III. ESSENCES SULFURÉES
Certaines plantes, et notamment les crucifères, renferment des corps organiques sulfuiés encore peu connus, mais qui se comportent certainement comme l’amygdaline, et se transforment comme elle, sous l’inuence de certaines matières albuminoïdes, en huiles volatiles, que l’on obtient en distillant avec de l’eau les plantes qui contiennent ces substances sulfurées. Ces huiles sont caractérisées par leur odeur forte, pénétiante et par leur propriété vésicanle. Elles sont toutes sulfurées. Les mieux étudiées sont l’essence d’ail et l’essence de moutarde.
1279. Essence d’ail (CWS). — La distillation de l’ail avec de l’eau donne une huile dense, jaune, d’une odeur rcpoussanle, qu’on rectifie pour obtenir l’essence d’ail pure. C’est un liquide incolore, très-réfriii-
yent, d’une forle odeur d’ail, volatil et plus léger que l’eau. Une température de 150° le décompose.
12S0. Essence de moutarde (C^H^AzS^). — On la prépare en faisant digérer dans l’eau le tourteau oblenu par l’expression des graines de moutarde noire que l’on débarrasse par ce moyen de l’huile grasse qu’elles contiennent. On distille ensuite pour séparer l’essence de moutarde.
C’est un liquide incolore, d’une odeur excessivement forte, qui produit bientôt des ampoules sur la peau. Sa densité est 1,010. Il bout à 148°. 11 est peu soluble dans l’eau. Traitée par l’ammoniaque, l’essence de moutarde se transforme en une matière douée de propriétés basiques, la thiosinnamine, que l’oxyde de mercure transforme en une base puissante, ]'à sinnamine :
CSRSAzS^ -I- AzH3 = C8H8Az2S2, C8H8Az2S2 H-‘:HgO = 2HgSH-C8U6Az2-l-2HO
Essence de moutarde. Thiosinnamine. Thiosinnamine. Sinnamine.
1281. — Constitution de ces essences. — On peut rattacher facilement ces essences à un alcooj récemment découvert par MM. Hoffmann et Cabours, et qui porte le nom d’alcool allylique.
Cet alcool prend naissance dans les circonstances suivantes. L’iodure de phosphore attaque la glycérine et donne un produit volatil, qui est du propylène iodé, Ce corps est l’iodure de la série allylique : en
effet, traité par l’oxalate d’argent, il donne de l’iodure d’argent et de l’oxalate d’allyle :
2C6H5I + 2Ag0,C'^06 = 2AgI -f 2L6H50,C'^0e.
lodure d’allyle. Oxalate d’allyle.
Cet oxalate est décomposé par l’ammoniaque en oxamide et alcool allylique, C/HW:
2CGll50,C'^0® -h 2AzH3 = 2(GTU0,H0) + C^0'‘Az2HU
Alcool allylique. Oxamide.
L’alcool allylique fournit de nombreux dérivés, dont les principaux sont :
L’aldéhyde allylique. . . C''H''02, qui est identique avec l’acroléine (1227),
Le sulfure d’allyle l’essence d’ail.
Le sulfocyanure d’allyle C®H3S,C2AzS, — l’essence de moutarde.
La thiosinnamine est l’urée sulfurée de cette série alcoolique.
1282. Rcmaniuc générale. — Les essences oxygénées ou sulfurées