COMPOSÉS OXYGÉNÉS DE L ARSENIC
On ne connaît que deux acides de l’arsenic; ils correspondent à l’acide phosphoreux et à Tacide phosphorique.
Acide arsénique, AsO^=H5.
186. Préparation. — On fait bouillir de l’arsenic, ou mieux del’aci'de arsénieux avec de l’acide azotique concentré ou avec de l’eau régale; en évaporant à siccité et chauffant jusqu’au rouge sombre, on obtient l’acide anhydre; celui-ci, dissous et convenablement évaporé, donne trois acides arséniques hydratés correspondants aux trois acides phosphoriques.
r Acide anhydre. — Masse blanche et pesante, se dissolvant lentement mais en grande quantité dans l’eau. Il fond au rouge, puis se décompose en oxygène et acide arsénieux, à une température plus élevée.
2“ Acides hydratés. — La dissolution d’acide arsénique donne d’abord des cristaux volumineux très-déliquescents, solubles dans l’eau avec abaissement de température, dont la composition est représentée par la formule
As03,3H0 -I- HO.
On peut enlever par la chaleur un équivalent d’eau cLhydratation à cet acide, et l’on obtient l’acide tribasique AsO®,3HO en cristaux déliés qui se dissout facilement dans l’eau, mais sans abaissement de température.
On connaît en outre deux autres acides arséniques correspondants aux acides pyrophosphorique et métaphosphorique ; ils ont pour composition :
AsO»,2HO AsO^HO.
On les obtient en chauffant à une température convenable l’acide tri-
hydraté.
Oe premier cristallise en prismes droits, durs et brillants très-solubles; le second est en paillettes nacrées peu solubles à froid, mais solubles à chaud.
Les acides, en contact avec l’eau, se transforment à la longue en acide arsénique tribasique hydraté :
As0^3H0 -h HO.
ii6 cHiMiii: inorganique:.
487. Propriétés chimiques. — L’acide arsénique est un poison plus violent encore que l’acide arsénieux ; son simple contact avec la peau produit des ulcères qui guérissent d’ailleurs sans difficulté. L’acide arsénique en dissolution est réduit par l’acide sulfureux à l’état d’acide arsénieux; il est réduit par le charbon en arsenic avec dégagement d odeur d’ail ; l’hydrogène naissant le transforme en hydrogène arsénié (191).
Acide arsénieux, AsO^ = 99.
488. Préparation. — On l’obtient en grand par le grillage des minerais arsenicaux et particulièrement de l’arséniure de fer et de cobalt. Les vapeurs d’acide arsénieux qui se produisent sont condensées dans de longues cheminées ; on les sublime ensuite dans des vases en fer. On obtient ainsi de l’acide blanc vitreux que l’on connaît vulgairement sous le nom ^'arsenic, de mort-aux-rats.
189. Propriétés. — L’acide arsénieux est un corps solide, blanc, inodore et presque sans saveur; toutefois un morceau de cet acide, appliqué quelque temps sur la langue lui communique une saveur âcre et nauséabonde. Il se volatilise vers le rouge, sans fondre en donnant une vapeur inodore dont la densité est de 13,85. On l’obtient néanmoins facilement sous forme de liquide incolore, en le chauflant dans des tubes
fermés.
Récemment préparé, l’acide arsénieux est vitreux; mais peu à peu il devient opaque et ressemble tout à fait à la porcelaine. L’acide vitreux a pour densité 3,738 ; il est trois fois plus soluble que l’acide opaque, dont la densité est 3,699; l’eau dissout à froid 4/20 du poids de ce dernier; l’acide chlorhydrique en dissout davantage. L’acide vitreux, *dissous dans l’acide chlorhydrique bouillant, laisse déposer des cristaux octaédriques, et la production de chacun d’eux est accompagnée d’un dégagement de lumière. Ces cristaux redissous et l’acide porcelanique ou opaque cristallisent par refroidissement dans ce liquide sans reproduire aucunement cet effet.
L’acide vitreux résulte d’un arrangement moléculaire stable à une tem-
pérature voisine de celle du point de volatilisation de l’acide arsénieux ; c’est pourquoi l’acide porcelanique, chauffe vers ce point pendant quelque temps, se transforme en acide vitreux. L’acide opaque ou l’acide cristallisé en octaèdres correspond à un autre arrangement moléculaire stable à la température ordinaire. Le passage de l’état vitreux â l’état opaque ou cristallisé s’effectue en donnant lieu â une certaine quantité de chaleur latente dégagée d’ordinaire avec une telle lenteur, qu’elle est nécessairement inappréciable, mais qu’on rend sensible en dissolvant l’acide vitreux dans l’acide chlorhydrique, parce qu’alors cette chaleur