MATIÈRES COLORANTES BLEUES
Indigo.
1346. L’indigo se trouve dans différentes espèces d'indigofera des Indes orientales et de l’Amérique du Sud, dans le polygonum tinctorium et dans \e pastel^ mais c’est surtout des indigofera qu’on l’extrait.
On coupe la plante après la floraison, environ à un décimètre au-dessus du sol ; on fait sécher la récolte au soleil, puis on bat la plante pour en détacher les feuilles, que l’on concasse ensuite grossièrement. On les fait infuser pendant quelques heures dans deux ou trois fois leur volume d’eau froide. On filtre la dissolution et on l’agite vivement au contact de l’air au moyen d’une roue à palettes, puis on y ajoute 1 demi-kilogramme d’eau de chaux environ par kilogramme de feuilles. La liqueur bleuit et laisse déposer de l’indigo. On lave le dépôt à l’eau bouillante, on le jette sur des toiles, on le comprime fortement et on le coupe en pains.
Les pains d’indigo que l’on trouve dans le commerce sont d’autant plus purs qu’ils sont plus légers et qu’ils prennent davantage un éclat cuivré lorsqu’on les raye avec l’ongle. Mais le meilleur indigo contient au plus 45 pour 100 d’indigotine mélangée de principes étrangers (matières résinoïdes, fécule, carbonate de chaux, matières salines, etc.) dont on le débarrasse partiellement par des ébullitions successives avec l’acide sulfurique étendu et de l’alcool.
L’indigo bleu (indigotine) ne préexiste pas dans la plante ; il provient de l’oxydation d’une substance incolore (indigo blanc) rendue soluble par la présence des alcalis (1350).
Indigotine, C‘®B^AzO^.
1347. Préparation. — Pour préparer l’indigo bleu parfaitement pur, on mélange l’indigo du commerce finement pulvérisé avec de l’hydrate de chaux etdusulfate de protoxyde de fer. On agite le mélange dans un vase fermé, puis on remplit le vase avec de l’eau bouillante et l’on ferme hermétiquement. Le protoxyde de fer passe à l’état de sesquioxyde, et l’indigotine absorbe de l’hydrogène et se transforme en indigo blanc, qui se combine à la chaux et forme un produit soluble. La transformation achevée, le liquide, qui a pris une teinte jaune foncée, est devenu limpide, on décante avec un siphon dans un vase contenant de l’acide chlorhydrique étendu, pour saturer la chaux. L’indigo blanc, précipité au contact de l’air, passe rapidement à l’état d’indigo bleu. On le recueille sur un filtre, on lave et on sèche.
On opère sur 3 parties d’indigo, auxquelles on ajoute l’hydrate de 6 parties de chaux, 4 parties de sulfate de fer et 450 parties d’eau environ.
On peut encore opérer avec 20 grammes d’indigo pulvérisé, que l’on môle à 200 grammes d’une dissolution concentrée de soude à laquelle on ajoute de l’alcool à 75° saturé de glucose de manière à remplir un grand flacon. Le glucose, en présence de l’alcali, s’oxyde et réduit l’indigo ; la liqueur, devenue claire, est exposée à l’air ; elle donne alors, en s’oxydant, de l’indigo qui se dépose sous forme de petits cristaux qu’on lave à l’alcool, puis à l’eau. On retire ainsi 33 pour 100 d’indigotine du poids de l’indigo brut employé.
1348. Propriétés. — L’indigotine a une couleur bleue foncée, avec un reflet pourpre ; elle devient rouge cuivré par le frottement et possède alors un éclat semi-métallique. Elle est insipide, inodore, complètement insoluble dans l’eau, l’alcool, l’acide sulfurique étendu, l’acide chlorhydrique et les alcalis. On peut la volatiliser à 100°.
En chauffant l’indigo du commerce à une douce chaleur, dans un j courant d’hydrogène, on obtient une vapeur violette aussi belle et aussi intense que celle de l’iode et qui se condense sur les parties froides du J tube, en aiguilles à six pans, d’un violet pourpré. Ce procédé donne beaucoup moins d'indigotine que les précédents, parce qu’une partie de la matière se détruit par la chaleur, mais il sert surtout comme expérience de cours, pour montrer la volatilité de l’indigotine ; on peut alors se contenter de chauffer quelques morceaux d’indigo sur un petit têt en terre, les cristaux se déposent à la surface supérieure de la masse d’indigo.
La composition de 1 indigotine est remarquable, c’est un isomère du cyanure de benzoïle.
1349. Acides salfindig^otiques. — L’indigo forme avec l’acide sulfurique plusieurs acides qui donnent, avec les bases, des sels bleus. On obtient ces acides en dissolvant l’indigo pulvérisé dans l’acide de Nordhausen, ou en mettant 1 indigo en contact avec de l’acide sulfurique anhydre. On obtient alors une masse d’un rouge-pourp're foncé, qui se dissout dans l’eau avec une couleur bleue intense. La dissolution de ces acides bleus ou pourpres, mise au contact du charbon en poudre ou de la laine bien lavée, perd toute sa couleur, qui se fixe sur le charbon ou sur la fibre de la laine ; la liqueur ne contient plus que l’acide sulfurique en excès.
L eau n’enlève point ces acides à la laine, mais on peut les dissoudre dans le carbonate d’ammoniaque.
Les mieux connus sont l’acide sulfopurpurique, C^«H'AzSO^HO, qui prend naissance quand l’acide n’est pas en trop grande quantité, et l’acide sulfindigotique, C^WAzS20^,HO. Ce dernier se produit dans la dissolution de l’indigo dans l’acide fumant (sulfate d’indigo bleu de Saxe).
CHIMIE ORGANIQUE
Indigo blanc, C^^ll^AzO-.
1350. jPréparatîon. — L’incligo bltinc 6xist6 clïins l6s plântps, combiné aux alcalis, et c’est lui qui se transforme à l’air dans la préparation de l’indigo. On le prépare en réduisant l’indigo du commerce comme il a été dit plus haut, soit par la chaux et le sulfate de fer, soit par un alcali et le glucose, et en faisant arriver immédiatement la liqueur, au moyen d’un siphon, dans une dissolution étendue d’acide chlorhydrique bien privée d’air par l’ébullition, et contenue dans de grands flacons remplis d’acide carbonique. L’indigo blanc s’y dépose en flocons blancs chatoyants. On laisse déposer pendant deux ou trois jours dans un flacon bien bouché. On filtre et on lave le précipité avec de l’eau froide privée d’air par une ébullition préalable. On sèche ensuite le précipité sous le vide de la machine pneumalique ou dans un courant d’acide carbonique.
1351. Propriétés. — On obtient ainsi une poudre blanche cristalline, insipide, inodore, insoluble dans l’eau. Exposée au contact de l’air, surtout lorsqu’elle est humide ou placée dans l’eau aérée, elle ne tarde pas à bleuir et se transforme instantanément, quand on la chaufl’e, en indigo bleu-pourpre. C’est un acide faible qui se dissout dans les alcalis en leur communiquant une couleur jaune; cette dissolution est éminemment altérable à l’air, ainsi que toutes celles qu’on peut former avec elle par voie de double décomposition.
PRINCIPAUX DÉRIVÉS DE l’INDIGO.
L’indigo a été étudié par un grand nombre de chimistes, qui en ont déduit une série extrêmement considérable de produits dont nous ne ferons connaître que quelques-uns des plus remarquables et des mieux connus.
1352. isatine (G^^H^AzO*). — 0-u obtient l’isatine en oxydant l’indigo bleu par l’acide cliromique étendu ou par l’acide azotique. On chauffe avec de l’eau jusqu’à l’ébullition de l’indigo pulvérisé, en y ajoutant peu à peu de l’acide azotique jusqu’à ce que la couleur bleue ait disparu. On étend de beaucoup d’eau, on chauffe à l’ébullition pour dissoudre l’isaline précipitée par l’eau froide, et on filtre rapidement. Le résidu est bouilli plusieurs fois avec de l’eau qui en sépare toute l’isatine. Celle-ci se dépose par refroidissement. On la purifie en la dissolvant dans de la potasse caustique chaude, précipitant par l’acide chlorhydrique et faisant cristalliser de nouveau.
L’isatine constitue des prismes orangés très-brillants, elle est soluble dans l’eau et dans l’alcool, qu’elle colore en rouge brun ; elle est fusible et sublimable en partie sans décomposition.
Le chlore allaque l’isatine en dissolution dans l’eau et donne deux produits de substitution, qui sont la chlorisatine, C*WClAzO-% et la bichlorisaline,
Les corps réducteurs transforment l’isatine en isathyde, C*WAzO\ par une réaction identique à celle qui transforme l’indigo bleu en indigo blanc. L’isatbyde cristallise en aiguilles peu colorées, insolubles dans l’eau, peu solubles dans l’alcool. On l’obtient d’ordinaire en mettant une dissolution alcoolique d’isatine avec du sulfhydrate d’ammoniaque.
La potasse concentrée dissout l’isatine et la transforme par l’ébullition en acide isatique, en fixant sur elle les éléments d’un équivalent d’eau ; la liqueur, d’abord rouge, devient jaune et laisse déposer, par refroidissement, des crislaux d’isatinate de potasse, RO,C^®H6AzO^. La chaleur décompose l’acide isatique en eau etisatine.
La chlorisatine se comporte de la même manière et forme un acide chlorisatique qu’on ne peut isoler, car il se décompose alors en eau et chlorisatine.
L’isatine, cbautfée avec de la potasse en fusion, dégage de l’aniline, C^-H'^Az ; les isatines chlorées donnent de l’aniline monochlorée et de l’aniline bicblorée dans les mêmes circonstances :
+ 4(RO,HO) = CmWz + 4(KO,CO^) + 2H,
Uatiue. Auiline.
Ci6H^ClAzO'^ H- 4(KO,HO) = Ci^HSClAz -h 4(K0,C02) + 2H.
Chlorisatine. Chloraniline.
1353. Acide antiiraniiique (C^'^H^Azû^,HO). — Cet acide se forme quand on dissout de l’indigo dans une dissolution de potasse concentrée, chauffée à 130°, et qu’on ajoute peu à peu du bioxyde de manganèse à ta dissolution orange pour l’oxyder. Cet acide, qui constitue des prismes déliés, analogues à ceux de l’acide benzoïque, peu solubles dans l’eau froide, très-solubles dans l’alcool, fusibles à 130° et sublimables sans décomposition, possède la remarquable propriété de se dédoubler, quand on le chauffe rapidement, en acide carbonique et aniline :
Ci'nPAzO'* = Ci^IFAz -h C20'*.
Ac. authranilique. Aniline.
Sous l’influence de l’acide azoteux, il se transforme en acide salicybque,
1351. Aciile picrique. — En chauffant l’indigo avec un excès d’acide azotique concentré jusqu’au moment où disparaissent les vapeurs nitreuses, on obtient de l’acide picrique, qui cristallise par refroidissement.
CHIMIt: ORGANIQUE.
Cet acide est important, parce qu’il prend naissance par l’aclion de l’acide azotique sur un grand nombre de substances, telles que l’acide salicylique, la salicine, plusieurs résines, l’acide phénique, les matières azotées qui se colorent en jaune sous l’influence de l’acide azotique. Il est employé aujourd’hui pour teindre la soie et la laine en jaune et en vert; on l’obtient au moyen de. l’acide phénique que l’on retire des goudrons pour cet usage (1373).
1355. Propriétés. — Cet acide constitue des lamelles jaunes brillantes, d’une saveur extrêmement amère.
Celte propriété lui a fait donner son nom. Ses cristaux sont fusibles et sublimables, mais si on les chauffe rapidement ils s’enflamment. L’acide picrique est peu soluble dans l’eau froide, mais il est plus soluble dans l’alcool; il forme avec les bases des sels bien cristallisés, qui détonent quand on les chauffe rapidement.
Laurent a montré que l’acide picrique était identique avec l’acide phénique trinilré; on l’obtient en effet en traitant l’acide phénique par l’acide azotique concentré, 3 molécules d’hydrogène se trouvent alors remplacées par 3 molécules d’acide hypoazotique :
C12H602, C12H3(AzO’03O2.
Acide phénique. Acide picrique.