LIV. II. ClIAP. I. MàTALX ET ALLIAGES
du platine et de l’aluminium, tous les autres métaux s’emploient exclusivement h l’élat d’alliages; encore le fer est-il, des métaux que nous venons d’indiquer, le seul qui ne donne pas d’alliages intéressants. Chaque application industrielle exige, en effet, des propriétés particulières que ne présente pas toujours un métal isolé, mais qu’on peut obtenir parmi mélange convenable.
Ainsi l’or et l’argent sont mous ; ils s’useraient trop rapidement, si on les employait à l’état de pureté pour en faire des monnaies ; on leur donne la dureté qui leur manque, sans leur enlever la couleur, l’éclat et l’inaltérabilité qui les font rechercher, en y incorporant un dixième de cuivre. Il en est de môme dn cuivre (cuivre rouge) ; mais si on l’allie au zinc, on obtient le laiton, alliage d’une belle couleur jaune, facile à travailler, quoique plus dur que le cuivre. Le laiton a néanmoins l’inconvénient de se déchirer sous l’outil quand on veut le tourner; on le rend, au contraire, très-propre à cet usage en y ajoutant une petite quantité de plomb.
Ces exemples suffisent pour montrer qu’un alliage est véritablement un métal industriel d’une importance souvent plus grande que celle des métaux qui le constituent.
499. fi-es alliag^es sont des composés définis. — LeS alliages SOnt également intéressants au point de vue scientifique. Ce ne sont pas seulement des mélanges de métaux doués de telle ou telle qualité particulière, ce sont en réalité de véritables combinaisons, ordinairement dissoutes dans un excès de l’un des métaux qui les constituent.
Nous retrouvons en effet, dans les circonstances qui accompagnent l’union des métaux et dans les propriétés des produits qui en résultent, tout ce qui caractérise la manifestation de l’affinité, c’est-à-dire le dégagement de chaleur et de lumière, la composition définie des produits, jointe à une forme cristalline déterminée et à un ensemble de propriétés différentes de celles des corps constituants.
On introduit successivement dans un verre bien sec, contenant du mercure, de petits morceaux de sodium bien dépouillés d’huile de naphte; onles enfonce dans le mercure à l’aide d’une baguette de verre, avec laquelle on les comprime contre le fond du vase ; le frottement mettant a nu une surface métallique bien polie que peut mouiller le mercure, le sodium se dissoudra en produisant un bruit strident analogue à celui que produit un fer rouge plongé dans l’eau. Ce phénomène est dû au dégagement considérable de chaleur qui accompagne la combinaison; aussi le mercure s’échauffe-t-il considérablement, à mesure que l’on ajoute le sodium. En le laissant refroidir, il se dépose au milieu du liquide de longues aiguilles d’un alliage blanc et brillant, de composition bien définie, qu’on sépare de l’excès de mercure par décantation.
CHIMIE INORGANIQUE
Le platine, l’iridium, l’or, le rhodium, le ruthénium et l’argent s’unissent à l’étain avec dégagement de chaleur; si l’étain est en excès, on obtient par refroidissement un culot métallique assez semblable à l’étain au premier aspect ; mais, si on le traite par l’acide chlorhydrique concentré pour dissoudre l’excès d’étain, il reste des cristaux, souvent volumineux (surtout pour le ruthénium et l’étain), d’un alliage, à proportions définies, d’étain et du métal précieux. Ces alliages sont inattaquables par l’acide chlorhydrique concentré, qui dissout si facilement l’étain ; ils sont, au contraire, solubles dans l’eau régale, lors même que le métal précieux qui les forme (rhodium, ruthénium, iridium) y est absolument insoluble à l’état de liberté.
Il ne faut pas croire néanmoins que les alliages industriels soient toujours le résultat de la dissolution d’une seule combinaison bien définie dans un excès de l’un des métaux ; plusieurs combinaisons peuvent coexister dans le même alliage. On peut le démontrer au moyen de l’un de ces alliages ternaires fusibles au-dessous de 100°, que l’on obtient en proportions convenables (503) de l’étain^ du plomb et du bismuth. On chauffe un de ces alliages vers 230°, on y plonge un thermomètre à mercure, et on laisse refroidir ; le thermomètre baisse d’abord régulièrement jusqu’à un certain degré, où il reste stationnaire pendant un certain temps, au bout duquel il redescend encore pour s'arrêter de nouveau. On ne peut expliquer cet arrêt dans le refroidissement qu’en admettant, dans la masse fondue, la production d’un alliage moins fusible que le reste, qui se solidifie d’abord ; le changement d’état est alors accompagné d’un dégagement de chaleur qui rend le thermomètre stationnaire. Chaque arrêt correspond donc à la formation de combinaisons de plus en plus fusibles.
En résumé : 1° les métaux peuvent contracter entre eux de véritables combinaisons chimiques ; 2° les alliages sont, le plus souvent, formés par la réunion d’une ou de plusieurs de ces combinaisons, avec excès de l’un des métaux constituants.