POTASSIUM. SODIUM. COMPOSÉS PRINCIPAUX. POUDRE
69 1 . Importance du potassium et du sodium. — Ccs deux metaux, par l’énergie de leurs affinités, constituent les deux réducteurs les plus puissants que nous connaissions, mais ils tirent surtout leur importance de leurs combinaisons. La potasse, combinée à la silice, entre dans la coni- 1 position du feldspath et du mica, et par conséquent dans celle de toutes les roches granitiques qui ont ces minéraux pour principes constitutifs. Tous les produits de désagrégation de ces roches, et notamment la terre arable, en contiennent de notables quantités.
Elle est combinée aux acides végétaux dans les sucs des plantes, ce qui \ fait qu’on la retrouve dans les cendres de ces plantes ; elle est unie à l’a- 1 eide phosphorique dans les tissus des animaux, elle existe à l’état de chlorure dans l’eau de mer.
Le sodium est aussi très-abondant dans la nature. On le trouve h l’état de soude dans un grand nombre de silicates naturels, à l’état de carbonate, de sulfate et de borate de soude natifs ; mais c’est surtout combiné au chlore (sel marin, sel gemme) qu’il est le plus commun. Tous les végétaux contiennent des sels de soude, etprincipalement de l’oxalate. On trouve également dans l’organisme animal du chlorure de sodium et divers sels de soude.
Si l’on veut avoir une idée de la profusion avec laquelle ces deux corps sont répandus dans la nature, il faut se figurer que les gisements de sel N gemme connus soient rassemblés en un seul point du globe : ils pourraient i recouvrir une étendue de terrain de 30 lieues de longueur et 20 lieues i de largeur, sur une épaisseur de 100 mètres environ. Celte masse de sel, i qui contiendrait environ 900 milliards de mètres cubes, ne représente I' pas la deux-centième partie de la quantité de sel contenue dans 1 eau I des mers qui recouvrent notre globe.
Si, d’un autre côté, on tient compte de la masse immense de gianite
CHIMIE INORGANIQUE
dont line grande partie de l’écorce terrestre est formée, et de ce fait, que la soude, même dans la mer ou dans les végétaux marins, est toujours accompagnée d’une notable proportion de potasse, on arrivera à cette conclusion, que ce corps est tout aussi abondant que la soude dans la nature. Toutefois la soude s’extrait principalement des dépôts marins, de la mer ou des végétaux qui croissent dans son sein; la potasse s’extrait plus exclusivement des végétaux terrestres, qui la prennent au sol.
Les propriétés du sodium et de ses combinaisons sont, à peu de chose près, les mêmes que celles du potassium et des combinaisons correspondantes; il est donc utile de ne point séparer l’étude de ces deux corps, et il suffira de faire l’histoire des principaux composés de l’un de ces métaux; . à l’aide de quelques caractères différentiels, les propriétés des combi-j naisons correspondantes de l’autre nous seront exactement connues.
692. Historique de la découverte de ces métaux. — Cette découverte, due à Humphry Davy (1807), fait époque dans l’histoire de la chimie. Jusque-là, la potasse et la soude étaient considérées comme des corps simples, quoique l’ensemble de leurs propriétés, et notamment la faculté de former des sels avec les acides, les rapprochât des composés oxygénés des métaux connus. Cette analogie de propriétés se trouva naturellement expliquée par la découverte de leurs métaux, et l’on admit alors que toutes les bases contenaient un métal uni à l’oxygène. Cette vue reçut des expériences ultérieures de M. AYôhler une éclatante confirmation. Cet illustre chimiste parvint, en 1827, à isoler les métaux des bases terreuses, telles que l’alumine, la glucine et la zircone.
693. i^xpérieiices de Davy. — On place un morceau de potasse légèrement humectée sur une plaque de platine communiquant avec le pôle positif d’une pile puissante, et l’on met l’autre face du morceau de potasse en contact avec un fil de platine attaché au pôle négatif. On voit alors se former autour de l’extrémité de ce fil une multitude de petits globules métalliques semblables à ceux du mercure, qui parfois s’enflamment et brûlent vivement dans l’air en reproduisant de la potasse. Ces globules sont formés par le radical métallique de la potasse, le potassium. On l’obtient plus facilement et en plus grande quantité môme avec des piles assez faibles, en versant sur du mercure, contenu dans un creuset de platine qui sert de pôle négatif, une dissolution très-concentrée dépotasse caustique dans laquelle se trouvent encore des fragments de potasse non dissoute; le pôle positif de la pile, terminé par un fil de platine, plonge dans la dissolution; on voit le mercure s’épaissir peu à peu, il s’y produit des cristaux métalliques d’apparence cubique, constitués par un amalgame de potassium bien moins altérable que le métal pur L L'eau et
1 L’idée clese servir du mercure comme conducteur électro-négalif, est due à Berzelius et à de Pontin (1808). L’emploi du mercure facilite singulièrement la réduction des oxydes