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NOMENCLATURE DES CORPS COMPOSÉS

Les corps simples, en s’unissant entre eux, peuvent donner naissance à un grand nombre de composés qu’on a voulu désigner par des noms signilicatifs, c’est-à-dire capables de rappeler à l’esprit la composition et les propriétés principales de ces corps. Voici la marche qu’on a suivie pour arriver à ce but important.

UTomenclature des composés bioaires.

27. Supposons qu’il s’agisse d’un composé binaire, formé de chlore et de plomb; on lui donne le nom de chlorure de plomba c’est-à-dire que l’on fait suivre de la terminaison ure le radical du mot chlore, on ajoute ensuite le nom du métal uni au chlore. On comprend alors ce que c’est que du chlorure de cuivre, du chlorure d’argent. Le nom de chlore ainsi modifié spécifie donc le genre du composé, le nom du métal détermine l’espèce.

Le sulfure de fer est un composé de soufre et de fer; on a pris le ra-

NOTIONS PRELlMlNAIRliS.

dical du mot latin sulfur pour éviter le nom peu euphonique de sulfurure de fer. On dit aussi phosphure de zinc, par abréviation, au lieu dephosphorure de zinc ; il ne peut évidemment en résulter de confusion.

Personne n’appelle le composé de chlore et de plomb plombure de chlore ; on convient, en effet, de mettre le premier, en le modifiant par la terminaison wre, le nom du corps électro-négatif; le corps électro-positif s’écrit toujours le second. Voici, d’ailleurs, ce qu’il faut entendre sous ces dénominations. Le chlorure de plomb est décomposé par le courant de la pile en chlore qui se rend au pôle positif et en plomb métallique qui va au pôle négatif ; comme on attribuait autrefois une attraction particulière aux pôles de la pile, à raison de l’électricité libre qu’on voit s’y accumuler lorsque le circuit n’est pas fermé, on supposait naturellement que les matières attirées par chaque pôle possédaient une électricité de nature contraire à la sienne ; de là le nom à.' électro-négatifs donné aux corps qui se rendent au pôle positif de la pile, et û.' électro-positifs à ceux qui vont au pôle négatif; cette hypothèse n’est plus acceptée aujourd’hui, mais on a néanmoins conservé les noms qu’elle a fait naître. Il est bien entendu qu’ils ne nous apprennent rien sur l’état des corps, leur seule utilité est de nous indiquer à quel pôle les corps se dégagent dans les décompositions produites par la pile.

Remarquons que ces dénominations de corps électro-positifs et électronégatifs n’expriment pas une propriété absolue, mais bien un rapport de propriétés. Ainsi le phosphore est électro-négatif par rapport au fer, il est électro-positif par rapport au chlore. C’est-à-dire qu’il .>^6 rend au pôle négatif quand on décompose par la pile le chlorure de phosphore.

Les métalloïdes peuvent être considérés comme électro-négatifs par rapport aux métaux; dans les composés résultant de l’union de ces deux espèces de corps le nom du métal sera donc toujours mis le dernier. Exemples :

Siliciure de cuivre,

Carbure de fer.

D’après Berzelius, on peut ranger les métalloïdes dans l’ordre suivant, qui est tel qu’un corps est électro-négatif par rapport à ceux qui le suivent, et électro-positif par rapport à ceux qui le précèdent.

Oxygène^ fluor chlore^ brome, iode, soufre, sélénium, azote, phosphore, arsenic, bore, carbone, tellure, silicium, hydrogène.

On appellera donc le composé de chlore et de soufre chlorure de soufre, le composé de soufre et d’arsenic, sulfure d’arsenic, etc.

1 On n’a pas encore isolé le lliior, et on ne coniiait pas son véritable rang dans la série (|ue nous écrivons; Deizelius ne l’a placé au second rang (jiie par suite d’li\[)ullièses sur la composition de l’acide qu’on retire des fluorures.

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

Il existe deux composés de soufre et de chlore contenant, pour une même quantité de soufre, des quantités de chlore variant dans le rapport de 1 à 2. On appelle alors le composé le moins chloré protochlorure de soufre^ et le second, bichlorure. Les particules proto, bi, expriment ainsi le rapport de composition des corps.

Le soufre et le potassium forment cinq composés, dans lesquels les quantités de soufre 16, 32, 48, 64, 80, unies à 39 de potassium, sont entre elles dans les rapports exprimés par les nombres, 1, 2, 3, 4, 6. On exprime les mômes rapports dans la nomenclature, en faisant précéder le mot composé sw//*wre de potassium des particulesj^ro^o, bi, tri, quadri, quinti.

Dans les deux chlorures de fer, le rapport des deux quantités de chlore est celui de 1 à 3/2; on appelle le premier chlorure, protochlorure, le second, sesquichlorure.

28. Exceptions aux règles précédentes. — 1° Les combinaisons des métaux entre eux portent le nom à' alliages ; les plus importants ont conservé le nom sous lequel ils sont connus dans les arts depuis longtemps. Ainsi, le bronze est un alliage de cuivre et d’étain, le laiton est un alliage de cuivre et de zinc. On a conservé le nom A' amalgame aux alliages qui contiennent du mercure.

2° Les composés gazeux résultant de la combinaison de l’hydrogène et des métalloïdes, tels que le phosphure d’hydrogène, l’arséniure d’hydrogène, sont quelquefois désignés, par certains chimistes, sous les noms d’hydrogène phosphoré, arsénié, etc. 11 n’y a aucun avantage réel à employer ces dénominations ; on peut bien dire qu’elles rappellent la propriété que possèdent ces corps d’ôtre gazeux comme l’hydrogène, mais cette raison ne subsistant pas pour les composés liquide et solide formés par le phosphore et l’hydrogène, il faudrait toujours appeler ces deux derniers, phosphures d’hydrogène. Il est bien plus rationnel de donner le même nom générique de phosphure aux trois composés.

3“ L’azoture d’hydrogène était connu autrefois sous le nom ^'ammoniaque; les chimistes ont toujours continué à lui conserver ce nom. L’azolure de carbone est appelé cyanogène.

4*> Plusieurs combinaisons binaires des métalloïdes ont des propriétés acides nettement marquées; telles sont les combinaisons du chlore, du brome et de l’hydrogène, du soufre et du carbone; on leur donne alors le nom générique acides, et l’on spécifie le composé au moyen d’un nom formé des deux radicaux des noms des métalloïdes et delà terminaison ique, employée comme nous allons le voir à l’instant dans la désignation des acides oxygénés. On dira donc acide chlorhydrique, pour désigner l’acide résultant de la combinaison du chlore et de 1 hydrogène; acide sulfocarbonique, pour désigner la combinaison acide

NOTIONS PRELIMINAIRES

du soufre et du carbone. On remarquera que le radical des corps électronégatifs est placé le premier comme dans la formation des noms de composés binaires.

Nomenclature des composés binaires oxygénés.

29. D’après la règle établie plus haut (27), les composés binaires oxygénés devraient s’appeler .* oxure de plomb, composé d’oxygène et

de plomb; mais, à raison de l’importance spéciale attribuée à l’oxygène par Lavoisier qui venait d’en faire connaître les propriétés principales, et pour ne pas changer les noms qu’il avait dû former pour représenter les corps dont il venait de révéler la constitulion intime, on convint d’établir pour les composés de l’oxygène une nomenclature spéciale, dont voici les règles.

1° No)uenclature des composés basiques ou neutres. — Les composés binaires oxygénés, basiques ou neutres, sont désignés sous le nom oxydes : oxyde de plomb, oxyde d’azote. Celte règle est généralement suivie ; cependant l’usage a conservé à quelques oxydes métalliques les noms sous lesquels ils étaient désignés avant que leur composition fût connue : c’est ainsi qu’on dit potasse, soude, chaux, alumine, pour oxydes de potassium, de sodium, de calcium, d’aluminium.

Il en est de même pour l’eau, composée d’oxygène et d’hydrogène; on n’a jamais pu songer à faire accepter, même par les savants, le nom

oxyde d'hydrogène q\\Q lui assigne la nomenclature.

Si l’oxygène forme avec un môme corps plusieurs composés neutres ou basiques, on les distingue entre eux, comme les composés binaires ordinaires, à l’aide des préfixes proto, bi, sesqui.

Ainsi les trois premiers composés oxygénés du manganèse s’appelleront protoxyde, sesquioxyde, bioxyde de manganèse ; les oxydes de l’azote porteront les noms de protoxyde et de bioxyde d’azote.

2" Nomenclature des composés acides oxygénés. — Tous ces composés portent le nom générique d’acides.

Si le corps ne forme avec l’oxygène qu’un seul acide, on en indique la nature à l’aide d’un seul mot composé, formé par une abréviation du nom du corps suivi de la terminaison ique.

Acide carbonique ,

— chromique.

Mais si l’on connaît deux acides formés par le même corps, on forme encore le nomduplus oxygéné d’après larèglequi vientd’êtreindiquée; pour le moins oxygéné, on remplace la terminaison ique par la terminaison eux.

Acide sulfurique, — sulfureux ,

Acide phosphorique, — phosphoreux.

NOTIONS PRELIMINAIRES

Ces conventions, suffisantes à l’époque de Lavoisier, n'ont plus permis de désigner tous les composés acides quand leur nombre s’est accru. C’est ce qui est arrivé notamment quand on a découvert deux nouveaux acides du soufre, l’un intermédiaire entre l’acide sulfureux et l’acide sulfurique, l’autre moins oxygéné que l’acide sulfureux. On a appelé le premier acide hyposulfurique, le second hyposulfureux. Si l’on trouvait un acide plus oxygéné que l’acide terminé en ique^ on le ferait précéder de la préfixeou pei\ Exemple : acide hyperchlorique ou perchlorique. On a donc ainsi le moyen de nommer cinq acides oxygénés; on en trouve un exemple pour les acides du chlore :

Acide hypochloreux , chloreux ,

— hypochlorique ,

Acide chlorique,

— perchlorique ou hyperchlorique.

Ces règles suffisent, sauf quelques rares exceptions où l’on a recours à une nomenclature spéciale.

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