AU PAPIER DE TOURNESOL
608. Du sel neutre. — Les sulfates de potasse, de soude, d’argent, re- . présentés par la formule générale RO,SO^, sont neutres au papier de I tournesol, mais les sulfates de zinc, de fer et de cuivre, etc., de même
composition, ont une réaction légèrement acide au tournesol. On ne peut cependant pas les désigner sous le nom de sulfates acides, il en lésulle
:^80 CHIMIE liNOHGAr^lQLE.
rait une confusion regrettable, puisqu’on serait naturellement porté à les considérer comme analogues des sulfates acides de potasse, de soude, de composition et de propriétés générales bien différentes. Il convient donc d’examiner de plus près la valeur du caractère donné parles réactifs colorés.
609. Composition de la teinture île tournesol. La teinture bleue de tournesol est un sel résultant de l’union d’un acide végétal rouge et d’une base, qui est ordinairement la soude. Si on la traite par un acide, celui-ci enlève la majeure partie ou môme la totalité de la base s il a pour cette base une affinité bien supérieure à celle de l’acide végétal; et cet acide végétal, mis en liberté, colore le liquide de sa couleur propre, qui est le rouge-pelure d’oignon. Un acide n’ayant pour la soude qu’une affinité comparable à celle de l’acide végétal, décompose une portion seulement de sa base et le transforme en un sel acide qui a une couleur vineuse. Les bases, au contraire, agissent sur la teinture rouge en formant un sel bleu avec son acide. Quand on fait réagir la teinture bleue de tournesol sur un sel, on doit admettre qu’il y a décomposition réciproque et partage entre les éléments de la teinture et ceux du sel, comme on l’a démontré précédemment (595). Si ce dernier est du sulfate de cuivre, l’acide sulfurique, plus avide de soude que l’acide végétal, s’empare de la majeure partie de cette base, et l’acide végétal mis en liberté s’unit alors à l’oxyde de cuivre. Ce sel a une couleur rougeâtre: de là, le phénomène de coloration observé. Avec le sulfate de potasse il ne se produit rien d’apparent, car, dans le partage des éléments, l’acide végétal est toujours saturé par l’alcali qui donne avec lui un sel bleu. Les divers changements survenus dans la couleur de la teinture de tournesol 1 nous indiquent donc seulement des partages divers entre les éléments des corps mis en présence, et ne nous apprennent rien, en définitive, sur la constitution intime des corps. Il arrive même qu’une substance présente la réaction acide sur une matière colorante, et sur d’autres une réaction alcaline. Ainsi l’acide borique rougit faiblement le tournesol, tandis qu’il bleuit l’hématine comme les alcalis. L’acétate de plomb produit les mômes effets. On voit donc tout ce qu’il y a de vague dans ces dénominations de sels neutres, basiques ou acides, employées par les anciens chimistes et fondées sur l’emploi de tels réactifs.
1 L'acide sulfurique mis en présence d’une dissolution de ])orate de soude s’empare de " la totalité de la base. On le démontre en versant goutte à goutte de l’acide sulfurique dans > une dissolution de borax colorée par la teinture bleue de tournesol ; on voit dès le commencement de l’opération le tournesol prendre la couleur rouge vineux que produit l’acide > borique en présence de cette liqueur; une trace d’acide sulfurique libre produirait la ‘ couleur pelure d’oignon ; mais ce n’est que lorsque toute la soude a élé saturée par l’acide » sulfurique qu’on voit se produire cette couleur, si l’on verse encore dans la liqueur une ^ trace d’acide sulfurique.
UV. II. CIIAP. VI. ÉQUIVAIÆMS CII 1 MIQL' i:S.
GIO. R>éfiiiitioii actuelle du sel neutre. — Aujourd’hui, OU COUVieul que le sel neutre représente un sel de composition déterminée, ou type variable d’un genre à l’autre, mais constant pour un même genre. Ainsi, on donne le nom de sulfates neutres à ceux qui ont la composition des sulfates de potasse, «de soude, véritablement neutres au papier de tournesol. On définit donc le sulfate neutre celui qui contient trois fois plus d’oxygène dans l’acide que dans la base.
Dans les azotates, les chlorates, les bromates neutres, etc., la quantité d’oxygène de l’acide est quintuple de celle de la base, parce que cette composition est celle des sels de potasse de ces acides, neutres au papier réactif.
611. Conséquences. — Ces définitions acceptées, l’équivalentdel’oxyde de zinc, par exemple, est donné par la quantité de cet oxyde qui s’unit à 40 d’acide sulfurique pour former le sel de même composition que le sulfate neutre de potasse,
Zn0,S03.
L’équivalent du zinc est alors le poids de zinc qui s’unit à 8 d’oxygène, ou, ce qui revient au même, qui entre dans la quantité d’oxyde combinée à 40 d’acide sulfurique dans le sel de composition précédente. Cette remarque permet de déterminer l’équivalent de la plupart des bases métalliques et de leurs métaux.
612. iSuiiites. — Le choix de la composition du sel neutre pour les sulfates, azotates, etc., était naturellement indiqué; mais il n’en est plus de même pour les genres des acides suivants.
L’acide sulfureux forme avec les alcalis deux espèces de sels; ceux que l’on obtient en faisant passer l’acide jusqu’à refus dans la dissolution alcaline contiennent quatre fois plus d’oxygène dans l’acide que dans la base. Ces sels, mélangés avec une quantité de base égale à celle qu’ils renferment, donnent de nouveaux sels cristallisables, dans lesquels l'acide ne contient plus que deux fois autant d’oxygène que la base, i Les deux espèces de sels ont une réaction alcaline sur le tournesol, et ! les sulfites des autres oxydes sont généralement insolubles. On ne connaît donc, en réalité, aucun sulfite véritablement neutre. On a pris pour i type des sulfites (ou improprement pour sulfite neutre) le sel de compoi sition
parce que l’on a remarqué que cette composition est celle du plus grand nombre des sulfites métalliques. On admet donc que dans les sulfites neutres Voxyg'ene de l'acide est double de celui de la base.
L’équivalent de l’acide sulfureux est alors l'eprésenté par 32, pan;e que ce nombre exprime la quantité d’acide sulfureux qui s’unit a un equiNa-
CHIMIE INORGANIQUE
lent d’une base quelconque pour former le sel de composition acceplee pour type du sel neutre.
613. Carbonates. — Quoique l’acide carbonique s unisse entrois proportions avec la potasse ou la soude, aucun des sels cristallisés qui en résultent n’est neutre au tournesol ; tous ont une réaction alcaline. Les autres carbonates sont insolubles. 11 faut donc faire une convention sur
la composition du carbonate neutre.
Dans celui qui contient le plus d’acide carbonique, l’oxygène de l’acide est quadruple de celui de la base; dans le second, le rapport est de 3 a 1, et enfin dans ceux qui en contiennent le moins, le rapport est de 2 à 1.
On admet que ce dernier rapport exprime la composition du carbonate neutre, parce que les carbonates de chaux, de baryte, de strontiane, de magnésie et de fer, qu’on trouve abondamment dans la nature, sous les formes cristallines les plus nettes, ont précisément cette composition exprimée par la formule RO,CO^.
Les deux autres carbonates seront alors représentés par les formules * 2R0,3C02 (sesquicarbonate), R0,2C02 (bicarbonate).
614. Équivalent de l’acide carbonique. — L’équivalent de l’acide car . boni que est donc la quantité de cet acide qui se combine à un équivalent de base, soit à 47 de potasse, pour former le sel de formule RO, COL II est représenté par le nombre 22.
613. Remarque. — Les conventions que nous venons de faire pour déterminer les équivalents des acides sullureux et carbonique ne sont pas nécessaires. On comprend qu’elles varient avec l’importance qu’on i accorde à tel ou tel genre de considérations. Aussi un certain nombre de chimistes, en s’appuyant sur ce fait, que lesbicarbonat.es alcalins R0,2C02sont presque neutres au papier de tournesol, et sur d’autres encore qui ne peuvent trouver place ici, ont admis que le véritable carbonate neutre contenait quatre fois plus d’oxygène dans l’acide que dans la base. LeS'
1 Les sels acides contiennent assez d’eau d’Iiydratation pour qu’on puisse, en considë-rant l’eau comme une base, les envisager comme des sels doubles et neutres. Ainsi, le bisulfate de potasse