LIV. III. CIIAI\ XI. SULFl'Ki^ D’AHGEMT
Ce chlorure devient rapidement violet sous rinlluence des rayons solaires; en perdant la moitié de son chlore, il fond vers 400” en un liquide transparent, 'et prend l’apparence de la corne en se solidifiant (argent corné). L’hydrogène le réduit facilement à chaud et à froid, s’il est à l’état naissant. Ainsi, en mettant du chlorure d’argent en présence de l’acide chlorhydrique étendu et d’une lame de zinc, on régénère l’argent I métallique; pendant toute la durée de la réduction, on n’observe aucun j dégagement de gaz sur les parties du zinc au contact du chlorure. Celte réaction est souvent employée pour retirer l’argent du chlorure.
Les acides azotique et sulfurique, môme concentrés, sont sans action sur le chlorure d’argent, mais l’acide chlorhydrique concentré et houil- I lant le dissout et le laisse déposer sous forme cristalline par refroidissement. Les chlorures alcalins concentres le dissolvent et forment avec lui ; des chlorures doubles, décomposables par l’eau. Mais ses véritables dis- I solvants sont l’ammoniaque, 1 hyposulfite de soude et le evanure de po- I tassium; sa dissolulion ammoniacale exposée à l’air, dans l’obscurité,
I donne, en perdant son ammoniaque, des cristaux octaédriques volumi- I lieux de chlorure d argent, semblables aux cristaux naturels.
La potasse et la soude décomposent le chlorure d’argent à l’ébullition et produisent de l’oxyde d’argent cristallin.
Bromure et iodure d’argent.
1008. Le bromure et l’iodure d’argent ont les plus grandes ressem- I blances avec le chlorure d'argent. Le bromure est blanc comme le chlo- £ rure d argent, mais il est moins soluble dans l'ammoniaque; l’iodure < est jaunâtre et à peu près insoluble dans l'ammoniaque. Ces ti'ois corps J sont employés dans la photographie. Ils existent dans la nature et coni stituent des minerais d’argent.
Sulfure d’argent.
1000. Le sulfure d’argent peut s’obtenir par l’action directe du soufre sur l’argent; on le trouve dans la nature en octaèdres réguliers giisâtres et possédant un certain éclat. Sous l’influence de l’oxygène, il se trans- : lorme au rouge en sulfate d’argent, qu’une chaleur plus élevée décompose; l’acide chlorhydrique et le chlore le transforment à chaud en chlorure d’argent.
Le plus souvent, le sulfure d’argent est combiné aux sulfures d’arsenic etd antimoine (sulfoarséniures, sulfoantimoniures); la composition deccs corps est représentée par les formules
3AgS,Sb2S3, 3.AgS,AsS3.
CHIMIE INORGANIQUE
' CARACTÈRES DES SELS d’aRGENT.
1010. Les sels d’argent sont généralement incolores, leur saveur esM métallique; ils sont vénéneux. Le fer, le zinc, le cuivre et même le mercure en précipitent l’argent. Le protosulfate de fer produit le même effet. L’acide sulfhydrique y produit un précipité noir ; l’acide chlorhydrique et les chlorures y donnent un précipité de chlorure facile à reconnaître (1007). L’ammoniaque donne un précipité dans les liqueurs^ neutres, soluble dans un excès de réactif. L’acide sulfurique précipite les sels d’argent en solutions suffisamment concentrées.
1011. Aiialogfies «les sels «l’arguent. — Les sels d’argent ont avec leS' sels de potasse les analogies les plus marquées. Ainsi les sulfates et l’azo-ilate d’argent sont isomorphes du sulfate et de l’azotate de potasse;: l’oxyde d’argent est d’ailleurs une base puissante et capable de saturer les acides aussi complètement que la potasse.
D’un autre côté, le chlorure d’argent se rapproche surtout par soni insolubilité des sous-chlorures de mercure et de cuivre. Le sulfure d’argent se trouve fréquemment associé à son isomorphe, le sous-sulfure de cuivre. Ces raisons conduiraient à admettre pour formule des chlo-rures et du sulfure d’argent les symboles Ag^Cl et Ag-S. L’oxyde d’argenti deviendrait alors Ag^O et l’équivalent de l’argent la moitié de celuique nous avons admis dans ce chapitre. Ce nouvel équivalent satisferait à la loi des chaleurs spécifiques. On voit ainsi, comme nous l’avons> déjà indiqué, que rien dans les analogies chimiques ne s’opposerait à représenter la potasse et l’oxyde d’argent par le symbole R’^0.
ALLIAGES d’argent.
1012. L’argent est rarement employé à l’état de pureté; ses principauxv alliages sont ceux qu’il forme avec le cuivre ; ils sont plus durs et moins > altérables que l’argent lui-même; aussi servent-ils à confectionner lesmonnaies et les objets d’orfèvrerie. Nous rappellerons la composition
des principaux alliages.
Argent.
Cuivre.
Tolérance
Monnaies
Médailles
Vaisselle et argenterie
nîîniitnrip .........
La fixbrication de ces divers alliages est soumise en France ii un con-
UV. m. CHAP. XI. ESSAI DES MATIÈRES D’ARGENT.
trôle rigoureux. Leur litre est vérifié dans les bureaux de garantie et ne doit pas s’éloigner, en dessus ou en dessous du litre légal, delà petite quantité désignée sous le nom de tolérance. 11 faut bien remarquer que cette tolérance est nécessaire, car les phénomènes de liquation sont un obstacle absolu à la confection d’alliages d’argent homogènes d’un litre déterminé. La tolérance indique la limite de l’exaclilude qu’on peut pratiquement atteindre.
ESSAI DES MATIÈRES d’aRGENT.
L’essai des matières d’argent se fait par deux procédés bien distincts : par la coupellation ou par la voie humide.
i0l3. Coupellation. Le procédé remarquable, connu des alchimistes, repose sur les faits suivants : l’argent est inoxydable à la température de sa fusion; tous les métaux communs s’oxydent au-dessous de celte température. L’oxyde de plomb (litharge) est fusible au rouge, et quand il est fondu, il possède la propriété de dissoudre un grand nombre i d’oxydes métalliques peu fusibles, comme l’oxyde de cuivre.
Si donc on met dans une petite capsule poreuse en poudre d’os {coui j)elle) un alliage d’argent et de cuivre en contact avec une quantité suffi- I santé de plomb, à une température suffisamment élevée et sous l’in- 1 fluence oxydante de l’air, il se produit de la litharge, qui dissout l’oxyde \ de cuivre; comme cette litharge mouille la coupelle, elle s’insinue peu à i peu dans ses pores, tandis que l’argent se rassemble en un bouton métal- ’ lique et reste à la surface.
L’expérience a montré que la quantité de plomb nécessaire à la dissoi lution facile de l’oxyde de cuivre variait avec le litre de l’alliage; on a : trouvé que pour 1 gramme d’alliage il fallait :
Titre de l’alliage.
Au-dessous, jusqu’à 100
Plomb nécessaire à l’affinage.
3 grammes.
IG à 17 —
L’opération s’effectue de la manière suivante. On chauffe d’abord les coupelles dans un moufle, c’est-à-dire dans un demi-cylindre en terre réfractaire, entouré de charbon incandescent. Ce moufle, fermé à 1 une de ses extrémités, porte quelques ouvertures étroites qui ne laissent pas le combustible pénétrer dans son intérieur, mais qui permetlent à 1 aii intérieur de s’échapper dans le fourneau; elles servent donc à pioduire
CniMlli: INORGANIQUE.
un tirage dans l’intérieur du moufle. Le fourneau où se fait celte opération a reçu le nom de fourneau de coupelle [fig. i53).
Quand la coupelle est suffisamment chaude, on y introduit la quantité de plomb nécessaire, le métal fond et se recouvre d’une pellicule d’oxyde; avec une pince, on dépose à sa surface l’alliage entouré d’un petit morceau de papier, qui fournit en brûlant assez de gaz réducteurs pour réduire tout l’oxyde de plomb formé; l’alliage d’argent, au contact du plomb métallique chaud, fond rapidement et se transforme en alliage ternaire. Dans l’atmosphère oxydante du moude, le plomb se transforme
bientôt en litharge, qui recouvre le bouton d’une pellicule à la surface de laquelle se meuvent rapidement des globules d’oxyde; la litharge s’absorbe peu à peu, et lorsque l’opération est près d’étre terminée, la couche d’oxyde recouvrant le mêlai devient assez mince pour produire le phénomène de coloration des lames minces : c’est ce que l’on appelle Vins; un instant après, la surface métallique, couverte jusque-lù par l’oxyde, se découvre et projette une lueur passagère. Ce phénomène est dû à ce que, l’oxydation du plomb dégageant beaucoup de chaleur, le bouton d’argent se trouve dans la coupelle à une température supérieure à celle du moufle; il est donc très-brillant au moment où il se découvre, mais, en descendant rapidement ù la température du mouHe, il perd beaucoup de son éclat. On désigne ces changements rapides sous le nom
UV. III. ClIAP. XI. ESSAI DES MATIÈRES D’ARGENT. H83
^'éclair. L’opération terminée, on rapproche la coupelle de l’ouverture du moufle, afin de refroidir lentement l’argent, pour qu’il puisse se solidifier sans rocher (1002) ; la solidification effectuée, on détache le boulon de la coupelle en y faisant tomber un peu d’eau froide.
Ces essais ne donnent jamais le tilre exact, mais un titre approché de l à 5 millièmes, par suite de la volatilisation et de la pénétration dans la coupelle d’une partie du métal ; en faisant un essai sur de l’argent pur placé dans les mêmes circonstances, on détermine approximativement la perte due k leur influence. Le procédé suivant, dû à Gay-Lussac, est, au contraire, d’une exactitude et d’une facilité d’exécution remarquables; aussi l’a-t-on substitué dans tous les hôtels de monnaies au procédé de la coupellation.
1014. Voie iitimide. — Si l’oii verse dans la liqueur obtenue en dissolvant l’alliage d’argent et de cuivre dans l’acide azotique, une dissolution de chlorure de sodium, on précipite du chlorure d’argent, qui se rassemble facilement au fond du vase; la liqueur limpide retient tout le cuivre.
On a constaté par l’expérience qu’il fallait 0^‘‘,541 de chlorure de sodium pur pour précipiter 1 gramme d’argent de ses dissolutions; on fait alors une liqueur contenant cette quantité de chlorure par décilitre (liqueur normale), puis une dissolution décime contenant la même quantité de sel marin dans 1 litre d’eau; il est clair que 1 centimètre cube de la liqueur décime précipite 1 milligramme d’argent.
On dissout ensuite 1^%1148 de monnaie dans un flacon de 1/4 de litre chauffé au bain-marie, contenant 5 à 6 centimètres cubes d’acide azotique; ce poids, 1^'‘,1I48, contiendrait 1 gramme d’argent, si le titre de l’alliage était de 897/1000. Après avoir chassé les vapeurs nitreuses qui colorent l’atmosphère du flacon, en y insufflant de l’air, on y laisse tomber, avec une pipette jaugée, 1 décilitre de la liqueur normale de sel marin, qui produit un abondant précipité. Si le titre de l’alliage est supérieur à 897, il restera nécessairement de l’argent dans la liqueur; pour le doser, on ajoutera à la liqueur éclaircie 1 cenlimèlre cube de la liqueur décime, on précipitera ainsi 1 milligramme d’argent; en répétant celte opération jusqu’au moment où l’addition d’un nouveau cenlimèlre cube de liqueur décime ne trouble plus la liqueur, on connaîtra, par le nombre de centimètres cubes employés à compléter la précipitation de l’argent, le nombre de milligrammes qu’il faut ajouter à 1 gramme pour obtenir la quantité d’argent contenue dans le poids d’alliage essayé. Toutelois, comme rien ne prouve que le dernier centimètre cube qui a produit un précipité ait été totalement employé, on admet que la moitié seulement a servi. Si donc le cinquième centimètre n’a plus produit de précipité, le
litre de l’alliage sera exprimé par la fraction — 900,5.
CHIMIE INORGANIQUE
II peut arriver que le premier centimètre cube de liqueur décime de sel marin ne produise pas de précipité dans la liqueur; dans ce cas, le titre de 1 alliage est égal à 897/1000 ou il lui est inférieur, Ualliage est
lejete, mais, comme il peut être utile de connaître son titre, on procède de la manière suivante :
On prend une liqueur décime d’argent, contenant i gramme d’argent! par litre, et l’on en verse 1 centimètre cube dans le flacon, pour préci-piter complètement le chlore du centimètre cube de liqueur décime de sel marin ajouté. Si l’on introduit ensuite la liqueur décime d’argent, centimètre par centimètre, et que l’on trouve que le quatrième ne produise Iflus de trouble, on en conclura que les 1,1148 d’alliage contiennent 1 gramme moins 2,5 milligrammes d’argent; le titre cherché est donc
Dans les hôlels des monnaies, on fait à la fois 100 litres environ de liqueur normale salée, et on la renferme dans des vases métalliques étames; comme la température change son titre en faisant varier son voume, Gay-Lussac a établi des tables qui permettent de connaître la quantité de sel contenue dans la liqueur h r, en supposant qu'elle en contienne réellement 0,541 par litre à 15». Mais il est tout aussi simple e aire chaque jour un essai sur 1 gramme d’argent pur, afin d’apprécier le titre de la liqueur salée; si l’on trouvait qu’il faut 1 décilitre dé iqueur normale, plus 1 centimètre cube de liqueur décime, on en conc urail que le litre de la liqueur salée est exact à 1 demi-millième près, * * «ierni-millième de tous les titres trouvés.
' -1 a ~ La méthode par voie humide, si exacte qua’nd il
s agit de déterminer une quantité un peu considérable d’argent, est tout à lait insuffisante pour constater la présence de traces d’argent dans une ma leie, la coupellation devient alors bien préférable. C’est avec cette
^''ilaguti, Durocher et Sarzeaud ont pu constater des mil lomemes d argent dans les produits d’évaporation de l’eau de la mer.
OR, Au = 98,?.
I’"®- — L’or du commerce est ordinairement allie à des matières étrangères, et notamment au cuivre (or des
monnaies). Pour le purifier, on le dissout dans une eau régale conlenani un e.xces d acide chlorhydrique; on évapore pour chasser tout l’acide azotique et l’on reprend par l’eau distillée. On dissout ainsi l’or, le cuivre, etc., mais l'argent reste à l’élal de chlorure insoluble. On verse dans
uv. 111. CHAP. XI. CllLORURES D’OR. 5S5
la liqueur filtrée une dissolution de sulfate de fer qui précipite tout For; les autres métaux restent dans la liqueur. Ce précipité, lavé à l’acide chlorhydrique, puis séché, est fondu au rouge vif avec un peu de nitre et de borax. L’or pur se rassemble en un culot au fond du creuset; les traces de métaux étrangers qu’il aurait pu entraîner sont oxydées par le nitre et dissoutes par le borax.
i017. Propriétés. — On connaît la belle couleur jaune de l’or et l’éclat . remarquable qu’il prend par le polissage. C’est le plus ductile et le plus malléable de tous les métaux ; on le réduit en lames de 1/tOOOO de millimètre,"qui laissent passer une lumière verte complémentaire de la lumière réfléchie par le métal. C’est le plus lourd des métaux usuels après le platine; sa densité est égale à 19, .5. Il est un peu moins fusible que le enivre et l’argent; il fond à 1200" environ et donne un liquide vert bleuâtre qui n’émet pas de vapeurs sensibles à cette température. Cependant on le volatilise facilement dans la flamme du chalumeau à hydrogène et oxygène en une belle vapeur. Par refroidissement lent, l’or cristallise en octaèdres réguliers.
C’est, avec le platine, le plus inaltérable des métaux usuels; il ne se ternit à Pair dans aucune circonstance. Le chlore et le brome sont les seuls métalloïdes capables de l’attaquer à froid; il se combine avec l’arsenic et le phosphore à chaud; l’action des autres métalloïdes est nulle. Il s’allie avec presque tous les métaux, et notamment avec le mercure, qui le dissout très-facilement.
Aucun acide simple ne l’attaque, l’acide sélénique excepté; Veau régale seule le dissout; les alcalis et les azotates alcalins ne l’altèrent point ; mais il se dissout dans les polysulfures alcalins,, par suite de la tendance du sulfure acide d’or à se combiner avec les sulfures alcalins.
OXYDES d’or.
1018. L’or forme deux oxydes : le sous-oxyde, Au^O, que l’on obtient en décomposant le sous-chlorure d’or, Au^Cl, par la potasse; c’est une poudre d’un violet foncé, peu stable, que l’acide chlorhydrique décompose en donnant du sesquichlorure d’or et de l’or métallique.
Le sesquioxyde d^or, Au^O^^, est une poudre brune, décomposable à 240" en or et oxygène. Cet oxyde se combine facilement aux bases et produit des combinaisons salines bien définies (aurates); on le prépare en portant à l’ébullition un mélange de chlorure d’or et de carbonate de soude.
' CHLORURES d’oR.
1019. Le sesquichlorure d’or, Au-GP, constitue la principale dissolution d’or; on l’obtient en dissolvant l’or pur dans l’eau régale; il se combine
alors a\ec 1 acide chlorhydrique et se dépose de la dissolution acide en ongs cristaux jaunes (Au^GI^ HCl); mais si l’on évapore la dissolution jusqu au point où elle commence à dégager du chlore, elle se prend par re roidissementen une masse rouge foncé, cristalline et déliquescente, de c orure, Au^Ch'^, dont la dissolution est orangée. Une douce cha'eur la transforme en sous chlorure d’or, Au^Cl, blanc jaunâtre, insoluble dans eau et décomposahle par l’eau bouillante.
Le sesquichlorure d’or forme avec les chlorures alcalins des combinaisons doubles bien cristallisées et solubles dans l’eau.
CYANURES d’or.
1020. Le cyanure d’or, Au^Cy3, a peu d’intérét, mais il donne avec le cyanure de potassium une combinaison employée dans la dorure galvanique. Elleseproduitquand onmélangeune dissolution neutre etchaude de chlorure d’or avec une solütion chaude et concentrée de cyanure de
potassium. Par refroidissement il se dépose des cristaux de cyanure / double.
Le cyanure d or Au-Cy produit des combinaisons analogues.