C'est un petit Champignon à asques qui produit sur le Seigle et d'autres cérérales la singulière déformation qu'on nomme Ergot, Le corps brun, étroit et allongé, arqué, qui est employé sous ce nom, n'est autre chose qu'un mycélium condensé ou Sclérote, développé sur un fruit de Seigle altéré ; niais en semant cet ergot, on
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peut lui faire produire des petits pieds surmontés d'une tête dont la couche extérieure est creusée d'asques desquels sortent finalement les spores.
Les Truffes (fig. 689) sont aussi des Champignons Ascomycèles, dont les spores se montreront renfermées en petit nombre dans des asques eux-mêmes enchâssés dans l'épaisseur d'une masse charnue, à surface souvent noirâtre et qui est la truffe telle que nous la mangeons.
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FiG. 688. — Ascophora Mucedb.
5° Myxomycètes. — Ce sont, comme l'indique leur nom, des Champignons muqueux, formés d'une sorte de mycélium visqueux et mobile, vivant sur des végétaux en décomposition. Ce n'est autre chose qu'un proloplasma locomobilequise déforme sans cesse en engluant les corps qu'il rencontre de ses prolongements et de ses bras irréguliers et temporaires (fig. 690). Cette particularité a porté plusieurs auteurs à ranger ces masses parmi les animaux, sous le nom de MycétozoaireSi Mais quand l'époque de la reproduction est arrivée, la nature de ces
plantes se révèle par leur condensation en une masse . dans laquelle se forment des spores entourées d'un sac qui se rompt ensuite pour les laisser sortir. Les Fleurs de tan qui se développent sur la tannée, sont des Myxo-
FiG. 689. — Tru/fe noire, entière et coupée on long. Portion (très grossie) de son tissu. Extérieurement se voit la croûte ou écorce dure et foncée de la Truffe. Plus intérieurement, au milieu d'une substance filamenteuse, les sporanges contenant les spores. Sporange (grossi davantage), renfermant des spores, et spore isolée (plus fortement grossie encore).
mycètes nommés ^thaliunif sur lesquels on peut suivre toutes les phases de cette évolution.
Les usages des Champignons sont assez nombreux. Beaucoup d'entre eux sont comestibles, notamment parmi les Bolets, les Agarics, les Morilles et les Truffes. Mais un
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grand nombre d'espèces des deux premiers genres sont vénéneuses, sans qu'on puisse d'une manière absolue indiquer des caractères généraux qui distinguent les
FiG. 690. — 3Iyxomycète,
espèces utiles des espèces nuisibles. Le Polypore du Mélèze et TErgot de Seigle sont des médicaments actifs. L'amadou se fait avec le Polypore-amadouvier et quelques espèces voisines.